‹ L'Année philosophique (volume 5)Chapitre 25 sur 51 · Une science n'est qu'une langue Lien faite · texte numérisé non relu

Une science n'est qu'une langue Lien faite

2. Charles Secréfan définit l'intelligence : « Une réflexion de la volonté sur elle-même. » Il admet dune une sphère supérieure aux catégories, mais où il faut aller en chercher Le germe. Si ce n'est point là de l'apriorisme au sens kantien du terme, est-ce de l'empirisme ? On alléguera que les philosophes dont je parle sont des métaphysiciens tandis que notre auteur est et ne veut être que psychologue. J'en conclurai que M. Victor Egger élimine délibérément de sa curiosité les problèmes métaphysiques en ce sens qu'il ne les aborde pas de front. Une chose du moins est incontestable, c'est qu'il a une doctrine de psychologie, que ses constatations forment un ensemble, et qu'il y a là une philosophie toute prête à se dégager. Et je me demande si cette philosophie peut s'appeler un empirisme. L'essentiel de tout empirisme n'est-il pas l'affirmation de la passivité du sujel ? Or, ou je n'ai tait qu'un long contresens sur la doctrine de M. V. Egger, du l'une de ses affirmations favoriteset capitales esl celle de l'activitédu moi, activité créatrice de l'intelligence. L'intelligence n'est pas donnée. C'est la conscience qui se la donne par l'intermédiaire de l'effort. En vain m'objectera-t-on que M. Egger dérive l'intelligence de l'association, ce qui est le propre des empiristes. Je répliquerai que M. Egger, en dissociant les deux lois de l'associât ion. et en subordonnant la découverte des ressemblances à l'exertion de l'effort rompt définitivement avec l'associationnisme. Ce qui pourrait tromper ici c'est que le chemin qu'il va prendre et qui le conduira vn>, des hauteurs desquelles il dominera l'apriorisme, ne passe point par l'apriorisme. -le ne puis insister davantage sur cette digression. Les esprits avisés, j'imagine, en comprendront l'importance.

tion brise les contigus, forme des ensembles nouveaux. Elle seule, à le bien prendre, est digne de ce nom : car toute association implique des associés et parler d'associés, c'est toujours, à quelque degré, parler de semblables. Or, la contiguïté est une chose et la similitude en est une autre. Mais pourquoi disonsnous que l'on innove aussitôt que l'on associe par ressemblance? Parce que l'on dérange pour ranger; parce que l'on détruit pour construire. Que ce soit là innover aussi peu que possible, c'est innover quand même.

Et c'est pourquoi l'étude de l'association de ressemblance est étroitement liée à celle de l'imagination créatrice, mieux appelée : novatrice. Voici, par exemple, un peintre qui nous représente un moulin dont une rivière fait tourner la roue. Ni la rivière, ni le moulin représentés ne sont nulle part. Il n'en est pas moins vrai que l'association, ici est intervenue. L'association de contiguïté d'abord ; les moulins, dansla réalité, sont contigus aux rivières. L'association de ressemblance ensuite, attendu que la généralisation de cette contiguïté par l'esprit, comme toute généralisation d'ailleurs, implique une constatation de similitudes. Fromentin a, sur ce sujet, un morceau célèbre. Un jour qu'un berger passait sur la Seine conduisant un troupeau, le compagnon de l'artiste, un paysagiste illustre qui fut son maître lui dit : « Savez-vous que c'est une chose très belle à peindre qu'un berger au bord d'un fleure » '?

On pourrait longuement discuter sur ce texte ; et l'on prévoit, dans l'interprétation, de sérieuses divergences. L'un affirmerait qu'un seul exemple a suffi pour faire jaillir la généralisation. L'autre soutiendrait que l'exemple n'est pas unique, que les exemples antérieurs ont été oubliés, et, qu'à l'insude l'observateur, ils ont fait boule de neige. Ainsi penserait M. V. Egger.

On le voit : le fait d'avoir vu des bergers longer des rivières est ou peut être la source d'une remarque générale, de laquelle une œuvre d'art sortira. Mais il n'est pas nécessaire d'avoir vu plusieurs fois le même berger côtoyer la même rivière. Et. par conséquent l'habitude est ici hors de cause, telle que nous l'avons précédemment décrite. Il semble néanmoins paradoxal de lui refuser tout rôle. C'est donc que l'habitude, telle que nous l'avons examinée ici même, n'épuise pas le champ de

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