‹ L'Annee Philosophique, Volume 4Chapitre 37 sur 94 · PHILOSOPHIE DES · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE DES

BERTRAND (Alexis). — Principes i et de philosophie morale (in-i

Cet excellent ouvrage classique est di\ traite des principes et des méthodes ( prescriptions de la conscience ; le trois de la science et des postulats de la passer en revue les divers chapitres don Nous nous bornerons à noter quelques j ne s'accordent pas avec celles de l'autei

Selon M. Bertrand, la notion de non:

représentation des formes, « les unité l'espace où nous les concevons et par Vé en les pensant (p. 68) >. Nous tenons montré dans la Critique philosophique^ plique à l'intuition de l'espace, mais q sairement.

Dans le chapitre consacré à la métho teur essaie de défendre la méthode écos!

Tout en reconnaissant qu'elle a donné reproche aux psychologues anglais d( d'amertume que de justice (p. 150) »

qu'on peut appeler facultés les différent!

chologiques semblables entre eux. L'e

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distinction de ces groupes correspond celle de pouvoirs métaphysiques qui les produisent, de prendre des termes généraux pour des principes explicatifs et d'introduire ainsi en psychologie des causes fictives. M. Bertrand remarque lui-même que Jouffroy n'a pas évité cette erreur. La critique qu'en a faite l'école associationniste était donc fondée et n'était pas inutile.

Ce n'est pas seulement sur la question des facultés de l'âme, c'est encore sur celle du libre arbitre et sur celle du bien moral que M. Bertrand reste attaché à la tradition de l'ancien spiritualisme. Selon lui, le libre arbitre est senti directement ; c'est un fait de conscience ; aussi la doctrine criticiste qui en fait le postulat du devoir est-elle, à ses yeux, sans importance, c Si je n'ai pas confiance dans ma conscience en tant qu'elle me révèle mon pouvoir, quelle confiance puis-je lui accorder en tant qu'elle me révèle mon devoir (p. 232)? > Nous n'avons pas besoin de dire que, selon nous, la conscience psychologique ne nous révèle ni le libre pouvoir ni le devoir ; que l'un et l'autre sont objets, non de sentiment et de perception, mais de conception et de croyance rationnelle; qu'il faut y voir des jugements synthétiques a priori, non des jugements d'expérience; que la foi rationnelle à la liberté, c'est-à-dire à de réels possibles, est impliquée par la foi rationnelle à l'obligation, c'est-à-dire à de réels impératifs ; qu'elle est par là singulièrement fortifiée, la foi au devoir s'imposant à notre esprit par l'autorité même du devoir sur les volitions qui constituent nos jugements.

Comme les disciples de l'ancien spiritualisme, M. Bertrand repousse la doctrine de Kant sur le rapport des idées de devoir et de bien. Il ne comprend pas « qu'une loi commande sans justifier ses ordres impératifs par aucune explication (p. 275) >. Il voit dans le bien le fondement, la raison du devoir. Nous disons, nous, que l'idée dé devoir ou d'obligation ne s'explique pas, parce qu'elle est irréductible et ne dérive d'aucune autre; qu'elle ne se fonde pas sur Tidée de bien moral, parce qu'elle est supposée par cette idée ; que l'idée de bien moral n'est autre chose que l'idée formelle et abstraite de devoir appliquée par un jugement synthétique a priori à un objet, à une matière.

BLONDEL (Maurice). — L'action, essai d'une critique de la vie et d'une science de la pratique (in-S^, bibliothèque de philosophie contemporaine, Félix Alcan).

La vie humaine a-t-elle un sens, et l'homme a-t-il une destinée ? Ce problème, chacun le résout forcément; car il ne peut pas ne pas agir; et il ne peut agir sans le résoudre d'une certaine manière. M. Blondel s'est proposé d'en rechercher la solution scientifique par l'analyse de l'action et de son processus nécessaire. Cette analyse aboutit en conclusion à Dieu, seule fin et seule règle de l'action; à

PILLOK- — REVUE BIBLIOGRAPHIQUE

réternité des peines et à la satisfaction vicaire ; aux dogmes et aux préceptes révélés et à la pratique religieuse littérale. L'objet de l'auteur, il nous l'apprend dans une lettre adressée à. la Hevue de métaphysique et de motale^ — a été d'extraire « du catholicisme tout ce qu'il contient de rationnel ». En d'autres termes, son Essai d'une critique de la vie est un livre de philosophie catholique.

En cet ouvrage curieux où se développe une pensée d'une subtilité extrême, et dont la forme est d'un travail parfait, trop parfait peutêtre, nous retrouvons la méthode d'apologétique de Pascal appropriée à notre temps. Rappelons-nous le pari de l'auteur des Pensées, Il se fait à lui-même cette objection : Pourquoi faire un choix ? Le mieux est de ne pas parier, t Oui, répond-il; mais il faut parier. Cela n'est pas volontaire; vous êtes embarqué... Il faut nécessairement choisir. > M. Blondel commence par poser Tobjection : elle est dans l'attitude mentale des esthètes, qui déclarent ne pas prendre parti et qui font de la pensée, de l'action, de la vie, un jeu. Il y répond par une très belle critique du dilettantisme. L'esthète, dit-il, t échoue à escamoter le problème de l'action > ; par cette prétention même, c il le pose volontairement et le tranche d'une certaine manière (p. 11) >. N'est-ce pas une manière de prendre parti que de repousser l'obligation de prendre parti ? N'est-ce pas donner un sens égoïste à la vie que de lui refuser un sens moral ? « Devant l'impôt despotique de l'action si l'on regimbe ou si l'on s'esquive, c'est qu'on se fait de soi, de ses droits, de son indépendance un idéal qu'on aime et qu'on veut (p. 16). «

Après avoir, en la première partie de son livre, montré inhérente à la vie la nécessité de prendre parti, M. Blondel, en la dernière partie, convie l'incroyant à chercher dans la pratique littérale du catholicisme, la foi qui lui manque et dont il sent le besoin, c Mais comment saurait-on agir avec confiance et sans hypocrisie ni servilité, en pratiquant ce qu'on ne croit pas ? — Qu'on se rassure et qu'on se détrompe. On n'a pas la foi : soit; ce n'est point par un effort de pensée qu'on l'aura jamais. Elle n'atteint pas directement l'esprit, et l'esprit l'atteint encore moins. Mais cette vue humaine, ce désir humain de ce qui paraît juste et nécessaire suffit à autoriser l'acte même qu'il exige, un acte naturel en son intention ; et, dans cette action, il se cache peut-être ce que la simple intention ne renfermait pas encore, la présence de la vie surnaturelle, qui, si elle est, se révélera à l'homme et qui ne peut se révéler qu'ainsi. S'il écarte les idées qui l'offusquaient, s'il va jusqu'au bout de sa sincérité, il rencontrera dans l'opération volontaire la certitude voulue (p. 402). >

C'est précisément le conseil que donne Pascal à qui s'est convaincu que le pari est inévitable et qu'il est sage de parier pour Dieu (c'està-dire pour le paradis et l'enfer catholiques). « Vous voulez, dit-il, aller à la foi, et vous n'en savez pas le chemin, vous voulez vous guérir de l'infidélité et vous en demandez le remède. Apprenez de ceux

piLLON. — Année philos. 1893. 14

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qui ont été liés comme vous : ce sont gens qui savent ce chemin que vous voudriez suivre, et guéris d'un mal dont vous voulez guérir. Suivez la manière par où ils ont commencé, c'est en faisant tout comme s'ils croyaient, en prenant de l'eau bénite, en faisant dire des messes, etc. >

Nous ne pouvons suivre, en ses phases successives, le développement de l'action, tel que l'expose l'auteur; dire tout ce qu'il y trouve et qu'il en fait sortir, un peu laborieusement quelquefois; comment il lui demande la solution des grands problèmes philosophiques; comment il la fait passer, sous l'impulsion de ses tendances et de ses besoins, sans lui permettre de s'arrêter en cette ascension, des sciences positives à la psychologie, de celle-ci à la morale naturelle et à la métaphysique, de la morale naturelle et de la métaphysique à la religion révélée; comment il la conduit à l'idée de Dieu, où .elle trouve c son inévitable complément » ; comment il la met en face de ce dilemme suprême : « ou exclure de nous toute autre volonté que la nôtre, ou se livrer à l'être que nous ne sommes pas comme à Tunique salutaire (p. 356). *

Nous aurions beaucoup à louer dans la partie proprement psychologique de cette étude. Toutefois, sans méconnaître les effets de l'action sur la pensée, le sentiment et la volonté dont elle procède, effets que M. Blondel s'est attaché à mettre en lumière, nous croyons que sa foi catholique ne lui a pas permis de saisir, en leur complexité, tous les rapports de la lettre et de l'esprit, des œuvres et de la foi; de voir, par exemple, que, si la lettre peut soutenir et fortifier l'esprit, elle peut aussi l'opprimer et l'éteindre. Sa psychologie religieuse est incomplète : elle ne rend pas compte de ce fait, que toutes les religions se sont corrompues, abaissées, par l'importance qu'y avait prise la pratique littérale, et que toutes les réformes et révolutions religieuses ont consisté dans un essor nouveau de l'esprit, affranchi et dédaigneux de la lettre. Elle n'explique pas l'opposition constante du prophète et du prêtre. Elle n'explique pas les paroles de Jésus et de saint Paul que nous pourrions lui opposer.

Mais nos critiques porteraient sur presque toutes ses conceptions métaphysiques : sur celle de l'être qu'il oppose au phénomène ; sur celles de la liberté et de l'infini, qu'il lie l'une à l'autre, expliquant la première par la seconde, sans se mettre en peine de définir ce qu'il appelle lihei^té et ce qu'il appelle infini, comme si ces mots étaient toujours entendus dans le même sens; sur celle de l'obligation morale dont il supprime, au fond, le caractère spécifique, en lui donnant pour fondement la volonté divine envisagée comme une puissance en laquelle l'intérêt suprême de notre volonté est de s'absorber et de se perdre, par l'obéissance et la désappropriation absolues, pour se retrouver divinisée, pour c être dieu par Dieu et avec Dieu >.

BLUM (Eugène). — Lectures de philosophie scientifique (in-12, Belin).

Ces lectures sont des 'extraits des ouvrages indiqués, d'après les programmes officiels, comme les plus utiles à consulter sur la philosophie des sciences. Elles sont distribuées en neuf livres : I. La méthode; II. La science; III. Méthode dans les sciences mathématiques ; IV. Méthode dans les sciences expérimentales ; V. Méthode dans les sciences d*observation ; VI. La déduction dans les sciences de la nature; VII. Méthode dans les sciences morales ; VIII. Les grandes hypothèses; IX. Limites et lacunes de la science. Cet ordre des matières ne semble pas bien naturel en ce qui concerne les sciences d'observation : elles auraient dû, croyons-nous, venir avant les sciences expérimentales.

A ces extraits qui appartiennent à des auteurs d'écoles philosophiques différentes, M. Blum a joint d'intéressantes notes où sont brièvement énoncées des remarques critiques fort justes sur quelquesuns des passages cités, notamment sur ceux qu'a inspirés la philosophie empirique. Nous devons signaler celles qui se rapportent à la classification positiviste des sciences (p. 90), à la division des mathématiques (p. 124), à l'origine empirique des axiomes (p. 132), à la méthode des variations concomitantes (p. 273), à la théorie empirique de la loi (p. 293), à l'origine du principe de l'induction (p. 299), à l'analogie entre l'histoire humaine et l'histoire naturelle (p. 405).

BOURDEAU (L.). — Le problème de la mort, ses solutions imaginaires et la science positive (in-8^, Bibliothèque de philosophie contemporaine, Félix Alcan).

Qu'est-ce que la mort ? Faut-il voir en elle c le terme absolu de la vie, supprimant pour ce qui doit suivre tout motif d'espoir et d'inquiétude, ou le point de départ d'une existence nouvelle qui ouvre sur l'avenir de vastes perspectives, objet de craintes et d'espérances sans fin »? Tel est le problème que M. L. Bourdeau s'est proposé de résoudre. Ce problème il entend l'examiner « au point de vue de la science >, en procédant non, comme ont fait les religions et les philosophies, « par Va priori de la révélation ou du système >, mais par la méthode inductive, par des « inférences > appuyées sur « un ensemble de notions exactes >. En vertu d'une induction qui lui parait scientifiquement légitime, il conclut à l'anéantissement complet de la conscience et de la personne par la mort.

L'auteur oppose à tort la méthode qu'il prétend suivre dans l'examen de la question à celle qu'il attribue aux religions et aux philosophies. Nous ne voyons pas que la doctrine de la survivance soit due à c l'a priori de la révélation ou du système ». Il nous apprend luimême qu'elle s'est formée et développée par une suite d'inductions

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naturelles. De Télat de sommeil et d'autres états moins fréquents, mais analogues, Thomme primitif inféra qu'il y avait en lui deux êtres distincts, d'ordinaire associés, mais à Toccasion séparables: Tesprit et le corps. Le premier quittait le second, pendant le sommeil, et revenait, au réveil^ l'animer de nouveau. L'explication fut par induction analogique étendue du sommeil à la mort. Evidemment Y a priori de la révélation ou du système n'e^ pas la source de l'animisme primitif.

Est-il pour quelque chose dans la naissance du spiritualisme philo* sophique? On ne saurait l'admettre. Comment Platon s'assure- t-il que l'âme est une substance qui a existé avant le corps et qui doit lui survivre, et non une hannonie des éléments corporels? Par des arguments inductifs. C'est aussi par le raisonnement inductif, par une inférence tirée de l'observation et de la comparaison des deux attributs pensée et étenduer que Descartes et ses disciples établissent la distinction nécessaire des deux substances spirituelle et matérielle, l'indivisibilité et l'indestructibilité de la première.

Certes, les raisonnements qui ont paru fonder solidement le spiritualisme philosophique n'ont pas, à nos yeux, la valeur que leur accordaient ceux qui les ont produits. Mais si la critique a pu en découvrir et en montrer la faiblesse, c'est en atteignant du même coup^ et plus profondément, les arguments sur lesquels s'appuie le matérialisme, c'est en ruinant toute idée de substance^ l'idée de la substance matérielle plus évidemment encore que celle de la substance spirituelle. M. Bourdeau ne s'est guère préoccupé d'en suivre jusqu'au bout les progrès. Elle l'eût conduit à un idéalisme presque aussi favorable que le spiritualisme à l'espoir d'une vie future. Nous disons espoir; car le problème de la mort ne peut certainement être résolu que par l'imagination et la croyance ; il est contradictoire qu'il le soit par la science positive et expérimentale. Nulle expérience personnelle de Vautre vie n'est possible dans la vie présente ; nulle expérience de V anéantissement n'est possible dans cette vie, ni dans l'autre. Si nous devons survivre, nous ne le saurons qu'après la mort ; si nous devons cesser d'exister, nous ne le saurons jamais.

CARUS (le D' Paul). — Le Problème de la conscience du moi, trad. par A. MONQD (in-18. Bibliothèque de philosophie contemporaine, Félix Alcan),

Qu'est-ce que le moî ? Quelle est la nature de la conscience ? Quelle idée doit-on s'en faire ? Tel est le sujet traité en ce volume par un philosophe américain, d'esprit actif et élevé, M. Paul Carus.

Selon M. Carus, il y a quatre systèmes sur la relation de la conscience et du monde matériel. Le dualisme conçoit la conscience et le monde matériel « comme deux réalités radicalement indépendantes» ; l'idéalisme considère la matière « comme une illusion de l'esprit • : le

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matérialisme ne voit dans la conscience qu'un « produit de la matière > ; le monisme enfin c regarde la subjectivité et Tobjectivité comme deux traits inséparables de la réalité », et la conscience < comme une forme complexe de la subjectivité (p. 7) >. Il faut repousser le premier, parce qu'il est opposé aux tendances et à ridéal de la science ; le second, parce qu'il conduit au mépris de l'existence objective, à l'éloignement du monde et au pessimisme ; le troisième, parce qu'il proclame que le plaisir est la fin de la morale. Le seul système admissible est le monisme, d'après lequel le Tout^ où sont comprises la sensibilité et la pensée, c forme une seule grande unité (p. 9) >.

M. Carus s'applique à distinguer le monisme, tel qu'il le comprend, de l'idéalisme et du réalisme matérialiste, qu*il appelle des pseùdomonismes. « Les idéalistes, dit-il, soutiennent que les états subjectifs existent seuls réellement, tandis que les réalistes déclarent qu'il n'y a que les choses objectives qui existent. Le fait est qu'il n'y a ni états objectifs, ni états subjectifs purs, mais certaines séries de relations, dont un des côtés est appelé objectif et l'autre subjectif (p. 28). » Il reconnaît que le monde subjectif, qui t nous apparaît comme la matière se mouvant dans l'espace >, peut bien n'être pas « en luimême tel qu'il nous apparaît (p. 37) » ; mais, ajoute-t-il, cette apparence est la seule représentation que l'on en puisse avoir ; elle suffit pour régler convenablement nos actions ; on ne dpit donc pas l'estimer illusoire et sans valeur.

L'auteur est logiquement conduit par sa conception monistique où Içs phénomènes psychiques ou subjectifs et les phénomènes physiques ou objectifs sont mis à tort sur le même plan, à nier le libre arbitre, l'immortalité personnelle et la personnalité divine. Il déclare qu'on ne doit pas entendre par liberté c une annihilation de la loi de cause et d'effet (p. 16)» ; que la véritable immortalité, base de l'éthique, est la conservation dans le monde des aspirations idéales, des énergies, du mouvement ascensionilel de la vie de l'âme (p. 126) ; que le vrai Dieu n'est pas une personne, mais la loi universelle et éternelle du Cosmos, en laquelle seule est < l'autorité suprême de notre conduite (p. 133) ».

Une profession de foi panthéiste, opposée, sous le nom di'enthèisme, à l'anthropomorphisme traditionnel ; une critique insuffisante du dualisme et de l'idéalisme, trop insuffisante pour qu'il soit utile d'en montrer la faiblesse : voilà, en deux mots, le livre de M. Carus.

COMPAYRÉ (G.). — L'Evolution intellectuelle et morale de l'enfant

(in-8o, Hachette).

Cet ouvrage sur le développement intellectuel et moral de l'enfant est précieux par la richesse des observations particulières qu'il renferme et par les idées générales qui lient ces observations, qui en

montrent la portée, qui leur donnent un caractère scientifique. H s'ouvre par l'étude du nouveau-né, de sa vie instinctive, de ses souffrances et de ses premières impressions de plaisir. Puis Fauteur passe à l'observation des premières formes de l'activité, mouvements et cris. Avec l'étude des diverses sensations et perceptions (vue, ouïe, goût, odorat, toucher), nous entrons dans l'histoire des humbles commencements de l'esprit. Suivent des chapitres intéressants qui traitent des premières émotions et de leur expression, de l'état de la mémoire avant et après l'acquisition du langage, des diverses formes de l'imagination, de l'attention, de l'association des idées, des instincts éducatifs (imitation et curiosité).

M. Compayré examine ensuite comment, se forment et se développent le jugement et le raisonnement, comment l'enfant apprend à parler, à coordonner ses mouvements, à marcher, à se tenir debout. Il termine par l'étude du sens moral, des défauts et des qualités, de la folie, du sentiment du moi et de la personnalité chez les enfants.

Ce qui est remarquable en ce livre, ce qui en fait, à nos yeux, la valeur, c'est la sûreté de jugement avec laquelle sont interprétés les faits que citent les observateurs, avec laquelle sont déterminées et mesurées les conséquences que l'on en peut et que l'on en doit tirer. Pour qui veut étudier la psychologie de l'enfant, M. Compayré est le plus sage des guides. Le chapitre vui sur l'attention et l'association des idées, et le chapitre xi sur l'acquisition du langage nous semblent offrir, à ce point de vue, un intérêt particulier. Nous devons noter qu'en nombre de passages est marquée avec précision la i>rofonde différence spécifique qui sépare, dès l'origine, l'intelligence de l'enfant de celle de l'animal. L'esprit de la philosophie eriipirique peut, en psychologie comparée, mener à des conclusions que la vraie science expérimentale ne permet pas d'admettre. M. Compayré a bien vu, et il signale avec toute raison la double tendance de certains disciples de Darwin à amoindrir l'homme et à relever la bête, par suite à diminuer l'intervalle de ces deux formes de l'existence et à rendre facile le passage de l'une et de l'autre : « D'une part, dit-il, on apprécie au plus bas mot les facultés humaines, on vide de leur contenu essentielles notions qui les représentent; d'autre part, on transfigure, on exalte les moindres faits de la vie des animaux ; on interprète avec une admiration complaisante les moindres de leurs actions (p. 369). »

DUMESNIL (Georges). — Du rôle des concepts dans la vie intellectuelle et morale. Essai théorique d'après une vue de Hiistoire

(in-8°. Hachette).

Ce livre nous remet en pensée un passage de Goethe. « L'idée de la métamorphose, dit le poète philosophe, mène à l'amorphe, détruit, dissout la science. Semblable à la force centrifuge, elle se perdrait à

rinfînî, si elle n'avait pas un contrepoids ; ce contrepoids, c'est le besoin de spécifier, la persistance tenace de tout ce qui eût une fois arrivé à la réalité, force centripète à laquelle aucune condition extérieure ne saurait rien changer. > Gœthe plaçait dans la nature même cette opposition de la métamorphose (nous disons aujourd'hui évolution) et de la spécificité, de l'infini et du fini, de l'indéterminé et du déterminé. Mais il remarquait aussi qu'elle existe entre la nature et l'esprit humain : la nature, qui c n'a pas de système », qui c est vivante et renferme la vie », qui est c la transition d'un centre inconnu à une circonférence ■ qu'on n'atteindra jamais » ; l'esprit humain qui, « dès qu'il joue un rôle, devient législateur, en morale, en religion, en art, en science », et qui « fait des essais de systématisation sans nombre ».

C'est de cette opposition que M. Dumesnil a été, lui aussi, frappé : il y voit aboutir le mouvement de la pensée religieuse et philosophique, tel que le lui présente l'histoire. L'objet qu'il s'est proposé est € de critiquer le droit de l'esprit humain à concevoir, en face de l'universel déterminisme où il semble qu'aucune limite ne puisse subsister, ni même exister », le droit à imaginer, c pour expliquer les choses changeantes, des éléments ou des essences stables {Introduction, p. vn) ».

Il s'agit desavoir si « la relativité universelle enseignée parla Nature se laisse accorder avec le procédé essentiel et permanent de l'esprit qui est de concevoir par idées distinctes, par concepts, par entités (p. XI) ». Gomment la Nature, c cause infiniment ondoyante », créet-elle, « pour se connaître », un instrument tel que l'esprit, t dont le premier instinct est justement de tout sentir et de tout comprendre sous une forme discontinue, finie et précise (p. xii) » ? Comment, d'autre part, l'esprit, qui est nécessite à c concevoir par des formes discontinues et relatives », suppose-t-il dans la Nature une c continuité absolue », qui n'y est jamais sensible, c si attentivement que nous la regardions (p. xiv) > ?

Tel est le problème que M. Dumesnil s'est appliqué à résoudre. Il n'a rien, pour nous, d'embarrassant. Il s'agit là de l'opposition qui existe entre la forme spatiale de la sensibilité et de l'imagination et le concept de nombre qui régit l'entendement. Nous imaginons la nature continue et infinie; nous ne pouvons la penser que finie et discontinue. C'est notre imagination qui refuse d'y voir des vides et des saltus. C'est à notre imagination qu'elle apparaît comme espace et temps infinis et pleins, comme chaîne de causes, sans commencement ni fin, formée d'anneaux sans nombre, ou plutôt comme transformation ou évolution continue d'un être réellement identique où notre entendement met des différences en vertu de la nécessité . qui lui est propre. La nature ne parait tout cela que parce qu'elle est vue à travers la catégorie de l'espace et à travers la forme spatiale dont se revêtent les catégories de temps et de causalité. Elle n'est

l'année PflILOSaPHIQUK. 1893

out cela. L'imagination doit céder à rentendement. L'infini intinu, qu'elle nous donne, sont chose contradictoire, illoapensable, donc illusoire. Il n'y a de pensable, de logique, que le discontinu ; donc rien de réel hors du discontinu et du fini, lotre solution- Ce n'est pas celle de M. Dumesnil. Selon lui, ice du fini et de Tiofini dans notre esprit s'explique par le de l'infini au fini, qui est un rapport de cause à effet. Le fini, t esprit, est créé par l'infini. Cet infini est absolu, transcenist le Dieu du christianisme et de Descartes. Il est causalité iberté absolue et toute-puissante. Il est cause de soi-même et

monde : ce qui donne une base philosophique aux dogmes 3 de la trinité et de la création. Objet de son propre vouloir, ifiniment efficace, il se réalise lui-même pleinement et infini-

de cette création de Dieu par lui-même les trois personnes iont comme les moments (p. i89). Mais l'essence infinie de iprend le fini, car, si le fini y manquait, « il y aurait comme chose que l'infini ne serait pas (p. 191) » ; il faut donc que fini en soi c se réalise encore dans quelque chose qui, rela-

à son infini, est fini > ; qu'après s'être créé lui-même, il LUS le monde de Lui et pour Lui (p. 192) >. Le monde est j comme il est créé € de l'essence et de la puissance de Dieu >» léant, l'infinie raison de Dieu ne laisse pas d'y être présente, fondé le monisme rationnel, qui € fait rentrer l'idée de l'in-

tout ce qui lui appartient, c'est-à-dire partout >, et qui ar conséquent, € même de la création, l'idée d'une présence iu néant (p. 193) ».

e croyons pas avoir à discuter cette métaphysique infini tiste^ eurs ne semble pas disposée à reconnaître l'autorité de la l'autorité du principe de contradiction ; en quoi elle ressemble e de la trinité chrétienne, dont elle se fait, très naturelleuxiliaire. Nous constatons que, sans explicajtion, sans anarapproche et identifie des choses fort différentes et même, regarde bien, absolument opposées : phénoménisme et coninfini et liberté. Nous devons aussi faire remarquer que snil, qui parait avoir lu et mis à profit la Philosophie de la 5 M. Sacrétan, reste fort engagé dans le panthéisme, malgré volonté monothéiste. Ne supprime-t-il pas, en réalité, les îs essentielles qui, dans la théologie traditionnelle, séparent m du monde de la génération des personnes divines ? Ne is, d'une part, que l'une et l'autre sont libres, vu qu'il n'y a t aucune nécessité d'aucune sorte, pas même d'être »? Ne •il pas, d'autre part, que l'essence de Dieu ne saurWt être ns comprendre le fini, et par conséquent sans se réaliser par n du monde, ce qui revient à dire que la création du monde^ Dieu une raison absolue, éternelle, n'a ni commencement

PIIiON. T- REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 211

DUNAN (Charles). — Goiqrs de philosophie (în-S^, Delagrave).

En ce volume, M. Dunan n'a publié que la première partie de son cours de philosophie : il n'y traite que de la psychologie. Il en traite fort bien, exprimant sur chaque point, en termes pesés et choisis avec réflexion, sa pensée personnelle ; et son livre, qui reste élémentaire par la forme et la disposition générale, ne laisse pas d'être, par l'originalité du fond, très digne de l'attention des philosophes.

Dans riatroduction, nous approuvons et goûtons tout à fait le chapitre u sur la Conscience, Avec raison, selon nous, M, Dunan tient et explique qu'il faut distinguer la conscience spontanée de la consjcience réfléîchie ; qu'entre la conscience et la pensée il y a identité ; que la conscience spontanée n'est pas une faculté spéciale, mais un mode universel et nécessaire des faits psychologiques ; qu'il ne saurait donc y avoir d'états psychologiques inconscients. Passant à la première partie, nous remarquons le rôle important qu'il fait jouer dans la vie (chap. i) aux plaisirs émoussés, et d'où il conclut, contre les pessimistes, du point de vue de la sensibilité pure, que la vie est bonne, c'est-à-dire que la somme des plaisirs l'emporte sur celle des douleurs.

La deuxième partie contient plusieurs chapitres d'un grand intérêt. Dans le chapitre i, M. Dunan examine les théories relatives à la perception de l'étendue, lesquelles se ramènent à deux, le nattvisme et Vempirisme ; il nous paraît faire à chacune d'elles la part qui lui revient, et surtout réfuter très solidement cette thèse des empiristes, que toute étendue, si petite qu'elle soit, est toujours perçue successivement, c'est-à-dire par parties. Il soutient, par de fortes raisons, contre Berkeley et contre l'école anglaise, que la vision de la profondeur est primitive, naturelle, immédiate, comme celle des dimensions transversales ; que l'espace, pour les clairvoyants, est de nature visuelle ; que les sensations visuelles ont sans doute besoin d'être interprétées, mais qu'elles le sont en d'autres sensations visuelles, et non pas en sensations musculaires ou tactiles.

Dans le chapitre iv consacré à Vassociatton des idées, nous retrouvons avec plaisir nos vues sur la nécessité de maintenir comme espèce distincte, l'association par similarité et sur l'impossibilité de la réduire à l'association par contiguïté. (Y oyez Critique philosophique , 2« série; t. I, p. 206 et suiv.) Le chapitre xiii sur la raison pure elles notions premières nous satisfait beaucoup moins. Nous ne saurions admettre, avec l'auteur, ni que € la causalité phénoménale, c'est-àdire la détermination de tout phénomène par un antécédent, soit une conséquence nécessaire de la nature du temps > ; ni que l'espace diffère de la série des nombres en ce qu'il est un infini actuel, « objet d'une intuition parfaitement une et simultanée > ; ni que la raison trouve € l'explication définitive et totale des phénomènes »

dans la notion de Tabgolu, c'est-à-dire d'une cause intemporelle ; ni que « ridée de la perfection résulte de l'application de l'idée d'infini à l'idée d'être».

DURAND (DE GROS) (J.-P.). — Le merveilleux scientifique (in-8<>, Félix Alcan).

Le merveilleux dont il s'agit en ce volume et dont le caractère scientifique a été longtemps contesté de parti pris comprend tout ce que l'on désigne aujourd'hui par le terme d'hypnotisme. Mais ce terme général est employé pour des choses très différentes. Il y a, selon M. Durand, trois espèces d'hypnotisme à distinguer d'après les causes différentes des phénomènes qui les caractérisent : le magnétisme animal, l'hypnose provoquée par la continuité d'une seule et même sensation, la suggestion orale.

Aux deux premières espèces de phénomènes sont attachés depuis longtemps les noms de ceux qiii les premiers en ont fait une étude systématique : celui de Mesmer au magnétisme animal (mesmérisme) et celui de Braid à l'hypnose résultant de la fascination sensorielle (braidismé), M. Durand a forgé le mot fario-grimisme pour la troisième espèce, parce que la connaissance des effets de la suggestion orale est, comme il l'établit, due à Faria et à Grimes. Il lie ainsi la classification naturelle dont la nouvelle science a besoin à l'histoire des découvertes successives qui l'ont fondée ; et, dans cette histoire, il s'applique à déterminer exactement la part qui revient à chacun des inventeurs.

On y voit qu'avant les nouvelles écoles hypnotistes, les principaux phénomènes dont le trait commun est la qualité thaumaturgique^ c'est-à-dire une étrangeté qui frappe d'étonnement :. force mesmérique, somnambulisme lucide artificiel, fascination sensorielle, suggestion idéoplastique, avaient été observés, étudiés, et même en partie théorisés ; que ces écoles n'ont rien ajouté de bien important aux matériaux scientifiques antérieurement amoncelés ; que, dominées par un empirisme antiphilosophique, elles n'ont jusqu'à présent rien construit avec ces matériaux et les ont laissés à peu près tels qu'elles les ont trouvés ; que leur grand et vrai titre est d'en avoir reconnu la valeur, d'avoir rendu témoignage au merveilleux scientifique et, par l'autorité, universellement acceptée, de ce témoignage, de l'avoir fait passer de l'état de c science marronne » à celui de < science orthodoxe (p. 35 et suiv.) >.

Ce qui nous parait vraiment solide dans l'ouvrage de M. Durand, ce qui nous y intéresse par son rapport avec la doctrine que nous considérons depuis longtemps' comme la seule métaphysique, c'est la théorie de la multiple conscience, telle qu'elle y est présentée, c'est-à-dire appuyée sur Tanatomie et la physiologie des centres nerveux ; c'est, en un mot, l'explication des faits de suggestion impéra-

/GooqIc

PILLON. -^ REVUE BIBUOGRAPHIQUE 219

tive OU affirmative par le polyzoïsme humain, et la confirmation du polyzoïsme humain par la suggestion hypnotique, c Deux choses, dit notre auteur, sont établies : d'une part, pour que la suggestion s'effectue, il faut que Tesprit du sujet soit frappé, fortement frappé. D'autre part, cette impression morale si puissante, le sujet n'en a pas le sentiment, il n'en a pas conscience, il peut même parfois ne pas s'en douter le moins du monde, alors qu'elle agit invinciblement sur lui. Comment deux vérités qui semblent à tel point s'exclure peuvent-elles pourtant coexister et se concilier? C'est depuis bientôt un demi-siècle que j'ai donné le mot de cet-te énigme: il n'y a pas qu'un seul individu psychologique, qu'un seul moi dans l'homme ; il y en a une légion ; et les faits de conscience avérés comme tels qui restent néanmoins étrangers à notre conscience, se passent dans d'autres consciences associées à celles-ci dans l'organisme humain en une hiérarchie anatomiquement représentée par la série des centres nerveux céphalo-rachidiens et celle des centres nerveux du système ganglionnaire (p. 180}. «

FACVETY (Charles). — Théonomie. Démonstration scientifique de l'existence de Dieu (petit in*12, Nantes, Lessard).

Un cercle, avec son centre, ses rayons et sa circonférence, figure très bien, selon M. Fauvety, l'unité organique de l'univers, sa vie complète, à la fois une et multiple, c Si tous les points de la circonférence sont pris pour des êtres doués d'une activité propre, ces êtres, quelque soit leur nombre, peuvent se correspondre, sans abjurer leur liberté... Grâce au centre du cercle et à ses rayons, un double courant peut s'établir allant du centre à la circonférence et de la circonférence au centre (p. 17). > Le centre représente le principe d'unité qui met chaque être en rapport avec tous les autres, qui assure l'harmonie et la solidarité universelles. Ce principe d'iinité, c'est ^Dieu. L'unité de l'univers ne peut être contestée, donc Dieu existe. Dieu est démontré scientifiquement, parce que la science est obligée de reconnaître à l'univers un principe unique de mouvement, d'ordre et de vie. Telle est la thèse développée dans l'ouvrage.

Les athées duxviu® siècle n'auraient eu aucune objection contre un Dieu ainsi défini. D'Holbach eût admis sans peine cette force qui.donne le mouvement et la vie à l'univers, qui unit et solidarise tous les êtres. Mais M. Fauvety veut en outre que cette force soit consciente ; il en fait un moi, une personne. Elle est, dit-il, h l'univers, ce que l'âme est au corps humain. « Je suis autorisé à affirmer le Moi divin comme le Moi humain, parce que l'univers, dans son objectivité changeante, variée et multiple, manifeste l'existence de Dieu absolument comme mon corps manifeste mon existence, comme votre corps manifeste la vôtre (p. 25). > pourquoi peut-on ainsi conclure du microcosme au macrocosme ? Parce que Dieu étant la synthèse qui contient

l'année PUILOSOPHIOUE. 1893

toutes les autres, ii est impossible de ne pas attribuer à la synthèse toutes les propriétés, toutes les puissances, tous les éléments que l'on a trouvés dans l'analyse. < Si je ne puis énumérer les qualités de l'Être conçu comme adéquat à l'univers visible, je puis, après avoir constaté dans l'homme telle ou telle qualité, Tattribuer à cet être, dont je suis autorisé même à faire V homme universel, en ajoutant à ces qualités, quelles qu'elles soient, les caractères de Tuniversalité ou de rinfinitude (p. a3). >

Cette démonstration de Texisteuce de Dieu nous parait très insuffisante. Pour lui donner un caractère réellement scientifique, il eût fallu établir : 1® que l'univers est vraiment assimilable à un organisme vivant, tel que le corps humain ; ^ que nous pouvons de notre moi conscient passer par induction à un moi conscient de Funivers, comme nous induisons le moi de M. Fauvety des signes de conscience qu'il nous donne par sa parole ou par ses écrits. Au sujet de la première condition, il convient de rappeler la distinction nécessaire établie par Auguste Comte entre le monde et Vunivers. L'univers est l'ensemble des astres disséminés dans le ciel. Le monde est le système solaire dont notre terre fait partie et dont le soleil est le centre. Le mot système exprime très bien l'incontestable unité du monde. Mais l'univers ne forme pas un système : l'astronomie moderne a détruit l'unité que lui attribuait la philosophie d'Aristote.

FONSEGRIVE (G.-L.). — La CausaUté efficiente (in-18, BibUothèque de philosophie contemporaine, Félix Alcan).

Quelle est l'origine du jugement de causalité ? Comment prend-il un caractère universel? Quelle en est la vraie nature ? Telles sont les questions examinées en ce volume. M. Fonsegrive commence par définir la causalité. C'est, dit-il, « un rapport d'antériorité entre le terme cause et le terme effet (p. 2) >. Ce rapport, cet ordre de succession est déterminé, fixé : € La cause est nécessairement antérieure à l'effet et l'efifet est nécessairement postérieur à la cause (p. 3). > Il s'agit de savoir d'où naît en l'esprit l'idée de cette succession d'espèce particulière qui s'appelle causale. Selon l'auteur, qui suit, en ce point, Maine de Biran, elle Tient de l'expérience intérieure, du sentiment de Tefifort ; c'est un fait de conscience. Comme l'effort se trouve en toute pensée, la conscience de toute pensée nous donne la causalité. € Penser, c'est causer; la causalité est la même chose que la pensée (p. 41). •

Pourquoi affirmons-nous la causalité à propos de tout événement, de tout objet? D'où vient l'universalité que nous lui attribuons ? M. Fonsegrive fait une excellente critique des théories qui expliquent par l'expérience, soit de l'individu, soit de la race, le caractère universel du principe de causalité. La théorie criticiste qui fait de la causalité universelle un principe a priori ne lui parait pas non plus satisfaisante.

PILLON. — BEVUE BIBLK

Il tient que < l'appréhension de l'essentiel l'acte propre de l'intelligence, dégage de 1 i mmédiatement donnée la loi univet^elli en résulte que, pour lui, le jugement c a posteriori quand on l'envisage dans soi on le considère comme universel. € Il n'y de causalité, rien d*a priori qui ne soit an« qui ne soit a posteriori (p. 72). >

Par ces vues sur l'identité de la causalii caractère analytique du jugement de eau grive se trouve conduit à ne voir aucune site causale et la nécessité logique. La i dit-il expressément , est produite , < c les prémisses (p/83) ». Le principe de ( de tout devenir, domine la déduction, s'impose à l'esprit qu'en vertu de la c (p. 87) ».

Cette nouvelle théorie de la causalité de pensée, mais nous devons dire qu'elle points. Nous tenons que le jugement de même nature, qu'il est toujours synthétiqi lorsqu'il est posé comme universel, mais d lorsqu'il s'applique au rapport de la voliti<

FOUILLÉE (Alfred). — La psychologie de

Bibliothèque de philosophie contera]

M. Fouillée reproche à la psychologie, 1 traitée jusqu'ici, de s'arrêter au rôle rep faire abstraction de leur rôle de forces, in mier, et même, au fond, antérieur au [ abstraite il oppose sa psychologie synthéti psychologie se fonde sur le principe suivani e st constitué par un processus à trois ter cernement quelconque, qui fait que l'être s et qui est ainsi le germe de la sensation bien-être ou malaise quelconque, aussi son fait que l'être n'est pas indifférent à son ch quelconque, qui est le germe de la préférer de l'appétition {Introduction, p. ix). > De F fonctions mentales, le discernement et h inhérente à tous les états de conscience, l'unité de ces deux fonctions, l'unité du p

(1) Voyez Traité de la nature humaine, d( Villon, Introductiojif p. xli et suiv, (in-12, Fii

ntale en psychologie. Le fait qu'il exprime est complexe. ;e signifie idée-appétition.

l'avons aucune objection contre i'idée-force ainsi comprise et Elle s'accorde très bien avec la critique que nous avons faite, igtemps (1), de cette psychologie classique qui, en séparant ;és, en leur assignant un ordre de succession réputé naturel, éconnaître l'intervention de la passion et de la volonté dans omènes rapportés à l'entendement, la constante pénétration

du penser et de l'agir.

aillée montre très bien que le point de vue psychologique est •ement synthétique, en raison de la nature même des phénolentaux. « C'est précisément, dit-il, le rapport à une consituelle ou virtuelle qfui constitue et caractérise le phénomène )sychique. Une douleur, une pensée, une volition, ne peuvent I considérés comme des phénomènes en Vair, simplement

l'un de l'autre à la façon d'une vibration sonore et d'une 1 lumineuse (p. xv). > — C'est bien aussi ce que nous entenmd nous parlons de cette loi spécifique qui lie les phénonentai^x, sous laquelle nous les pensons, saas laquelle ils inintelligibles, et que nous appelons loi de conscience ou de dite (2).

uilléc indique entre la psychologie et les sciences physiques •e différence qui nous paraît, comme à lui, essentielle. « Les

psychologiques sont, comme tels, des rapports de finalité nte, très différents des lois de causalité purement physique » — Nous disons aussi que la loi de finalité n'appaiait claiqu'avec les phénomènes psychologiques. C'est en psychologie 'impose. L'ordre téléologique que manifestent l'organisation t est dérivé : il procède de celui qui coordonne les états de ce ; il le traduit extérieurement. Si on l'en sépare , pour l'enen lui-même, il reste équivoque et douteux, à cause des lois ues qui régissent les phénomènes vitaux, et auxquelles on lontiers que ces phénomènes sont réductibles parce qu'elles t en constituer toute la réalité. Il a peine à résister à l'évolule fortuitiste que lui opposaient autrefois Empédocle, Epicure, , et qui de notre temps a été fort perfectionné par Darwin, ms une doctrine où l'ordre mécanique est considéré comme nce et la forme, et la conscience comme la vraie réalité, comme des choses, de toutes choses, la finalité cesse d'être uneexcep- )extensive à la conscience, elle devient, à son tour, une loi tUe. Cette doctrine d'idéalisme objectif était celle de Leibniz : le que nous avons toujours soutenue (3).

fez Critique philosophique (!'• série), t. I, pp. 337 et suiv.

ez V Année philosophique, année 1892, in-8° (Félix Alcan), p. 219.

fez Psychologie de Hume, introduction, p. lïx, in-12 (Fischbacher).

Et c'est précisément à cette doctrinç que conclut l'auteur d Psychologie des idées-forces, c La conscience, dit-il, est ondoy comme le mouvement même, qui n'est probablement que le de extérieur de ses propres ondes... Une science plus avancée qt nôtre découvrira la vie partout, et, avec la vie, du mental à un d quelconque, de la sensation et de l'appétit ; si bien qu'on aura par exorciser le fantôme de l'inconscient et par reconnaître ce nous avons proposé d'appeler l'ubiquité de la conscience (t. II, p. 4 — Nous souscrivons à cette conclusion idéaliste , très bien formi en faisant remarquer que M . Fouillée ne s'y montre pas encore î affirmatif ; qu'il ne s'agit pas là d'une découverte et d'un progi espérer de la science, mais d'une certitude résultant de la critique qualités primaires et de l'esthétique transcendantale, d'une certi à laquelle aboutit l'évolution entière de la philosophie et qu'il tenir pour acquise et assurée. Ce n'est pas probablement^ c'est certainement, que le mouvement est € le dessin extérieur > changements psychiques, et rien de plus. Aristote avait fait du c gement qualitatif et du mouvement local deux espèces du m genre. La science proprement dite, depuis Descartes, s'efforce flatte d'expliquer le changement qualitatif par le mouvement 1 La philosophie idéaliste, disons la philosophie (car le spiritual classique et le matérialisme ne comptent pas), fait dépendre ce i de représentation, le mouvement local, du changement psych lequel est essentiellement et uniquement qualitatif.

Restent deux questions fondamentales sur lesquelles nous son en complet désaccord avec M. Fouillée, comme avec bien d'autres losophes : celle de la liberté et celle de l'infini. Mais ces deux < tions sont liées l'une à l'autre et n'en font réellement qu'une. L nitisme ne va pas sans la nécessité universelle. La négation de l'i implique la contingence, et la liberté est à la contingence ce que pèce est au genre.

GÂRDÂIR (J.). — Corps et âme, essais sur la philosophie de saint Thomas (in-i2, Lethielleux).

M. Gardair a trouvé la vraie philosophie au xiii^ siècle, en moyen âge, dans le système de saint Thomas. Il a approfondi ce tème, il le connaît très bien ; il a entrepris de le faire connaître le cours libre qu'il professe à la Sorbonne. Les essais réunis da volume que nous signalons forment une introduction à ce cour sont au nombre de cinq : I. L'activité dans les corps inorganic II. Les puissances de l'âme; III. L'organisme et la pensée ; F connaissance ; V. Le libre arbitre.

Ces essais sont fort intéressants au point de vue de l'histoire philosophie. Mais l'objet que s'y est proposé l'auteur est dogma autant qu'historique. Il entend montrer que les solutions thoir

5 métaphysiques peuvent encore aujourd'hui se nent devant la raison et la science modernes ;

de s'en éloigner et d'en méconnaître la valeur ;

sans tenir compte de la révolution cartésienne, fforcè de réfuter les causes occasionnelles de mie préétablie et les monades de Leibniz. Au

il reproche « de confondre la nature des subs- ^c celle des substances spirituelles, et de méconion et la hiérarchie que Dieu a établies entre les an et l'harmonie de la création (p. 20) >. L'hy- I préétablie lui parait « arbitraire et contraire au )Ourquoi Dieu, au lieu d^établir, de toute éter-

n'aurait-il pas donné et ne conserverait-il pas paniques, « une certaine puissance d'agir comme tion providentielle (p. 9) >. Contre le spirituajnsidère l'âme et le corps humain comme deux ieux êtres rapprochés par l'accord qui existe de l'un et celles de l'autre, il soutient cette docl'àme et le corps humain forment un seul être, composée. Et il exjrfique cette doctrine, en fai-

d'après saint Thomas, l'âme pensante est la u corps humain, c'est-à-dire qu'elle le forme par ière première (p. 204),

talent d'exposition de M. Gardair beaucoup plus irguments. La question qui divise les spiritua- 1 thomistes n'existe pas pour nous qui réduisons celle de loi. La seule unité de l'être humain qui asiste dans l'harmonie et l'enchaînement des ssente. Imaginer dernière cette harmonie deux nt l'une sur l'autre, ou une substance composée n de l'âme sur la matière première, c'est être e du langage, c'est se payer de mots abstraits, e philosophique de l'hypothèse des causes occa-

de l'harmonie préétablie, c'est d'avoir substitué ions phénoménales à la causalité active que Ton tances créées.

es passions et la Tolonté (in-12, Lethielleux).

)nne en ce volume le cours libre qu'il a professé t les premiers mois de 1892. Les leçons de ce cours doctrine de saint Thomas sur les passions et la

et explique avec une parfaite clarté les vues de nature et la classification des passions. U s'efcette classification est non seulement commode

PILLON. — REVUE BIBUOGRAPmOCE

et ingénieuse, mais fondée sur la natui:e, sur la réalité des chose y a dans Tanimal deux inclinations naturelles fondamentales : ] qui le porte à son bien, ou qui l'entraîne à s'éloigner du mal qu nuit : c*est l'appétit concupiscible ; l'autre qui le pousse à lutter ce ce qui l'empêche d'atteindre son bien : c'est l'appétit irasciblç. deux appétits, sans être séparés, sont radicalement différents ; petit irascible est subordonné à l'appétit concupiscible. Des < appétits dérivent toutes les passions. Six, formant trois couple rapportent à l'appétit concupiscible : l'amour, le désir et Iç pl< d'une part ; la haine, l'aversion et la douleur, d'autre part. Cinq, quatre formant deux couples, dérivent de l'appétit irascible : r( rànce et le désespoir, la crainte et l'audace, enfln la colère. Tell la classification thomiste des passions, c II suffît, pour l'obt remarque notre auteur, de distinguer le caractère du bien et celi mal, de supposer le bien présent ou absent, le mal de même pr ou absent, et d'y ajouter la marque spécifique de la difficulté à va (p. 65) . > Ces onze passions sont, en tant que sensibles, commui l'animal et à l'homme. Mais chez l'homme, en qui existe, outre petit sensible, l'appétit intellectuel, elles ont leurs analogues d\ intellectuel, lesquelles naissent dans la volonté (p. 73).

De cette classification, adoptée par Bossuet, le plus thomiste cartésiens, nous dirons qu'elle est très simple, mais d'une simp qui en accuse l'insuffisance. Les passions altruistes y sont confoi avec les passions égoïstes . Les passions esthétiques, spécifique humaines, n'y ont aucune place.

LALAM)E (André). — Lectures sur la philosophie des scienc

{in-12, Hachette).

Ce volume contient « une suite d'études sur des questions c( nant l'histoire, les principes, les méthodes ou les rapport sciences ». Ces études, fort intéressantes, sont réunies, — Faut déclare dans une courte préface, — « par un esprit commun, du rationalisme » . Leur objet est de < fortifier la foi dans la raiî elles sont opposées à l'empirisme, qui tend à < couper tout p] intellectuel », et au mysticisme, qui « ruinerait la solidité du humain ».

Ce livre est le meilleur ouvrage classique de philosophie scieni que nous connaissions : il fait grand honneur à M. Lalande. 1^ remarquons une explication ingénieuse de l'espèce dHdée que pensons sous le terme général et qui ne peut être une simple (chap. I, p. 25) ; une exposition très claire des rapports des qm discontinues et continues (chap. m) ; des vues justes et précis l'usage de la déduction dans les sciences de la nature (chap. iv, p une excellente critique, quoique trop brève, du système de Févol qui ruine la certitude < en réduisant la raison à l'empirisme >, e PILLON. — Année philos. 1893. 15

impossible de dire « qu'il représente les conclusions du savoir rne (chap. vi, p. 299) ».

is le chapitre vn, M. Lalande exprime sur le temps et l'espace pinion que nous nous permettrons de contester. € Ces deux idées, sont corrélatives et inséparables l'une de l'autre, car il n'y aurait de direction, de dimension, ni par conséquent de succession idée d'espace ; et de même l'idée de coexistence, qui caractérise ;e, ne peut se former qu'en supposant l'idée de temps (p. 320). » s parait clair que la succession s'applique aux idées comme aux jments, aux phénomènes psychiques comme aux phénomènes [Ues, et que, par conséquent, elle ne dépend nullement de l'es- La dimension qu'on attribue au temps vient de la sensibilité et de ination qui le revêtent, pour ainsi dire, d'une forme spatiale, ition spatiale domine l'entendement et la science ; elle s'assimile très principes rationnels ; elle nous fait penser toutes choses }eci€ continui. De là la négation de tout salius dans la nature, on que Leibniz tirait de l'étude du mouvement et dont il faisait ncipe universel. D'après ce principe leibnizien de continuité ande estime que la causalité, irrationnelle en psychologie où la et l'effet sont hétérogènes (p. 189), devient rationnelle en phy- 3Ù elle peut et doit être considérée comme « la transformation tat en un autre état (p. 313) >. Il ne semble pas faire attention îst la continuité qui, pour le philosophe, est essentiellement nnelle, inintelligible et, au fond, illusoire.

(Henri). — L'hypnotisme, étude critique (in-i2, Félix Âlcan).

3 élude critique contient six chapitres : le premier, sur les défî- ; des termes hypnose et suggestion et sur la différence qui existe es doctrines de l'école de la Salpêtrière et celles de l'école de ; le second, sur le passé de l'hypnotisme ; le troisième, sur la tion à distance ; le quatrième, sur l'hypnotisme envisagé au le vue du droit : le cinquième, sur l'hypnotisme thérapeutique ; îme et dernier, sur les applications futures de l'hypnotisme. Leur parle de l'hypnotisme, de son avenir, de son influence lieuse sur le progrès de l'humanité, avec une foi enthousiaste ccorde mal, nous semble-t-il, avec l'examen critique des faits ;e la science et qu'annonçait le sous-titre de l'ouvrage : us avons retrouvé depuis l'antiquité la suggestion un peu par- 9US des formes nombreuses ; présentement, nous la voyons •un agent important de thérapeutique: que sera- t-elle demain?... puissance modificatrice de l'idéation sera employée en bien des psychologie individuelle et finira fatalement par influer ainsi itelligence générale.. « L'influence salutaire de la suggestion ^ra l'existence tout entière, préparant ainsi les individualités , amendant à la longue Vhéréditéj perfectionnant Véducaiion,

PILLON. , — REVUE BIBLIOGRAPÉIQUE

diminuant la criminalité, enchaînant les passions y dominanl être l'organisme humain depuis la naissance sans douleur, —Th faisant mentir la Bible: in dolore paries filios — jusqu'à h sans affres, et rendant ainsi lentement moins dure et moins breuse la destinée humaine (p. 274) . »

Plus loin, M. Nizet, donnant Tessor à ses rêves, spécule sur qui n'est sans doute « qu'un état transitoire de l'être » ; su universel, qui est « en vibration perpétuelle, sous la puissance force intangible, par conséquent mystérieuse » ; sur le fluide ne qui n'est c qu'une des innombrables formes de cette force, cou pensée en est une autre > ;. sur la période nouvelle qui s'ouvi l'esprit humain et qui lui promet la connaissance du € demi de la matière >, de c la loi de la vie o, de € la loi de l'atome <c le pouvoir infini » qui doit résulter de la conscience d « infinie (p. 297 et suiv.) >.

Il est inutile de dire que nous goûtons médiocrement ce ge philonéisme.

PAULHAN (Fr.). —Les Caractères (in-8«>, Bibliothèque de phik contemporaine, Félix Alcan).

On a fondé la classification des caractères sur des données giques. On pourrait aussi la fonder sur des données socioloj M. Paulhan estime qu'il s'agit là d'une étude avant tout ps] gique, attendu que les phénomènes biologiques ou sociaux < raissent comme des causes ou des effets, non comme des éléme caractère (p. 14) ». Ces éléments, qui constituent là personna peuvent être que psychiques. 11 faut donc, pour déterminer les du caractère, étudier ces éléments psychiques, les lois des re qu'ils ont entre eux, les qualités simples ou complexes qu'ils ] tent. L'éthologie est la science concrète qui correspond à la i abstraite de l'esprit, comme la botanique et la zoologie corresp à la science abstraite de la vie. On y doit retrouver appliquées sées, les lois abstraites de la psychologie.

Dans un livre des plus remarquables : L'activité mentale et ments de Vesprit, M. Paulhan avait, il y a quelques années, exp lois, telles qu'il les entend et les distingue : loi d'association sj tique, loi d'inhibition systématique, loi du contraste, lois d'asso par contiguïté et par ressemblance (1). Dans le présent voh

(1) Pour M. Paulhan, la loi d'association systématique exprime l'a de chaque élément, désir» idée ou image, à susciter d'autres éléme puissent s'associer à lui pour une fin commune, et indique aussi ce 1 chaque élément est un composé unifié d'éléments d*un ordre in associé de façon à substituer une unité supérieure à eux-mêmes et synthétise. Cette loi se complète par la loi d'inhibition systémati^ exprime l'arrêt que chaque élément psychique tend à imposer à tout i

montre d'abord quels types dérivent de ces lois ; comment les fonnes de l'association systématique réalisent les équilibrés et les unifiés; comment la prédominance de l'inhibition systématique produit les maîtres â^ eux-mêmes^ les réfléchis ; comment de la prédominance d« l'association par contraste résultent les inquiets^ les nerveux^ les contrariants; comment les associations par contiguïté et ressemblance caractérisent certaines personnalités chez lesquelles elles sont particulièrement développées ; comment l'activité indépendante des éléments de l'esprit fait les impulsifs, les composés, lès incohérents, les émiettés, les suggestihles, les faibles, les distraits, les étourdis, les légers, etc.

Voilà une première série de caractères. Les qualités que présentent les éléments ou tendances psychiques nous en donnent une seconde. De leur nombre et de leur variété viennent la largeur ou Tétroitesse du caractère. Leur degré de pureté (au sens psychologique de ce mot) explique les purs, les tranquilles, les troublés; leur degré de force, les émotifs, les passionnés, les entreprenants, les audacieux, les indifférents ; leur degré de persistance, les volontaires, les obstinés, les constants, \e^ changeants; leur degré de souplesse, les souples, \t^ douxy les rudesy les raidis; leur degré de sensibilité, les vt/^, les impressionnables, les froids, les mous.

Une troisième série comprend les caractères produits par la prédo- * minance ou par le défaut d'une tendance , soit d'une tendance vitale, soit d'une tendance sociale. Dans la première classe nous trouvons les gloutons et les sobres, les sexuels et les froids; puis les types en qui prédomine tel ou tel ordre de sensations; enfin les intellectuels et les affectifs. Dans la seconde classe se rangent les égoïstes et les altruistes; puis les mondains, les professionnels; puis les avares, les économes, les généreux, les prodigues; ensuite les vaniteux, les orgueilleux, les amoureux de la gloire, les autoritaires, les ambitieux, les humbles^ les soumis; enfin les heureux, les jouisseurs, les pessimistes, les CLScétes.

L'intérêt philosophique de ce livre sur les caractères est surtout dans le livre I®' de la première partie, consacré aux types provenant des formes diverses de l'association psychologique.

PAYOT (Jules). — L'éducation de la Tolonté (in-8<>, Bibliothèque de philosophie contemporaine, Félix Alcan).

Ce livre est une étude intéressante de psychologie appliquée. 11 ne traite pas de l'objet propre de la morale ; mais il fournit des indica-

qui ne peut s'associer harmoniquement à lui. Du jeu combiné de ces deux lois dérivent la loi du contraste et les lois d'association par contiguïté et par ressemblance.

Ce qui fait, selon nous, la valeur de cet ouvrage sur VActivité mentale, publié en 1889 (in-8«, Félix Alcan), c'est que l'auteur y constate une loi de finalité inhérente aux éléments psychiques ; ce qui est fort opposé à Tévolutionisme fortuitiste et mécanique de Spencer.

PILLON. T— REVUE BIBUOGRAPHIQUE 229

dons que peuvent mettre à profit la science du devoir et la science de réducation. Il expose les moyens < que nous présente la psychologie pour nous permettre de devenir ce que nous voulons être (Préface, p. IX) ». L'auteur dit : c ce que nous voulons être », et non : « ce que nous devons être >. Il s'agit des moyens de combattre, non le mal moral, l'usage égoïste et injuste de la volonté, mais ce mal ou défaut psychologique, l'absence de volonté, l'aboulie, toutes les formes d'aboulie. Il s'agit de la méthode à suivre pour arriver à la maîtrise de soi, non de la direction à imprimer à l'activité de ce moi, parvenu à se posséder lui-même.

Deux théories métaphysiques doivent, selon M. Payot, être écartées comme décourageantes et fausses: celle de l'immutabilité du caractère et celle du libre arbitre. L'une et l'autre s'opposent à toute action efficace sur soi-même. La première est évidemment en contradiction avec l'idée même de l'éducation de la volonté. La seconde nie la méthode qu'exige cette éducation. Quelle est cette méthode? elle consiste en l'application de quelques principes de psychologie expérimentale qui ont été, de notre temps, bien mis en lumière, notamment par M. Ribot. Elle suppose : i° que la volonté résulte des états affectifs, des sentiments ; 2^ que les sentiments dépendent des associatioQs et dissociations d'idées ; Z^ que les associations d'idée, peuvent être formées et rompues par l'attention ; 4<> que l'action a la propriété de fixer en habitudes les associations établies et les sentiments qui en dépendent. EUe se fonde donc sur des lois psychologiques, sur un déterminisme psychologique ; et c'est cette base que lui enlève la théorie du libre arbitre.

Nous n'entendons pas défendre et nous laissons au criticisme kantiste, auquel Schopenhauer l'a empruntée^ la théorie de l'immutabilité du caractère. Kant y avait été conduit par la distinction du noumène et du phénomène, gr&cc à, laquelle il croyait concilier la liberté, postulat de la morale, avec le déterminisme universel exiget, selon lui, par la raison théorique. Il plaçait la libei:té dans le noumène et soumettait entièrement le monde phénoménal à la loi de causalité. Nous rejetons cette distinction de deux mondes, entre lesquels il n'y a aucun passage intelligible. Nous sacrifions le noumène. C'est dans le monde des phénomènes, c'est-à-dire du temps et de la vie, que, selon nous, la liberté doit trouver place ; c'est là qu'il faut lui accorder une action efficace, relativement au passé et relativement à l'avenir, c'est-à-dire le pouvoir de briser des chaînes causales venues du passé, et d'en créer d'autres, pour des séries d'événements futurs. Et nous tenons que l'on peut très bien admettre cette action réelle de la liberté, sans nier qu'il y ait des lois psychologiques, des lois d'après lesquelles s'associent et se dissocient les idées, d'après lesquelles s'é* veillent et se fortifient, s'affaiblissent et s'éteignent les sentiments.

Les critiques de M. Payot ne portent que contre une conception

superficielle du libre arbitre. Il n'examine pas sérieusement la question. Il est vrai, peut-on dire, qu'il n'y était pas tenu, puisque, dans l'éducation de la volonté, telle qu'il l'entend, il ne fait pas intervenir le principe de l'obligation morale, et que la maîtrise personnelle, dont il étudie le mode d'acquisition, au lieu de se présenter à la conscience, comme un but qui s'impose par lui-même, procède simplement du désir qu'on a d'y arriver, c'est-à-dire d'un motif utilitaire, d'un impératif hypothétique. Ce n'est que l'idée de loi morale, qui force d'introduire en psychologie, la question de la liberté.

PIOGER (le D' Julien). — La vie et la pensée, essai de conception expérimentale (in-8^. Bibliothèque de philosophie contemporaine, Félix Alcan).

M. Pioger commence par établir ce qu'il entend par conception expérimentale. La conception diffère de la connaissance. < La conception est la systématisation, la généralisation dans l'esprit des données de la connaissance, et n'a d'autres limites que celles du possible ; la connaissance, au contraire, est nécessairement limitée, conditionnée par nos moyens de connaître, c'est-à-dire que la connaissance actuelle se limite à ce qui est perçu : le connaissàble s'acréte au perceptible, le concevable au possible (p. o). » Il y a deux espèces ce conceptions: la conception a priori et la conception a poste^'iori ou expérimentale. Celle-ci est seule légitime. Elle est la base de la vraie philosophie, que l'auteur, en sa conclusion, définit : « la synthèse de la science expérimentale, c'est-à-dire la conception que nous pouvons nous faire des choses en la basant uniquement et simplement sur les données générales, communes, de toutes les branches de nos connaissances rectifiées, complétées, confiirmées, les unes par les autres (p. 257) »,

On voit que la philosophie biologique et psychologique de M. Pioger appartient au grand genre empirisme ou positivisme. Il exclut absolument tout a priori, sans se demander si l'a priori n'est pas une condition de l'expérience ; il exclut même, à ce qu'il semble, celui des jugements analytiques, qui est la condition de la pensée, puisqu'il ne •veut pas que le principe de contradiction nous autorise et nous oblige à attribuer « aux choses une limite que nous ne pouvons attribuer qu'à nos moyens de percevoir, de connaître et de concevoir (p. 258} >.

L'objet de son livre est d'exposer sa conception expérimentale de la vie et de la pensée. Nous ne pouvons ici analyser cette conception. Nous remarquons qu'elle est conforme à la doctrine générale de l'évolution, c'est-à-dire qu'elle fait sortir par des modifiications continues, et sans admettre de saltus, des phénomènes physico-chimiques l'organisation, de l'organisation la vie, delà vie la sensibilité, de la sensibilité la conscience, l'intelligence, la mémoire, le jugement, la volonté, la pensée. Cette continuité, qui résulte de l'assimilation du changement au mouvement dans l'espace, efface, en les divisant et les atténuant

à l'infini, les difiPérences les plus essentielles, mène à les nier, à su] primer toute question de commencement et d'origine^ à réduire le dé te minisme universel à Tuniverselle identité. Ce qui caractérise le posit visme évolutionniste, et ce qui le met, au point de vue philosophique bien au-dessous du positivisme comtiste, c'est le besoin d'unifier 1 savoir, qui le pousse à expliquerjô supérieur par une simple compl cation de l'inférieur, c'est-à-dire à faire rentrer le supérieur dac l'inférieur. Si le partisan du système de l'évolution parait, à premier vue, réussir en cet effort, c'est grâce à des équivoques dont jl ne s rend pas compte et qui lui font illusion, à lui d'abord, puis aux autres C'est ainsi que M. Pioger transforme le mouvement vital en sensibilit sans s'apercevoir qu'au sens d'abord purement physique du mot ser sibilité il ajoute un nouveau sens, le sens psychique, et qu'entre le deux il y a un saltus énorme (p. 77). C'est ainsi qu'après avoir défir l'idée « la représentation de quelque chose de réel », il attribue l'idée un mode d'existence analogue à celui d'une image réfléchi dans un miroir (p. 254).

ROBERTY (E. de). — La recherche de l'unité (inl8, Bibliothèqu de la philosophie contemporaine, Félix Alcan).

M. E. de Roberty ^ déclaré la guerre à l'agnosticisme, qui est 1 caractère commun des trois systèmes philosophiques du siècle, criti cisme, positivisme, évolutionnisme, et dans lequel il voit la form» ultime de l'antique dualisme. Il tient que le progrès de la psycho logie doit en faire justice par la recherche, devenue enfin scientifiqu et féconde, de l'unité, et assurer l'avenir k un monisme à la foi rationnel et expérimental. Comment la psychologie < constituée ei science » va-t-elle dissiper les dernières illusions dualistes, enlevé au mysticisme son dernier refuge ? En dévoilant c l'identité des con< traires surabstraits ».

L'auteur appelle surabstraits les idées abstraites du plus haut genn lesquelles se répartissent en couples où l'une apparaît comme opposée et corrélative à l'autre. Tels sont les couples suivants : Dieu et univers, noumène et phénomène, infini et fini, absolu et relatif, etc Selon M. de Roberty, l'opposition des deux termes qui forment chacur de ces couples voile leur équivalence et leur synonymie réelles. Celle que Descartes établissait entre Dieu et le monde, entre l'esprit et la matière, est devenue aujourd'hui celle du noumène et du phénomène, de l'inconnaissable et du connaissable. Les théories agnostiques, que leurs partisans présentent à tort comme nouvelles, viennent en réalité du vieux spiritualisme.

Telle est la doctrine exposée dans le nouveau livre de M. de Roberty, C'est un positivisme qui n'entend laisser de place à aucune idole, à aucune ombre d'idole. C'est un athéisme très différent de celui du xvm<^ siècle, lequel invoquait les données de la mécanique, de la phy-

:â32 l'année philosophique. 1893

sique et de la biologie, c'est-à-dire des sciences incompétentes sur la question de Dieu. Cet athéisme nouveau peut et doit, selon Fauteur, s'appeler psychologique^ parce qu'il tire toute sa force des lois étudiées par la psychologie, notamment de la loi de l'identité des contraires surabstraits. Malheureusement cette loi sur laquelle il repose, partout affirmée dans Touvrage, n'est établie nulle part par des analyses satisfaisantes et concluantes. Trop assuré de sa philosophie monistique, M. de Roberty a négligé d'en fortifier, d'en consolider- le point central.

Disons, en terminant, que nous sommes parfaitement d'accord avec l'auteur pour rejeter le noumène de Kant et ses divers synonymes. Nous le rejetons sous ses noms traditionnels de Substance et à' Infini; sous le nom ^'Absolu que lui donnaient les philosophes allemands successeurs de Kant; sous celui ai' Inconnaissable^ qu'il a reçu de Spencer; même aussi sous celui à* Inconscient y qui lui vient de Hartmann. Le Dieu qui peut, selon nous, être l'objet d'une légitime croyance inductive, n'a rien de commun avec -les chimères métaphysiques des divers panthéismes.

THEON DE'SMYRNË. — Exposition des connaissances mathématiques utiles pour la lecture de Platon; traduite pour la première fois du grec en français par J. Dupuis (grand in-S*», Hachette) .

Théon de Smyrne, contemporain de Plutarque, avait composé un ouvrage sur les diverses sciences, qui, de son temps, constituaient les mathématiques : arithmétique, géométrie plane, stéréométrie, astronomie et musique. Les seules parties de cet ouvrage qui nous soient parvenues sont l'arithmétique, les lois mathématiques de la musique et l'astronomie. C'est de ces parties que M. Dupuis nous donne, avec texte en regard, la première traduction française. « Si les mathématiques, dit-il, n'ont rien à gagner à la publication de Cette traduction, l'histoire des sciences y peut trouver, du moins, quelques renseignements utiles (Préface, p. vm). > Le traducteur a ajouté à son volume, comme épilogue, un mémoire sur le nombre géométrique de Platon.

La première partie de V Exposition de Théon traite des idées d'unité et de nombre ; de la distinction des nombres en pairs et impairs, premiers et composés; des nombres carrés, hétéromèques, parallélogrammes; des nombres promèques; des nombres triangulaires et des autres nombres polygones; des nombres pyramidaux; des nombres latéraux et diagonaux; des nombres parfaits, abondants, déficients. La seconde partie est consacrée à ce que les anciens philosophes appelaient musique et qui était en réalité l'acoustique. Théon y définit les consonances, octave, quinte, quarte. Il fait connaître l'idée capitale qu'eut Pythagore de déterminer le rapport des longueurs des cordes correspondant aux sons qui constituent les diverses cohso-

PILLON. — REVUE BIBUOGRA

nances. Puis vient, en un certain nombre de p été mieux à leur place dans la première part l'exposition des propriétés de chacun des non les curieuses spéculations pythagoriciennes

La troisième partie traite de la forme de 1 des planètes, des éclipses.

Il y a dans Touvrage de Théon de Smyrne distinctions à noter :

« Le nombre est une collection (arijffxr^fjta, ou une progression de la multitude comme monade. La monade est la quantité termini cipe et élément des nombres (p. 29). >

< La monade est intelligible (vor^xii) ; Tun Comme sensible, l'un est divisible à l'infini; comme intelligible, n'admet pas de division (

« Le point forme la ligne, non par la multi tion, mais par un mouvement continu. Il n'e ligne* L'unité fait partie du nombre, car elle ; par la seule répétition d'elle-même (p. 137). i

THOMAS (P.-FÊLix). — Eléments de phD et de philosophie morale (in-8<>, ]

Ce livre, destiné aux classes de mathémati première-sciences, traite, en un langage clai questions philosophiques que les élèves ont è lauréat es-sciences et les écoles spéciales.

M . F. Thomas remarque avec toute raison les sciences sur laquelle est fondée la classi pas aussi étroite que l'indique Auguste Comti que la physique et la chimie ne puissent fair secours de l'astronomie (p. 7)? » Il aurait i jusqu'à quel point la sociologie dépend rée Mais pourquoi ne signale-t-il pas plus nettei que présente cette classification et qui sont ce Sophie empirique dont elle dérive? Il montre d que la philosophie des sciences, à laquelle s' appelle a comme complément b une philosoj losophie première.

Dans un autre chapitre, il établit que les o nombres et figures, sont des créations de l'es de l'observation (p. 25), mais sans expliquei faire brièvement, la nature de l'activité ment duits. Il a soin de distinguer les deux espè< tiques, souvent confondus : axiomes propres communs ou analytiques ; — et il parait adm(

il se trompe, — que les premiers seuls interviennent dans la démonstration (p. 35). Dans le chapitre iv (méthode des sciences delà nature) nous notons cette réflexion très juste sur la valeur scientifique des clttssificfttions : « Si Ton admet que les caractères de l'espèce sont immuables^ il est permis de supposer que les classifications nous . en offriront un tableau de plus en plus fidèle^ nous révélant ainsi le plan de la création ; si Ton admet au contraire, avec les transformistes, que les êtres se modifient sans cesse, elles auront le mérite non moins grand de nous en faire voir la parenté et en quelque sorte la généalog'ie (p. 8). > Le chapitre vi (hypothèses scientifiqiKs) coniient une brève mais excellente critique du matérialisme physiologique, du vitalisme et de Fanimisme (p. 141) ; mais nous regrettons que Fauteur se soit borné à mentionner le polyzoïsme, sans même nommer le biologiste philosophe auquel est due cette hypothèse très sohdement appuyée sur Texpérience et le raisonnement, très importante par ses rapports avec l'idéalisme objectif.

WUNDT (W.) — Hjrpnotisme et suggestion, étude critique, trad. par A. Keller (in-18, Bibliothèque de philosophie contemporaine, Félix Alcan),

Ce sous-titre : étude critique est ici parfaitement justifié. C'est bien d'un examen rigoureusement scientifique des phénomènes de l'hypnotisme qu'il s'agit dans l'ouvrage.

Nous devons, tout d'abord, remarquer que M. Wundt rejette absolument le mesmérisme, l'occultisme et le spiritisme, ne pouvant admettre qu'à côté du grand monde « régi par des lois immuables et éternelles », il existe un petit monde « de farfadets et d'esprits frappeurs, de sorcières et de médiums », où les lois du premier c soient, à l'occasion mises hors d'usage, au bénéfice de personnes on ne peut plus vulgaires et le plus souvent hystériques (p. 17) ». Quant à l'hypnotisme, si peu certaine qu'en soit encore la signification, la réalité n'en peut désormais « être plus contestée que l'existence du rêve ou de la noctambulation (p. 18) », Mais l'hypnotisme lui-même < ne 3aurait avoir la prétention de constituer le vrai fond de la psychologie (p. 19) ». Comme le rêve et la maladie mentale, il appartient à la psychologie d'observation, et c'est méconnaître l'essence de la méthode expérimentale que de le considérer comme un réel procédé de cette méthode. Les essais faits jusqu'ici montrent qu'au lieu de « tirer la psychologie des effets de la suggestion », il nous faut « déduire ces effets des connaissances psychologiques acquises dans une autre voie (p. 140) ».

On a expliqué les états hypnotiques par une double conscience. D'après cette théorie soutenue par M. Pierre Janet, la forme hypnotique de la conscience serait une conscience inférieure, une sous-consciencç, par rapport à la conscience supérieure de Tétat de veille.

M. Wundt ne voit dans cette théorie qu'un exemple « de cette manière trompeuse d'expliquer les phénomènes, qui consiste à intro* duire un mot nouveau pour interpréter les choses et à considérer ensuite ces choses comme expliquées (p. 56) ». Plus loin il dit qu'elle n'est autre chose que « le reste atavique des antiques idées de possession |(p. 59) B. D'ailleurs, pour expHquer les phénomènes, deux consciences ne suffiraient pas : c il faudrait se représenter chaque personnalité comme une armée de personnes (p. 113). »

Ce qui, selon notre auteur, caractérise la suggestion hypnotique, c'est c la concentration de la conscience sur les représentations engendrées par l'association (p. 72) ». Il s'agit de savoir comment naît cette concentration < qui donne un empire absolu aux représentations suggérées (p. 75) ». M. Wundt croit résoudre ce problème en invoquant un principe de balance fonctionnelle qu'il formule dans les termes suivants. < Si, par suite d'influences inhibitrices, une grande partie de l'organe se trouve dans un état d'arrêt, de latence fonctionnelle, l'irritabilité de la partie qui reste en fonction augmente par rapport à l'excitation qu'elle reçoit (p. 85) . » , Les vues de M. Wundt sur la suggestion hypnotique sont assurément dignes d'attention. Nous ne saurions cependant les accepter sans réserves. Il nous parait que la théorie de la double ou multiple conscience est autre chose qu'une tautologie et veut être réfutée sérieusement ; qu'au lieu d'être le reste atavique des antiques idées de possession, elle ruine ces idées en expliquant les faits qui leur ont donné naissance ; qu'en psychologie comme en biologie, les phénomènes anormaux peuvent jeter de la lumière sur les phénomènes normaux, en confirmant des analyses déjà faites et en en permettant de nouvelles ; qu'on peut bien appeler expérimental un procédé qui fait naître des états psychiques particuliers en vue de les étudier, et qu'après tout, de la simple observation à l'expérimentation exacte où s'applique la gradation précise des phénomènes, on passe par des intermédiaires qui peuvent avoir leur importance scientifique, soit qu'on les renvoie au domaine de la psychologie qui observe, soit qu'on les admette dans celui de la psychologie qui expérimente.

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