Ibid
pas apparaître dès lors comme fort compromises. Et l'oQ doute même de la sainteté d'un être qui, sous prétexte de faire ceut bonnes actions, prend sur lui de commettre de sajig-froid dix crimes abominables. Voilà, si j'ose employer un terme aussi fort, ce qui demeure le scandale de la tbéodicée de M. Rashdall, et ce qui prive de force, de clarté, de certitude convaincante son hésitante eschatologie.
En somme, si l'on nous demandait de situerl'idéalisme personnel de M. Rashdall en face du néo-criticisme français, notre réponse serait bien simple : la doctrine fort intéressante et admirablement exposée de M. Rashdall présente beaucoup d'analogies avec celle de MM. Renouvier et Pillon. Des deux parts, c'est le même effort pour harmoniser dans une synthèse féconde l'idéalisme empiriste de Berkeley avec le rationalisme théorique et pratique de Kant, c'est la même affirmation de l'esprit, de la raison, de l'idéal moral, de la dignité de l'individu, de la valeur de la personnalité, du Dieu authentiquement spirituel et personnel. Mais, sans parler de bien des divergences de détail, une différence capitale sépare les deux tendances spéculatives. Comparé à l'idéalisme néo-criticiste français, l'idéalisme de M. Rashdall ne peut pas ne pas apparaître comme une regrettable réduction : réduction des affirmations morales, par la mise au second plan de lobligation et le rejet pur et simple de la liberté, d'où résulte de proche en proche une inévitable diminution de toutes les notions morales connexes ; — réduction de la vie pensante au point de vue statique, pourrait-on dire, puisque derrière les apparences végétales et minérales, M. Rashdall ne place aucune réalité pour soi, diminuant ainsi l'extension de la conscience dans le monde et ne trouvant que des idées là où Leibniz trouvait aussi des esprits; — réduction de la vie pensante au point de vue dynamique, puisque iM. Rashdall ne met ni dans les monades inférieures, bien entendu, puisqu'il n'en admet pas l'existence, ni dans l'animal, ni dans l'homme, ni eu Dieu aucune parcelle de liberté vraie, aucune possibilité de libre choix, aucune faculté de création nouvelle. El l'on a pu se convaincre que tout cet ensemble de réductions, qui tend à diminuer singulièrement la valeur et lintérôt de l'univers, bien loin de rendre plus facile, rend infiniment malaisée une solution rationnelle, même approximative, des problèmes métaphysiques de la théodicée et du mal.
Henri Bois.