‹ L'Annee Philosophique, Volume 4Chapitre 28 sur 94 · DAURLVC. — DIEU SELON LE NÉO-CRITICISME · texte numérisé non relu

DAURLVC. — DIEU SELON LE NÉO-CRITICISME

serait pas une. Rien ne s'oppose non plus à ce qu'il y ait en Dieu une infinité d'attributs, pourvu que cette infinité reste potentielle et que la volonté de Dieu consiste à en élever un certain nombre, librement choisis, de la puissance à l'acte. Rien ne s'oppose à ce qu'il y ait dans la vie divine deux ipoments, l'un antérieur, l'autre postérieur à la création, l'un pendant lequel Dieu vit replié sur lui-même, l'autre pendant lequel Dieu se déploie et se fait seigneur. Rien ne s'y oppose pourvu que ce soient là deux moments chronologiques. Rien ne s'y appose pourvu que la conscience divine préexiste à la volonté divine et qu'elle soit contemporaine du premier moment. Encore une fois Dieu et le temps sont contemporains : le sont aussi Dieu et la conscience divine. Dieu et le verbe de Dieu. € Au commencement était le Verbe. >

Oter à Dieu son éternité, c'est là un sacrilège métaphysique dont seuls, au temps présent, les criticistes ne craignent pas de se rendre coupables. On voudra bien ne pas mettre en doute qu'ils nieraient l'immensité divine pour le moins aussi résolument que l'éternité divine.

Par malheur nier ne suffit pas. Car, et cet aveu ne nous coûte guère, quelque convaincus que nous puissions être de l'impossibilité, pour l'homme, de connaître Dieu, c'est tout de même à déterminer Dieu que nous sommes occupés ici. Nous ne le dépouillons de ses attributs métaphysiques qu'afin de la rendre plus accessible à notre intelligence. Le criticisme, en raison même de son phénoménisme, n'est pas agnosticisme : il s'en faut presque du tout au tout. Ce nous est dès lors une obligation, semble-t-il, de répondre nettement à la question : < Dieu est-il partout ?» ou : < Dieu est-il quelque part, dans le ciel, par exemple, et pas ailleurs ?

Faut-il opter entre la thèse et l'antithèse? Si Dieu est l'auteur du monde, il peut agir partout dans le monde. Et il suffit, pour qu'une telle action ne soit point contradictoire, que le monde ne soit pas infini.

Voici venir des difficultés assez graves. Nous attribuons à Dieu une conscience que nous nous représentons d'après la nôtre. Et cela est inévitable, attendu qu'une conscience imaginée sur un autre type — quel serait cet autre type ? — ne

serait conscience que de nom. Or, sans les catégories, pas de conscience. Et le temps est une de ces catégories. Donc en Dieu les états de conscience se succèdent. Mais Tespace aussi est une de ces catégories. Donc, si Dieu agit partout, il n'agit point partout à la fois dans le présent, ou, s'il paraît agir, c'est en vertu de lois générales auxquelles il ne change rien, non parce qu'il est immuable — aussi bien l'immutabilité estelle une perfection? — mais parce qu'il juge bon de n'y rien changer. Osons nous accoutumer à penser que si Dieu est, s'il est une personne divine, cette personne est quelque part, non point toujours dans le même lieu peut-être, mais dans un lieu déterminé.

Il y aurait donc des événements providentiels, des peuples élus, et le doigt de Dieu serait plus qu'une métaphore pédagogique à l'usage des enfants irrespectueux ? Je ne dis point que cela est. Certes, le principe de contradiction ne nous défend de croire rien de tel. Toutefois il est à remarquer que les impératifs logiques issus de l'axiome de contradiction ont une fonction t inhibitrice » un pouvoir exclusivement t d'arrêt ». Ils nous renseignent sur l'impossible : rien de plus. Dieu, dès lors, ne peut être éternel : cela est contradictoire. Immense, il ne peut l'être davantage : cela aussi est contradictoire. S'il est ou n'est pas, l'axiome logique est impuissant à nous en instruire. Ce que peut l'axiome, c'est nous interdire à l'avance de prêter à Dieu telles ou telles déterminations. Mais libre à, nous de nous le représenter selon les exigences, ou de la raison, ou du sentiment religieux, pourvu que les éléments de cette représentation ne soient ni absolument ni respectivement contradictoires. Expliquons-nous. Il est absolument contradictoire que Dieu soit éternel ou immense. Il ne l'est pas que Dieu soit tout-puissant. La toute-puissance divine n'apparaît une contradiction que mise en regard du libre arbitre humain.

Poursuivons. La Providence générale et la Providence particulière sont inconciliables, si Dieu est hors du temps. Aussitôt que le temps redevient une des catégories de la conscience divine, la conciliation est possible. Rien de plus cependant. Car s'il y a possibilité de coexistence, il est loin d'y avoir implication. Ces deux espèces de Providence ne s'appellent point l'un l'autre. Et si rien ne s'oppose à ces miracles que Bersot appelait « les coups d'état de la politique du ciel », on s'abuserait étrangement à conclure leur réalité de

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