‹ L'Année philosophique (volume 4)Chapitre 55 sur 78 · UUimute Basis, p · texte numérisé non relu

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l'idéalisme PERSOiNNEL D OXFORD 159

pour sauver la perfection morale de Dieu, d'admettre la liberté en l'homme et la contingence dans l'univers.

M. Raslidall tient à limiter la puissance de Dieu par rapport à sa bonté. Comment conçoit-il cette limitation ? Parfois il semble tenter un essai d'explication que résume le syllogisme suivant : Ce monde est plein de mal moral et physique. Or, Dieu qui est le seul auteur de ce monde, est moralement parfait Doue le mal moral et physique actuel est un moyen pour obtenir un bien plus grand que celui qui aurait été atteint sans cela. Etrange impuissance que celle qui contraint Dieu d'accomplir des immoralités pour atteindre le bien ! Contradiction douloureuse dans l'essence même de la divinité ! Imperfection morale d'un Dieu qui e>t contraint de pécher d'abord pour réaliser le bien ! Et pourquoi et comment le mal physique et moral actuel serait-il un moyen pour atteindre ce but supérieur? Encore faudrait-il l'expliquer, car en vérité rien n'est moins évident par soi.

Faudrait-il croire que Dieu a trop entrepris, qu'il a voulu créer un monde trop grand, et que, suivant le proverbe, qui trop embrasse, mal étreint? Il n'y a aucune difficulté à admettre que, pour être réel, le pouvoir divin doit être fiui dans un certain sens. «L'idée d'un univers dans lequel il y aurait une quantité infinie de bien contient une contradictio inadjecto, dit fort bien M. Rashdall. Si considérable que fût la quantité de bien dans le monde, nous pourrions toujours demander : Pourquoi pas encore plus de bien? — et ainsi ad infinitam. L'être réel doit être d'une quantité définie ^ » Soit, mais M. Rashdall continue : « Un Dieu qui répugnerait à créer plus de bien pour une autre raison que son iucapacité à le faire, ne serait pas parfaitement bon. D'autre part, il n'y a pas de contradiction semblable dans l'idée d'une Volonté ou d'un Etre qui est parfaitement bon pour autant qu'il produit tout le bien que sa propre nature lui rend possible de produire. » Qu'il y ait des limites dans la quantité de bien existant dans l'univers de Dieu, c'est une limitation imposée par la logique. Mais qu'à ce bien ainsi forcément limité Dieu ajoute du mal positif, c'est autre chose en vérité, et la bonté est singulièrement compromise dans un être qui crée ensemble du bien et du mal. La limitation toute négative de puissance n'entraîne pas la création positive de toutes les souffrances et de toutes les immo-

I. Theonj of C.ood and Evil, t. II, |). 344-315. Cf. p. 2'Jl.

rulités. Dieu est limité, d'accord. Mais on ne voit pas pourquoi, à l'intérieur de ces limites, il n'aurait pas pu produire un meilleur monde que celui qu'il a produit, un monde fini, sans doute, mais quoique fini et entant que fini, parfait. Ou soupçonne le Dieu de M. Rashdall d'avoir été trop ambitieux et présomptueux. Il a peut-être désiré créer un univers plus grand qu'il n'était capable d'en faire et d'en gouverner un. Mais est-ce là de la vraie bonté, de la vraie sainteté ? N'aurait-il pas mieux fait de se restreindre, de créer un monde assez borné pour que la mesure de puissance qu'il possède lui permît de le bien réussir — et d'éviter cette chose énorme : l'accomplissement du mal moral par Dieu même, afin que le bien arrive !

Mais encore une fois pourquoi le mal moral et physique serait-il un moyen pour atteindre un bien supérieur? Quelquefois M. Rashdall réplique que c'est parce que la vertu ne peut être atteinte que par la lutte, parce que le mal est une discipline pour l'agent moral '... réponses qu'on estélonné de trouver sous sa plume, parce qu'elles ne peuvent avoir de sens que chez un partisan de la liberté-. D'après ses propres explications, un caractère moral est parfait, s'il l'est, soit qu'il provienne de la liberté, soit qu'il résulte du déterminisme. Continuons cette ligne de pensée, et ajoutons : soit qu'il procède d'une lutte longue et douloureuse, soit qu'il ait été réalisé tout d'un coup sans effort ni combat, soit qu'il ait été amené par une discipline longuement poursuivie, soit qu'il ait été produit directement en une seule fois. Dans le système de M. Rashdall, la nécessité de la lutte, de la discipline, même sou utilité est nulle -àu point de vue moral. Elle ne peut prendre un sens que pour celui qui admet peu ou prou la liberté. A quoi riment la lutte, la discipline, lorsque la ques-

1. Theory of Good and Evil, t. I, p. 62; t. H, p. 80, 34'2. Philosophy and Religion, p. 11, 82.

2. Il n'hésite pas à écrire : « Une vie dans laquelle il n'y a pas de tentations et pas de place pour l'effort spontané ne conduit pas au progrès moral... Le caractère est formé par des actes de choix: par conséquent, le caractère ne peut pas être développé quand il n'y a pas d'occasion pour l'individu de choisir du tout. » On pourrait se demander si ces lignes expriment bien la propre opinion de iM. Rashdall, mais dans le sommaire de la table des matières il écrit : « La théorie d"a[)rôs laquelle il est contradictoire de chercher à promouvoir la moralité par la force est une exagération de la vérité que quelque liberté est une condition de la moralité la plus haute. »

tion de causalité ne se pose pas eu définitive, pour l'agent moral, lorsque cet agent n'est qu'un mécanisme monté par Dieu, lorsque c'est Dieu qui fait tout? Comment une discipline, une épreuve, la souffrance, seraient-elles moralement nécessaires pour la formation du caractère moral d'êtres sans liberté? Pourquoi Dieu n'aurait-il pas mis dans le caractère des dispositions harmoniques et uniquement bonnes qui seraient passées à l'acte sans lutte ? Il ne faut pas dire que ces caractères n'auraient pas eu de valeur morale, ils ea auraient eu tout autant d'après M. Rashdall. Il faut dire que si Dieu ne l'a pas fait, c'est qu'il n'a pas pu. Il faut dire que le mal physique et moral était métaphysiquement inévitable, parce que Dieu pour quelque motif mystérieux, était borné à ce point. Mais cette limitation ne reçoit aucune justification, aucune explication morale.

En de belles exhortations qui rappellent Stuart Mill, M. Rashdall nous invite à collaborer avec Dieu ^ Il insiste sur cette idée que la croyance en un Dieu dont la puissance est limitée est bien plus consolante et stimulante pratiquement que la croyance en un Dieu qui peut tout et qui, par conséquent, n'a pas besoin de notre secours. « Dans notre point de vue, déclare-t-il, nous sommes engagés non dans un faux semblant de lutte avec un mal qui est réellement bon, mais dans une lutte réelle avec un mal réel, un combat dans lequel nous avons le pouvoir ultime de l'univers de notre côté, mais dans lequel la victoire ne peut être gagnée sans notre secours, une lutte réelle dans laquelle nous sommes appelés à être littéralement collaborateurs avec Dieu -. » Mais ce langage, très impressif, ne se comprend pas chez un défenseur du déterminisme. Comment Dieu appellerait-il les êtres qu'il a créés à l'aider ? Comment les inviterait-il à lutter avec lui ? Il n'a nul besoin de les appeler, de les inviter, puisque lui-même les a créés tels et les a mis dans un milieu déterminé tel qu'ils feront inévitablement ce qu'ils sont destinés à faire. Comment le résultat final dépendrait-il de l'eiïort humain? Il dépend de la constitution originelle que Dieu a donnée à chaque être. Comment y aurait-il lutte véritable? Il ne se passe rien que ce qui ne peut pas ne pas se passer, ce que Dieu a voulu et prévu qui se passerait. Dieu a voulu, a créé des êtres qui

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