‹ L'Annee Philosophique, Volume 4Chapitre 19 sur 94 · RENOUVIER. — LA MORALE DE L*ÉPREUVE ET DE L · texte numérisé non relu

RENOUVIER. — LA MORALE DE L*ÉPREUVE ET DE L

sans toutefois méconnaître le droit, au point c perfection dans la non-résistance au mal. Une se jusque-là, mais avec de telles différences sur d'à non moins essentiels, par rapport à la morale d( leur comparaison est presque impossible, horn opposer. Le pessimisme bouddhiste s'applique principe même de la vie, et Textinclion de ce princi des préceptes du Bouddha ; mais le pessimisme de jugement qui s'applique seulement au monde, à 1 monde, et la vie éternelle est son but et son esp( pour elle, c'est pour la Vie, non pour le nirvana, i fice est un véhicule, si Ton nous permet les te dhiques. Le premier et dernier mot de la morale est la pure pitié, sans distinction de bons et de r bourreaux et de victimes : toute distinction, en e pour cette doctrine, en présence de la vraie conm est celle de la douleur universelle, de l'illusion un métaphysiquement, de V indifférence universelle, i sage. Mais le point de vue moral de Jésus est ins la distinction du bien et du mal, des agents de agents de l'autre, de la condamnation de ceux-ci, cité promise à ceux-là. Enfin l'Evangile est toul sentiment de la bonté des relations naturelles et sensibles des hommes, au sein d'une société non que la prédication bouddhiste pousse le mondaii fuir dans la solitude pour y chercher dans les ex tiques l'anéantissement du désir^ source de la somme, l'esprit de Jésus est optimiste quant à l monde parfait qui doit être et qui sera. L'ab celui-ci n'est réclamée des disciples que pour C( autre, qui est le Royaume des Gieux, le mond( serait-ce pas le sens d'un passage énigmàtique Evangile? « Anciennement, dit Jésus, c'était la L phètes »; — t Depuis Jean et à présent, le R Cieux se prend par violence; ce sont les vio ravissent (pia<jTal àp^tàÇoixjiv aOr/iv) » (1), les viole dire les excessifs, qui opposent la violence du s£

(\)^att., XI, 12-13. — Luc (xvi, 16) n*a évidemment pas qu'en soit d'ailleurs le vrai sens, ces mots qu'il a défigurés place, au hasard. Mais il aurait rencontré juste, selon mon intervertissant, comme je le fais dans ma citation, Tordre de» dans Matthieu : ce qui est maintenant et ce qui était avant.

leoce laite à la nature) à la force brutale des méchants, qui rend le sacrifice nécessaire. Auparavant on semblait se sauver à meilleur compte.

Les béatitudes, dont l'exposition forme le début du Discours sur la montagne, mettent en évidence l'opposition des deux mondes ; elles affirment le bonheur des malheureux actuels, qui acceptent la douleur : des pauvres en esprit, qui renoncent aux ambitions de la richesse, de la domination et du savoir ; des hommes doux, auxquels est assurée la possession de la terre (de la terre promise : image traditionnelle des espérances idéales) ; de ceux qui pleurent, de ceux qui ont faim et soif de la justice, des miséricordieux, des cœurs purs, des pacifiques. Ils obtiendront tous ce qu'ils désirent. Et heureux les persécutés pour la justice ; ils ont leur salaire amassé dans le ciel.

Ce qui est dit ensuite du sel de la terre, et de la lumière qui ne doit pas être tenue sous le boisseau est la recommandation de propager la vérité divine par la parole et par l'exemple.

Ce qui est entendu par V accomplissement en parlant de la Loi et des Prophètes, nous l'avons dit plus haut, mais peut-être faut- il y voir, à cet endroit, la transformation dont le jour est venu, de la règle de justice et de talion en un précepte de charité pure et de supportance de l'injure. Il est vrai que le texte (1) ajoute une déclaration, portant que le ciel et la terre passeront avant qu'un iota s'échappe de la Loi, et que celui qui aura violé le moindre de ses commandements et enseigné les hommes en ce sens, s'appellera le plus petit dans le Royaume des Cieux: mais, si ce n'était pas là une interpolation due à la politique ou à la timidité d'un judéo-chrétien (on en citerait difficilement de plus manifestes), ce serait un contre -sens extraordinaire, par rapport au discours tout entier, qui se poursuit dans l'opposition formelle de la morale nouvelle aux anciens commandements : On wus a dit autrefois,,, Mainten<int je xious dis,,.

L'opposition se montre d'abord dans ce qu'un théoricien moraliste appellerait la confusion du droit et de la morale, et qui est le signe indubitable des prescriptions auxquelles on ne saurait prêter un caractère législatif : assimilation des sen-

(1) Matt,, V, 18-19. — Luc recueille la déclaration, bien que formellement opposée à l'espiit de son Evangile. Il la place sans raison à côté du mot humoristique sur la conquête du ciel (xvi, 17).

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timents de haine et des paroles injurieuses aux actes coupables réellement perpétrés, de l'adultère en pensée à l'adultère de fait. Le jugement des uns ne différera pas du jugement des autres. < Soyez accomplis comme votre père céleste est accompli, » ce précepte, qui paraît excessif, n'exige de l'homme, au fond, rien de plus que l'adéquation constante, invariable de la pureté de la pensée aux actions en perspective. La défense de jurer, de s'irriter, de poser devant le monde, de faire étalage public de la prière et des bonnes actions, se rapportent au même ordre de préceptes, parce que la sincérité doit être absolue, exclure toute amour-propre, et parce que nous ne devons pas avoir égard à ce que pensent de nous les hommes, qui ne sont pas nos juges. Encore ici, la morale nous place hors de la société, chacun est seul devant Dieu.

Cette élévation du cœur et cette abstraction des circonstances vulgaires ont pour résultat de faire atteindre à la prière, telle que Jésus la recommande, un degré de généralité philosophique qui exclut l'espérance, commune dans les religions, de faire intervenir Dieu, par des actions particulières exercées sur la nature, à l'effet de satisfaire les désirs des personnes, et plus spécialement de celles qui lui rendent le plus d'hommages. Il n'y a rien de cela dans l'invocation : « Notre père, toi qui es dans les Cieux. » Cette prière demande, pour le monde, que la volonté de Dieu y soit faite, et que son règne arrive, son régne, c'est-à-dire le bien universel, fin de sa providence ; pour les hommes, elle demande à Dieu le pain de chaque jour, qui soutient l'existence (èTcioù^jLov (jY^jAepov); puis la justice, c'est-à-dire qu'au jour du jugement, ils ne soient pas traités plus rigoureusement qu'ils n'auront eux-mêmes traité le prochain ; enfin la miséricorde, en ce que les tentations leur soient épargnées et que Dieu les sauve du Méchant (^îî<7ai Vjijiaç àzô toO luovYjpoO). Ce dernier trait se rapporte certainement à la protection divine contre les inspirations de Satan.

Cette justice dont la prière reconnaît à Dieu la fonction et le droit, pour ainsi parler, la morale du sacrifice demande aux disciples de Jésus d'en abdiquer l'exercice vis-à-vis de leurs semblables, et c'est là surtout que se montre l'inadaptation de cette morale à une société qui veut vivre, sa convenance exclusive à des temps d'épreuve et d'attente, à la veille du jugement dernier. Le précepte : < Ne jugez pas afin de n'être point jugés, » si l'on tient compte de la sentence piLLON. — Année philos. 1893. 5

voisine sur la paille et la poutre, et de Tobjurgation : « Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et tu verras ensuite à ôter la paille de l'œil de ton frère, » revient à la négation d'une réelle aptitude morale de Thomme à rendre de justes jugements.; mais cela, qui est vrai dans l'absolu moral, est ici la condamnation des arrêts de justice et de la contrainte légale, condition de tout ordre social. De même les préceptes de quiétude et de confiance dans la Providence, tels que le premier Evangile les formule dans le Discours de la montagne et que les reproduit le troisième, sont visiblement inapplicables à un ordre de choses où le travail et l'économie sont nécessaires pour élever et entretenir les générations successives. L'homme, sous ce rapport comme sous les précédents, est placé seul à seul devant Dieu, qui pourvoiera à tout en attendant le grand jour. Qu'il évite donc la poursuite inquiète de la nourriture et du vêtement. Dieu fournira ce qu'il faut à ses enfants, comme il fait aux oiseaux du ciel, qui ne sèment pas, et ne moissonnent pas, et n'amassent pas dans des greniers ; et aux lis des champs, qui ne travaillent ni ne filent, et qui sont mieux habillés que Salomon dans sa gloire. 9 Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice; tout le reste vous sera donné par surcroit; et ne vous préoccupez pas du lendemain, le lendemain s'occupera de lui-même. A chaque jour suffit son mal (àpxsTôv tÇ Vi|jLépa

Tout cela cependant suppose un milieu social où le disciple de Jésus trouve sa subsistance. Mais voyons le cas du monde hostile et des injures reçues. Prenons les préceptes les plus généraux, et voyons quelle solution ils donnent au problème de la conduite. Celui-ci peut paraître enfermer la règle suprême : < Toutes les choses que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-les pour eux ; » c'est là, dit Jésus, toute la Loi et les Prophètes, Il faut évidemment supposer à la pensée ainsi rendue un complément que la logique réclame : Et ne faites rien à autrui de ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse à vous-même. Alors -seulement le précepte répondra clairement à la question : Comment devons-nous réagir contre le mal ? et la réponse sera : En ne faisant jamais du mal à ceux qui nous en font, et cela dans quelque cas et pour quelque raison que ce puisse être ; car il est de fait que, tout en faisant du mal, nous ne vcHilons jamais qu'on nous en fasse.

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Eu se rendant compte de cette conséquence, on préférera sans doute à la formule précédente cette autre formule évangélique, qui est parfaitement belle, et irréprochable : « Vous savez qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, souhaitez du bien à ceux qui vous persécutent. » Mais cette doctrine n'est pas exlusivement chrétienne, elle est platonicienne aussi, elle est passée du platonisme dans toute la haute philosophie morale fondée sur la raison, et jusque dans les doctrines utilitaires. Elle est inséparable de l'amour du bien et de l'amour des hommes. Elle nous défend de hair notre prochain, même criminel, coupable envers nous ou envers nos semblqibles et amis ; elle nous commande même de Vaimer, c'est-à-dire de lui souhaiter et de lui faire tout le bien possible, mais elle ne défend pas, et la raison veut, l'ordre social, le maintien même de la société exigent qu'il soit pimi. Or la punition est, en un sens, un mal rendu pour un mal, mais, en un sens supérieur, un bien. C'^st l'action publique qui doit l'infliger, et, là où l'action publique ne peut intervenir, il est juste que la défense personnelle y pourvoie, autant qu'elle en est matériellement capable. Ainsi le précepte de l'amour du prochain subsiste dans sa force et dans toute son étendue rationnelle, sans que l'amour supprime la justice. Mais nulle réserve inspirée par le besoin de justice n'apparaît dans le commandement nouveau de Jésus.

Le précepte évangélique, après ces mots : « Souhaitez du bien à ceux qui vous persécutent, > ajoute : « Afin que vous soyez les fils de votre Père qui est dans le ciel, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et pleuvoir sur les justes et les injustes. » Il y a deux grands motifs de s'arrêter à cette réflexion devenue banale, mais qui ne pouvait être que profonde dans la bouche de Jés^us : l'un, c'est qu'elle est diamétralement opposée à la croyance des juifs de tout temps et jusqu'à lui ; car c'était l'universel enseignement dogmatique, en vain démenti par l'expérience journalière : que les biens et les maux de la vie étaient répartis par Jéhovah en raison des mérites ou des méfaits des personnes ou de leurs ascendants. L'autre motif est que Jésus, en demandant à ses disciples d'imiter la tolérance du Père touchant la présence des méchants en ce monde, leur commandait de la subir et de tout remettre à son jugement, dont le jour était proche. Le sacri-

fice devait être pour eux l'unique loi jusqu'à ce moment. L'injustice qu'ils subiraient sans résistance serait récompensée dans le ciel. En perdant la vie ils la gagneraient. Ne pouvant donc trouver dans l'Évangile aucun texte contraire, et qui autorise le recours à la force contre la force, ou l'emploi d'une contrainte quelconque et Tappui cherché dans la loi civile et les pouvoirs sociaux pour obtenir justice, nous ne pouvons que prendre à la lettre la plus extrême des exigences de la morale de Jésus, celle qui interdit la défense personnelle : t Vous savez qu'on vous a dit : Œil pour œil et dent pour dent ; moi, je vous dis de ne pas résister au mal (ou au méchant). Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tends-lui la gauche. » Cette dernière phrase et les exemples semblables des phrases suivantes donnent à la pensée une forme humoristique et paradoxale; ce n'est pas à cela qu'il faut s'arrêter; mais le précepte reçoit sa forme abstraite, simple et absolue dans ces quatre mots : Ne pas résister au mal ([/.-^ àvTtdrî^vai tw

TrovTqpw) (1).

Pour éviter de se rendre à l'interprétation claire et naturelle de ce commandement, on a coutume de recourir à la distinction du précepte et du conseil, mais nous ne trouvons rien qui ressemble à une telle distinction dans les Évangiles, et, sans parler de la lettre, qui est formelle, c'est un contresens vis-à-vis de l'esprit qui partout y respire, d'imaginer que Jésus a admis l'existence de deux chemins pour aller à la porte du ciel, l'un plus facile que l'autre, et soigneusement entretenu pour la commodité de ceux qui veulent être sauvés à peu de frais. Il parle bien d'une porte étroite et d'une voie large, mais celle-ci « mène à la perdition ».

On allègue aussi Vexagération orientale, on imagine que Jésus a dit le plus pour faire entendre le moins et pour obtenir quoi? ce que, dans ce cas, il n'aurait pas expliqué. C'est supposer, comme Tolstoï le fait observer très justement, que Jésus n*a pas voulu dire ce qu'il a dit! Car il Va dit, très certainement. L'erreur de Tolstoï à ce sujet n'est pas d'avoir compris que Jésus défendait de juger et de résister au mal. Où il se trompe lamentablement, c'est quand il entend conserver les préceptes en supprimant le Royaume de Dieu, qui est leur but unique, et la parousie prochaine du Seigneur,

(1) Pour tous les passages visés du Discours de la montagne, nous avons supprimé les indications de lieux, faciles à trouver dans Matt., v-vii.

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qui les justifiait de n'être point des règles pratiques les destine à servir de règle à la société humaine et t( Ce serait une société dans laquelle les uns violeraiec tice, et les autres ne la réclameraient pas. C'est cell pessimisme bouddhiste a eu en vue, mais pour consei siens de la fuir. Puisque Tolstoï rejetait la résurrec l'immortalité, il aurait été, ce me semble, plus natu] allât au bouddhisme qu'à un christianisme sans le d'autant plus que, n'ayant pas à craindre les transmig le nirvana se serait pour lui confondu avec la mort m Grande simplification. Mais son étonnant optimisme fiance dans la vertu d'absolue charité des hommes, informés de leurs devoirs et libres de toutes chaîn fait prendre pour des règles susceptibles d'une apj générale, et propres à tenir lieu de toute législation c pénale, les commandements que Jésus croyait app nom du Père, pour servir d'épreuve, durant um période d'attente, à ceux qui seraient dignes d'entrer dans le Royaume des Cieux.

On oublie toujours le point capital : la condamn monde et la prophétie de sa fin, et l'on apprécie la m Jésus d'après ce faux postulat : que son auteur la p pour régir ce monde condamné, et devenir le réel pratique de la conduite des princes et des sujets, les i indignes de commander que les autres sont incapable sans contrainte. Ceux des chrétiens qui, dans la fau tion créée par la durée du monde, ont interprété, m cénobites, la doctrine du Christ dans le sens de l'as ne se sont pas fait cette illusion, mais ils sont tom] d'autres méprises graves, également contraires à l'i Jésus. Quant au christianisme temporel, fondé par ques, son histoire, en ce qui concerne la morale, n'esl suite d'efiorts pour accommoder la morale de sacrifi charité absolue aux inévitables conditions de ce m justice commutative et d'antagonisme d'intérêts. Ma malie de théorie, avec ses contradictions fatales, e moindre des erreurs, quand on songe que la pratiq christianisme perverti, visant au gouvernement des 1 s'est résumée dans l'abominable contresens de fair la loi d'amour par la contrainte, et de sauvegarder 1 les supplices.

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.La pensée est-elle venue à Jésus, dans son agonie de Gethsémané, que peut-être la fin du monde n'était pas si proche qu'il l'avait prêchée, et que son retour de Messie triomphant « sur les nuées du ciel » pouvait n'être pas dans les vues de Dieu ? A-t-il craint que son sacrifice fût inutile pour les véritables fins assignées au monde ? Il n'a pas dû songer que cette croix dont il avait la vision lugubre deviendrait pour des siècles et des siècles l'image consacrée, le symbole de la méchanceté des hommes, et d'une sainteté qui leur est inaccessible; qu'elle serait, dans le cours des âges, la consolation de multitudes d'affligés et d'opprimés, au milieu des guerres indéfiniment prolongés des nations, et des prédications contradictoires des faux prophètes, et de l'imposture systématique des antichrists parés du nom de ses apôtres. Les vues de Jésus concernaient certainement un avenir prochain. Sentant son arrestation imminente, sa condamnation assurée, mais croyant en son retour à la vie, qu'il faisait dépendre de sa préexistence en tant que Messie, il devait, en ce cruel moment, et comme celui qui après tout n'a pour lui que sa foi, éprouver le besoin d'une confirmation extérieure. Etait-il bien le Fils de Dieu, le premier-né de la création, lui qui, dénué de tout secours terrestre, sans même un seul disciple qui fût capable, en cette veillée dernière, de partager sa foi dans le sacrifice et sa mortelle angoisse, — « mon âme est triste jusqu'à la mort •, — n'obtenait pas le plus léger signe du ciel pour le confirmer dans sa mission ? Le dernier mot de Jésus sur la croix, d'après le plus autorisé des synoptiques (1), a rendu le mêqie sentiment qui a dû, sans l'ébranler, accompagner sa ferme résolution, au cours de ses interrogatoires et de son supplice.

(1) Malt,, XXVII, 46 et Marc, xv, 34. — Ce mot : « Mon Dieu ! mon Dieu! pourquoi m*as-tu abandonné? » est comme on sait la citation- du premier vei'set d'un psaume (Ps. xxii), qui, au temps de Jésus, passait pour messianique, et auquelia légende a emprunté plusieurs des traits de détail de la passion. On peut l'admettre (ce mot) comme authentique, par la raison même qu'on a de rejeter celui que Luc a jugé bon d'y substituer : «Père, je remets mon esprit entre tes mains (Luc, xxiii, 46). Ce dernier se rattache h la supposition, qui s'offrait aisément, sur l'état d'esprit d'une victime résignée. L'autre, plus difficile à inventer, est conforme à la nature.

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