HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE ESTHÉTIQUE ET CRITIQUE
Andlrr (Ch.), Bi^scH (V.), Benrubi (J.), Bouclé (G.), Delbos (V.), DwELSHAUvERs (G.), Groethuysen (B.), Norero (H.j. — La philosophie allemande au XIX*^ siècle (in-8°, F. Alcan, Bibliothèque de philosoplue contemporaine; vi-254 p.).
Ce livre reproduit une série de conférences faites durant l'hiver 1910-1911, à VÉcole des hautes études sociales. 11 est précédé d'une Préface où M. Andler nous dit que toutes les leçons de cette série ne se trouvent pas dans le volume présent, mais qu'elles seront reproduites en d'autres volumes.
Les leçons que contient l'ouvrage sont au nombre de sept : I. Diltheij et son école, par Groethuysen; — II. Husserl, sa critique de psychologisme et sa conception d'une logique pure, par Delbos; — III. La philosophie religieuse: Rudolf Eucken, par Benrubi; — IV. Les grands courants de V esthétique allemande contemporaine, par Basch ; — V. Wilhelm Wundt et la psychologie expérimentale, par Dwelshauvers ; — VI. La socio-psychologie de Wundt, par Norero; — VII. Simmel, par Bougie. L'ouvrage se termine par une étude de M. Andler sur la Philosophie des sciences historiques. Ces sept leçons et l'étude de M. Andler seront lues avec intérêt par les étudiants et les professeurs de philosophie. Nous regrettons de ne pouvoir dire en cette notice quelques mots de chacune d'elles. Nous signalerons particulièrement la seconde, où M. Delbos étudie les vues de Husserl sur le problème essentiel de la Logique, sur le problème « concernant les conditions de la possibilité de la science en général (p. 38) » ; — la troisième, où M. Benrubi expose et apprécie la philosophie religieuse de Rudolf Eucken ; la cinquième consacrée par M. Dwelshauvers à la psychologie expérimentale de Wilhelm Wundt. Nous citerons quelques passages de la conclusion qui termine cette dernière :
« Wundt est véritablement le défenseur de la psychologie quantitative. Bien plus, à part ses disciples, il est presque le seul à la
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défendre aujourd'hui. Il a même essayé, en plusieurs endroits de ses œuvres, de comparer les propriétés des états mentaux aux dimensions de l'espace et de les assimiler à celles-ci, pour mieux justifier l'application du nombre cardinal. Cette apologie n'est pas nécessaire, s'il s'agit de défendre l'expérimentation, car elle a conquis ses droits en psychologie. Mais toute la question est de savoir si le nombre cardinal peut recevoir ici une valeur authentique, comme en mécanique et en physique, ou s'il n'est qu'un symbole...
« On peut s'étonner de ce que la psychologie de Wundt est, au point de vue expérimental, très exclusive. Elle l'est réellement, car ce n'est que dans la dernière édition que notre auteur rapporte des expériences d'ordre qualitatif, et encore ne semble-t-il pas y attacher l'importance que prennent pour lui les mesures précises, comme celles qu'on obtient par les méthodes psycho-physiques ou par la méthode des réactions...
« Une autre branche de la psychologie expérimentale que Wundt a reléguée au dernier plan, c'est la pathologie mentale. On la trouve citée très brièvement dans la Psychologie physiologique, alors que l'extension donnée aux expériences quantitatives est considérable. C'est surtout en France, grâce à Ribot que l'on a compris d'abord quel profit la psychologie pouvait retirer de l'étude de ces maladies... Quant aux recherches par l'hypnotisme, Wundt ne leur reconnaît pas la portée qu'elles ont réellement (p. 155 et suiv.). »
BEL LANGÉ (Charles). — Spinoza et la philosophie moderne (in-8'\
Henri Didier; ii-396 p.)
Cet ouvrage, qui témoigne d'une très remarquable érudition, nous donne du spinozisme une interprétation naturaliste, matérialiste et athéiste, qui est bien différente de celle qu'ont soutenue les successeurs panthéistes de Kant, et qui nous ramène, en l'exprimant en termes précis et en l'accusant avec force, à l'idée générale que s'en faisaient les philosophes français du xvii'= et du xvni'' siècle, chrétiens ou non chrétiens.
Selon l'auteur, la philosophie de Spinoza est entièrement fondée sur les concepts de la science proprement dite (étendue, mouvement, causalité mécanique ou motrice), envisagés comme représentant la vraie et ultime réalité. Elle est par là radicalement opposée au spiritualisme universel, que l'on peut très bien, si l'on veut, appeler l'anthropomorphisme universel de Leibniz, c'est-à-dire à la doctrine qui compose le monde d'individualités conscientes, de monades conçues, comme le dit Leibniz, « à l'imitation de la notion que nous avons des âmes ».
Et cette philosophie matérialiste et mécaniste, que M. Bellangé nous montre dans le spinozisme, est, à ses yeux, la vraie philoso-
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phie, parce qu'il la voit confirmée partons les progrès de la science moderne, ovec laquelle elle s'accorde et se confond. Sur cet accord et cette identité essentielle de la vraie philosophie et de la science proprement dite, il expose ses idées très arrêtées et, semble-t-il, très assurées, en trois chapitres intéressants et curieux de son livre (p. 207-301).
La S(;ience proprement dite ne saurait être, selon nous, identifiée avec la philosophie. D'après la nature de ses concepts, dont Berkeley et Kant ont clairement établi la subjectivité, elle n'atteint pas la réalité ultime et ne peut nous en donner qu'une fausse idée. C'est précisément par la philosophie, par la vraie philosophie — disons parl'idéalisme néo-monadiste, — que nous pouvons saisir le réel sous le voile dont le couvrent les concepts proprement scientifiques.
Ce qui, à nos yeux, donne un grand intérêt à l'ouvrage de M. Bellangé, ce qui en fait l'originalité, c'est qu'il met en vive lumière la différence, l'opposition qui existe entre le domaine de la science proprement dite et celui de la philosophie. Ce n'est pas dans une notice telle que celles de notre Bibliographie philosophique, qu'il nous est possible de développer nos vues sur cette opposition, sur la manière dont elle doit être comprise.
M. Bellangé explique dans une courte Préface, comment la philosophie spinoziste a pu.être mal interprétée.
« La philosophie spinoziste, dit-il, se place dans l'évolution intellectuelle européenne à un moment critique : il lui faut, pour éveiller l'intérêt des spécialistes, s'astreindre à un mode de philosophie théologique et métaphysique hérité de la tradition scolastique, tandis qu'elle n'est occupée en réalité que d'aider à l'explication mathématico-mécanique du monde, dont Galilée, Hobbes, Descartes, viennent d'ébaucher le programme; elle associe, par suite, dans ses formules à double fond l'immanence et la transcendance, c'est-à-dire deux conceptions de la nature et de l'homme inconciliables; et c'est cette amphibologie, dont nous trouvons la cause à la fois dans la crainte des préjugés et dans un éclectisme ou esprit de synthèse naturel à l'auteur, que nous devons avoir sans cesse présente à l'esprit pour ne pas nous égarer {Préface, p. i). »
BENDA (Julien). — Le Bergsonisme ou une Philosophie de la Mobilité (in-12. Mercure de France, 134 p.)
L'objet de ce livre est d'examiner et d'apprécier le but, la méthode et les résultats de la philosophie bergsonienne. Il en contient une critique dont la sévérité forme contraste avec l'admiration que le bergsonisme inspire à nombre d'écrivains, notamment à M. Ed. I.e Roy. On peut, croyons-nous, reprocher à cette critique un esprit trop combatif; mais nous sommes obligé de reconnaître que, sur plus d'un point, elle paraît sérieuse et fondée.
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L'intuition est la méthode bergsonnienne. Mais qu'est-ce que l'intuition? M. lîenda a fait remarquer que, dans les divers écrits de M. Bergson, le mot intuition a reçu des sens très différents. 11 distingue quatre intuitions bergsoniennes :
(( l*^ 11 y a d'abord, la connaissance absolutiste ou connaissance qui saisit l'objet en lui-même, au lieu de le comprendre par ses rapports avec d'autres objets (p. 33),..
« 2° Il y a encore l'invention intellectuelle, soit l'Intelligence en tant qu'elle forme des concepts nouveaux, qu'elle invente des catégories nouvelles, par opposition à ce que M. Bergson paraît prendre pour de l'inertie intellectuelle, soit l'Intelligence, en tant qu'elle classe ce qu'elle trouve dans d'anciennes catégories toutes faites. (Rien à voir n'est-ce pas? avec la précédente intuition). Cette invention intellectuelle est, paraît-il, particulièrement nécessaire pour comprendre la vie (p. 40)...
« 3" Une autre intuition de M. Bergson, c'est la faculté de trouver un sens (ou de retrouver un sens préconçu) à un ensemble de faits par opposition à l'acceptation brute de ces faits, à l'opération brute de les répartir mécaniquement sous quelques étiquettes (p. 47)...
« 4° Cette (quatrième) intuition, c'est l'instinct, c est le vouloir, c'est l'action, en tant que l'instinct n'est point connaissance, en tant qu'il n'est point langage, en tant qu'il est la continuation même de la vie organique (p. 49). »
M. Benda ne manque pas de citer des passages tirés des écrits de M. Bergson où ces quatre intuitions sont nettement caractérisées et qui justifient la distinction qu'il établit entre elles.
La quatrième intuition, l'intuition-instinct est celle que M. Bergson et ses disciples opposent à l'intelligence et qu'ils entendent mettre au-dessus de l'intelligence. « Cette fois, dit M. Benda, nous y sommes. Cette intuition-là est bien l'intuition annoncée : elle est bien inintellectuelle, et elle est bien adaptée au mouvement, bien adaptée au seul mouvement, elle se moule sur la forme même de la vie, elle est commensurable avec la vie, elle coïncide avec la vie, bien mieux! elle est la vie (p. 51). »
C'est l'intuition-instinct, qui, selon notre auteur, explique le succès de la doctrine bergsonienne. « Nous ferons observer, dit-il quel attrait devait être une telle philosophie pour une société qui entend ne point faire l'effort de comprendre, jouir violemment de la vie, et toucher en même temps les avantages qui, quoi qu'elle en dise, continuent de s'attacher au renom de l'intellection... Le succès de l'Intuitionnisme tient surtout à ce qu'il proclame la supériorité du vagissement sur la parole, du tâtonnement sur la maîtrise, de l'esprit qui se cherche sur l'esprit qui se possède: on conçoit que des docteurs brouillons, des bardes embourbés, des poétesses mobiles, que tous les incapables d'une pensée possédée se soient rués au triomphe
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d'une philosophie qui érige leur iaquiétude en sommet esthétique et leur jette en pâture l'esprit maître de lui (p. S9). »
Il est inutile de dire que nous sommes loin d'admettre et même que nous avons quelque peine à prendre au sérieux une méthode de philosopher qui prétend subordonner l'intelligence à l'instinct. On ne peut comprendre cette subordination qu'à la condition d'élever l'office de l'instinct en y faisant entrer implicitement les concepts les plus élevés de l'intelligence, et d'abaisser la fonction de l'intelligence en ne lui reconnaissant qu'un objet, l'action, et, par suite, qu"une valeur utilitaire, en la réduisant au rôle de l'instinct par la fin exclusivement pratique qu'on lui assigne.
BRÉHIER (Emile). — Schelling {in-8°, F. Alcan, Collection des Grands Philosophes; vu-3l4 p.).
Cet ouvrage, consacré à la biographie et à l'examen des œuvres de Schelling, est divisé en trois parties : — i. Les premiers travaux ; — II. Schelling à léna ; — m. Le problème religieux. La première partie comprend deux chapitres : — i. Philosophie et critique ; — ii. Les débuts de la philosophie de la nature. La seconde partie se compose de cinq chapitres : — i. Schelling et les romantiques ; — ii. La philosophie de la nature; — ni. L'idéalisme transcendantal ; — iv. La philosophie de la liberté;— v. La philosophie de l'art. La troisième partie est divisée en cinq chapitres : — ■ i. Philosophie et religion; — ii. Le problème de la liberté, traditionnalisme et nationalisme ; — m. Les âges du monde; — w. La notion du devenir; — v. Mythologie, révélation et philosophie positive.
Les chapitres que nous avons lus avec le plus d'intérêt et qui nous paraissent avoir une importance spéciale sont : dans la seconde partie, les chapitres m et iT où l'auteur fait connaître le rapport de Schelling avec Fichte et les divergences de leurs doctrines ; dans la troisième partie, le chapitre premier, où il compare les vues opposées de ces deux philosophes sur l'intuition de l'absolu, et le chapitre V, où il montre clairement la ressemblance et la différence qui existent entre la philosophie de Schelling et celle de Hegel.
L'ouvrage se termine par une Conclusion, où M. E. Bréhier essaie de caractériser le philosophe de Schelling et nous dit ce qu'il faut penser de l'irrationalisme qui, selon Hartmann, distinguerait cette philosophie de celle de Hegel et la rapprocherait des principes soutenus par Schopenhauer.
Nous citerons le passage suivant où il explique très bien en quoi ces deux formes de l'irrationalisme, le volontarisme et le contin'^entisme, tels qu'ils se présentent chez Schelling, différent, le premier du volontarisme de Schopenhauer, le second, du contingentisme de M. E. ,Boulcoux :
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« Le volontarisme, c'est raffirmation que Ton trouve (chez Schelling) dès 1809, que l'être originaire est essentiellement volonté ; depuis, Schelling n'a jamais cessé de penser que les principes qui agissent dans le devenir n'étaient ni des notions abstraites, ni des principes formels, mais des volontés. De plus, il désigne l'être suprême comme absolue liberté, qui ne reçoit aucune sorte de détermination. Cela suflit-il à en faire un précurseur de Schopenhauer ? Historiquement, la question est obcure; les notes de Schopenhauer cependant nous font voir clairement qu'en 1812 ou 1813, il n'avait nullement remarqué les passages volontaristes du traité sur la Liberté. D'autre part, les leçons orales où Schelling a développé la théorie sont postérieures à l'opparition du Monde comme volonté. Mais il y a plus, le mot ne recouvre nullement le même concept. Sans doute la volonté de Schelling est, comme celle de Schopenhauer, un vouloir magique et évocateur du réel. Mais chez le pessimiste; elle est essentiellement volonté de vivre ou bien volonté d'anéantissement, elle n'est volonté de savoir, de conscience que tout à fait indirectement, pour autant que le savoir est au service de la vie. Et c'est là le véritable volontarisme ; mais, dans Schelling, cette volonté est le vouloir de la conscience ; loin d'être irrationnelle, elle
est l'entendement lui-même
^phI IliÏLlV.[if \i* sortes de contingentisme, l'un portant sur l'essence
,, ",' " „„ i-^^'lilÊPce. Le premier, qui affirme l'impossibilité de l'autre sur 1 exibiy^-o ^ ' T •,-,•. ,
déduire rationnellemèl^t «^ de réduire alunite la richesse des formes du réel, est celui de^nos jours; ce n'est pas l'existence de fait, mais le contenu des lois de'laTrai^^'d'Enùlë Boutroux déclare contingent. Telle n'est pas du tout la doctrine de Schelling ; les formes de l'être y sont déterminées d'une façon absolument nécessaire par cette sorte de volonté de conscience, de vouloir être pour soi qui est le moteur du devenir : la contingence ne porte pas sur le point de savoir ce que sera cette réalité, mais seulement si cette réalité déterminée ne varietur existera ou non. Par conséquent et d'abord toutes les formes de l'être sont spéculativement déterminées. Il y a plus : l'acte même par lequel l'absolue liberté réalisera ces formes est au fond commandé par cette espèce de poussée de l'être vers la conscience toujours plus grande, plus épanouie (p. 298 et suiv.). »
COMTE (Auguste). - Pages choisies. Notice sur la vie et l'œuvre de Comte et commentaires reliant les divers morceaux, par Roger Picard (in-12, librairie positiviste Georges Crès et C'>= ; 387 p.).
Ces morceaux choisis, méthodiquement distribués et commentés avec une rare intelligence, forment, avec la notice biographique qui les précède, un ouvrage qui fait très bien connaître et comprendre
le positivisme comtiste. Le volume se compose d'une Introduction et de quatre parties. L'introduction est intitulée : La philosophie positive, son but et ses avantages généraux. La première partie {Philosophie des sciences) est divisée en deux sections : i. Classification des sciences positives ; ii. Les sciences positives. La seconde partie {La physique sociale ou sociologie) comprend sept sections pour la sociologie dogmatique et quatre pour la sociologie historique. Les sections qui se rapportent à la sociologie dogmatique sont : i. Décadence des anciens systèmes politiques; — ii. La crise sociale;— m. La nouvelle politique; — iv. De la méthode en sociologie ; — v. Position encyclopédique de la sociologie; — vi. Statique sociale ou théorie de l'ordre; — VII. Dynamique sociale ou théorie du progrès. Les quatre sections qui se rapportent à la sociologie historique sont : i. Considérations générales sur la sociologie historique ; — ii. Vétat théologique ; — iii. L'état métaphysique ; — iv. Uélaboration de l'état positif. La troisième partie [Morale et éducation) est divisée en deux sections : i. La morale ; — II. L'éducation. La quatrième partie {Le positivisme religieux) comprend quatre sections : i. La mission de la sociologie ; — ii. Théorie générale de la religion; — m. Le culte et le dogme positivistes; — IV. — Le régime positif : organisation et fonctionnement.
FABRE (Joseph). —Jean-Jacques Rousseau (in-12, F. Alcan; 251 p.)
Il n'est aucun des quarante-deux chapitres dont se compose ce livre qui ne soit d'un haut intérêt. Ceux qui nous paraissent surtout mériter l'attention sont le chapitre ii : Rousseau censeur de l' évolution intellectuelle, de l'évolution politique et de l'évolution morale de la société ; — le chapitre vin : Pestalozzi et Frœbel disciples de Rousseau; — le chapitre xi : La nature de la femme, sa vocation et son éducation selon Rousseau ; — le chapitre xiv : La morale de Rousseau précurseur de Kant; — le chapitre xvi : La religion naturelle chez Rousseau précurseur de Kant ; — le chapitre xix : Le théisme moral de Rousseau et son épuration du christianisme ; — le chapitre xxiv : L'unité du pouvoir et le parlementarisme condamnés par Rousseau; — le chapitre XXVIII : Comment Rousseau méconnaît le droit de propriété et la liberté de conscience ; — le chapitre xxxi : Essence de la volonté générale et de la loi selon Rousseau; — le chapitre xxxv : La question sociale et sa solution selon Rousseau.
M. J. Fabre met très bien en lumière linduence que Rousseau a exercée sur Kant et les rapports de la pensée du premier avec celle du second en philosophie morale et religieuse. Nous citerons ici quelques passages caractéristiques sur ce sujet :
« Tandis que, selon Kant. c'est la raison qui commande d'agir conformément à une maxime telle que nous puissions vouloir qu'elle soit érigée en loi universelle, Rousseau pense que le principe stimu-
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lant est l'amour naturel du bien, et il tend à substituer au principe impératif le principe persuasif.
« Kant a raison de mettre en lumière le fait capital de l'obligation trop laissé dans l'ombre par Rousseau ; mais Rousseau ne se trompe pas quand il. juge qu'une idée pure ne saurait par elle seule produire la détermination. Le sentiment est lunité vivante où se fondent ensemble la pensée et le vouloir (ch. xiv, p. 111). »
« Liberté, immortalité, providence, ces trois corollaires de l'obligation morale que Kant affirmera dans ses trois Critiques, Rousseau les affirme dans sa Profesaioa de foi du Vicaire savoyard. Ce sont les croyances fondamentales pour l'un et pour l'autre. Seulement, tandis que Kant mettra en pièces sous les coups de sa dialectique toutes les démonstrations de l'école et n'admettra que la certitude morale qui relie nécessairement au concept inébranlable du devoir les concepts de la liberté, de l'immortalité et de Dieu, Rousseau entreprendra de prouver la liberté par le sens intime, l'immortalité par la spiritualité de l'âme déduite elle-même des caractères de la pensée, Dieu par l'ordre universel, qui exclut l'hypothèse d'une fatalité aveugle produisant des êtres intelligents.
« Ce qui est commun à l'un et à lautre, c'est l'exclusion du pur dogmatisme, c'est l'appel à la raison pratique, c'est l'invention des croyances rationnelles, c'est la préoccupation de triompher particulièrement des incertitudes qui touchent aux intérêts vitaux de l'humanité (Gh. XVI, p. 118). »
« Qu'est-ce, au fond, que cette volonté générale que Rousseau juge infaillible et qu'il distingue de la volonté actuelle d'un peuple ?
« C'est la pure expression du vouloir commun sur les points qui louchent au bien commun.
« Du moment oîi prévalent des volontés particulières, du moment où Ion vise des intérêts particuliers, elle est éludée. « Le citoyen, dit Rousseau, « qui détache son intérêt de l'intérêt commun voit bien « qu'il ne l'en peut séparer tout à fait; mais sa part du mal public ne « lui paraît rien auprès du bien exclusif qu'il prétend s'approprier. Ce « bien particulier excepté, il veut le bien général pour son propre « intérêt, tout aussi bien qu'aucun autre. La faute qu'il commet est « de changer l'état de la question, en sorte qu'au lieu de dire par son « suffrage: Il est avantageux à l'Etat, il dit: Il est avantageux A tel « homme, ou à tel parti, que tel avi^ passe. »
« La volonté générale ainsi caractérisée tend à se confondre avec le grand principe de Kant sur la nécessité d'universaliser les maximes de nos actions pour en reconnaître la moralité, et elle revient à l'adoption de la règle suivante : Citoyen, vote de telle sorte que la raison de ton vote puisse être érigée en une loi pour tous, présents et à venir (ch. xxxi, p. 190). »
Il y aurait, croyons-nous, des réserves à faire au point de vue philosophique, d'une part, sur la préoccupation, commune à Rousseau
etàKant, d'exclure, en philosophie morale et religieuse, le pur dogmatisme pour demander la certitude à la raison pratique ; d'autre part sur la théorie rousseauiste de la volonté générale et sur le principe kantiste de l'autonomie delà volonté.
FLOUKNÛY (Th.) — La philosophie de "William James (in-12, Saint-Biaise. Foyer solidariste ; 219 p.)
Cet ouvrage fait très bien connaître et comprendre l'oeuvre philosophique de William James. Il est divisé en onze chapitres, où l'on suit avec un vif intérêt l'évolution de sa pensée, toujours sincère et originale: i. Nature d'artiste; ii. Influences préalables; m. Rejet du Monisme; iv. Pragmatùme ; v. Empirisme radical; vi. Pluralisme ; vu. Tychisme ; viii. Méliorisme et Moralisme ; ix. Théisme ; x. La volonté de croire; xi. Résumé et Conclusion.
L'auteur rappelle, dans le chapitre xi, qu'il avait eu, en 1892, l'occasion de communiquer à W. James une étude critique que Secrétan venait de consacrer à la philosophie de Renouvier. Après l'avoir lue, W. James lui fit part de ses remarques qui revenaient à peu près à ceci :
■ t II n'y a en philosophie que deux ou trois grandes attitudes fondamentales, dont aucune ne peut tout embrasser, mais qui sont inconciliables et entre lesquelles on est obligé de choisir : or, le système de Renouvier est l'expression classique et conséquente de l'une de ces attitudes, celle qui vise avant tout à formuler les choses d'une manière intelligible pour notre pensée ; ne pas s'en contenter, c'est renoncer à tout espoir de compréhension logique et tomber dans des formules inadmissibles, comme font tous les mystiques, et M. Secrétan avec eux, puisqu'il n'arrive pas à articuler quoi que ce soit de précis pour remplacer le néo-criticisme qu'il trouve si peu satisfaisant (p. 176). »
Ces remarques sont fort curieuses. Elles expliquent pourquoi le philosophe américain, ne pouvant se contenter de l'attitude philosophique de Renouvier qui visait à formuler toutes choses d'une manière intelligible pour notre pensée, a été très naturellement conduit à abandonner tout espoir de compréhension logique, par suite, à conclure à l'anti-intellectualisme, au pragmatisme et à l'empirisme radical.
Nous devons signaler, en terminant cette notice, les pages oîi M. Flournoy parle des rapports intellectuels de James et de M. Bergson, oîi il montre l'analogie de leurs méthodes et l'opposition qui lui paraît exister entre leurs doctrines, c'est-à-dire entre le pluralisme du premier et la conception foncièrement moniste du second (p. 180-186).
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HAVEN(D'"Marg). — Le Maître inconnu Cagliostro, étude historique et critique sur la haute magie (iii-8^ Dorbon aîné ; 330 p.).
Ce livre est un essai de réhabilitation tenté par un écrivain agréable. La lecture du livre est plus aLtrayanle que persuasive. Mais les plus incrédules aiment les histoires merveilleuses. Ils n'y croient point. Ils n'en sont pas moins accessibles au plaisir d'assister à tout ce qui aurait pu être, si la réalité s'était avisée d'être aussi riche et, dans sa richesse, aussi capricieuse que l'imagination des hommes.
On sait que Joseph Halsamo a passé pour n'être qu'un pseudonyme de Cagliostro. Le D'' Marc Haven soutient qu'il y a là deux personnages distincts. Et il en profite pour éliminer de la vie de son héros une collection d'anecdotes qu'il juge imaginées de toutes pièces. Il nous apporte donc un Cagliostro renouvelé, et il en profite pour l'appeler : le maître inconnu.
HOFFDING (Harold). — Jean-Jacques Rousseau et sa philosophie, traduit avec un avant-propos par Jacques de Coussange (in-12, F. Alcan, Bibliothèque de philosophie contemporaine; xi-164 p.).
Cet ouvrage est divisé en quatre chapitres : i. L'éveil ; ii. Rousseau et ses Confessions ; m. La vie, le caractère et les œuvres ; iv. La philosophie de Rousseau. L'auteur nous fait connaître l'enfance de Rousseau, ses rapports avec M™<^ de Warens, son séjour à Paris, sa rupture avec les Encyclopédistes et sa rupture avec Voltaire. Le chapitre iv est consacré à l'exposition des idées fondamentales de Rousseau, de ses vues sur le problème religieux, sur le problème pédagogique et sur le problème politique et social.
Nous devons signaler, comme particulièrement intéressantes, les pages 52-73 du chapitre m sur la rupture de Rousseau avec les Encyclopédistes, et les pages 126-138 sur les vues de Rousseau en matière religieuse.
M. Hôffding remarque avec raison que, « si la rupture de Rousseau avec les Encyclopédistes ne fut, pour les contemporains, qu'une querelle littéraire, elle est, pour celui qui regarde attentivement, un grand tournant de l'histoire (p. 73) ». Il montre très bien que la raison profonde qui sépara Rousseau des Diderot, d'Holbach, Grimm, doit être cherchée surtout dans l'opposition qui existait entre leurs tendances d'esprit et les siennes.
« Ce qu'il y a de nouveau en Rousseau, dit-il, c'est l'importance qu'il attache à l'élément personnel et subjectif dans toute conception sérieuse de la vie. Par là il donna au problème religieux une nouvelle forme qui l'élève au-dessus des luttes des Encyclopédistes et des théologiens. Diderot et d'Holbach avaient raison de dire que la