‹ L'Année philosophique (volume 4)Chapitre 7 sur 78 · Cf. Ep. L.xxiii, t. II, p · texte numérisé non relu

Cf. Ep. L.xxiii, t. II, p

2. Les principes de la philosophie, première partie, § 2.3, Ed. Adam- Tannery, t. iX, p. 35.

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l'étendue peut donc être attribuée à Dieu sans que Dieu en pâtisse dans sa simplicité'. Ce sont, à quelques détails près, les mêmes arguments que Spinoza reprend ailleurs-. Il insiste plus particulièrement sur la grave confusion que commetlont, selon lui, les adversaires de l'étendue infinie; leur procédéconsisteà mettre en relief les contradictions auxquelles ou se heurte toutes les fois qu'on applique à retendue infinie une mesure quelconque; cela, afin de décider qu'une quantité infinie est absurde, que par conséquent la substance corporelle est finie et ne saurait appartenir à l'essence de Dieu. Mais ces conséquences, réplique Spinoza, résultent non point de ce qu'on a admisdans son vrai sens une quantité infinie, mais de ce qu'en la concevant liypothéliquement on l'a supposée mesurable par des parties finies et composée de parties de ce genre. Il y a deux façons de se représenter la quantité : l'une, abstraite et superficielle, au moyen de l'imagination qui la fait finie et divisible; l'autre, concrète et vraie, au moyen de l'entendement qui la conçoit telle qu'elle est. comme substance, c'est-à-dire infinie, unique et indivisible. L'étendue n'est divisible qu'au regard de l'imagination, qui engendre le nombre et la mesure\

Rien donc ne s'oppose à ce que l'Etendue soit un attribut de Dieu*; et nous voyons en quel sens elle l'est. Pour l'attribution

1. Court Traité, première partie, ch ii, t. II. p. 271-273, Irad. Appuhn, p. o6-o9.

2. Ep. XII, t. II, p. 42 sq. — Etii., prop. XY, Scholie, t. I, p. 30-53.

o. Bien que Descartes professât, ainsi que nous l'avons dit, la divisibilité essentielle de l'étendue, il n'est point douteux cependant que sa doctrine de l'étendue substance des corps, de l'étendue continue, homogène et e.xclusive du vide, ne provoquât à l'idée de l'étendue essentiellement indivisible. Elle pouvait y provoquer chez d'autres ; elle n'y aboutissait pas chez lui. C'est que, tout en faisant de l'étendue un objet de l'entendement. Descartes ne consentait pas à lui attribuer des propriétés irréprésentables pour rimagination. Voir là-dessus sa Correspondance avec Henri More en 1648-1649, notamment la lettre du 5 février 1649, Ed. Adam- Tannery, t. V, p. 267-270.

4. Peut-être Spinoza trouvait-il un encouragement à regarder Dieu comme chose étendue dans ce philosophe juif considérable de la seconde moitié du xiv» el du commencement du xv" siècle, Chasdai Creskas, qui, en commentant divers passages talmudiques. disait que Dieu peut être justement considéré comme le lieu qui porte, comme l'espace qui soutient les parties de l'univers. Creskas, au surplus, affirmait l'indivisibilité essentielle de l'étendue en donnant comme argument, ainsi que le fait à son tour Spinoza, l'absurdité qu'il y a à concevoir une ligne comme composée de points, V. Joël, Don Chasdai Creskas' religionsphilosopkische Lelireti 1856, p. 21-22.

à Dieu de la Pensée, il n'y avait aucun obstacle de cette sorte à surmonter, aucun paradoxe à risquer. En apparence du moins. Car, dans le fond, la Pensée divine ne doit pas être conçue sous la forme dun entendement qui, même en maintenant inséparablement unis la connaissance et son objet, a conscience d'être distinct de ce qu'il perçoit, parce que ce qu'il perçoit ne dérive pas de sa causalité propre. Antérieure et supérieure par là à l'entendement, qui n'est que sou produits la Pensée divine, c'est la pure représentation de tout ce qui est intelligible, mais comprise de telle sorte que la représeution, ce soit l'intelligible même. Il faut ajouter que celte identité absolue de la représentation et de l'objet est conçue par Spinoza de la façon la plus réaliste et, si l'on peut ainsi dire, la moins subjectiviste : la Peusée est, comme l'Etendue, une chose, un genre d'être ; dans l'unité et l'infinité qui la caractérisent, si toute distinction est abolie entre ce qu'elle perçoit et ce qui en elle perçoit, c'est que ce qui perçoit ne peut exister comme tel ou se connaître comme tel qu"en étant un effet de l'objet perçu comme vérité. La Pensée est au delà de la conscience, au delà de la réflexion ; et c'est ainsi qu'elle a une puissance de production infinie en son genre.

Mais pourquoi ne connaissons-nous de Dieu que deux attributs, alors qu'il y en a une infinité? La question fut posée à Spinoza-, et voici que Spinoza répondit'^: Si nous ne connaissons que deux attributs de Dieu, c'est que l'âme, étant l'idée du corps, ne peut connaître que ce qu'enveloppe l'idée du corps ou ce qui peut être conclu de cette idée. Or, le corps ne suppose que l'attribut de l'étendue, comme l'idée du corps, en tant qu'idée, ne suppose que l'attribut de la Pensée. En outre, comme tout attribut doit être conçu par soi, on ne peut

i. Les te.xtcs dans lesquels Spinoza parait présenter la Pensée comme vin entendement (V. en particulier Elh, I. Prop. XVII, Sch., t. I, p. o5-5(i), sont des te.xtes dans lesquels sa doctrine est accommodce au langage commun, au langage même de ses adversaires. Ils ne sauraient prévaloir contre des déclarations aussi nettes que celle-ci : « Puto me salis clare et evidcnler demonstrasse inlnlieclum, qnamvis infinilum, ad nafuram naturalam, non vero ad naturantem perlinere. » Lettre à Simon de Vries, Ep. iv, t. II, p. 34. — V. Eth., i, Prop. XXXI, i. l, p. 63.

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