Theonj of Good and Evil, t. IF, p. 382, 333 et suiv
PiLi.oN. — Année philos. 1912. 10
le point de vue de la liberté ^ Supposons un homme qui a volé il y a ciuq ans et n'a plus recommencé. Est-il juste, dans l'hypothèse de la liberté, de le punir pour un acte contingent qui n'a eu et n'a aucun rapportavec son moi ? Mais l'argument peut être aisément retourné. Est-il bien vrai que, dans l'hypothèse déterministe, il soit raisonnable de soutenir que le moi qui a volé il y a cinq ans est le même moi qui existe maintenant? Peut-être oui, peut être non. Et comment le savoir ? Et comment la condamnation ne courrait-elle pas le risque d'être arbitraire et injuste? Ou plutôt il est possible de le savoir : si après avoir ci>mmis le vol il y a cinq ans, le voleur a continué d'en commettre, c'est bien le même moi, parce que les dispositions au vol qui l'ont déterminé à agir il y a cinq ans sont encore là, et opèrent, et se développent. Mais si, depuis, il n'a plus volé, c'est que les dispositions fâcheuses ne se sont pas développées ni même maintenues, ce sont d'autres virtualités qui ont passé à l'acte, le voleur est en réalité un autre moi. Et alors pourquoi le punir? à quoi bon? ce n'est ni légitime, ni utile. Donc laissons-Ià le passé. Si, actuellement, je suis voleur, punissez-moi.; sinon, non. Ainsi, si je ne vole plus actuellement, j'ai le droit au point de vue déterministe de protester contre la punition. Je pourrai dire : « Il est vrai que c'est le même organisme animal en connexion avec lequel il y a cinq ans un regrettable incident s'est produit. Mais ce vol n'est pas issu du moi qui dirige maintenn.'it le mouvement de mes maius. C'était un moi affecté de tendances au vol qui a volé. Postérieurement à cet acte je nai plus volé. Vous, mou juge déterministe, vous admettez que mon acte a résulté inévitablement de tendances qui étaient en moi. Mais moi, le moi actuel, je suis une sorte de personne très différente du moi qui a volé il y a cinq ans Je déplore maintenant l'étrange conduite de la volilion déterminée qui a forcé mes mains de voler, mais vous pourriez punir pour cet acte n'importe qui aussi bien que moi-même. La punition, injuste du point de vue rétrospectif, serait inutile en ce qui regarde l'avenir. C'est mon moi présent qui détermine mon avenir, non pas un moi passé, lequel a existé, mais n'existe plus. » En somme, cette discussion des idées d'effort, de remords, de mérite, de responsabilité, de rétribution, le montre, si le déterminisme n'aboutit pas à l'exclusion et à la négation de
l. Ibid., p. 335.
l'idéalisme personnel d'oxkord 147
toutes les idées morales et de tous les jugements moraux, il entraine cependant Télimination d'une grande partie de ces idées et de ces jugements, il opère une réduction sur toute la ligne. La suppression de la liberté entraine sur chaque question une suppression correspondante des données morales.
Ce qui prête une apparence spécieuse aux remarques de M. Raslidall, c'est qu'il se fonde sur des faits incontestables. L'indéterminisme qui prétend que tout est libre est aussi inexact que le déterminisme qui soutient que tout est déterminé. En réalité, il y a de la liberté et il y a du déterminisme. Et ce qu'il y a de déterminisme réel comporte et appuie les interprétations et assertions de notre auteur.
Il a raison dans tout ce qu'il dit sur le mal moral qu'on pourrait appeler mal moral maladie. Il y a un mal moral maladie, lié à un déterminisme héréditaire ou acquis. La question est de savoir s'il n'y en a pas aussi un autre, à côté de lui, à savoir un mal moral coulée, pour employer un terme des théologiens, un mal moral auquel s'appliquent toutes les notions d'obligation, de liberté, de démérite, de responsabilité que M. Rashdall est obligé de supprimer, ou — ce qui revient au même — de ramener à autre chose.
On pourrait reprocher à M. Rashdall de caricaturer le point de vue de la liberté, qu'il appelle tout le temps indéterminisme. Il n'envisage pas la thèse vraie du partisan de la liberté, à savoir que le moi se forme lui-même, se donne une nature. Il semble s'imaginer que la liberté détruit la continuité, l'identité du moi. Cet indéterminisme absolu, atomistique, qui ne reconnaît pas que le moi passé s'il ne détermine pas absolumeut, détermine cependant en grande partie et toujours plus le présent et l'avenir, est aussi condamnable que le déterminisme de M. Rashdall : il faut les rejeter tous les deux. C'est en somme à cet indéterminisme absolu que M. Rashdall s'en prend. On peut en être surpris après l'avoir vu, au commencement de la discussion, préoccupé, dans un désir d'impartialité qui malheureusement ne s'est pas maintenu, d'écarter les conceptions excessives de la liberté pour l'envisager sous sa forme la plus raisonnable '.
Il est sûr, dirons-nous, que l'indéterminisme absolu, radical, éternel, ruine l'idée de responsabilité. Mais il n'est pas moins sijr que le déterminisme absolu, tel qu'est celui de