‹ L'Annee Philosophique, Volume 4Chapitre 22 sur 94 · RENOUVIER. — LA PASSION, LA RÉDEMPTION, LA COMMU · texte numérisé non relu

RENOUVIER. — LA PASSION, LA RÉDEMPTION, LA COMMU

C'est à cela qu'ils reconnaîtront tous que vous êtes ciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autre Il nous faut maintenant revenir à la communion, forme symbolique principale où elle s'est transmise, cela en mémoire de moi >, ces mots des textes de Pi Luc, et qui manquent dans les deux premiers é^ indiquent probablement combien s'est de bonne heu le rite de l'eucharistie ; et avec quel ardent sentii consécration et de sanctification il se célébrait, on juger d'après ce que Paul ajoute : « Toutes les fois q mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous a (xaTay^'éD.eTe) la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il Par conséquent, quiconque mangera le pain ou boira du Seigneur indignement sera respongable {tyo-/oi) ( et du sang du Seigneur. Que chacun s'éprouve, et n ce corps et boive de cette coupe ; il mange et boit soi jugement s'il ne distingue pas le corps (2) », c'est-à-dii pas conscience de ce qu'il fait. Ce sont là certainer termes d'une religion ardente, mais dans lesquels il n'^ de superstition magique que pour qui les y dépose k Il nous reste seulement à reconnaître le sens des m l'apôtre se sert pour exprimer l'acte et l'intention de offrant son corps et son sang. « Ceci est mon corj pour vous (tô Gw|jt.a Tô uTuèp up.wv)... Cette coupe est la alliance en mon sang (toOto tô TcoTiQpiov -/j xaivYj 8La6ïîx Tw z\Lù atjjLaTi) (3). Les idées du corps donné et du sa n'impliquent rien de plus que le sens général du sa( la vie pour le salut des hommes, et ce salut, com l'avons vu, s'obtient par la foi dans le Christ et par l'i de son dévouement. La représentation de la nouvelle par la coupe est une autre idée, que les synoptiques en termes plus précis et auxquels le premier ajoute la rémission des péchés : « Il prit une coupe, et aya grâces il la leur donna en disant : Buvez-en tous, ca mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui se pour beaucoup (tô icepl TzoXkdv èx^^uvdiJLevov) pour la r des péchés (4)». La nouvelle alliance a une signifîcatic

(1) Jean, xiii, 3i-35.

(2) Première aux Corinthiens, xi, 24-29.

(3) Loc. cit., 24, 25.

(4) MatL, XXVI, 27-28; Marc, xiv, 23-24.

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tement claire : d'abord elle se substitue, par la seule raison qu elle prend ce nom, à Talliance ancienne contractée par Moïse, au nom du peuple, sur le Sinaï, et c'est dire qu'elle remplace la loi mosaïque; ensuite c'est sur le sacrifice du Christ, sur son sang versé, qu'elle se contracte. Ce sang est versé pour beaucoup, non pas pour tous, non pas pour la masse indistincte du peuple, ou pour un péché qui serait commun aux hommes, indépendamment de leurs mérites personnels et de leurs actes, mais pour ceux-là seuls, entre tous les appelés, qui croiront dans le Christ et suivront son exemple, jusqu'à ce qu'il tienne; et c'est à eux, et c'est à cette condition que leurs péchés leur sont remis. Ce sont eux aussi qui sont rachetés de la condamnation encourue par les pécheurs, suivant un terme que nous ne voyons pas reparaître ici, dans des textes essentiels entre tous, où sa place paraissait marquée ; mais il n'aurait rien ajouté à l'idée du sacrifice et de sa vertu selon notre interprétation.

Telle est donc la signification de la Cène : un symbole de la communion par laquelle Jésus entendit unir ses disciples à lui et à Dieu, et un rite que devaient pratiquer en mémoire de son sacrifice, et s'y joignant d'intention, le cœur pénétré du sens de ce mystère institué pour leur sanctification, les chrétiens, c'est-à-dire ceux qui auraient foi en lui et vivraient selon ses leçons, dans l'attente de son retour. Le symbole de l'assimilation physiologique de la chair et du sang du Christ par le corps de l'initié était l'expression d'une réalité future, c'est-à dire de la participation de ce dernier à la vie éternelle par le Christ et dans le Christ ; les termes physiques de la vie actuelle étant les signes de la vraie vie, organisme parfait et incorruptible. La Cène est le mystère chrétien, le résumé du christianisme. Jésus a fondé ce mystère, dans un coin du monde antique, sur une pensée d'amour et de sacrifice, au nom de la douleur et de la mort subies pour la vérité, en désespoir de la justice du monde, et comme dernier refuge en Celui qui dès le commencement a préparé la fin des choses.

Le christianisme répandu dans tout l'Occident et prêché, puis imposé aux multitudes, n'a peut-être pas fait beaucoup plus de fidèles du pur amour que l'éthique rationnelle et les théories de la cité parfaite n'ont fait d'hommes justes et de bons citoyens ; mais si la raison et la civilisation ont pu élever et soutenir des édifices de société qui, avec beaucoup de maux, n'ont manqué cependant ni de vertus, ni de gloires, le

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christianisme a rendu et rend encore à un plus grand nombre d'hommes que ne le peut la philosophie le service de l'idéal, sans lequel la nature humaine se corrompt et descend à la pure animalité. « Vous êtes le sel de la terre, » disait Jésus à ses disciples, «mais si le sel s'affadit avec quoi le salera- t-on? il n'est plus bon qu'à êtie jeté et foulé aux pieds. » Le sel du christianisme ne s'est pas seulement affadi, il s'est corrompu en se répandant. Beaucoup d'entre nous, quoique injustement, refusent d'en reconnaître la haute vertu, dans les mélanges impurs ou grossiers où il est tombé. Il ne reprend sa pure saveur que quand on le goûte en le séparant, quand on se reporte vers l'origine de la révélation chrétienne, ou qu'on se suppose placé dans des circonstances analogues à celles où fut prèchée la Bonne Nouvelle, et qu'on partage, sur les mérites de ce bas monde, les sentiments qui furent ceux des apôtres.

« Nous n'avons point ici de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir (1). » L'auteur inconnu qui exprimait cette pensée appartenait encore ^à une génération qui attendait le retour prochain du Seigneur : < Encore un peu, bien peu de temps, et celui qui doit venir viendra, il ne peut tarder (2). » L'apôtre Paul, à qui YEpître aux Hébreux a été longtemps attribuée, mais à tort, appartenait, lui aussi, à cette époque, à celle qu'il faut appeler de la fondation plutôt que de l'histoire dé la religion de Jésus-Christ. Mais quand les successeurs des apôtres procédèrent à l'organisation du christianisme, de manière à enfermer dans son sein la masse des hommes qui croient avoir ici une cité permanente, ils transformèrent peu à peu, pour l'usage de ces hommes et afin de les gouverner, la foi, la morale et le culte, et les rendirept méconnaissables. Leur foi surtout devint intellectualiste et se rapporta à des dogmes nouveaux, qu'ils élaborèrent, touchant la nature de Dieu et du Christ, et les moyens matériels du salut, et la condition des damnés.

L'apôtre Paul est en dehors de cette évolution de décadence

(1) ÉpUre aux Hébreux ^ xiii, 14.

(2)/ôid.,x, 37.

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LOSOPHIQUE. 1893

tuteur de la véritable philosophie 5 n'avait point abordée, et il ne ne se perpétuât dans un esprit es que l'attente de la parousie nd les chrétiens avaient à cheridéal moral du pur amour avec nde qui cherche la justice et ne s le mal, très imparfaitement, onsista essentiellement en deux ivants : 1** une théorie du péché, des individus, comme penchant e humaine, et qui la rend indigne ier l'immortalité ; 2<» une théorie 3 à l'inaccessible justice humaine 3 la foi et dans l'amour avec le es, destinée providentiellement à [ïrir, à mourir, à ressusciter et à i, le gage de la résurrection des ernelle. La première de ces théo- , défigurée par la métaphysique îrsalité du péché dans le protohommes partagent la nature et î cette participation la condamnes en dehors de leurs actes, a iu péché originel et des peines 3rofondément viciée par Tétablisdiateur entre les hommes et le grâce au moyen des sacrements, lépendante de ces deux grandes t de Jésus, et elle reste en tout it elle révèle la philosophie. C'est hristianisme primitif, emier siècle, commença, pour la ngue période de corruption que i pu éviter et qui, en beaucoup )mmune à toutes. On spécula sur tifia la personne de Jésus avec la plaça l'anthropomorphisme mesie à personnages métaphysiques, lie en siècle dans de creuses spées hypostases, les personnes, les (portées à un Dieu en plusieurs

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