‹ L'Année philosophique (volume 5)Chapitre 31 sur 51 · L'Expérience religieuse, p. ilô · texte numérisé non relu

L'Expérience religieuse, p. ilô

M Boutroux. C'est un point qu'il convient de préciser.

On a vu que, selon M. Boutroux, les deux systématisations sont choses différentes, non incompatibles. 11 tient ets'applique à établir que la systématisation due à l'esprit religieux n'est nullement exclue par l'esprit scientifique. « L'individu dans la science, dit-il, cherche à systématiser les choses à un point de vue impersonnel. Comment la science, qui est son œuvre, lui interdirait-elle de chercher également à les systématiser au point de vue de l'individu lui-même ? Ce genre de systématisation, il est vrai, ne comporterait pas de valeur objective, au sens que la science donne à ce mot ; mais si elle satisfaisait le sentiment, elle répondrait à des besoins humains, non moins réels que le besoin de ramener les choses les unes aux autres1. » 11 fait d'ailleurs observer qu'à cette seconde systématisation, quoique faite du point de vue de l'individu, on peut et l'on doit, pour en donner une idée exacte et complète, attribuer un caractère d'universalité, parce qu'il s'y agit, « non de la personnalité d'une personne unique, mais de toutes les personnes, prises chacune comme fin et en même temps vivant d'une vie commune2 ». Il ajoute que la systématisation religieuse, ainsi définie, n'est pas seulement recevable sans contradiction, mais qu'il y a des raisons positives de la tenir pour vraie: et il expose ces raisons, tirées de l'art, de la morale, de la science même, c'està-dire de toutes les manifestations de la vie humaine, consciente et intelligente'.

M. W. James ne paraît pas admettre que l'esprit impersonnaliste de la science soit compatible avec l'esprit personnaliste de la religion. Au moins ne voit-on pas bien comment, selon lui, une foi religieuse quelconque, et non pas seulement telle croyance théologique professée par nos ancêtres, peut subsister en des esprits qui se sont convaincus, par l'observation et le raisonnement scientifiques, que « la théorie darwinienne de l'apparition accidentelle de tous les êtres et de leur disparition inévitable s'applique aux plus grands ensembles comme aux plus petits détails », et que les seuls principes de la nature qui se puissent imaginer sont « des atomes qui se meuvent sans cesse et dont les combinaisons

1. Science et Religion dans la philosophie contemporaine, p. 358.

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