RENOUVIICR. — LA RÉSURRECTION PAR LA VERTU DE LA 101 8Î
de ])lus (lu'uno croyance ordinaire, ou (jne ce ({u'on appelle ainsi. C'était plus que le premier et le dernier mot de sa doctrine, c'était sa vie, sa vie ^/a/i.s.sYï mo/'f. Nous portons, écrivaitil, parlant de lui au pluriel, après avoir fait allusion aux douleurs de sa mission, « nous portons çà et là la tnortéité (Tr,v vi/.otocjiv) de Jésus iliins le corps, afin que la vie de Jésus se manifeste à son tour dans notre corps ; car nous qui vivons allant à la mort (^('jvtî; z'.; OivxTov) nous sommes livrés sans cesse à cause de Jésus, pour que la vie de Jésus se manifeste en notre chair mortelle, en sorte que la mort opère en nous » — en nous, l'ApoLre — « et en tous la vie. Nous avons le même esprit de foi qui a inspiré ces paroles de l'Écriture : J'ai ciu, c'est pourquoi f ai parié. Nous croyons, c'est pounjuoi nous parlons. Nous savons que celui qui ressuscita le seigneur Jésus nous ressuscitera avec Jésus, et nous produira avec vous dans la vie '. »
Dans la dernière et peut-être la plus belle de ses lettres, écrite de sa prison de Rome et dont on comprend difficilement, eu la lisant, que l'authenticité ait pu être contestée, tant elle exprime de sentiments personnels ardents et touchants, Paul parle de son œuvre, de sa mort, au fond désirée, et de ses espérances, en termes d'une absolue confiance eu sa résurrection par sa vie dans le Christ, dès à présent acquise : Ma vie est Christ (âaol -zù "^r^v yoi'jiô;) et la mort m'est un gain. Vivre dans la chair est, pour moi, l'intérêt de mon œuvre et je ne sais ce que je préfère. Car je suis pressé de deux côtés : mon désir est pour la délivrance, et pour être avec le Christ ; [ce serait de beaucoup le meilleur ; mais il est plus nécessaire que je demeure eu la chair, à cause de vous. Dans cette persuasion, je sais que je resterai avec vous tous pour votre avancement et pour la joie de la foi -. »
Cette prévision ne fut point justifiée, maison u'a ([ue des conjectures sur la fin de la carrière del'Aprttre, au milieu des tribulations que lui causaient la haine des Juifs et des Judéo- Chréliens, et l'accusation qui le tenait prisonnier du Prétoire. Son œuvre était déjà, sans qu'il le sût, accomplie, et elle l'était bien par la puissance de la foi. Cette foi (jui transporte les montagnes, selon le dire de Jésus, avait fait du mystère de la vie, de la mort et de la résurrection du Christ cette
(1) Deuxième aux Corinthiens, iv, 10-14.
(2) Aux Philippiens, i, 21-25.
3G l'année philosophique. 1894
religion commune des nations, qui devait supplanter les cultes nationaux.
Si l'on ne se contente pas d'une idée des plus vagues, pour se rendre compte de la théorie du Christ en nous, de notre vie qui dément Christ, de cette mortéité, — non pas mortalité seulement, — etdecette t"orJi-ù-?/îmf«'o/i (vi/.poj':';, c^jvc^c/f.c;':) qui prennent place dans nos corps suivant que, par Tinfidélité et le péché, nous nous rendons de plus en plus prisonniers de la nature corruptible et pécheresse d'Adam, ou que, au contraire nous devenons, grâce à notre foi, les sujets à' anecorésurrect ion avec le Christ (cr'jvfysp'îiç) ; si l'on fait attention à la force des expressions rapportées ci-dessus, qui montrent le travail de la mort ou de la vie eu nous, selon que l'une ou l'autre développe son énergie dans notre organisme (ÈvcpYït-a-.), afin d'amener les pliénomènes ('.vx cpavspo^TYi) qui répondent soit à la mortalité commune seulement, soit à l'incorruptibilité de la vie de Jésus, il est difficile de n'être pas conduit à croire que Paul se représentait une double évolution physique, dont l'une allait aux fins ordinaires de la nature animale, et l'autre, par l'opération de l'Esprit (-vcjtj-a), à une suscitation de la vie supérieure, telle qu'elle existe chez l'homme-Christ Jésus. Assurément, ce n'est pas indépendamment du miracle que l'Apotre imaginait ce dernier procès. Mais en pareille question, qu'estce qu'un miracle ? Entendons-nous bien. Aucun homme de ce temps ne s'est montré, à en juger par ses écrits, aussi peu enclin que lui à s'occuper des œuvres théurgiques, et des signes d'une mission de prophète, dans l'acception juive du mot. Nous avons remarqué l'étonnant contraste entre les EpHres de Paul et les Aclcs, qui sont ou ont passé pour être l'ouvrage de tels de ses disciples ou compagnons de missions. Nous avons distingué entre ses visions ou hallucinations, et les signes ou miracles dont s'alimente la crédulité populaire. De ces derniers, le seul, fondamental, il est vrai, est l'apparition de Jésus ressuscité, en son corps, aux douze, et à plus de cinq cents frcres ; mais il y a apparence que ce corps était, dans l'opinion de Paul, ce qu'il devait être selon sa doctrine, UD cori)s spirituel -vEjaaTiyyj:, transformé, glorieux : et le