‹ L'Annee Philosophique, Volume 4Chapitre 15 sur 94 · RENOUVIER. — LA PAROUSIE ET LE DERNIER JUGEMENT · texte numérisé non relu

RENOUVIER. — LA PAROUSIE ET LE DERNIER JUGEMENT

persécutions contre les chrétiens, hors de la Judée, n'a pris place dans nos textes qu'à l'époque de la diffusion du christianisme dans les colonies juives.

L'affliction suprême qui doit être le signe avant-coureur de la fin du monde est définie dans Matthieu et dans Marc par les termes certainement les plus anciens et dont l'origine est dans le Livre de Daniel : c l'abomination de la désolation dans le lieu saint >. Mais Liic, au lieu de cela, parle du jour où l'on verra « Jérusalem cernée par des camps » ; et, plus loin, il ne donne pas, ainsi que le font Matthieu et Marc, les phénomènes .cosmiques de la fin comme devant suivre immédiatement la chute de Jérusalem, mais il parle de la colère qui sera soulevée dans le monde contre ce peuple (d^^{r\ tô Icni^ toOt<^) : € Et ils tomberont, dit-il, sous le tranchant de Tépée, et ils seront menés en esclavage dans toutes les nations, jusqu'à ce que soient accomplis les temps des nations (à^^pt o'j TulYjpwôwdiv xaipol è6vwv)(l) ». L'auteur qui a écrit ces lignes connaissait la destinée accomplie de la ville sainte et se voyait obligé de remettre le moment de la parousie à une époqu e plus éloignée. La même raison l'a engagé peut-être à supprimer le mot, conservé par ses prédécesseurs, sur l'ignorance absolue où tous doivent être de l'heure précise des événements dont il a vu lui-même une partie s'accomplir, mais il n'a pas laissé de garder l'affirmation capitale : que le royaume de Dieu est proche, et que la génération présente en verra l'établissement (2).

Les épitres apostoliques constatent cette croyance chez les premiers chrétiens, et la preuve qu'elles en donnent est évidemment indépendante de la question de leur attribution ou authenticité. Celle de Jacques recommande aux frères la patience « jusqu'à la parousie du Seigneur ». La première de Pierre annonce la fin prochaine de toutes choses (TravTwv 8e tô TÉ^oç Yî'^'YtxEv). La première de Jean invoque la présence de nombreux antichrists (àvTi^pi<jToi. 7:o)Jol) en signe que la dernière heure est venue. VÉpitre aux Hébreux recommande l'assiduité aux réunions, à cause de V approche du jour (è-^TiÇouaav ty|v ■/iixépav) (3). L'Apocalypse, écrite avant la ruine de Jérusalem, est, on peut le dire, toute pleine de cette idée. Enfin, dans les

(1) Luc, XXI, 20 et 24. .

(2) Malt., XXIV, 1-44 ; Marc, xiii, 1-33; Luc, xxi, 5-36.

(3) Ep, Jac.,'y, 7; Ep. Petr.. ly, 7; Ep.Joan., ii, 18; Ep, Hebr., x,25.

lettres de Paul, on voit d'abord la parousie annoncée et décrite en termes d'un surnaturalisme dramatique aussi hardis et naïfs que dans le premier Évangile, et avec application aux personnes vivantes et à lui-même : « Si, comme nous le croyons, Jésus est mort et ressuscité, de même Dieu ramènera, par Jésus et avec lui, ceux qui dorment (les morts). Je vous dis ceci d'après la parole du Seigneur :' nous qui vivons, qui restons dans l'attente de sa parousie, nous n'aurons pas les devants sur ceux qui dorment, parce que le Seigneur luimême, à un signal, à la voix d'un archange, au son du clairon de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui sont en Christ ressusciteront d'abord ; ensuite, nous qui vivons, qui sommes restés, nous serons enlevés dans les nuées, avec eux, audevant du Seigneur, dans l'air, et ainsi nous serons avec le Seigneur à toujours. Consolez-vous les uns les autres en ces paroles (1). » D'autres passages des Épîtres de Paul comprennent de brèves allusions à la parousie, comme à un événement attendu sans contradiction par les chrétiens. Quelques-uns, qui sont plus importants, nous reviendront tout à l'heure en recherchant l'idée que Jésus a dû se faire lui-même de sa résurrection. Contentons-nous d'observer, en attendant, que, s'il a cru que sa parousie aurait lieu prochainement, en vertu d'une disposition providentielle du Père, on ne voit plus pourquoi il aurait distingué entre cette parousie et sa résurrection, pourquoi ces deux faits ne se seraient pas rapportés dans sa pensée à un seul et même événement, en tant qu'il ne s'agissait pas de sa vie éternelle en Dieu, mais de sa réapparition sur la terre, — la formule des trois jours n'étant qu'une façon de parler dont il est facile de montrer des exemples dans l'Écriture (2), — ni dans quel intérêt il aurait imaginé le retour de son corps mort à ses basses fonctions physiologiques, alors qu'après l'accomplissement de sa mission, il n'avait qu'à remonter dans sa gloire y à la droite du Père, jusqu'au moment fixé pour la consommation du siècle. La conviction qu'avait Jésus de sa qualité de Messie souffrant (Iv ppcpT) SoO>.ou), comme s'exprime Paul, impliquait que sa mort serait son retour à sa condition antérieure (iv [/.opcpfi eeoO), pour de là se révéler aux hommes en Messie glorieux, au jour mar-

(i) Première aux Thessaloniciens, iv, 13-17.

(2) Remarquons, outre les passages cités plus haut, ce trait d'un prophète : « Après deux jours Jéhovah nous rendra à la vie, et le troisième il nous relèvera, et nous vivrons devant lui » {Osée, vi, 2).

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