‹ L'Annee Philosophique, Volume 4Chapitre 38 sur 94 · MORALE, HISTOIRE ET PHILOSOPHIE RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

MORALE, HISTOIRE ET PHILOSOPHIE RELIGIEUSES

ALLIER (R.)* — Science, philosophie, religion (brochure in-8<>, Fischbacher).

Eloquente leçon d'ouverture, où Ton sent une belle et généreuse ardeur de conviction. Le sujet est l'opposition que nombre d'écrivains de notre temps, disciples plus ou moins orthodoxes du positivisme, déclarent exister entre la religion et la science.

M. AUîer n'admet pas que cette opposition soit nécessaire. Elle n^ parait l'être que parce que l'on fait consister la religion en un système de connaissances. Mais c'est là une fausse conception. La religion est un fait complexe, qui ne peut être rapporté à une faculté spéciale ; c'est < une vie où tout se combine, sentiment, pensée, volonté (p. 14) ». Elle tend à produire et produit la théologie, mais elle ne s'identifie pas avec la théologie ; elle subsiste pendant que les formules théologiques se dissolvent, se modifient, se remplacent les unes les autres (p. 16). Si la religion n'est pas une première ébauche, une première forme du savoir, on ne voit pas pourquoi elle reculerait nécessairement devant l'esprit scientifique et critique. D'ailleurs, l'expérience ne confirme nullement la corrélation supposée entre le progrès de la science et la décadence de la religion.

Par essence, la religion n'est pas plus opposée à la liberté qu'à la science. L'intolérance n'en est pas un caractère essentiel, précisément parce qu'elle ne consiste pas dans un genre de savoir, parce qu'elle est distincte et indépendante des doctrines et formules théologiques. Ici encore il y a des faits à alléguer : n'est-ce pas au nom de la religion même que Castellion au xvi® siècle, Milton au xvii®, Vinet au xix«, ont défendu la liberté de conscience ?

On dit que le surnaturel oppose un obstacle invincible à l'accord de la religion et de la science. Cela est vrai si par surnaturel on eptend la violation des lois de la nature ; mais la religion n'a pas besoin du surnaturel ainsi conçu ; elle peut très bien y substituer la croyance en un Dieu dont l'action est conforme aux lois de la natureet ne s'exerce que par ces lois. Or, la science ne peut ici s'inscrire en faux, à moins que, sortant des limites et de la méthode de l'expérience, elle n'affirme l'universel déterminisme (p. 25).

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