I. Voici les conclusions de la première partie
« Les théories et doctrines qui conviennent aux animaux, conviennent à l'homme, et réciproquement. De même qu'ils sont d'une même substance et ont une même origine, ils ont le même sort... De la prétendue conscience toute mécanique de la Monère, distinguant ce qui lui est utile de ce qui lui est nuisible, à la conscience rudimentaire du Poisson ou du Reptile, à la conscience du Chien, de l'Éléphant, puis de l'homme, l'anthropologie ne voit que des degrés...
« Pour la nature, le spectacle que nous offrons est celui de ces fourmilières que chacun de nous a observées, s'agitant sans but au delà de leur vie présente... Pour elle, tout ce qui peut se faire se fait, les éléments se combinent se dissocient , se retrouvent , les formes succèdent aux formes, la désintégration suit rintégration l'équilibre est passager, il n'y a pas de fin, le mouvement est perpétuel. L'homme dans ce tourbillon n'est comme le reste qu'un grain de poussière (p. 29). »
IL Selon M. Topinard, les sociétés animales sont nées, par l'habitude et l'imitation, de rassemblements qui étaient d'abord indifférents et sans but. Les sociétés animales ne doivent pas, dit-il, être confondues avec les colonies animales. « Les colonies animales sont l'un des procédés employés par la nature pour varier et multiplier les formes animales dans le temps, à la surface de notice planète ; un moyen de créer des organismes nouveaux de plus en plus complexes aux dépens d'organismes antérieurs plus ou moins simples. Les sociétés animales sont des systèmes d'existence adoptés parles individus pour le plaisir de vivre ensemble, dans leur intérêt, par imitation et habitude, et ne conduisant jamais à la formation d'un organisme, individu ou être nouveau, cohérent dans toutes ses parties (p. 136). »
III. M. Topinard tient que l'homme, selon toute probabilité, descend directement « de quelque anthropoïde ignoré », et qu'il est« l'effort le plus étonnant et le mieux réussi de l'évolution du règne animal (p. 357) »; qu'il a, comme tous les Vertébrés un Moi centralisé, chargé de la conservation du développement de son organisme, donc nécessairement égoïste ; que cet égoïsme n'exclut pas l'altruisme, « conséquence de la satisfaction que le Moi ressent de ses relations avec les choses du dehors, et plus particulièrement avec les êtres de la même espèce (p. 359) » ; que les animaux forment des sociétés sous l'impulsion de mobiles divers, les uns pour chasser, comme le Loup, d'autres
par un besoin altruiste comme le Chien de prairie, d'autres parce qu'ils cèdent à l'autorité d'un père de famille polygame, comme les Equidés et les Gapridés ; que l'homme, à l'état de nature, a dû présenter ces divers modes d'association, lesquels « ne dépassaient guère selon toute probabilité le degré que nous avons vu chez les Singes cynocéphales et cercopithèques (p. 361) » ; que les sauvages primitifs ayant des ressources naturelles de tous genres, peu de besoins , peu de motifs de concurrence et de lutte, pouvaient unir l'altruisme à Tégoïsme et vivre heureux; que, la population augmentant, il fallut organiser des sociétés jusque-là passagères, ce qui amena la dépendance naturelle, Tenvie, « une lui te, qui alla en grossissant, et fatalement un accroissement de l'égoïsme naturel aux dépens de l'altruisme » .
Les vues de Tauteur sur les origines de la famille humaine sont à noter. Il n'admet pas que la promiscuité et le matriarcat en aient été les formes primitives. « Le type initial de la famille humaine, dit-il, est conforme à ce que nous faisaient prévoir les animaux et en particulier les Singes et les Anthropoïdes. On a confondu l'amour libre en dehors du mariage avec le mariage consacré à titre d'engagement formel. La famille est le plus généralement monogame, quelquefois polygame, à l'origine toujours patriarcale (p. 177). »
IV. Dans la quatrième et dernière partie, consacrée à la science sociale, M. Topinard distingue deux espèces de fonctions de l'État : les fonctions essentielles et obligatoires et les fonctions supplémentaires et facultatives. « Les premières, qui ne souffrent aucune discussion, sont la défense extérieure, militaire et économique, la défense intérieure des individus, de leur vie, de leurs biens et de leurs hbertés ou droits. A la défense intérieure se rattachent en réalité l'hospitalisation des aliénés et la séquestration des criminels. Les fonctions supplémentaires et facultatives, quoique généralement admises, s'échelonnent ainsi qu'il suit : les soins à donner aux infirmes indigents incapables de prendre part à la lutte; la préparation à cette lutte, par l'instruction des enfants sans parents ou ayant des parents indignes ; les encouragements dans la recherche des professions convenant le mieux aux aptitudes de chacun ; une assistance équivalant à une punition aux indigents professionnels ou vagabonds ; des encouragements aux arts, aux sciences, aux lettres et à toute institution sociale utile en voie de fondation ; une éducation morale dans le sens d'une adaptation des individus aux mœurs nécessaires et d'un perfectionnement progressif de leurs facultés (p. 481). »
Nous remarquons qu'il repousse également le collectivisme et l'anarchisme (p. 484) ; qu'il considère les impôts indirects, contrairement aux tendances actuelles, comme les plus légitimes (p. 489) ; qu*il se prononce pour la suppression au profit de l'État des successions ab intestat en ligne collatérale (p. 495).