‹ L'Annee Philosophique, Volume 4Chapitre 29 sur 94 · DAURUC. — DIEU SELON LE NÉO-CRITICISME · texte numérisé non relu

DAURUC. — DIEU SELON LE NÉO-CRITICISME

leur simple possibilité. Nous ne disons pas, non plus, qu'il faille prier Dieu. Nous nous ôtons seulement le droit de qualifier d'absurdes les gens qui le prient et lui demandent autre chose que le pain quotidien.

Les dévots au christianisme ont plus à redouter des philologues que des philosophes. Et il y a beau temps qu'ils le savent. Non, sans doute, que leur foi et la raison soient partout d'accord : inutile ici d'insister. Inutile encore, ou du moins nous espérons que cela est inutile, d'avertir que la possibilité de ce que depuis plus de deux siècles on appelle < le christianisme raisonnable » n'entraîne pas l'adhésion au jymbole de Nicée. Que les criticistes ralliés au récent monothéisme de son fondateur veuillent bien se souvenir qu'il a plaidé jadis en faveur du polythéisme. D'où l'on a peut-être trop vite conclu qu'il était polythéiste. Il avait eu simplement, croyons-nous, le courage de secouer un vieux joug et de faire voir qu'on pouvait s'en affranchir sans que la raison protestât. L'épigraphe de la belle thèse sur la Contingence des bis de la nature t thaï xal èv-caOôa OeoOç » aurait pu être celle des dernières pages du Deibxième Essai de Critique Générale, L'unité de l'Etre Suprême nous semble toutefois plus probable qu'une pluralité de Dieux. Au temps où nous sommes, et vraisemblablement parce que nous sommes nés chrétiens, il ne nous est guère facile d'adhérer au polythéisme. Et puis de deux choses l'une : ou les Dieux s'entendent et l'union parfaite de leurs volontés équivaut à l'unité de la personne divine ; ou ces volontés entrent en conflit. Cette supposition agréerait peut-être à ceux qui n'osent prendre au sérieux l'hypothèse d'une chute originelle. La guerre des Dieux expliquerait jusqu'à un certain point les désordres du monde. Elle laisserait insuffisamment expliquées les lois qui régnent sur le monde et qui en règlent jusqu'aux désordres. En outre, il serait impossible de se représenter un tel conflit, à moins d'imaginer une lutte entre des êtres inégalement bons et inégalement puissants pour le bien. Or, si l'essentiel de l'idée de Dieu est l'idée de la toute-puissance pour le bien, l'idée d'une hiérarchie dé Dieux apparaît obscure et le polythéisme ne tarde pas à se rapprocher du « satanisme ». 11 y a plus. Si nous ôtons de la notion de Dieu cela que nous en croyons l'essentiel, rien n'empêche d'ériger en Dieu l'homme même, à supposer, bien entendu, qu'il soit libre et capable de vouloir contre la volonté de Dieu. Enfin la notion de Dieu se confon-

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t selon nous avec celle d*Être Suprême, n'oublions pas Suprême est un superlatif. 11 faudrait donc admettre ilité des Dieux, s'ils étaient plusieurs, et Tidentité de leurs ntés. Mais ou le mot : consubstantiel ne signifie rien, ou i précisément d'une telle identité qu'il est le nom obscur, [dément si le polythéisme ne heurte pas ouvertement la DU, il lui cause néanmoins une sorte de malaise.

3ste la question : Dieu est- il ? On n'en sait rien. Le cisme n'est pas l'empirisme, sans doute. Il n'en est pas plus le contraire. N'y ayant point de noumènes, l'être choses se confond avec leur phénomène, puisque entre )araître et l'être toute opposition a disparu. Ce n'est pas . Les catégories sont des lois universelles dont l'action se itate en nous et hors de nous. Elles règlent la représenta- . Mais elles ne lui sont pas étrangères, puisqu'il nous faut, r les découvrir, analyser la représentation. Les choses 3 sont données dans et en même temps que leurs rapports, éciproquement. Car s'il est vrai que les lois nous sont lues d'un autre genre de connaissance que les faits, on ne t cependant opposer ceux-ci à celles-là comme si la loi t Vautre du phénomène. La loi ne vit que dans le phénole. Elle n'est plus dès qu'il a cessé d'être. Nous avons dit.

autre part et autrement. Osons maintenant tout dire et ner aux catégories le nom de faits permanents et univer- . Et justifions notre audace en faisant remarquer qu'on t également dire en s'exprimant correctement : 1^ « C'est

loi que tout corps plongé dans un fluide perd de son Is une quantité égale au poids du volume de fluide lacé >. Et 2^ « c'est un fait que tout corps plongé dans un le, etc.. » Bref, tout ce qui est, est objet de constatation. )ieu, s'il est, ne peut qu'être prouvé empiriquement, insi toute preuve de l'existence de Dieu sera physique. Et certitude touchant sa réalité sera comparable à notre jrtitude touchant l'habitation des planètes, par exemple, cette incertitude ne cédera qu'à des expériences cpnmtes. Serons-nous jamais en état d'en faire de telles? Et même serons nous jamais mis en présence d'événements oidentiels, attestant manifestement et indiscutablement

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pour tous rintervenlion personnelle d'un être au sein de rUnivers connu ? Ce jour-là Dieu serait prouvé. Pas avant . Car de prouver Dieu par son idée, la difficulté est devenue insurmontable. En effet, si nous pouvions concevoir Timmense, l'éternel, l'infini et que ces mots désignassent autre chose que des négations, la présence de tels concepts serait une sorte de miracle à moins que Dieu ne fût. Mais ces concepts n'en sont point. Leur présence en notre esprit est tout ce qu'il y a de plus discutable, et leur réalité objective, au sens cartésien, tient plus du néant que de l'être.

Reste alors le droit de se représenter Dieu d'après nous, sa conscience d'après la nôtre. Mais pour cela nous n'avons besoin d'autres notions que celles que nous portons en nous en vertu de l'innéité de nous-mêmes à nous-mêmes. Il suffit de nous grandir dans nos déterminations pour nous représenter Dieu. Nous pouvons donc nous former l'idée de Dieu d'après la nôtre. Et c'est là ce qui nous ôte tout moyen d'être assuré de son existence. Du moment où l'idée de Dieu est factice, l'existence de Dieu n'est rien moins que garantie. Pascal avait raison quand il écrivait : * Les preuves de Dieu métaphysiques sont si éloignées du raisonnement des hommes, t et si impliquées qu'elles frappent peu ; et quand cela ser- « virait à quelques-uns, ce ne serait que pendant l'instant « qu'ils voient cette démonstration, mais une heure après ils « craignent de s'être trompés, » Il faut craindre en effet de s'être trompé. D'autre part, la validité des preuves soi-disant historiques, conséquemment empiriques et physiques par lesquelles Pascal se vantait de remplacer celles qu'il jugeait caduques les surpassent encore en fragilité.

Les réflexions qui précèdent justifient les athées et les sceptiques, condamnent les théistes dogmatiques. Il est d'autres théistes, ceux qui croient en Dieu sans s'appuyer sur aucun texte, sur aucun témoignage, sur aucune bible. S'ils croient, c'est que, d'une part, ils ne savent pas. S'ils croient, c'est que, d'autre part, ils ont leurs raisons. Que sontelles, ces raisons ? Leur force ne tient-elle, pas de l'habitude et leur autorité n'est-elle si grande que parce que le rationa liste d'aujourd'hui fut dévot hier ? Ceux de nous qui croient en Dieu et s'intitulent libres penseurs ont cru jadis au Dieu d'Abraham d'Isaac et de Jacob. Est-il certain qu'ils ont. cessé d'y croire ? Au temps où ils croyaient, ils professaient la foi de leurs pères. Et ceux-ci tenaient leur foi de leurs ancêtres.

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? Ils la tenaient vraisemblablement d'une

întiellement anthropomorphique , se con-

lans ses plus libres fantaisies, aux analogies

spérience.

îe de ces analogies est plus précise aujour-

rétait au temps d'Hésiode et des premiers ition trouve bien encore de quoi fournir, urnit, la raison, le contrôle et de son mieux l'anthropomorphisme s'est assagi, parfois

d'abdiquer. Peut-être il ne l'a pu faire sans illigibilité fondamentale des choses. Même ulative il n'est pas indiffèrent que Dieu soit

ï Dieu ne saurait être l'objet d'aucun jugele. Si Dieu est un être et, par suite, un sait que tous les raisonnements du monde ^ntre un fait, on est conduit à dire que tant a pas devenu objet d'expérience directe et I en quelque sorte externe, l'athéisme ne sera reste donc objet de croyance, de foi ou, si

contre Dieu offre certes un attrait médiocre à ce pari qu'un divertissement. Si Ton gagne, oir que l'on a gagné est immensément loin rd, la possibilité de le savoir est chimérique, l'avoir vu mourir un matérialiste du diocèse [eux jours avant sa mort il se disait heureux tôt le grand mystère ». Personne n'osa lui n'y a rien au delà de la mort — et il souhaii rien — il n'en saurait rienuniquement pour nous divertir que nous contre Dieu. C'est, croyons-nous, pour faire ; ainsi qu'on Ta répété tant de fois. Et nous ne ) fois pour toutes. On dirait de lettres de r l'Eternel que nous renouvelons par intertelle sorte qu'à chaque renouvellement il e degré de iconfiance dans la solvabilité du caisse, ou monté. Gela dépend des cas.

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