Dogme et critique, p
LES RAPPORTS DE LA SCIENCE ET DE LA RELIGlUA 173
Dieu. Mais cette négation n'équivaut-elle pas réellement à affirmer que Dieu possède, d'une manière incounue, à un degré inconnu, quelques-uns des attributs communs aux personnes. Si le dogme Dieu est personnel ne nous donue pas l'idée d'une personnalité particulière, distincte des autres, il nous donne certainement, comme entrant clans la définition de Dieu, l'idée générale de personnalité ou d'esprit ; et c estprécisément cette idée générale très positive qui donne un sens à la négation de celle d'une « simple loi», « d'une entité abstraite », d'une « substance universelle ». d'une « force cosmique diffuse en tout ».
Négatif et prohibitif au point de vue intellectuel, le dogme, selon M. Edouard Le Roy, a surtout un sens pratique et moral ; et c'est à ce second sens qu'est rapporté et subordonné le premier. « Le dogme, dit-il, énonce avant tout une prescriptiou d'ordre pratique. Il est plus que tout la formule d'une règle de conduite pratique. Là est sa principale valeur, là sa signification positive... Dieu est personnel veut dire : comportez-vous dans vos relations avec Dieu coin me dans vos relations avec une personne humaine1.
Je demande à M. Le Roy quelles relations l'on peut avoir avec Dieu et comment la manière de se comporter à sou égard peut ressembler à celle dont on se comporte à l'égard d'une personne humaine, si l'on pense vraiment que la nature divine, étant soustraite à toute connaissance théorique, peut n'avoir rieu, absolumeut rien, de commun avec celle d'une personne humaine? Malgré sa conception nouvelle du dogme, et dans cette conception même 3, M. Le Roy est obligé, pour ne pas verser dans l'agnosticisme, de revenir indirectement et implicitement à l'anthropomorphisme. H reste enfermé