‹ L'Année philosophique (volume 5)Chapitre 32 sur 51 · Ibid., \<- 360 et suiv · texte numérisé non relu

Ibid., \<- 360 et suiv

se font et se défont sans ordre et sans but ». Si cette conviction est imposée par la raison scientifique, on ne peut vraiment dire que ce soit « uue prétention exagérée » d'exclure, au uom de la science, le point de vue personnel qui caractérise la religion. Exagérée ! Le mot est bien vague. En quoi l'exagération consiste-t-elle ? Il faudrait l'expliquer. Il faudrait, en fin de compte, examiner de près la valeur des concepts que la science oppose aux concepts religieux.

Oe dirait que M. James comprend la nécessité' de cet exa-' meu, et qu'il se dispose à y procéder. Mais il s'arrête aussitôt et se borne à dire qu'il y a quelque chose de superficiel dans l'altitude impersonnelle de la science; que les formules générales ue sont que les symboles du réel ; qu'un être privé de tout sentiment intérieur ne serait qu'une demi- réalité '. Puis, sans faire connaître le sens précis qu'il attache à ces mots : super ftciel, symboles, demi-réalité, il exprime l'espoir, — en quoi il se montre conséquent à sa doctrine d'empirisme radical, — que des expériences concrètes, telles que celles de la mind-eure, mettront fin un jour au divorce qui existe actuellement entre le monde de la science et celui de la religion. « Ce divorce, dit-il, n'est peut-être pas aussi définitif qu'il le parait aujourd'hui. Il y a des progrès, en spirale : le personnalisme de la pensée primitive, que nous croyons avoir dépassé, pourrait bien reparaître un jour d'une manière impossible à prévoir; en ce cas, l'attitude rigoureusement impersonnelle de la science moderne apparaîtrait comme une exagération dont l'utilité fut temporaire, et non comme la méthode définitive que célèbrent avec assurance tant de penseurs contemporains1. »

Ainsi, en résumé, pour M. W. James, la conciliation de la science et de la religion n'est qu'une espérance ; c'est un progrès que l'on est fondé à attendre de l'avenir. Pour M. Boutroux, la question se trouve, dès à présent, résolue saus difficulté, ou plutôt supprimée par cette considération très simple, que la raison scientifique n'est qu'une partie de la raisou humaine; que les phénomènes et lois de phénomènes, objets de la science, ne comprennent donc qu'une partie de la réalité; qu'il en est uue autre partie, d'une autre nature et d'un autre ordre, la plus vivante, à vrai dire la seule vivante, à laquelle s'applique l'esprit religieux -.

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