‹ L'Année philosophique (volume 4)Chapitre 9 sur 78 · T. II, p. 368-369, Trad. Appuhn, p · texte numérisé non relu

T. II, p. 368-369, Trad. Appuhn, p

pris ensemble, connus ou inconnus de nous? Et, par conséquent, que la Pensée enveloppe et exprime, dans sa forme à elle, toute la réalité de tous les attributs possibles"? C'est de là que l'on est plus d'une fois parti pour soutenir que Tidéalisme est la conclusiou logique, quoique non avouée, de la philosophie de Spinoza. Le spinozisme, dit notamment Fr. Pollock, doit arriver à soutenir que rien n'existe, excepté la Pensée et ses modifications ; car si les attributs sont définis par Spinoza comme des mondes objectifs, une telle définition déguise mal ce fait souverainement important, à savoir que le monde de la Pensée, et lui seul, se trouve être à la fois subjectif et objectif. Est-ce que l'intellect qui perçoit un attribut comme constituant l'essence de la substance n'appartient pas d'ailleurs à la Pensée? Il apparaît donc, quand ou pousse un peu l'analyse, que la Pensée absorbe tous les autres attributs, ou que tous les attributs concevables reviennent à n'être que des aspects objectifs de la Pensée elle-même^.

Il se peut, eu effet, que la Pensée acquière dans le système spiuoziste nue prééminence sur les autres attributs ; mais c'est à uu tout autre poiutde vue, et sans autoriser l'interprétation de Pollock. Cette interprétation n'impose l'idéalisme à Spinoza que parce qu'elle commence par s'en inspirer elle-même, en supposant que par sa vertu représentative la Pensée, prise comme entendement, joue le rôle de condition souveraine, de priucipe, par rapport aux objets qu'elle représente, et même par rapport à l'existence de ces objets. Une telle conception de la Pensée, non seulement n'est pas d'accord avec le spinozisme, mais même y répugne. Le propre de la Pensée, pour Spinoza, c'estde rendre possible, c'estde produire une connaissance des choses telles qu'elles sont en elles-mêmes, c'est-à-dire sans que les choses soient enfermées dans cette connaissance ou y soient même à quelque degré relatives. La Pensée, dit Pollock, à la différence des autres attributs qui sont des mondes objectifs, est un monde objectif et subjectif à la fois. Expression ambiguë et inexacte. Car qu'entendre par la subjectivité de ce monde? Que la peusée, en même temps qu'elle connaît les attributs, se conuaîtelle-mème comme lescouuaissant? Mais l'action de se connaître de la sorte est réservée à l'entendement, qui n'est qu'uu mode de la Pensée, et qui par suite ue la caractérise pas essentiellement. La représentation des autres attributs comme

1. Frédéric Pollock, Spinoza, his life and philosoplty, 1880, p. 175-179.

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objets ne fait pas non plus de la Pensée une puissance qui s'oppose par là à ces attributs : car elle est comme eux un genre d'être, une « essence de substance ». A coup sûr tout le réel doit s'exprimer dans la Pensée : mais il s'y exprime sans cesserd'être le réel, sans cesser de se poser en lui-même hors de la Pensée, comme la Pensée se pose hors de tout le réel qui n'est pas elle. Enfin, dire que la Pensée s'égale à tous les autres attributs au lieu de n'être égale qu'à l'un deux, parce qu'elle représente toute la réalité qu'ils ont tous avec la diversité irréductible de leurs essences, c'est établir entre les attributs, au profit apparent de l'un d'eux, une commune mesure extérieure et arbitraire, alors que les natures infinies qu'elles sont restent entre elles véritablement incommensurables.

Que la Pensée représente tous lesaulresattributs, cela signifie dans la philosophie de Spinoza que les attributs, en même temps qu'ils sont des genres d'êtres, sont en eux-mêmes souverainement intelligibles ; mais cela, c'est le rationalisme, et non pas précisément, même eu germe, l'idéalisme.

La distinction des attributs parait donc être bien fondée. Si Spinoza la ramène, sans d'ailleurs l'abolir, à l'unité, cette unité n'est point celle de tous les attributs dans l'un d'eux, mais de tous les attributs dans la substance unique qu'ils constituent. c< Substance pensante et substance étendue, c'est une seule et môme substance, comprise tantôt sous un attribut, tantôt sous l'autre ^ »

Comment cependant les attributs divers peuvent-ils se rapportera la substance une sans que l'unité de la substance absolument infinie soit dissoute ou sans que la diversité des attributs soit supprimée? Et même, d'une façon plus générale, les attributs peuvent-ils se rapporter à Dieu sans contredire par leurs caractères d'attributs la nature absolument infinie de Dieu ? Toute détermination, dit Spinoza en maint endroit, est une négation-; et c'est aussi une de ses formules, que Dieu est « ensabsolute iodeterminatum''. » Or. les attributs ne sont-

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