‹ L'Année philosophiqueChapitre 8 sur 77 · RENOUVIER. — LA DOCTRINE DES DEUX ADAM · texte numérisé non relu

RENOUVIER. — LA DOCTRINE DES DEUX ADAM

aurait ptk'lié, comme personnellomont, en son péché. Il n'en a point parlé. Le péché radical envisagé par sa théorie serait pins justement nommé le péché iKitiirelcl unicerscL Selon lui, tous les hommes y ont nécessairement pris part, chacun en l^arliculior, à raison de leur n;iluie animale commune, après la faute d"Adam et la perte du Paradis.

Pour aller an fond de cette pensée, il faut se rappeler l'opposition (|ue l'apùtre établit entre le corps animal ('!/j/'./.'5v), corruptible, mortel, qui est celui dont fut pourvu Adam, et qui a été après lui le lot de ses descendants, et le corps spirituel (-v£jaaT'./ôv) que revêtit le Christ en sa résurrection, et qui sera celui des hommes ressuscites en vertu de leur foi en lui et deleurcommunion avec lui'. Cette distinction revient, pour la philosophie messiani({ue de l'histoire, ù celle des ordinaires fils d'Adam qui, bornés au corps animal, au corps de mort, n'entreront point dans le Royaume des Cieux, mais périront simplement d'après la condition de leur nature, et des élus (jui seront sauvés et transformés par leur inhérence spirituelle au Christ Jésus. Tel est le fondement de la théorie pauliniste des dcu-v Adcnit. L'Adam terrestre est l'Adam de la Geiièsi', protoplaste, pécheur et mortel, des hommes comme lui pécheurs et mortels, ainsi que le comporte leur constitution physique, — car nous qualifions de physique, aujourd'hui, ce que Paul entendait par psychique à cause de l'idée de matière attachée à la '|'j//i, souflle vital ^ — L'Adam céleste est le Christ, l'homme au corps spirituel, prédestiné par Dieu à être la souche spirituelle, pour ainsi parler des élus greffés sur lui et pourvus de corps semblables au sien.

Mais, pourquoi, demaudera-t-on, pourquoi le créateur n'at-il donné au premier Adam et, par suite, à sesdescendants,qui ont participé de sa nature, que ce corps animal, source inévitable de péché, comme il a été dit plus haut? C'est vouloir en savoir trop long, nous répondra Paul, au moins implicitement, quand il s'expli(juera, comme nous le verrons, sur la raison de la prédestination des élus, c'est-à-dire de ceux qui, en s'nuissantau (]lirist, échangent leurs enveloppes de mort contre des corps immortels. Il s'en référera purement et simplement

(1) Voyez l'Ktiide sur la doctrine de Jésus-Christ, p. 41-Ofl.

(2) Nous avons traduit uiôilt. •\ij/:y.v/ par corps animal, au lieu de corps psychique pour éviter remploi de ce dernier adjectif devenu synonyme de mental, dans l'usage moderne. Au reste, nous ne faisons par là que mettre i'i profit un radical latin au lieu de son équivalent grec.

à la volonté de Dieu et à sa puissance comme autrefois l'auteur du Livre de Job pour expliquer l'inégale distribution des biens temporels. En somme, toute la philosophie messianique est fondée sur le dualisme des élus et des autres, des sacrifiés de la vie.

Si, comme il nous paraît vrai, Paul a tenu le péché pour un acte essentiellement personnel, encore bien que l'inévitable effet de la commune nature concupiscible, d'où vient qu'il a écrit que, par un seul homme, le péché était entré dans le

monde (^'-' ^^ô; àvOptô-ou y, àu-y-o-U tiç tov xôcjixov zlar^l^zy) ? La

question, jusque-là, n'est pas embarrassante ; car il est clair que le premier homme, transmettant sa nature par la loi de j l'hérédité, a transmis une qualité inhérente à cette nature, la 1 concupiscence, et, par suite, non le péché, mais la fatale racine du péché. Paul ajoute que, par le péché, est entrée la mort, et qu'ainsi la mort a passé à tous les hommes, parce I que tous péchèrent {i'i' <> -âv-s; Y;u.ap-ov). Cette dernière expression non seulement ne dit pas que la coulpe {style théologiq^ie) fut transmise ; mais encore elle exclut la possibilité de ce sens, puisqu'elle explique la mort de tous et de chacun par les péchés de tous et de chacun. On lit, quelques lignes plus bas, que, par la transgression d'un seul, beaucoup sont morts : ici encore l'interprétation commune des théologiens serait inconciliable avec le contexte ; car il y est rappelé que, durant les temps écoulés depuis Adam jusqu'à Moïse, il n'i/ a point ea d'imputalion parce qu'il n'y avait point de loi. Paul ajoute que les hommes n'ont pas laissé de mourir dans cet intervalle, quoiqu'ils n'aient pas alors péché en la manière de la transgression d'Adam, à qui un commandement avait été fait ; et il sous-entend, sans doute, qu'ils étaient pécheurs d'une autre manière, à savoir contre leur conscience — comme on l'a expliqué plus haut — et n'étaient pas dignes de la vie éternelle. Au résumé, l'unique sens probable de cette assertion : que la transgression d'un seul a causé la mort de beaucoup [beaucoup, expression adoucie), est qu'il y a eu causalité de fait, et non point arrêt de justice ; et la cause, non désignée, serait peut-être que les descendants d'Adam, conçus et nés sur la terre, après la perte du Paradis, ont été formés et constitués dans des conditions différentes de celles qui auraii'Hl appartenu à des natifs de cet Eden, où ils auraient pu cueillir les fruits de 1' « Arbre de vie », si leurs parents n'en étaient pas sortis pour avoir goûté de ceux de 1' « Arl)re

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de la connaissance du bien et du mal ». Kn ce cas, la vraie doctrine paulinisle, sous 1(> voile du mythe, serait du {j^enre des théories du péché orii;iMel, lonch'^es sur la solidarité matérielle et l'hérédité, à l'exclusion du principe juridi(iue '. Paul étaljlit un intéressant paraUélisme, en deux sens coutraires, eutre cet eilet de la transgression du premier père, qui fut la mort de ses descendants quoique non condamnables personnellement pour cette transgression, et l'effet du sacrihce du Christ, qui est bi résurrection et la vie pour les chrétiens, quoique pécheurs non méritants, et condamnables pour leurs pcclies personnels. 11 présente ce sacrifice comme un acte d'obéissance du Messie à Dieu, — idée à sou tour bien dilTérente de la subtile et peu saine imagination théologique de Dieu lui-même s'oltrant en sacrifice à Dieu ! — et ce point de vue lui permet de mettre en opposition symétrique les deux actes qui encadrent selon lui l'histoire de l'humanité terrestre : l'un d'injusliee, condamné, que les elTets de la condamnation suivent sur ceux qui ne l'ont pas commis, mais pour lesquels ils n'ont rien de juridique (sur la postérité d'Adam) ; l'autre de justice, que suit la grâce, que suit le salut, quoique immérité (le salut des disciples du Christ, unis à lui par la foi). Le premier acte est la désobéissance d'Adam, le second acte est l'obéissance du Messie à Dieu. Le sort des hommes, des pécheurs s'étend entre les deux, et la justice dont ils sont incapables, ne décide ni du commencement ni de la fin de cette histoire, toute suspendue entre la fatalité et la grâce, « de môme que, par la chute dun seul, le chemin vers la condamnation s'est ouvert à tous les hommes

(w; û'.' ivô; -Traox-TojtxaTo; si; -rdcvTEî àvOpojTTOu; zU y.aTxxp'.ax], de

même, par suite de la justice d'un seul, il s'est ouvert à la sentence de vie {tl; o'./.aùocv ;(oy,;) pour tous les hommes. Car de même que par suite de la désobéissance d'un seul homme, beaucoup ont été mis dans une condition de pécheurs (àaao-wAol xaTEiTaOri^xv o'. ttoaaoI), de même, par suite de l'obéissance d'un seul, beaucoup ont été établis dans une condition de justes (oCxaio'. xxTXîtaOrjaovra'. 0'. TTOAAoî). La Loi intervint pour qu'abondât le péché; mais alors, où abonda le péché, la grâce surabonda afin que, de même que le péché

(1) Epîlre aux Romnimi, v, 1-2-I."». Nous avons débité par fragmonts, an lieu d'en essayer une traduction suivie, ce passage diflioile où la question du second Adam est mêlée, et dont la construction logique est reconnue défectueuse.

avait régné, et avec lui la mort, la grâce régnât par la justice et pour la vie éternelle, par Jésus le Christ Notre-Seigneur* ».

En se rendant compte de cette théorie, on ne peut éviter de reconnaître que le parallélisme qu'elle établit tire son unique signification de l'inimputabilité du péché au pécheur, avant la Loi, correspondant à son manque de mérite, c'està-dire à la gratuité de la grâce, après la Loi. La Loi règne sur une phase intermédiaire, pendant laquelle le péché est imputé, mais la surabondance de la grâce porte enfm remède à ce coml>le de maux. La justice du Christ est comptée à l'homme comme la sienne propre. Mais, et c'est maintenant ce qu'il faut voir, le salut, la grâce qui le donne, et qui ne réclame pas de l'élu la justice antécédente, sont cependant mis à condition pour lui ; ils exigent la foi et l'amour. La rédemption, c'est-à-dire l'application à l'homme de la justice du Christ, nest point une œuvre extérieure à l'homme.

La rédemption du pécheur par l'offrande d'une victime propitiatoire, et la substitution d'une victime à une autre pour apaiser la divinité irritée, tout en épargnant celui qui devrait seul répondre du péché, étaient des idées trop universellement reçues dans l'antiquité pour que Paul en ait évité la contagion. Elles sont cependant chez lui de moindre importance que celles où ne paraît pas la croyance à l'expiation par le sang, et à l'efficacité des substitutions. Dieu, ditil, « a prédestiné (upoÉOs-o) le Christ Jésus, victime expiatoire moyennant la foi en son sang,... afin de montrer sa justice, juste de lui-même et justifiant l'homme de foi- ». Ailleurs : '< Celui (jui n'a point connu le péché. Dieu l'a fait péché (iaxoT'-zv iroîTi-Tcv) pour uous, afin que nous devenions justice

de Dieu en lui ('-'va yEvomsOx Sixaiocrûv-ri Oeo'j èv a'jTw"; ^. » —

« Marchez dans l'amour, comme le Christ, qui vous a aimés '\ et qui s'est livré pour vous eu oll'rande et sacrifice en bonne j

(1) Ejiitre aux Romains, v, 18-21.

(2) Epilre aux Romains, m, 2.5-26.

(3) Deuxième aux Corinl/dcus, v, 21.

RENOUVIER. — LE SALUT PAR LA FOI ET L'aMOUR 23

odeur à Dieu 's. Et eufin : « Il y a uu seul Dieu et un seul médiateur entre Dieu et les hommes: l'homme Christ Jésus (xvOp(,)7:o; yp'.c-rô: Mr,wj;), qui s'est donné en rançon pour tous, fait témoigné eu son temps, dont j'ai été constitué le prédicateur et l'apôtre, — je dis la vérité, je ne mens pas — instituteur (les nations dans la foi et dans la vérité-. » Même en ne teuant pas comi)te des deux derniers passages, qui appartiennent à des épîtres dont l'authenticité — surtout de celle à Timothée — est très contestée, il faut reconnaître là la présence des éléments principaux d'une doctrine du sacrifice qui devint l'interprétation chrétienne universelle du sacrifice du Christ. Sans doute, ainsi qu'où le remarque toujours, la coutume des sacrifices effectifs fut abolie; ajoutons : leur abolition était si bien préparée, dans le monde juif et judéochrétien, — on n'en saurait dire autant du paganisme et de la philosophie néoplatonicienne — qu'il n'est guère question de cela dans les polémiques judéo-chrétiennes relatives à l'observation de la Loi^ mais il n'en est pas moins vrai que la doctrine morale sur laquelle reposent les sacrifices subsista avec toute sa force dans le symbole et dans les cérémonies symboliques substituées aux hosties réelles. La difficulté la plus considérable que rencontre aujourd'hui le christianisme pour se maintenir dans l'esprit des peuples tient indubitablement à l'étroite inhérence dans laquelle il s'est constitué avec ces croyances d'expiation sanglante et de substitution qui n'ont plus de racines en Occident, où l'idée de justice rationnelle a prévalu, ni dans la plus grande partie de l'Orient, où le bouddhisme et l'Islam les ont ruinées. Ce mal ne semble pas absolument sans remède, car le chrétien a toujours le droit de remonter des théologiens, et même des apôtres, au Christ. Or rien n'indique que Jésus, en regardant sa mort comme un sacrifice, et ce sacrifice comme la voie du salut pour les hommes, en pensant qu'il mourrait pour les péchés du peuple, et par ces péchés, ait entendu p;ir là qu'il était, lui, le Fils de Dieu, une victime substituée en vue de

(1) Aux Ephésicns, v, 2.

(2) Première à Timothée, u, 5-7.

(3) Les Juifs en deliors de Jérusalem n'avaient plus de temple. Plus de lcm|)le, plus de sacrifices. Sans doute ils observaient des rites particuliers, comme ils le font encore aujourd'hui, dans leurs boucheries, et ces rites tenaient à des prescriptions liées à l'usage des sacrifices sanglants. Mais ce n'est plus la même chose.

satisfaire à la vindicte divine, à la colère de son père contre les hommes. Il est très remarquable, au contraire, que les Évangiles synoptiques renferment beaucoup moins de traces de ces antiques croyances que des écrits apostoliques, auxquels ils sont cependant postérieurs ; c'est que leurs rédacteurs écrivaient d'après des documents où l'esprit réel de Jésus était dominant, et se trouvaient ainsi moins soumis à linfluence des idées de leurs propres contemporains. Nous croyons avoir montré que l'idée maîtresse du sacrifice, dans ces Evangiles, est celle du salut à obtenir par le sacrifice personnel de chacun, à l'imitation du sacrifice du Christ,, dans un monde prêt à périr et dans l'imminence du jugement des rirdnts et des morts.

L'apôtre Paul a donc été en ce point moins fidèle qu'en d'autres à l'esprit et à la pensée du maître que malheureusement il n'avait point connu, quoiqu'il l'eût vu; mais les visions ne sont pas des leçons. Nous devons seulement éviter de confondre les deux idées capitales : expiation, substitution, appliquées à la fonction du Messie souffrant, avec la forme qu'elles affectèrent plus tard quand ou imagina de comparer le poids du péché de l'humanité corrompue avec le poids de la victime qui avait pu être offerte pour l'expier, et qu'on découvrit, en raisonnant sur ce problème, qu'il n'y avait qu'un homme absolument pur, et qui en outre fût Dieu, qui pût être agréé par Dieu comme une victime de valeur infinie, capable de balancer la masse immense du péché, et d'éteindre la dette contractée envers la justice. Selon ce système, il est clair que, la rançon une fois payée, l'homme était rendu à la parfaite pureté, en ce qui concerne le péché originel, sans avoir à participer luiinème en rien à l'œuvre de sa délivrance. Mais, pour l'Apôtre, l'opération a lieu moyennant la foi, au sein de la personne, et l'œuvre est interne ou elle n'est pas. Il n'y a que l'union parfaite au Christ qui puisse rendre le pécheur participant par la grâce à sa justice : « J'ai été, dit Paul, en termes d'une singulière énergie, crucifié avec le Christ. Ce n'est plus moi qui. vis maintenant, c'est le Christ qui vit en moi. Pour ce qui est de ma vie présente dans la chair, c'est une vie dans la foi : dans la foi au fils de Dieu qui m'a aimé et qui s'est livré pour moi'. " On reconnaît là très exactement le sacrifice que Jésus réclamait des disciples qui voudraient le suivre. Paul suivait

(l) Ei>ilrc aux Calâtes, u, 19-21.

renouvii:r. — lk salut p.vh la foi et l'amouh 25

Jésus par sa vie toute de douleurs et de dévouement, et ce n'est point d'une autre manière qu'il entendait être racheté et jiLstifir. Sentir réellement qu'on a le Christ en soi, voilà le signe de la foi. L'Apùtre ne craint pas d'engager ses fidèles de Corinthe à mettre leur foi à l'éprouve sur ce point (iaj-roO? -£'.p7.!;£T£ £'. i'j-ï £v TY, T.i'j-t'.). C'cst par lù ([110 luimènie éprouve la sienne.

L'idée qu'on se fait communément de la foi du chrétien s'est fort altérée et dégradée, quand ou a réduit cette foi à la croyance que les choses rapportées dans l'Ancien et le Nouveau Testament sont vraiment arrivées. Même quand on ajoute, afin de faire plus facilement accueillir l'idée du salut par la foi, qu'une foi sincère ne manque pas de susciter des œuvres de justice, — fait contestable, fait continuellement et de tout temps démenti, — on est encore loin de la considérer comme capable, hormis en des cas bien extraordinaires, de produire le sentiment d\ixoir le Christ en soi, et de vivre la vie du Christ. D'un autre côté, il paraît excessif de réclamer de la faiblesse humaine le sacrifice entier de soi-même, dans les termes de Jésus et de Paul, et de compter, pour y parvenir, sur un état d'exaltation d'âme qui n'a pu se produire que chez le petit nombre, à la faveur de l'imagination populaire de la fin prochaine du monde et du dernier jugement. Et cependant le salut par la foi n'est moralement compréhensible qu'à la condition de cette identification subjective de l'homme pécheur avec l'Homme sans péché, fils de Dieu, parce que à cette condition, et avec ce sens de la foi seulement, la justice est certaine. C'est ainsi que nous devons comprendre une thèse de justification sans la justice, qui a toujours gardé un air de paradoxe, parce que l'idée de la foi ne pouvait plus être ce qu'elle a été pour Jésus vivant dans son Père, et ce qu'elle a pu rester quelque temps pour les apôtres vivant dans le Christ Jésus. Paul en a fait la théorie, mais n'en n'a point transmis l'intelligence aux docteurs, après l'époque et au delà des circonstances où elle était née.

(1) Deuxième aux Corinthiens, xiii, 5-6.

26 l'année PniLOSOPUIQUE. 1894

La communion avec le Christ étant un acte d'amour, cVamour des hommes, comme l'avait été son sacrifice, c'est l'amour qui, dans cette communion et dans cette foi, termes identiques, produit sans Loi la justice. Paul fait l'éloge de l'amour {%-(y-T), à la fois comme de la racine profonde et nécessaire de tout bien, et comme du terme dernier de la perfection. Sa pensée refuse de s'arrêter à l'état intermédiaire des relations humaines, dans lequel la justice formelle, une loi, sont choses nécessaires. La Loi est un ordre passé, impliquant le péché ; l'ordre à venir, qui est proche, est étranger à l'un et à l'autre. On ne peut pas exposer cette doctrine et faire autrement que de citer les plus illustres des textes qui s'y rapportent. « Quand je parlerais les glosses des hommes et des Anges, si je n'ai pas l'amour, je ne suis qu'un airain sonnant ou une cymbale retentissante. Quand j'aurais le don de prophétie, et que je saurais tous les mystères et toute la science, et que j'aurais la foi jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien ; et quand je distribuerais tous mes biens, quand je donnerais mon corps à brûler, si je n'ai pas l'amour, tout m'est inutile.

« L'amour est patient, il est bon; l'amour est exempt d'envie, de fatuité, d'enflure; il est honnête, il ne poursuit pas l'intérêt propre, il ne s'irrite pas, ne pense pas le mal, ne se plaît pas à l'injustice; il se complaît dans la vérité; il supporte tout, il croit tout, il espère tout, il résiste à tout.

L'amour ne passe point. Les prophéties, elles prendront fui; les glosses, elles cesseront ; la science, on n'en aura que faire. Car notre connaissance n'est que partielle, et partielle notre prophétie ; mais quand viendra l'état parfait (tô téIe'.ov) ce qui n'est que partiel prendra fin. Quand j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; devenu homme, j'ai mis fin à mes choses d'enfant, Aujourd'hui, nous voyons dans un miroir, obscurément ; nous verrons alors face à face. Aujourd'hui, je connais partiellement, alors je connaîtrai comme je suis connu. — « Maintenant, c'est le temps de la foi, de

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