‹ L'Année philosophique (volume 4)Chapitre 50 sur 78 · Philosophy and Religion, p · texte numérisé non relu

Philosophy and Religion, p

l'idéalisme personnel d'oxford 151

résoudre en une connexion nécessaire — en est venu à la fin à admettre qu'en dernière analyse nous entrons en contact avec la causalité seulement dans nos propres volontés^ ». M. Rashdall explique encore que la vraie notion de la cause se trouve dans la synthèse que la volonté et la volonté seule établit entre la cause efficiente et la cause finale. Il faut aller plus loin et ajouter que la vraie notion de la cause nous est fournie par la volition créatrice, c'est-à-dire par la volitiou libre. C'est là la causalité authentique, dont la conscience psychologique et morale nous donne la notion. Ou peut dire à ce point de vue que c'est concevoir la liberté d'une façon trop extérieure, superficielle, statique que de la concevoir uniquement comme une faculté de choix entre des possibles déjà donnés, tout faits, par exemple entre un possible se rattachant au passé de l'agent, et un possible logiquement contraire ou contradictoire ne s'y rattachant pas. Non seulement quand il y a choix véritable entre des possibles le choix libre porte sur des possibles qui se rattachent tous plus ou moins au passé de l'agent; mais la liberté est quelque chose de plus profond encore que ce simple choix. La liberté est la puissance que possède le moi de créer des possibles avant même de choisir entre eux. Et le moi est responsable de la façon dont il emploie ce pouvoir. Dans cette idée d'un moi capable de créer des possibles qui naturellement se rattachent au moi dont ils émanent, mais qui cependant contiennent du nouveau, le déterminisme et l'indéterminisme peuvent en une certaine mesure se trouver conciliés, et les avantages moraux de chacun des deux peuvent se trouver conservés. Cette conception de la liberté est bien la vraie conception

1. Philosophi/ and Religion, p. 53. M. Rashdall estime que « même dans le domaine mécanique, la causalité réelle et ultime de l'événement n'est pas l'événement antérieur ou une nécessilé mystérieuse de pensée qui requiert que des antécédents physiques semblables aient des conséquents physiques pareils, mais la volonté de Dieu qui, dans la région de la mécanique, agit invariablement (nous avons toute raison de le croire) suivant celte loi de la succession uniforme. » {Theory of Good and Evil. t. II, p. o26). Si Dieu a décidé et continue d'agir invariablement « dans la région de la mécanique » suivant la loi de succession uniforme sans qu'il y ait là aucune nécessité rationnelle, a-t-on le droit d'en conclure qu'il doit nécessairement agir d'une façon invariable et uniforme dans la région de la morale? est-on fondé à invoquer l'action invariable el uniforme dans l'ordre mécanique comme un argument décisif contre l'idée de choix ellemême? Est-on fondé à prétendre que la liberté ne peut être conciliée avec les exigences rationnelles de la pensée et la nécessité métaphysicjue « évidente » {Theory of Good and Evil, t. Il, p. 342) du principe de causalité?

de la causalité pleine, intégrale. Est-ce être vraiment cause que de se borner à déployer en acte les virtualités que l'on possède en puissance et que de produire ainsi des actes déterminés par ces virtualités elles-mème influencées uniquement par les circonstances extérieures ? Est-ce même être vraiment cause que de se borner à choisir parmi les virtualités que l'ou possède en soi celles que l'on déploiera en acte? Etre cause, c'est créer. C'est ainsi que Dieu est cause, et Dieu, ayant voulu communiquer à ses créatures la dignité de causalité, suivant un mot de Pascal, les a créées vraiment libres ^ Les possibilités que crée ainsi le moi ne peuvent pas être et ne sont pas sans rapport aucun avec son moi et sa vraie nature, mais elles ne sont pas déterminées de telle sorte que celui qui par hypothèse connaîtrait tout, les pourrait prédire à l'avance. La formation du caractère moral n'implique donc pas seulement la diminution du libre arbitre qui se détruit par son propre exercice et crée une nature déterminée au bien par l'établissement d'habitudes négatives désormais indéracinable. Ce n'est qu'un aspect de la réalité. La formation du caractère moral implique raccroissemeut, par l'exercice, de la faculté de créer le bien; elle implique le développement d'une habitude active et positive. Ihabilude de vouloir, de vouloir et de créer le bien.

Quelle est la solution que le théisme déterministe de M. Rashdall croit pouvoir donner au problème du mal?

Dieu existe, un Dieu qui pense l'idéal moral, un Dieu bon. Si Dieu est bon, la fin ultime de l'univers doit être bonne. Tout ce qui paraît mauvais doit être réellement un moyen pour le bien. Il ne faut pas, comme les optimistes, en conclure que ces moyens qui paraissent mauvais ne sont pas réellement mauvais au fond, que le mal n'est que l'envers du bien, etc.. « Admettre que ce que mon jugement moral condamne comme mauvais est réellement très bon, ce serait me condamner moimême au complet scepticisme. Je suis tout aussi certain que

1. M. Rashdall admet que « les créatures peuvent revendiquer pour elles-mêmes l'espèce de causalité que nous attribuons dans sa perfection à Dieu. » (Philosophy and Relir/ion, p. 39). Il conçoit Dieu déterminé comme les créatures : nous concevons les créatures libres comme Dieu.

l'idéalisms personnel d'oxford 153

la souffrance et le péché ne sont pas bons que je le suis des premiers principes du raisonnement. Forcez-moi à douter du premier point, et je dois douter aussi du second ; et si j'en doute, je n'aurai plus de raison pour affirmer ou nier quoi que ce soit. La fin doit justifier les moyens, certainement, mais cela n'empêche pas les moyens d'être mauvais. Une opération chirurgicale est certainement justifiée si la fin ne peut pas être atteinte sans le moyeu ; mais la souffrance reste un mal. La même fin sans cette souffrance serait encore meilleure que la fin avec ce moyeu. Peu importe quelle est la bonté de la fin qui est réalisée par notre univers, la souffrance et le mal qu'il contient ne peuvent jamais devenir bons. Un être qui est forcé d'atteindre ses fins par l'emploi de moyens qui sont mauvais, doit en un sens être regardé comme limitée »

Mais admettre que Dieu est limité, n'est-ce pas abandonner la conception théiste de l'univers? Dieu ne cesse-t-il pas d'être la source ultime de la réalité pour devenir simplement une partie de la réalité? Il n'est pas impossible, d'après M. Rashdall, de combiner un théisme siiicère avec la croyance que Dieu n'est pas tout et n'a pas fait tout. Les anciens philosophes grecs admettaient une u)>yi, qui n'avait pas été créée par Dieu. Pour Origène et les pluralistes modernes les âmes sont sans commencement et coéternelles avec Dieu. Notre idéaliste personnel ne se sent pas disposé à se réfugier dans de semblables théories. La préexistence des âmes lui semble une hypothèse gratuite, opposée à toutes les probabilités et analogies que notre expérience suggère-. La préexistence de la matière lui paraît inconciliable avec la science moderne qui refuse de distinguer la matière de ses lois et avec une métaphysique idéaliste qui nous force à rejeter l'idée d'une matière indépendante du sujet connaissant. Mais il n'est pas nécessaire, parce que nous concevons Dieu comme limité, de le concevoir comme limité par quoi que ce soit hors de lui. La limitation découle de sa propre nature '. 11 y a un sens dans lequel Dieu est fini*. Il est fini non dans le sens qu'il soit limité par quelque loi extérieure ou par un destin aveugle, tyrannique, par quelque chose ou quelque personne en dehors de Lui-

Page 1