‹ L'Année philosophique (volume 4)Chapitre 54 sur 78 · Theory of Good and Evil, t. Il, p · texte numérisé non relu

Theory of Good and Evil, t. Il, p

l'idéalisme personnel d'oxford 157

que Dieu peuse l'idéal. Le parallélisme, la symétrie, et la conscience morale elle-même qu'invoque M. Rashdall réclament que Dieu réalise adéquatement l'idéal moral. S'il ne le réalise pas, alors que sert en vérité qu'il le pense? Ou plutôt peut-il le penser? Est-il assez puissant, lui qui est si étrangement limité, est-il assez puissant pour le penser? N'y aurait-il pas dans sa sagesse, dans sa connaissance éthique, dans sa conscience morale, des lacunes et des bornes parallèles à celles que l'on fixe à sa puissance?

M. Rashdall assure sans doute que Dieu réalise l'idéal moral, puisqu'il lui attribue une bonté illimitée. Mais peut-on séparer ainsi la bonté de la puissance? La vraie bonté implique non pas seulement la connaissance de l'idéal, mais sa réalisation. Elle ne s'épuise pas dans la clarté de la conscience et la plénitude de la raisou ; elle implique l'accord de l'être tout entier avec la raison et la conscience. De deux choses l'une, ou bien Dieu peut dans sa raison et sa conscience penser l'idéal intégral, mais alors comme sa volonté ne le réalise pas, il s'ensuit que sa bonté a elle aussi des bornes, comme sa puissance ; ou bien Dieu ne peut pas penser l'idéal intégral, et aux limitations de sa puissance et de sa bonté il faut joindre une limitation de sa connaissance.

Bien plus, il faut se rappeler que d'après M. Rashdall, Dieu est le véritable et seul auteur de tout, du mal comme du bien, puisqu'il a prédéterminé ses créatures à accomplir toute la série des actes qu'elles accomplissent ^ C'est Dieu qui est l'auteur des crimes et des infamies qui se perpètrent dans le monde. On nous assure qu'eu accomplissant toutes ces vilenies il poursuit un but excellent. Espérons-le. Mais, avec une fidélité louable aux jugements de la conscience, on reconnaît que le mal n'eu reste pas moins le mal, et par suite, Dieu est pécheur. Dieu pèche proprement et vraiment. Dieu seul pèche vraimeut. Encore un coup, ce n'est pas seulement sa puissance qui est limitée, c'est sa sainteté. Et il ne s'agit pas seulement d'une limite négative : limitée négativement, la saintetédivine l'est encore positivement, car en elle se glissent des pensées, des volitious, des actes qui sont positivement mauvais.

M. Rashdall objecte aux « absolutistes » : « Enfermer la conscience de l'homme en Dieu, refuser toute indépendance

1. Mind. New Séries. Vol. XVIII, 1909. Prof. Watson on Personal Ideaiism. A reply, p. HO. Theoryof Good and Evil, t. Il, p. 339-340.

réelle à la conscience humaine, faire de chaque homme une simple phase de l'être divin, c'est une conception fatale à une notion vraiment éthique de Dieu. Quelque répugnance que l'on ait à admettre celte conséquence, une telle opinion doit nécessairement tendre soit à transférer à Dieu la méchanceté de l'àme méchante, soit à nier que l'àme méchante soit réellement méchante. La conscience morale et la conscience religieuse demandent également que l'àme iiumaine soit regardée comme une personne distincte, la volonté humaine comme une volonté distincte de celle de Dieu. ' » Ne peut-on pas appliquer ce mode de raisonnement et de réfutation à l'opinion même de M. Rashdall qui nie le libre arbitre et fait de Dieu l'auteur véritable et dernier de toul ce qui estet sefait? L'àme humaine est-elle une personne vraiment distincte de Dieu, si elle n'est jamais et ne fait jamais que ce que Dieu, en la créant, a voulu qu'elle soit et qu'elle fasse? Et ne faut-il pas ou bien nier que l'àme méchante soit réellement méchante, puisqu'elle est, telle quelle, l'œuvre directe de Dieu et de Dieu seul, ou bien transférer à Dieu la méchanceté de l'àme qu'il a créée telle, et qu'il aurait dû créer bonne, s'il avait été assez puissant — ou, s'il n'était pas assez puissant, ne pas créer du tout ? Ou bien le mal cesse d'être le mal, ou bien, si le mal est le mal. Dieu est mauvais.

2. D'où vient l'espèce de limitation que M. Rashdall attribue à la puissance deDieu ? L'idéaliste d'Oxford semble la fonder sur ce syllogisme : ce monde est plein d'un mal moral et physique qui est un véritable mal. Or, Dieu qui est le seul auteur de ce monde est moralement parfait. Donc la puissance de Dieu est bornée ; autrement il aurait fait le monde sans mal moral et physique. Mais on peut, nous venons de le voir, contester que le caractère moral de Dieu soit parfait si sa volonté est tellement inférieure à son idéal moral qu'elle soit forcée de mettre dans le monde un mal moral et physique que sa raison et sa conscience réprouvent. Et alors le raisonnement de M. Rashdall devra être remplacé par le suivant : Ce monde est plein d'un mal moral et pbysique qui est un véritable mal. Or, Dieu est moralement parfait; il ne peut vouloir et faire le mal, même afin d'en tirer le bien, suivant la fameuse maxime : la fin justifie les moyens. Donc il ne peut être l'auteur, ou du moins le seul auteur de ce monde. Et il est indispensable,

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