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REXOUV'IER. — LE MODE PHYSIQUE DE LA RÉSURRECTION

miracle auquel il croyait rentre par là dans la catégorie des visions, lesquelles sont en soi réelles cl non miraculeuses. Tout cela bien pesé, que devons-nous penser du miracle de la transformation de la nature humaine mortelle en nature humaine immortelle, par l'elTet de la foi et l'acliondela grâce? Ce miracle ne doit- il pas plutôt être envisagé commis une loi de la nature, au point de vue d'un penseur pour qui la nature entière est un miracle de la puissance divine? Les opérations de celte loi sont secrètes, sans doute, mais celles ([ui président à la formation et à l'évolution de l'organisme commun, de l'organisme d'Adam, sont-elles donc moins cachées à nos yeux ? Nous verrons un jour les opérations de la paliugénésie et de la vie en Christ, pensait l'A poire.

La doctrine de l'immortalité de l'àme lui est absolument étrangère. On dirait, si cela était possible, qu'il ne l'a pas connue, mais cela n'est pas possible. Nul doute qu'il ne mît l'opinion de la vie future naturelle au premier rang de ces tromperies et de ces vanités (xcvy,ç ir.i-r,;) de la tradition et de la science helléniques, de celte philosophie qui est la perte de ceux qui l'écoutent * ; qui leur donne à croire, en ce cas-ci, que Ihomme peut regagner, sans la grâce de Dieu, la vie assujettie à la mort par la nature du corpa de péché. Paul se faisait de l'àme une idée conforme à la tradition de sa nation, c'est-à-dire inséparable de la vie phénoménale, telle qu'actuellement elle se manifeste, et distincte, au contraire, d'un principe supérieur d'où la vie elle-même découlerait. C'est le sens très clair de l'opposition qu'il établit, citant l'Kcriture, entre l'homme terrestre que Dieu a créé, et l'homme céleste, qui est le Christ ou procédant du Christ : « S'il y a un corps animal, dit-il, il y a aussi un corps spirituel. De môme que, selon ce qui est écrit : le premier homme, Ailam, devint une âme vivante {■l'-jy-i)'^ ^""v), le dernier Adam est devenu un esprit qui fait la vie (^wotcoiov) -. »

La preuve du sens inférieur et tout de mortalité que Paul donne à l'àme résulte de l'emploi qu'il fait du terme grec, du terme consacré à la désignation de l'àme ({'■-'/."O par ceux des philosophes anciens qui l'ont le plus distinguée du corps, de l'emploi, disons-nous, qu'il en fait comme épithète appliquée au corps corruptible. Ce corps est le corps animal (atiax

(I) Aux Colossiens, ii, 8.

(2 Première aux Corinthiens, xv, 44-15.

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•Vx/v/Mv), tandis que le corps appelé à rimmortalité est le coiys spirituel (cjwaa -v£'jaaTi./.6v), dont le Christ ressuscité a fourni le type, et auquel seront assimilés les corps des justifiés par la foi. Le premier est « chair et sang ^ par conséquent corruptible, et la chair et le sang ne peuvent être appelés au Royaume des Cieux, à l'incorruptible {o'jùz t, çOo&à -i^y àçOapcîav xVr,povoiJ.£t) K Mais 11 est plus que probable que Paul se représentait l'image de l'homme céleste (Tr,v zly.iyy. toj Èrojpavîo'j) comme extérieurement semblable à la forme humaine terrestre. Un passage topique de la Genèse, joint à l'impuissance de l'imagination, ne laissait guère d'alternative, et ii a toujours été facile de porter la pensée sur des fonctions et des organes externes qui n'ont rien que de noble, et de laisser dans l'ombre l'organisme animal de proie, d'assimilation et de désassimilation, dans lequel le démiurge n'a pas mis sa ressemblance. Cette partie de l'héritage constitutionnel d'Adam, intimement liée aux passions de la « chair », s'évanouit, sans que l'Apôtre, auteur de la promesse, soit obligé de chercher une physiologie nouvelle. Les morts, ditil, ressusciteront incorruptibles, et nous, — nous qui serons encore vivants de cette vie mortelle, au moment où la figure de ce monde est destinée à passer, — « nous serons changés » (xal Y,[ji.ctç àAlayriCopBa). On a VU ailleurs quand nous cherchions à nous rendre compte, en nous aidant de la doctrine de Paul, de la manière dont Jésus lui-même avait pu comprendre la résurrection des morts, comment cette transformation que l'Apotre, fidèle à la tradition, se représentait comme un événement subit, une révolution, devait être la victoire de l'humanité sur la mort, et marquer le moment où, le péché prenant fin, le Christ vainqueur remettrait toutes choses et lui-môme aux mains de Dieu ^ En supposant, comme nous l'avons fait, que Jésus eût pensé que son corps ressuscité serait un corps ainsi transformé, et que les élus, après le jugement, recevraient des corps pareils, — opinion d'ailleurs conforme à son enseignement d'après les synoptiques, où il est dit que, après la résurrection, il n'y aurait ni femmes, ni maris, mais qu'on serait tous « comme des anges de Dieu dans le ciel» ^ — ladoctrineélaboréeparPaul aurait consisté à

(1) j/>id.,\\,:,o.

(2) Voyez IKliide philosophique sur la doctrine de Jésus-Christ, p. 43 (Année phUosophique 1803).

(3j Mail. x\ii. 30 cl passages parallèles.

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