‹ L'Année philosophique (volume 5)Chapitre 4 sur 51 · Bhochakd, Reu.plnl.. 1881, p · texte numérisé non relu

Bhochakd, Reu.plnl.. 1881, p

même', ont tendu à croire que les formes de l'entendement étaient naturellement subordonnées les unes aux autres ou on d'autres termes, formaient un système de fouctions hiérarchiques1; 2° que, hors de l'entendement, dans le détail de la nature, Kant a admis, au moins à titre d'hypothèse indispensable, une adaptation matérielle entre la forme et la matière; cartel est le sens reconnu de la Critique du Jugement1. Bref nous dirions que le demi-empirisme de Kant et des universalistes, position meilleure que celle des empiristes purs, est encore intenable.

Nous avons essayé de prouver que la doctrine universaliste des concepts conduit à interpréter le syllogisme en extension. Quelle sera donc la doctrine du concept que supposera une interprétation du syllogisme en compréhension et purement en compréhension ? Puisque la fonction propre du concept n'est pas d'encadrer des individus ou des termes particuliers, cette fonction propre doit être cherchée dans le contenu qualitatif du concept. Le concept est donc l'àme d'un certain plexus de qualités, ou, si l'on veut, il donne à la fois la clarté et la distinction à un certain assemblage de représentations. Telle est sa fonction. Dès lors, le concept n'est plus un signe de la réalité, c'est une portion définie de la réalité. Par exemple, le concept d'animal n'est plus uue dénomination extrinsèque à l'aide de laquelle nous pouvons désigner en abrégé les divers animaux que la sensation est susceptible de rencontrer, c'est un système de qualités et, pour suivre ici la doctrine biologique d'Aristote, qui nous permet d'exprimer nettement notre pensée, c'est : une nature animée sensitive. Et n'y eût-il au monde, ou même dans le monde des possibles, qu'un seul animal, que le concept d'animal n'en serait pas moins ce qu'il est. Ajoutons, pour qu'on ne puisse se méprendre sur notre pensée, qu'elle n'implique nullement ce qu'on pourrait appeler, sur la foi d'Aristote, le réalisme platonicien. Cette doctrine serait, bien plutôt, celle des universalistes. Quanta nous, nous n'admettons point d'autres réalités complètes, effectives ou, si l'on veut, d'autres réalités tout court, que les individus ou, plus précisément, que les monades. Une monade est un concept concret, c'est-à-dire pourvu de toutes

1. Cf.Crit. delà R. pu., Barni, t. I. pp. 137 et 163; Harten., t. III, pp. 100-117.

•2. Cf. Introd.,% k, Barni, p. 28: Harten.. t. V, p. 186.

0 I. ANNEE PHILOSOPHIQUE. l'JI>8

ses déterminations ; un concept est, dans l'usage, quelque chose d'abstrait, et c'est pourquoi nous l'avons appelé : une portion de la réalité.

Reste maintenant à indiquer la relation de l'universalité

avec le concept. Des penseurs placés à un point de vue voisin du oôtre, n'ont pas hésité à dire que l'universalité est. pour le concept, un accident.1 : il se trouve que la uature animale est répétée en plusieurs exemplaires. Mais nous serions plutôt disposé à penser que le concept d'accident q< peut, s'appliquer à autre chose qu'aux résultats des décisions libres, si l'on en admet de telles : et il nous semble que l'universalité est une l'onction, mais secondaire, du concept. Prenons, en effet, un concept quelque peu élevé, c'est-à-dire quelque peu complexe. Eu l'analysant, nous y retrouverons d'abord quelque chose qui lui est propre; puis, immédiate ment au-dessous, un autre concept, qui est précisément le concept donné, moins son caractère propre. Ce second concept a donc une double existence : d'abord dans le concepi donné: ensuite, eu lui-même. Au-dessous de celui-ci. troisième concept qui a une triple existence, et ainsi de suite. Si nous appelons A ce troisième concept, et les deux autres B et C. nous dirons que A, B et C sont tous les A. Voilà la dériva tion de l'universalité in abstracto.

La dérivation de l'universalité in concreto, beaucoup plus difficile à exprimer, parce qu'elle est chose extrêmemen complexe, est pourtant une opération du même genre. Rap pelons-nous d'abord qu'en rejetant l'universalisme et le formalisme, nous avons pris implicitement une décision sur le principe de l'individuation : un individu est tel, pour nous. en vertu d'une dénomination interne. Cela posé, qu'est-ce que chacun de nous? C'est quelque chose de plus qu'un homme, c'est, un certain homme. C'est uu homme : 1° tel qu'il doit être pour des lins ultérieures; 2° tel qu'il soit forme et fin de toute l'humanité passée et présente, et de tout ce qu'elle suppose au-dessous d'elle. Nous devons faire ici abstraction du premier point de vue et. quant au second, nous le simplifions autant que possible en ne tenant pas compte de la liberté. Nous plaçant donc à ce second point de vue, nous dirons avec Aristote et Leibniz2, que ebacun de nous peut, en droit.

Page 1