I. Synthèse subjective : Introduction, p. 9 el suiv
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met cette hypothèse invérifiable à la « curiosité spontanée». Non seulement, il la permet, mais il l'approuve et se plaît à en montrer l'utilité. Huant à l'Espace, qu'il appelle le Grand-Milieu., on pourrait, dit-il, supposer « qu'il était jadis actif, et môme intelligent ». comme la Terre; mais il convient plutôt de « lui conserver l'existence purement passive, où le type humain se trouve réduit au sentiment, dont la suprématie constitue ainsi le seul attribut pleiuement universel1 ». Quoique passive, l'existence de l'espace ne laisse pas d'être réelle, et, par son unique attribut, le sentiment reste assimilable à l'existence humaine. On comprend donc que le Grand-Milieu d'Espace), le Grand-Fétiche (la Terre) et le Grand-Ètre (l'Humanité) soient unis dans la religion positiviste et forment « la suprême trinité qui la résume2».
Un caractère remarquable de cette religion est que les grandes et mystérieuses et vaines abstractions de la métaphysique panthéiste n'y ont aucune place ; qu'elle ne s'occupe et ne se soucie nullement de l'Infini, de l'Absolu, de la Substance ; que, si elle nie le Dieu personnel et créateur, elle sent le besoin de conférer, par le sentiment et l'imagination, la personnalité aux êtres par lesquels elle le remplace. La personnalité de ces êtres, telle que l'entend et l'explique le positivisme religieux, est plus qu'une personnification poétique : l'idée qu'il en donne se présente comme une demi-croyance que suggère et soutient la logique affective et que la logique intellectuelle n'interdit pas de tenir pour légitime. Auguste Comte a compris, — ce qui a échappé à Spencer et à M.Haeckel, — que hors de l'anthropomorphisme il n'est pas de religion, c'est-à-dire que la religion n'a jamais eu et ne saurait avoir d'autres objets que des êtres doués, comme l'homme, d'intelligence, de sentiment et de volonté.
Malheureusement, la religion positiviste est une mythologie qui, tout en s'efforçant de s'ignorer, reste trop consciente d'ellemême pour exercer une action efficace sur les cœurs et sur les consciences; et l'on peut craindre qu'elle n'ait quelque peine à se faire prendre au sérieux.