Alex. A.PHR., 'Airop. /.. À., I, ]], p. 49, 1. 10, Spgl
2. Monad., § 30; Cf. Nouv. Ess., avant-propos, Erd., p. 196 a, i. med.
trouver eu lui tous les êtres, c'est-à-dire les hommes individuels, puis les animaux individuels, etc.; ce qui nous donne bien, cette fois, sauf réserve pour la liberté, l'universalité in concreto.
La troisième conséquence de l'interprétation résolument comprehensiviste.dll syllogisme, c'est que les trois termes forment, au moins dans la première figure, une hiérarchie qualitative et ont, daus les deux autres figures, des positions respectives analogues. Et cette conséquence est riche de contenu et aussi de lumière, car c'est elle qui nous éclairera sur la vraie nature du syllogisme.
L'interprétation traditionnelle du syllogisme, en raison de ce qu'elle est mixte, ne permet pas de déterminer la situation respective des trois termes. Ce qu'on y appelle le majeur est une qualité du moyen ; mais ce qu'on y appelle le mineur est un cas particulier du moyeu : l'établissement final d'un rapport qualitatif se fait par l'entremise d'un rapport de quantité. De sorte que l'inhérence du majeur dans le mineur semble ne pouvoir se conclure que par l'insertion artificielle entre eux d'un terme qui appartient à un autre domaine qu'eux. — L'interprétation purement extensive a sur la précédente la supériorité de laisser voir un certain ordre entre trois termes qui appartiennent tous au même domaine. Chose qui s'explique aisément, s'il est vrai que, comme le donne à penser notre dérivation de l'universel, la quantité logique est une fonction secondaire de la qualité.
Dans l'interprétation compréhensiviste, ou voit tout de suite que les trois ternies sont échelonnés dans l'ordre de la complexité décroissante. Si l'on dit que les baleines, étant des cétacés, ont, comme telles, du lait, il est clair que le concept de baleine est plus complexe que celui de cétacé et celui de cétacé plus complexe que celui de lactifère : car ou n'exprime pas autre chose en disant que dans chacune des trois propositions du syllogisme, l'attribut fait partie de la compréhension du sujet, et il faut bien interpréter ainsi chacune de ces trois propositions, si l'on ne veut pas mêler au point de vue de la compréhension celui de l'exteusion. — Maintenant, on peut définir avec plus de précision la hiérarchie qualitative que nous venons de reconnaître entre les trois termes du syllogisme. Puisque, pour que l'interprétation compréhensiviste d'uu syllogisme soit possible, il suffit que P implique .M cumme élément, et M, à son tour, G, la condition nécessaire
e1 suffisante d'un syllogisme est que P, M et <l se suivent immédiatement dans Tordre de la complexité décroissante.
Et cette suite immédiate existe toujours sous celle qui ne Test pas. Si L'on dit, par exemple : Socrate est homme; l'homme est responsahle; Socrate est responsable, c'est que l'on peut dire aussi : l'homme est libre; le libre est responsable; l'homme est responsable. Sous la suite : Socrate. homme, responsable, il y a la suite : homme, libre, responsable). Ainsi, partout où le syllogisme s'applique, il y a une échelle régulière de concepts et la pensée qui accomplit un syllogisme descend cette échelle.
Que sont donc cette échelle et cette descente? L'échelle n'est pas autre chose que l'univers lui-même et, par conséquent, la descente sur cette échelle est la moitié du mouvement par lequel la pensée parcourt l'univers.
Une première raison de croire que l'échelle régulière de concepts supposée par le syllogisme est. dans l'univers, quelque chose de plus qu'un accident, c'est l'universalité avec laquelle le syllogisme s'applique. Mais cette considération est encore empirique et extérieure. La véritable raison se tire de la nature de la connaissance rationnelle. Quoi qu'on ait fait et quoi qu'on fasse, on en reviendra toujours à reconnaître qu'il n'y a que deux façons de penser : l'une par juxtapositions contingentes, l'autre par liaisons nécessaires. Laquelle fonde l'autre? Si la pensée par juxtapositions contingentes suppose toujours une liaison nécessaire sousjacente, et n'est que cette liaison confusément aperçue (comme lorsqu'un homme qui ignore les rudiments de l'astronomie affirme que parce qu'il a fait jour aujourd'hui il fera jour demain;, alors c'est le rationalisme qui est le vrai. Si l'on admet l'inverse, on est empiriste; il n'y a plus que des habitudes. Mais alors de deux choses l'une : ou bien on regarde ces habitudes comme incompréhensibles et, d'une manière générale, on renonce à comprendre ou à savoir quoi que ce soit, attitude purement théorique qui décèle l'étroitesse et l'insuffisance de la doctrine ; ou bien on entreprend d'expliquer les habitudes dont il s'agit : mais cela ne peut se faire sans supposer un certain ordre qui serve de fondement à ces habitudes. On en revient donc au rationalisme (et, à vrai dire, dès qu'on discute, dès qu'on se propose tacitement pour but de satisfaire l'esprit par un système, on lui donne raison). .Mais les liaisons nécessaires sont des liaisons d'idées, c'est-
à-dire telles que, d'un concept il eu résulte nu autre. Or on voit bien que cela peut avoir lieu aisément d'une certaine façon : le concept d'homme résulte de celui de Callias, attendu qu'il y est contenu à titre d'élément. Penser une telle liaison est ce qu'on appelle faire une analyse. Mais il est clair qu'il y a dans l'univers d'autres liaisons que celles-ci, car autrement, comment aurait-on pu dire avec Parménide que l'être est, et surtout sortir de là ? Il y a doue, comme le veut Kant, des synthèses. Seulement il prétend, sauf d'heureuses inconséquences de détail, que ces synthèses, dans leurs types généraux, sont sans raison et, dans leurs cas particuliers, s'expliquent par la pure extension. Or c'est là ramener l'empirisme; un empirisme plus tenable que l'empirisme radical, précisément dans la mesure où il admet le rationalisme, mais encore intenable, puisque Kant lui-même ne s'y est pas tenu. Nous admettrons doue qu'il y a progression régulière de synthèses, ou que du moius (car nous ne saurions ici entrer dans le détail de la question), tout se passe comme si chaque concept en appelait un autre plus complexe que lui, mais le moins complexe pourtant de tous ceux qui dépassent le concept donné ; appel synthétique, car la détermination qu'on ajoute au donné n'y était point conteuue à titre d'élément ; liaison idéale, ou nécessaire, ou a priori, car cette détermination vient combler un vide du donné, vide qui l'empêchait d'être intelligible. C'est ainsi, du reste, que Kaut lui-même passe de l'unité à la pluralité, et de toutes les deux à la totalité. Qu'on explique, d'ailleurs, comme on voudra, l'ascensiou du simple au complexe ou, comme disait Aristote, de la matière vers Informe. Toujours est-il que les degrés doiveut eu être réguliers et qu'il doit y avoir une raison qui fasse monter de l'un à l'autre : car, en premier lieu, aucune autre supposition ne satisfait la pensée et, ensuite, l'ordre que nous pouvons constater ne s'explique bien qu'eu admettant, pour le fonder, un ordre réel encore plus exact, dont nous tendons sans cesse à nous rapprocher.
L'uuivers étant donc une échelle de concepts que la peusée monte par la synthèse ou descend par l'analyse, nous pouvons dire que le syllogisme est une analyse. Mais ce n'est pas une analyse immédiate : l'analyse immédiate ou censée telle Q'esl qu'un jugement; si. par exemple, on passe immédiatement du concept d'homme à celui d'animal, il n'y a pas là un syllogisme, mais un simple jugement: l'homme est animal.
Il û'y a syllogisme que lorsque l'analyse est médiate, comme lorsqu'on passe de l'idée de baleine à celie de lactifère, par l'intermédiaire de celle de vivipare. Par conséquent, il ne nous resle plus, pour comprendre le syllogisme en général ou réduit à sa plus simple expression normale, qu'à nous rendre compte de la fonction du moyen. Or c'est ce qui est facile après ce que nous avons établi. Si nous pouvons passer de l'idée de baleine à celle de lactifère par l'intermédiaire de celle de cétacé, c'est, avons-nous dit plus haut, parce que, l'idée de cétacé contient comme élément l'idée de vivipare ; de sorte que c'est celle-ci qui, en réalité, fonde le passage. Prenez maintenant une idée moins complexe que celle de vivipare, par exemple celle de vertébré, le passage n'est plus possible. Qu'est-ce donc que le moyen ? C'est le concept où le majeur est, pour la première fois, entré comme élément par une synthèse, de sorte que c'est le moyen qui introduit avec soi le majeur dans le mineur et, en général, dans tout concept plus complexe que lui ; et ainsi, quand le mouvement régressif de la pensée retrouve analytiquemeut le majeur dans le mineur, elle reconnaît que celui-là est dans celui-ci parce que le premier est dans le moyen : les baleines sont lactifères parce qu'elles sont vivipares. C'est ce qu'Aristote a exprimé dans sa formule -zà [jlétov aïxiov. Nous verrons au commencement du prochain chapitre que ceux qui refusent d'y souscrire confondent la logique artificielle et la logique naturelle. — Mais, si tel est bien le rôle du moyen, l'analyse syllogistique ne saurait plus nous apparaître comme tautologique : car les trois termes ne sont pas identiques entre eux. mais rationnellement subordonnés. Quand on conclut que les baleines sont lactifères parce qu'elles sont vivipares, on passe vraiment du concept de baleine à celui de vivipare et, de là, à celui de lactifère. L'opération réelle de l'esprit ne consiste pas à ne penser dans la baleine que le vivipare, et dans le vivipare que le lactifère. A la vérité, le syllogisme ne crée pas de synthèses1, mais il en retrouve. Il les prend à rebours, sans dpute, mais cela n'empêche pas que ni les prémisses, ni la conclusion n'expriment des identités. Un jugement qui subordonne un élément à son composé diffère précisément d*une identité en ce que. tandis qu'une identité peut se retourner arbitrairement, la proposition dont nous parlons ne le peut