‹ L'Annee Philosophique, Volume 4Chapitre 26 sur 94 · DAURIAC. — DIEU SELON LE NÉO-CRITICISME · texte numérisé non relu

DAURIAC. — DIEU SELON LE NÉO-CRITICISME

ôter ses anciennes déterminaîsons métaphysiques qui pourraient bien n'être que des négations. 2^ Pour élever Dieu audessus de la sphère des phénomènes, il faut lui ôter sa personnalité, par suite lui rendre l'indétermination que les Grecs priniitlfs attribuaient à l'être, et, en cela, rapprocher l'être du' néant. Au vrai, les deux théorèmes se confondent. Le second est la réciproque du premier. Commençons par établir le premier.

Le spiritualisme chrétien est un théisme selon lequel Dieu est une personne. Toutefois la personne Dieu est située hors du monde. Elle n'est nuUepart, étant immense, je veux dire n'étant pas plutôt ici que là. Peut-être est-il hétérodoxe de la conce-. •voir étant partout. Il suffit d'entendre que partout elle agit. Elle est sans commencement. Elle est cause d'elle-même. Elle est ce qu'elle veut selon la profonde et majestueuse formule dé M, Secrétan. Mais que l'on n'aille point jusqu'à dire : « Elle est parce qu'elle veut être. > Car i^ ou cette volonté ne serait la volonté de rien, ce qui équivaudrait à un néant de volonté. — Or (on sait cela depuis Descartes et Malebranche) le néant ne peut avoir d'attributs ; 2^ ou cette volonté serait celle d'un être préexistant et par suite logiquement sinon chronologiquement antérieur à son propre vouloir. Pour vouloir de même que pour penser il faut être .Cependant la formule de La Philo- Sophie de la Liberté < Je suis ce que je veux » paraît bien revenir à cette autre : < Pour être il faut vouloir. » Et comment faire évanouir la contradiction ?

Essayons de prendre le mot « être » en deux sens différents. Dans la première des deux propositions : « pour vouloir il faut être >, être signifiera... exister ? Pas .'précisément. Exister — prenez donc garde à l'étymologie du terme -— veut dire : être hors de soi », ou, ce qui revient au même, se déployer, se développer, se déterminer, précisons encore, se qualifier. M. Secrétan n'est point spinoziste, puisqu'il oppose au panthéisme de Spinoza le théisme de la philosophie chrétienne. Mais — et cela résulte des textes — il a c traversé » le panthéisme puisqu'il l'a c dépassé ». Il lui a donc pris quelque chose, ceci entre autres apparemment, à savoir que < La substance est logiquement antérieure à ses attributs », à ses déterminations. Tel est le Dieu de l'illustre disciple de Schelling. Il subsiste avaût de se déterminer. Il est avant qu'il n'existe. Seulement, tandis que chez Spinoza, c'est en vertu de sa définition que l'être passe de la puissance à l'acte, chez M. Secrétan il s'ac-

tuâlise librement. Ainsi s'explique ou peut s'expliquer la célèbre formule : « Je suis ce que je veux », c'est-à-dire : « Je me donne les attributs qu'il me plaît de faire passer à l'acte. > Et elle diffère de : < Je suis si je veux, » attendu que Dieu se donne ses déterminations, non sa substance, et qu'il tient de sa volonté l'existence, non l'être. Ainsi, divisons le seas du mot être et nous pourrons dire sans contradiction : 1** pour être il faut vouloir ; 2*^ pour vouloir il faut être.

M. Secrétau oppose le Dieu du théisme spéculatif, le sien, à celui du criticisme qui * s'il existe a commencé ». La différence est-elle aussi tranchée qu'au premier abord elle semble ?

— Mais le Dieu de la Philosophie de la Liberté » est éternel.

— Je reconnais en effet que l'acte par lequel Dieu d'étant se fait existant est un acte extralemporel. Je reconnais qu'il est deux personnes en Dieu, consubstantielles, coéternelles même. Le Fils et le Père participent de la même éternité : en Dieu il n'y a ni avant ni après... J'ajoute, au risque de paraître verser dans le sophisme, que les deux notions de < Fils > et de « Père » s'impliquant l'une l'autre, on n'est père en tant que père qu'à la condition d'avoir un fils. Donc, en un certain sens, le Père ne saurait être posé avant le Fils. Toujours est-il que, des personnes divines, l'une est première, l'autre seconde, et qu'on ne saurait en intervertir l'ordre. D'où il suit qu'une évolution s'accomplit au sein de la nature divine et qu'elle a ses moments distincts. — Moments logiques non chronologiques î — Mais n'apercevez-vous pas que cette distinction est vaine et que les deux notions de moment et de temps sont contiguës l'une à l'autre? Voilà donc l'éternité divisée. — Divisée non supprimée : et encore divisée au regard de notre entendement, non en elle-même. — Vous me rappelez l'étrange aveu de Spinoza : c II n'y a pas plus de rapport entre l'intelligence divine et l'intelligence humaine qu'entre le chien constellation et le chien animal ! >

Dans l'impuissance où nous sommes d'élever notre entendement à la hauteur de l'intelligence suprême, résignons-nous à parler d'une « éternité divisée ». Aussi bien nous est-il interdit désormais d'essayer à nous représenter l'éternité divine comme un tout homogène. A un de ses fragments

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