Ep. L.Kiv, t. II, p
déJuire aucun attribut d'un autre ; il nous est donc impossible de déduire d'autres attributs à partir de ceux que nous connaissons. Mais, objectait-on, puisque les modes correspondants des divers allril)uts ne sont au fond qu'une même modification exprimée de manières diverses, pourquoi l'âme ne perçoit-elle l'expression de cette modification que dans l'Etendue, et non p is, en outre, dans les autres attributs parallèles de Dieu? A quoi Spinoza répond que si en eiïet cbaque chose est exprimée d'une infinité de manières dans l'infinité des attributs, il y a lieu d'en conclure qu'une infinité de modifications de la Pensée doivent correspondre à cette infinité d'expressions en tout genre, mais non qu'elles doivent se trouver dans les âmes humaines. En d'autres termes, linfiaité des idées, qui correspond à l'infinité des expressions d'une même chose dans les attributs innombrables, constitue une infinité d'âmes de diverses sortes, lesquelles, représentant des modes dont les attributs n'ont aucune connexion entre eux, n'ont de leur côté aucune connexion entre elles^. De fait, cette notion d'une infinité d'âmes correspondant aux modifications de tous les attributs possibles n'est pas une notion à laquelle Spinoza aurait eu recours sur le tard pour se tirer rapidement d'embarras ; elle est déjà très nettement exposée dans l'Appendice du Court Traité : les modifications de tous les attributs infinis ont une âme comme eu ont une les modifications de l'Etendue-.
Mais de là résulte un autre problème. Le système spinoziste requiert et affirme l'égalité des attributs : chaque attribut de la substance unique exprime au même titre une essence éternelle et infinie. Or, est-ce que, sans la reconnaître eu droit, Spinoza ne consacre pas en fait la prééminence de la Pensée sur tous les autres attributs possibles, et en particulier sur l'Etendue? 11 déclare expressément, nous venons de le voir, que toute modification d'un attribut quel qu'il soit doit être représentée par une modification correspondante delà Pensée. Qu'est-ce à dire, sinon que les modes de la Pensée sont en quelque sorte égaux aux modes de tous les autres attributs