RENOUVIER. — LA PAROUSIE ET LE DERNIER JUGEMENT
La parousie, ou retour prochain du Fils de THomme, après l'accomplissement de son sacrifice, pour présider à la consommation du siècle et au jugement des hommes, est la partie essentielle des croyances chrétiennes primitives ; aussi se trouvet-elle en tous ses traits principaux dans les trois synoptiques, tandis qu'elle est non pas niée en propres termes, mais eflacée -dans le quatrième Evangile. Aucun doute sérieux ne peut s'élever sur la pensée de Jésus lui-même à ce sujet, si l'on ne veut abandonner tout à la fois la tradition dans ce triple cours de témoignages concordants, et la possibilité de trouver la source d'une croyance avérée, qui ne se dissipa même point «ncore à la fin de la génération qui avait pu voir le Christ, quoiqu'il dût paraître évident que la fin du monde était ajournée, et que la prophétie évangélique ne pouvait plus être prise à la lettre. Après la guerre des Juifs, en 70, les plus croyants élurent séparer l'idée de la parousie de celle de la ruine de Jérusalem. Le texte de Luc semble avoir été composé peu après cet événement, et, en ce cas, les deux autres lui seraient antérieurs; car ils ne font point la séparation entre là catastrophe nationale et la ruine du monde.
Il est naturel et conforme aux idées messianiques et eschatologiques établies avant sa venue, que Jésus, regardant le înonde comme condamné, le paganisme comme sans Dieu et :sans morale, et la nation juive comme irrédiablement infidèle et perverse, décidée à tuer ses prophètes, prête à crucifier son JMessie, ait joint l'idée de la fin du monde à celle de la dernière péripétie du drame de son peuple déjà plusieurs fois •abandonnné par Jéhovah, relevé, pardonné et finalement indigne de miséricorde. La prophétie, en ce que les trois textes ont de commun, se résume dans les traits suivants :
Jésus accompagné de ses disciples et en présence des vastes •constructions du temple, qui excitent leur admiration, leur -déclare que ce bel édifice sera détruit, et qu'il n'en restera ^pas pierre sur pierre.
A la demande des disciples qui s'enquièrent de l'époque où cet événement doit se produire, Jésus répond par la description des phénomènes qui en seront les précurseurs. C'est l'apparition des faux prophètes qui jetteront le trouble dans
piLLON. — Année philos. 1893. 3
les esprits, c'est la guerre universelle, nation contre nation, royaume contre royaume, c'est la famine, ce sont les tremblements de terre. Voilà le commencement.
Les disciples du Christ seront persécutés, battus dans les synagogues, traînés dans les prisons, traduits devant les rois et les gouverneurs. L'esprit divin leur dictera leur défense. Mais les familles seront divisées, le frère sera livré par son frère; ils seront haïs de tous à cause de son nom. Mais celui qui persévérera sera sauvé.
Quand Taffliction suprême tombera sur Jérusalem, les disciples devront fuir et ne point regarder derrière eux. Ce sera une calamité terrible. Observons que Tordre de quitter la ville à rapproche de sa ruine, de laquelle un esprit perspicace, instruit du passé, connaissant bien l'esprit de sa nation et affranchi du patriotisme temporel, pouvait avoir le très clair pressentiment, cet ordre signifie que les disciples doivent être étrangers à toute passion politique.
A l'issue de cette calamité, immédiatement, paraîtront les signes de la révolution de la nature : le soleil s'obscurcira, les étoiles tomberont du ciel, les puissances des cieux seront ébranlées. Alors le Fils de l'Homme arrivera sur les nuées avec puissance et grande gloire.
La prophétie finit par le précepte de veiller et d'être prêt pour le jugement, et par la déclaration formelle : « Cette génération ne sera pas passée que tout cela n'arrive. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » Matthieu et Uarc ajoutent que, pour ce qui est du jour et de l'heure, nul ne les connaît, ni les anges, ni le Fils lui-même, mais le Père seul.
Telle est l'apocalypse de Jésus, selon les trois synoptiques. Le passage relatif aux persécutions contre les chrétiens se trouve dans Matthieu^ mais à d'autres endroits, et encore est-ce avec cette remarque, que les disciples n'auront pas fini de parcourir les villes d'Israël avant que vienne le Fils de l'Homme (1). Il ne figure pas dans le présent morceau, où MarCy introduit, lui, l'idée toute contraire : à savoir qu'il faut d'abord que l'Evangile soit prêché à toutes les nations (2) ». Il se pourrait donc, il semble même probable que la mention, surtout à cet endroit, de la prédication étendue au monde entier et des
(1) MaU.,\, 16-23. ^ *
(2) J/arc, xm, lOi