‹ L'Année politique (volume 2)Chapitre 2 sur 43 · M. F. de Pressensé · texte numérisé non relu

M. F. de Pressensé

la peine, non seulement do ses Taules el de ses crimes personnels, de sa politique odieuse et imbécile, mais aussi de toute l'hérédité de sa race et de tout le passé de son peuple. » Il était inadmissible qu'après avoir mis fia au conQit, l'Europe replaçât purement et simplement la Crèle sous la dominatioo du Sultan, dans le statu qao ants. Sur ce point, l'accord s'établit tout de suite. Les six Ciibinets français, russe, anglais, allemand, autrichien et Italien, prenant la responsabilité du règlement de la question Cretoise, Turent, dès le début, d'accord pour décider que l'intégrité de l'empire ottoman serait maintenue, que la Grèce serait contrainte à désarmer, mais que la Crète devrait être placée sous un régime d'autonomie complète, avec suzeraineté simplement nominale du Sultan.

Notre Gouvernement fut amené à s'en expliquer devant la Chambre le 22 février. Interpellé par MM. Denys Cuchin et Jaurès, M. Hanotaux. Ht l'exposé suivant de la question et de la politique de la France :

M. IIanotsux, ministre lies aff/iires étrangères. — Hessieui's, la question qui se débat devant vous de- "InaDde à être ramenée à ses grandes lignes, et c'est seulement en toucliant le fond des choses qu'on pourra apprécier avec justice l'action comparée de la î'rance el des puissances dans les circonstances que noua traversons en ce moment. [Très bien ! très bien !)

Une fois de plus, les massacres d'Arménie ont ouvert ta question d'Orient et ont posé devant les chancelleriesle problème que trois siècles n'ont pu résoudre et qui résulte de la présence des Turcs sm' les confins de l'Asie et de l'Europe.

L'Europe, émue de la nouvelle de ces événements, avait le ohoii entre deui partis ; le recours aux mesures de rigueur ou les moyens pacifiques.

Vous vous souvenez avec quelle vivacité, en Angleterre, les orateurs du gouvernement et de l'opposition ont stigmatisé les actes du Sultan, 'A ces paroles véhémentes, il n'y avait qu'une suite logique, envoyer une flotte à Constantinople et détrôner le Sultan. Pourquoi ne IVt-on pas fait ? Et pourquoi nous reproche-t-on de n'avoir pas fait ce que d'autres n'ont pas cru devoir faire? Voilà toute la question. {Très bien! très bienJ au centre et à gauche. — Bruit à V extrême gauche.)

Notre diplomatie est-elle restée indifférente? Non! Tandis que d'autres puissances de l'Europe demeuraient impassibles, dès la première affaire, celle de Sassoum, ■elle se met à l'œuvre : avec le concours de la diplomatie russe et delà diplomatie anglaise, elle sonde les plaies, les met à nu, poursuit une enquête approfondie, et «lie élabore un plan de réformes qui, quoi qu'on ait dit, est le premier signe d'attention que l'Europe ait donné à ces peuples malheureux et qui sera pour eux le véritable fondement du régime plus libéral qui les abritera dans l'avenir.

De nouveaux massacres surviennent. Ce sont ceux •qui ensanglantent l'Arménie pendant l'hiver 1895-1896, L'écho en arrive lentement en Europe. Vous nous accusez d'avoir organisé le silence. Le cabinet actuel n'a qu'un mot à répondre : il n'était pas aux affaires à cette époque. {Intejrupiions à V extrême gauche.)

M. Marcel Habert. — La France est au-dessus des partis !

" M. LE PRESIDENT. — Lcs dcux oratcurs qui ont précédé M. le ministre des affaires étrangères à la tribune ont été scrupuleusement écoutés. Je réclame le silence pour lui.

M. LE MINISTRE. — En mai 1896, le Cabinet se constitue. C'est en arrivant au quai d'Orsay que je lis les récits poignants adressés par nos consuls, les lettres si humaines et si fortes de notre ambassadeur. Or, depuis cette date, le Livre jaune en témoigne, ne voit-on pas s'établir entre le Gouvernement et l'ambassade une collaboration active?... [Interruptions à C extrême gauche.)

M. LÉON Bourgeois. — A vous entendre, on croirait •que cette collaboration n'existait pas avant votre arrivée

r]st-ce vous oa nous qui avons envoyé la

lloLle là-bas? (Applaudissements d gauche.)

M. LE BiMBTRB- — Monsieur Bourgeois, je n'ai nalurellement h répondre que sur mes actes.

M, PiEBBE Richard. — Vous devriei avoir honte I {EJ'damatiom au centre. — Bruit.)

M. LE pfiisiDEST. — Monsieur Pierre Richard, je voos rappelle à l'ordre.

M. PjBHRK RrcHABD. — Ne mêlez pas la politique intérieure à la politique étrangère !

M. LE PRÉSIDENT. — Je vous rappelle à Tordre avec inscription au procès- verbal. {RÉclamations à Vexlréme gauche.)

M. LE MiNiaiBB. — ... une collaboration active pour apaiser, réprimer, améliorer?

On vante ce qu'ont fait d'autres puissances; pourquoi se raootrer si dédaigneux pour ce qu'a fait la France : l'ouverture des prisons, la reconstilulion du patriarcat arménien, la suppression du tribunal extraordinaire, la nomination de gouverneurs chrétiens dans les provinces? Sur une quantité de points particuliers, od relève la trace de l'action incessante de notre diplomatie et de notre ambassade. Pourquoi ne pas reconnaître des efforts auxquels les gouvernements étrangers euK-mt5mes ont rendu hommage? [Très bien! très bienl au centre.)

En réalité, Messieurs, si vous allei au bout des reproches qu'on nous adresse, ils se résument en un seul, toujours le même : pourquoi ne pas être intervenu par la force? {Interruptions à C extrême gauche.)

M. JAraÈs. — Je demande la parole.

A l'extrême gauche. — Personne n'a dit un mot de cela.

M. Pierre Ricbard. — A quel discours ré pondez- vous?

M. LE MisisTBË, — A celte question, je réponds d'un mot : parce que non seulement le Gouvernement français, mais tous les Gouvernements européens ont mis au premier rang de leurs soucis celui du maintien de l'a paix. (Très bien! très bien! au centre.]

Vous avez, avec juste raison, soulevé l'indignation et l'horreur par le récit des abominations qui ont eu lieu

en Orient. Ne songez-vous pas à retendue des misères dont une initiative imprudente eût pu couvrir tout rOccident? (Applaudissements au centre.)

Vous auriez voulu, monsieur Millerand, voir forcer les Dardanelles et saisir dans son palais d'Yldiz l'homme responsable de tant de calamités ! Cette proposition, elle a été faite par une des puissances au début, à l'heure où peut-être elle eût pu réussir. C'était à la fin de novembre 1895; les puissances n'ont pas cru devoir adhérer alors à la proposition qui leur était faite et je demande, dans ces conditions, si un homme d'Etat en France, malgré l'horreur du sang versé en Arménie, eûV voulu, eût osé, même sous l'impression immédiate d'aussi graves événements, agir isolément et assumer une pareille responsabilité. {Applaudissements au centre,}

En tout cas, à cette époque décisive, personne, en Europe, n'a cru devoir le faire. {Très bien! très bien! sur les mêmes bancs.)

Même l'Angleterre, dont la puissance navale est si considérable, qui avait à l'égard de l'Arménie une situation particulière et dont les sentiments s'étaient manifestés avec tant d'éclat par la plume de ses publicisles et par la voix de ses hommes d'Etat, l'Angleterre n'a pas cru devoir recourir à d'autres mesures qu'aux moyens pacifiques. L'opposition libérale a reculé devant les conséquences d'une action isolée.

L'Angleterre ne s'est pas séparée du concert européen, et vous n'ignorez pas qu'après quelques ^mois d'attente, sous le coup des nouveaux massacres qui s'étaient produits à Conslantinople, elle en est revenue à la proposition que la diplomatie française avait envisagée la première.

Le 20 octobre dernier, elle proposait la réunion,' à Constantinople, d'une conférence d'ambassadeurs chargée d'établir un programme de réformes. Et c'est cette idée de concert et d'union de toutes les puissances, pour la réorganisation et non pour la destruction de l'empire turc qui a fini par l'emporter.

Je dirai un mot en passant d'un reproche qui m'a été adressé d'autre part. {Bruit à V extrême gauche.)

M. Denys Cochin. — Je demande la parole.

i-2 L'ANNÉE POLITIQUE.

M. LB urNisTBE. — Ce reproche, je l'ai rencontré dans

tous les journaux qui combattent la politique du Cabinet; il est tout naturel que j'y réponde à cette tribune.

Cette solution pacifique dont vous parlez, dit-on, qui avait été envisagée par vous. Pourquoi avoir fait attendre si longtemps votre adhésion à la proposition de l'Angleterre *? Et, parlant de je ne saia quelle subordination de notre politique à celle d'une puissance étrangère, on ajoute : " Votre action n'était pas libre. »

M. Dknts Cocuin. — Je n'ai rien dit de semblable. [Àpplaudissemenls à l'extrême gauche et à droite.)

M. LR ¥iMSTRE, — Je n'ai pas prononcé voire nom, monsieur Denys Cochin; j'ai répondu à l'observalion faite par M. Millerand. J'ai bien le droit de répondre à droite comme à gauche, puisque c'est à la fois h droite et à gauche qu'on m'attaque. {Applaudissements au centre.]

Il me serait loisible de répondre que deux parties liées l'une à l'autre ne doivent pas marcher l'une sans l'autre, et que le Gouvernement français aurait fuit une grande imprudence s'il ^tait entré dans une combinaison diplomatique quelconque sans s'être assuré du concours de toutes les puissances, et notamment de celui de la Russie. N'attendant les réformes que de l'action du concert européen, nous devions nous assurer de l'accord de toutes les puissances. Or, vous avez vu, sur le Livre bleu, que les adhésions furent lentes à venir.

Cela ne sufflrait-il pas pour expliqu ot e ése ve? {Très bien! très bien! au centre.)

Nos vues étaient certaines. On sava t b que nous étions pour cette solution pacifiq p sque nous l'avions, les premiers, mise en avant Ma a anl de nous engager à fond, nous désirions et e sures du concours de toutes les puissances.

Ajouterai-je une dernière raisonî Cette conférence n'avait, à notre avis, de chance d'aboulir que si un programme lui était tracé; or, ce programme manquait dans la proposition de lord Salisbury, et dès le premier jour le (louvernement français, au contraire, a songé è. l'établir, ù. le fixer, et dans la séance du 5 novembre, AU cours d'uu débat public devant cette Chambre, il l'a

formulé dans ses grandes lignes : « Pas de partage, pas d'action isolée, pas de condominium, réformes étendues à tous les sujets de l'empire turc sans distinction de race ou d'origine. »

Ce programme, vous l'avez adopté; vous l'avez fait vôtre par une majorité de 402 voix; il est devenu le programme de la France. {Très bien! très lien! au •centre.)

Or, le i\ décembre, un mois après, il était accepté par la Russie et par l'Angleterre, et il servait de base aux délibérations des ambassadeurs.

Ainsi, sans nous mettre en avant, sans nous exposer à des mécomptes, nous avons vu prévaloir auprès des chancelleries l'idée qui a toujours été la nôtre, le programme qui avait été proclamé publiquement à cette tribune. Tenez compte des lenteurs inévitables au travail des chancelleries, tenez compte d'un élément important qui n'apparaît pas au Livre jaune, ces entretiens de chaque jour avec les représentants des puissances; en un mot, allez au fond des choses, vous verrez que, dans ces circonstances, la France est restée tidèle à son système et a tenu la place qui lui appartient dans ce concert où tout le monde se réunissait dans un même esprit d'amélioration et de progrès. (Applaudissements sur plusieurs bancs.)

Voilà pour le passé, car vous me permettrez de ne pas m'attarder à tous les détails de cette discussion.

Et, pour l'avenir, que comptons-nous faire?

Messieurs, nous vous devons de vous faire connaître en toute franchise les vues dont nous nous inspirons. Il vous appartiendra d'apprécier ensuite et de dire si, oui ou non, ces vues répondent aux sentiments et aux intérêts du pays.

La France veut la paix {Applaudissements sur un grand nombre de bancs) : elle fera tout ce qui dépendra d'elle pour la maintenir. {Très bien! très bien!) Tenant sa place dans le concert européen, elle doit s'efforcer de le fortifier, de travailler avec lui et, par lui, de recher- •cher dans cette collaboration les solutions en quelque sorte arj^itrales qui, imposant leur autorité aux intérêts et aux convoitises particulières, sont la garantie la

plus sûre du progrès et de \a paix. {ApplaudUiements au

centre.)

Cest ici la partie vraiment active de notre tâche- C'est dans ce sens que nous travaillons depuis des années, nous efforçant d'écarler les calamités Loujoars menaçantes et dont il serait, pour ainsi dire, impossible, si elles venaient à se déchaîner, de mesurer l'étenilue. Pour accomplir cette tilche, tous les Gouvernements qui se sont succédé en France se sont rencontrés dans une même pensée (Très bien! 1res bien! sur les m^mcs bancs], et ils ont heureusement obtenu le concours effectif des puissances, conscientes du mal que la moindre erreur, la moindre velléité d'aclioa particulière peut produire. (Tr^fiien. '(réï6ien/au centre.^

N'est-il pas naturel qu'une démocratie laborieuse et d'esprit mesuré comme est la outre soit le plus solida adepte de cette politique?

La France, consciente de sa force et de ses véritable» intérêts, éloignée de l'esprit de convoitise et de l'esprit d'aventure {Applaudissements au centre], pensait à ellemême, à ses foyers, à son autorité reconquise, à tout ce qu'un entraînement passager risque de compromettre... mais, d'autre part, fidèle à ses amitiés, attentive à la défense de tous ceux qui sont à elle ou quâ dépendent d'elle, la France ne veut pas aller au delà. [Très bien! très bien! au centre.)

M, Lavy. — Elle aide îi écraser les autres.

M. LE aiNHTRE. — Certes, elle ne détournera pas soi» attention des problèmes difficiles que l'histoire pose devant cette génération comme elle les a posés aux âges précédents; mais elle ne pense pas qu'elle soit seule chargée de les résoudre. (Très bien! très bien! sur les mêmes bancs.) C'est ici, au contraire, qu'elle s'attache avec plus de fermeté que jamais h ce concert européen dont l'autorité ne peut être trop grande pour aborder cette tâche séculaire. Tout le monde tient le même langage ; la Chambre des Communes l'enteudatt il y il quelqvies jours : « Si le concert de l'Europe était diîtruit, l'urapire turc se briserait au milieu d'uneguerre européenne dont personne lie peut prévoir Ie& conséquences, n ,

Tous les hommes d'Etat de FEurope, tous ceux qui ont conscience de leur responsabilité pensent de même. Il n'y a de ressource que dans Tentente de toutes les puissances ; c'est la nécessité supérieure qu'il faut toujours envisager. {Très bien! très bien! au centre.)

Et, d'ailleurs, cette diplomatie européenne tant raillée, si attaquée pour ses lenteurs et sa prétendue apathie, elle a fait ses preuves pourtant, — et il sufiit d'évoquer, même dans la question qui nous occupe, l'histoire du siècle qui s'achève.

Par un procédé qui a toujours réussi, parce qu'il est sage et réfléchi, c'est elle qui a fait pénétrer peu à peu l'esprit européen dans ce monde rebelle de J'Islam et qui la préparé aux transformations qui feront rentrer rOrient musulman dans l'harmonie des peuples civilisés. [Exclamations à V extrême gauche.) C'est elle qui a peu à peu constitué en provinces privilégiées d'abord, puis en principautés libres ou même en nationalités indépendiintes tous les Etats des Balkans : Grèce, Roumanie, Serbie, Bulgarie; c'est elle qui, à Samos, en Roumélie, dans le Liban, a permis aux populations chrétiennes et musulmanes de vivre en paix côte à côte, sous la protection de sa haute garantie... {Vive$ exclamations et bruit à V extrême gauche.)

M. LE PRÉSIDENT. — J'gspérais, Messieurs, n'avoir à. rappeler à personne l'attitude que la Chambre tout entière devrait: garder pendant un pareil déhsii [Applaudissements; — interruptions à V extrême gauche), et je suis convaincu que, si les auteurs du tumulte que j'entends se doutaient, au moment précis où ces interruptions viennent d'éclater, du tort qu*elles peuvent faire à leur pays, je suis sûr qu'ils feraient silence. {Vifs applaudissements à gauche et au centre.)

M. LE MINISTRE. — Je répète cette phrase parce que je ne comprends pas comment elle a pu soulever des "murmures... C'est elle qui à Samos, en Roumélie, dans le Liban, a permis aux populations chrétiennes et musulmanes de vivre en paix côte à côte sous la protection de sa haute garantie.

Le problème se pose une fois de plus dans d'autres provinces. Il n'est pas au-dessus des forces du concert

VktiTitE POLITIQUE.

européen de le résoudre pacifiquement. N'apparatt-il pas que c'est dans ce sens que va se dirificr sans retard l'actiïilé commune des grandes puissances et que l'heure des solutions équitables et humaines sera d'autant plus prompte à sonner, qu'on détournera moins l'altenlioii do l'Europe par le bruit inutile des initiatives imprudentes? {Tr6s bien ! (rès bien! à gauche et au centre. — Ijiterruplions à l'extrême gauche.)

N'esl-il pas évîdf^nt que, dans la question Cretoise, le fait d'iiïoir obtenu du Sultan, sans coup Térir, la remise en dépiU entre les mains de l'Europe d'une des provinces de l'empire est un premier résultat qui assure désormais aux populations chrétiennes de l'Ile . les bienfaits d'une administration autonome? (Vifê apptaulissemeiitf à gauche et au centre.)

M. FiiAKÇois Dbloscle. — Voilà le point capital!

U. Le MiMsTHK. — Mais, par contre, si un peuple poar lequel l'Europe n'a que des sympathies s'est jeté sans réilexion dans une guerre de conquête qui menace de rompre l'équilibre, si cette initiative risque de provoquer la fiuerre générale en déchaînant d'autres convoitises prêtes à éclater, si ces dessins ambitieux menacent la paix, l'Europe n'a-t-elle pas le droit d'intervenir et de contenir de si dangereuses prétentions? {Vifs applamlîssemenls.)

M, Lavy. — C'est la revanche de Navarin!

M. LE uiNisTRE. — J'attire toute votre attention sur ce point, parce qu'il est décisif et que c'est an fond le nœud du débat qui s'est engagé ici. En Crète, la présence des amiraux répond de la paix publique et de la sécurité des chrétiens; la présence simultanée de toutes les Hottes [interruptions à l'extrême gaucne) nous donne l'assurance qu'aucune puissance n'exercera au détriment des autres une action isolée. {Très bien! très bien! au centre.) La présence de ces flottes est, en outre, une garantie que l'Ile ne rentrera plus sous le régime d'administration turque directe. [Vifs applaudissements au centre, à gauche et à droite.) Mais elle assure tout aussi fortement le respect de cette intégrité territoriale de l'empire turc dont l'Europe a besoin... [Rires iro- Jiiques et inlerrupliotu à l'extrême gauche.)

M. Loui3 Brdnet. — Et qu'a fait le concert européen quand TAngleterre s'est installée à Chypre? Que fait-il en Egypte?

M. LE MINISTRE. — Elle assure, dis-je, tout aussi fortement le respect de cette intégrité territoriale de l'empire turc dont l'Europe a besoin, car, cette intégrité une fois atteinte sur un point, l'empire s'écroulerait de toutes paris.

Si Tune des puissances prétendait tirer quelque bé^ néfîce particulier de la crise actuelle, comment parviendrait-on à réprimer les autres ambitions? La question macédonienne se poserait immédiatement et la Chambre sait que les convoitises diverses des peuples qui habitent cette province ou des populations voisines qui la surveillent précipiteraient les événements les plus graves. On verrait s'ouvrir en ce point du monde un gouffre d'hostilités vers lequel non seulement les peuples rivaux des Balkans, mais d'autres aussi et plus éloignés, se trouveraient peut-être invinciblement entraînés. {Applaudissements.)

Tout le monde aperçoit ce péril. Assurément on voudrait user des voies de la douceur ; mais il y a une sagesse plus virile et plus forte, c'est celle qui, pour éviter les grands malheurs du lendemain, préfère, s'il le faut, user de sévérité le jour même. Je vous citerai les paroles de M. Balfour : « Plusieurs membres des Communes semblent désirer que l'on permette aux Grecs d'effectuer des réformes en Crète, soit comme mandataires de l'Europe, soit sous leur propre responsabilité. Cette politique conduirait directement à la guerre. Il est impossible de maintenir le concert européen pour certains pays de l'empire ottoman et non pour tous. » {Applaudissements au centre.)

Si, comme tout le fait espérer, en présence du désir unanime des puissances de rester fidèlement unies pour une œuvre de civilisation et de paix, l'affaire Cretoise finit par s'arranger sur les bases que je viens d'indiquer, l'Europe n'aura pas fini sa tache. Le grand problème des réformes est posé dans l'empire ottoman ; qu'il s'agisse de l'administration locale et du régime à appliquer aux provinces, qu'il s'agisse de l'administra-

» L'ANNÉE POLITIQVE.

lion ^^nérale, ces réronhes ont fié inscriles d programme des ambassadeurs, s'inspirant parn toul de la forniale libérale adoptée par celte Cfai pas de distinction de races ni de religîocis.

A bref délai, le programme tracé par lésa deurs, si^né par eux, au nom de leurs GouTernemu et déjà eulre les mains des miniitres d'Elat, i connu de tous.

J'espère que l'accord qui s'est étalili trouvera d les différents Cabinets, puis dans l'opiiiioQ publï^tâ une approbation nuanirae et que le Gonremeio^*' ottoman, poussé par la considération de s intéiéls et par une opinion qui, en Turquie iiiéiiw,;| reste pas inactive, finira par se rendre à des oow qui, si cela devenait nécessaire, ne s'en ticndraioB^]^ là. La volonté de l'Europe, assez ferme pour ss^ sentir à la Grèce, saura bien aussi se faire seitl^|j| Sultan. {Vifs applaudissements au centre et à rfrtfJWi). 1

Voilà, Messsiears, où nous en sommes.

Le plan sage, paciilque et humain, que je viens i poser devant vous, doit aboutir, parce qu'il a t^ 4 cours de tous les Gouvernements i parce que les f pies ne peuïcnt, dans une crise aussi grave, se lali tromper sur leurs vérilaldes inlériMs, maléiieli moraux; parce qu'il faut bien compter que la fol'^. une cause supérieuic doit donner aux hommes qiû'jQ è. réaouJre cette question une force d'énergie et de if" suasion qui Unira par pénétrer dans tous les c {Trcs bien! très bien! aucKiitre.)

Cependant les décrets de la destinée ne sont pas sous nos yeui; nous nous efforcerions eu vain de vouloir les lire à l'avance. Et si des impatiences, des set»timents peu réfléchis entravent l'œuvre de la paix et déchaînent des tempêtes, nous aurons du moins 1& . conscience d'avoir fait loul ce qui était possible pour les écarter et nous pourrons attendre avec cuuflancQ l'heure inévitable oii il faudra bien ea revenir aux con-» aeils de la modération, de la raison et de l'humunilâ. i^Trés bieni très bien!)

Permettez-moi, Messieurs, en terminant, d'ajouter k encore un mot. Le Cabinet vient d'exposer Icâ vues qoi- %

. FÉVKIER-MARS 1897. 49

ont dirigé sa politique et qui la dirigeront dans Tavenir. Il n a pas reculé devant les difQcultés et les inconvénients d'une discussion publique, parce qu'il sentait que la Chambre et le pays avaient besoin d'être éclairés -et qu'il fallait en finir avec le ridicule reproche de la lumière sous le boisseau. (Mouvements divers.)

Mais permettez-nous de réclamer de vous maintenant une lumière complète sur vos propres sentiments et sur vos décisions.

Telle est la question que nous avons, à notre tour, le clroit de formuler, et puisqu'il s'agit ici de la conduite à suivre non pas demain, mais aujourd'hui même, nous demandons qu'à nos vues on oppose d'autres vues, qu'à notre système on oppose un autre système. (Fï/s applaudissements à gauche^ au centre et sur plusieurs bancs à droite.)

S'il y a deux politiques en présence, il faut que la Cbambre les connaisse avant de se prononcer. Nous voudrions connaître le système qu'on entend substituer à celui qui existe actuellement.

On critique, on rabaisse, on détruit, cela ne suffit pas; il faudra reconstruire, et c'est ici que nous avons le droit de demander, à notre tour, ce qu'on veut faire et où l'on veut conduire la France. [Applaudissements.)

Pour nous, Messieurs, nous attendons votre décision avec confiance; jamais plus qu'à l'heure présente un Cabinet n'a éprouvé le désir de se sentir en communauté de vues avec le Parlement, avec le pays; il a besoin qu'on le fortifie pour l'accomplissement de l'œuvre difficile qu'il a entreprise, avec l'aide des autres Gouvernements européens.

Messieurs, si nos vues sont les vôtres, dites-le, pour que nous puissions montrer au monde le concours de tous, dans ce pay^, mis au service des grandes causes qui intéressent la civilisation et la paix. (Ap-plaudissements répétés sur un grand nombre de bancs.)

Par 403 voix contre 81 , la Chambre approuva les déclarations du Gouvernement qui, d'autre part, furent accueillies favorablement à Tétranger, où

50 L'ANNÉE POLITK'l'E.

l'on conaUtôi avec salieraclion la ironcordance d'opinions du baron de Marscball, de M. Hanotaux et de M. Baiftiur, tous trois convaincus de la nécessité de réprimei' l'aclioD de la Grèce et de régler d'une façon durable la situation de la Crète.

L'eppoir exprimé par M. Hanotaux de voir peat- Étre le conflit crélois se résoudre paciDquementpatr un instant, ne pas paraître irréalisable, et il sembla que le Ijouvernement du roi Georges ne voulait point se laisser entraîner trop loin par l'agitatioa pauhellénique. A la suite, en effet, des mesures prises par les amiraux pour couper les communications du colonel Vassos avec la Grèce, et du bombardement du camp des troupes grecques et des insurgé» Cretois sooa la Ganée par les navires européens, le Cabinet d'AtbËnes fut interpellé et un dt^puté de sa majorité proposa à la Chambre une motion protestant contre le bombardement et invitant le Gouvernement à persister dans la politique d'action. M. Delyannis s'opposa à l'adoption d'un pareil ordre du jour et demanda à la Chambre un vote de confiance, qui lui fut accordé par 1 15 voix contre 1. Au même moment le Standard se faisait télégraphier qu'une communication du roi, publiée le i3, demandait au pays de rester calme et digne, de placer sa confiance dans le Gouvernement. Le rimes, de son côté, publiait une dépêche de Constantinople annonçant que le projet d'accorder k la Crète une autonomie semblable & celle de Samos était à l'étude et serait probablement adopté. Le Daily News donnait une inTormatioD à peu près semltlable. Deux jours plus tard, lord Salisbury lisait à la tribune des Lords le télégramme suivant qu'il avait adressé la veille aux puissances, et

M. Balfour déclarait aux Communes que bien qu*il «l'y eût pas eu d'avis officiel, il y avait lieu de croire que ces propositions étaient approuvées :

Informez le Gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité que FAngleterre propose de faire la déclaration suivante, relativement à la politique qu'elle estime conforme aux vues des puissances dont Faction est •combinée :

1° L'établissement de l'autonomie administrative de la Crète est la condition nécessaire de la cessation de l'occupation internationale ;

2° Sous la réserve de la condition ci-dessus indi- •quée, la Crjte doit continuer à être une portion de l'empire ottoman ;

3® Lea puissances doivent informer les Grecs et les Turcs de cette résolution ;

4° Les puissances imposeront leur décision par la tforce à la Turquie ou à la Grèce, si l'une ou l'autre persistait à refuser de retirer de Crète ses troupes de terre et de mer lorsqu'elle en aura été requise.

Sur ces bases, également proposées par la Russie, Tentente se fit en efTet très rapidement, et le 2 mars la note suivante fut remise au ministre hellénique des affaires étrangères par les secrétaires des légations :

Sur l'ordre de mon Gouvernement, je porte à la connaissance de Votre Excellence que les grandes puissances se sont entendues pour arrêter la ligne de conduite destinée à mettre fin à une situation qu'il ne dépendait pas d'elles de prévenir, mais dont la prolongation serait de nature à compromettre la paix de l'Europe.

Les puissances sont tombées d'accord sur les deux points suivants :

1° La Crète ne pourra, en aucun cas, dans les conjonctures actuelles, être annexée à la Grèce ;

2? Vu les retards apportés par la Turquie à l'appli-

calion des réformes arrStées avec elle, les puissances sont résolues, tout en maintenant l'intégrité de l'empire ottoman, de doter la Crète d'un régime d'autonomie absolument elTeclif destiné à lui assurer un Gouvernement séparé, sous la haute suzeraineté du Sultan.

La réalisation de ces vues ne saurait, selon les puissances, i^tre obtenue que par le retrait des navires et des troupes helléniques. Elles attendent avec confiance cette détermination de la sagesse du Gouvernement hellénique, qui ce voudra pas persister dans une voie contraire auï résolutions des puissances.

Les ministres ne dissimulent pas que leurs instructions leur prescrivent de prévenir le Gouvernement hellénique qu'en cas de refus les puissances sont irrévocablement déterminées à ne reculer devant aucun moyen de contrainte si, à l'expiration du délai de six jours, ie rappel des navires et des troupes n'est pas effectué.

La remise de la note collective provoqua Qn& vive agitation en Grèce, et la presse ainsi que l'opinion publique furent unanimes à conseiller la résistance. L^ Cabinet d'Athènes se montra, dés l'abord, animé Uiis mêmes sentiments, et parut décidé à la guerre plutôt qu'à céder à la volonté des puissances. A en juger par les préparatifs militaires et par les interviews que le roi Georges et M. Delyannis accordaient volontiers aux journalistes, aucun doute sur ce point n'était possible. Néanmoins, un délai de sis jours lui ayant été accordé, on voulut espérer que la Grèce se ressaisirait et finirait par se soumettre ; il n'en fut rien et, à la fin du sixième jour, c'est par une note sinon formellement négative, du moins évasive et destinée à gagner du temps, qu'elle répondit. Cette note était ainsi rédigée :

Ajàot examiné les points sur lesquels porte la note

des puissances, le Gouvernement hellénique, vu leur gravité, leur soumet son opinion sur les mesures édictées, opinion résultant de la connaissance des affaires de Crète. La Grèce, comme les puissances, désire le maintien de la paix et veut préserver la Crète de la ruine complète.

Le régime autonome adopté par les puissances ne répondra pas à leurs intentions; il subira le sort des différents systèmes antérieurs. Le nouveau régime proposé est incapable de rétablir Tordre. L'anarchie continuera à ravager le pays. La responsabilité du Gouvernement serait énorme s'il ne priait pas les puissances de changer le régime édicté et de réunir la Crète à la Grèce, comme cela a déjà eu lieu lors de Taffranchissement des autres provinces formant le royaume hellénique du temps de la présidence de Gapo d'Istria.

En présence des récents massacres, des pillages et des incendies, le remords tourmentait notre pays pour la responsabilité qu'il prit, Tan dernier, de décider les Cretois à déposer les armes.

Les malheurs qui suivirent ne nous permettent plus d'entreprendre la même tâche. D'ailleurs, notre voix ne serait pas écoutée. Si les puissances persévéraient à vouloir appliquer le nouveau régime d'autonomie, quelle serait la situation de la Crète jusqu'à l'établissement de ce régime?

Au nom de l'humanité et de la pacification de l'île, nous Taisons appel aux puissances relativement au rappel de nos forces militaires. Si, par suite de la présence des escadres des puissances en Crète, et de la conviction que les flottes réunies empêcheront le débarquement des troupes ottomanes, la présence de tous les navires helléniques n'était pas jugée nécessaire, au contraire le séjour de l'armée grecque en Crète est indiqué par l'intérêt de l'humanité et du rétablissement de Tordre. Notre devoir nous impose de ne pas abandonner les Cretois à la merci du fanatisme des musulmans et de l'armée turque, qui paiticipa toujours aux agressions de la populace contre les chrétiens.

Si nos troupes recevaient des puissances mandat de pacifier Tîle, les désirs et les intentions des puissance

recevraient prompte et parraitt^ satisfaction. Alors, après le réiablissemcnt de l'orijre, il serait possilile Oe contialti-e les vœux librement eaprimés du peuple crétois pour décider de son sort.

Les horreurs répétées périodiquement en Crète émeuvent lo peuple hellène, interrompent l'activité sociale et [rouillent l'économie des finances de l'État. En admettant mSme la possibilité d'oublier que nous sommes les coreligionnaires des Crétois, de même race et de même sanK c|iie le peuple crétois, nous devons déclarer aux puissances que l'État hellénique ne saurait plus résister à de semblables secousses. C'est pourquoi nous faisons appel aux sentiments généreux des puissances, les priant de permettre au peuple crétois de se prononcer et de dire comment il désire être gouverné.

Cette note fut complétée le 10 par la communication suivante, émanant du ministre hellénique des afTsires étrangères i

Pour faire suite à la note adressée par les grandes puissances au Gouvernement royal, je crois de mon devoir de vous informer: l°Que le gouvernement royal, en prnposant que les grandes puissances donnent un. mandat aux troupes helléniques en Crète, verrait volontiers des détachements des escadres des puissances coopérer à l'exécution de ce mandat avec les troupes grecques, si tes puissances consentaient à cette mesure ;

2° Que, si le principe d'un plébiscite crétois était accepté, nous ne ferions pas d'objection à ce que la

Qu'allait faire l'Europe en présence de celte altitude (le la Grèce? Et qu'elle serait notamment la conduite 'de la France? C'est ce que notre Gouvcrnemenl fut prié d'exposer à la séance de la Chambre du \'à mars.

M. Goblet fit une vive critique de la politique suivie par te Cabinet français qu'il qualiCaitdepoli--

FÉVRlER-xMAHS 1897. 55

iique menaçante, à laquelle il opposa celle du recueillement dont, à son avis, la France n'aurait pas dû se départir. M. Delafosse, au contraire, estimait que le concert européen constituait un bienTait inestimable et que notre Gouvernement avait rempli un impérieux devoir en y réclamant sa place ; mais, non sans raison, il reprochait à l'Europe de n'avoir pas été à la hauteur de sa lâche, de n'avoir su ni prévoir ni vaincre les difficultées etde s'être arrêtée à des solutions incomplètes.

M. Hanotaux défendit la politique suivie et exposa celle que le Gouvernement comptait suivre dans une déclaration dont, Gdèle à son habitude, il donna lecture à la tribune et que nous croyons devoir reproduire in extenso comme nous l'avons fait pour son précédent discours du 22 février :

M. Hanotaux, ministre des affaires étrangères, — Dans sa séance du 22 février, la Chambre a sanctionné une politique qui se résume en un mot : maintien de la paix par le concert européen. En ce qui concerne spécialement TafFaire de Crète, le Gouvernement faisait connaître son intention arrêtée de poursuivre, d'un commun accord avec les puissances, l'autonomie de Tile ; l'opposition elle-même considérait qu'il fallait laisser au ministre des affaires étrangères la liberté utile pour négocier et que, en déclarant qu'en aucune hypothèse la Crète ne retomberait dans le statu quo ante et ne serait remise sous le joug de l'empire ottoman, la Chambre aurait fait tout son devoir.

C'est cette politique que le Gouvernement vient vous demander. Messieurs, de sanctionner de nouveau aujourd'hui.

La Chambre n'ignore pas ce qui s'est passé depuis la date que je viens de rappeler. Les puissances entremis au Gouvernement grec une note collective faisant connaître leur intention, à savoir rétablissement en Crète d'un régime autonome sous la suzeraineté du Sultan.

LANSÊE POLITIQUE.

La Grâce fut |>i-L-venue qu'en cas de refue, iS européen était diicidé à recourir «ux moyens i Irainte.

Vous connaissez la réponse du Gouvernemont hellé-J nique : il a liiiasé entendre qu'il pourrait ëloiguerw navires des e<iux Cretoises, mais il s'est refasti & H peler les troupes du colonel Vasaos.

A l'extrême yauche. — 11 a bien fait !

M. LE MESISTRE DES AFFAIBEB ÉTBANGÈBES. — QnSnt Ifl

question de l'autonomie de la Grille, sans aller Jus^ réclamer, comme il l'araiL fait auparavant, l'uDioa ÏIB médiale avec la Gièce, il a demandé oriidellenjenlq les Cretois fussent appelés à lie prononcer pnr Toie^ plébiscite sur le sort de l'Ile. [AppIaudUsematt^-A VejsMme gauche.)

M. L.*Vï. — Comme nous le réclamons pour l'AIflM Lorraine.

M. LE MFMSTBS DES AFFArRESéTRANCËRES. DepUÎB |(

par difTêrenles démarches ofGcieuses, il s'est aotf disposé à accepter d'autres solutions, et même àrec naître la suzeraineté du Sultan, mais en sollieitant 9 l'ile soit un régime analogue à celui de la Bosnie é l'Herzégovine, soit une adminisiration conllée a George'i

Telk est. Messieurs, la situation en présence 1 laquell» nous nous trouvons. Il ne serait pas équiti "" de la considérer comme aussi périlleuse existait il y a quinze jours. D'une pari, l'accord t puissanues a produit incontestablement partout i Europe et surtout en Orient un effet d'autant plus pfi fond piin affeclait de douter do sa réalisation.

D'autre purt, la sagesse des Etats balkaniques, g se trouvant les plus voisina du théâtre des évéaemeiii| pouvaient avoir plus de raisons de se croire menacé»^ par conséquent, de s'émouvoir, a contribué plu^g nulle auf re cause au résultat poursuivi par tous, t ' dire au maintien de la paix.

Enfin, quels que soient les termes de sa réponse, I prudence avec laquelle la Grèce elle-même, déférant aa' vœu des puissances, s'est abstenue de toute mesure précipitée, a laissé du temps à la réflexion, a permis aux

amiraux et aux marins d'intervenir entre les combattants et de sauver bien des existences. {Très bien! très bien! au centre.) M. Toussaint. — Vous auriez pu le faire en Arménie.

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — Au point

de vue diplomatique, le débat s'est, si je puis dire, limité et circonscrit.

La promesse de retirer la flotte grecque et la proclamation du principe de l'autonomie ont enlevé à la question locale une grande partie de son acuité.

Au fond, on peut dire qu à Theure présente le débat, pour ce qui touche les affaires Cretoises, se concentre sur un point unique : les troupes du colonel Vassos seront-elles, oui ou non> retirées?...

M. Toussaint. — Espérons que non ! {Exclamations sur un grand nombre de bancs.)

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES. — Si SeS

troupes s'en vont, la (îrèce, perdant son principal moyen d'action dans Tile, ne peut que renoncer, pour le moment du moins, aux prétentions qu'elle a manifestées au début du conflit. Le péril même d'une rencontre sur les frontières de la Thessalie et de l'Epire est singulièrement diminué, puisque le fond du litige, à savoir, la revendication de la Grèce à l'égard de la Crète, se trouve réglé en fait et sur les lieux.

Enfin, les solutions préconisées par l'Europe sont de nature à satisfaire les populations de l'île. Aidée par les puissances, elles peuvent rapidement jouir du régime de liberté qui vient de leur être octroyé.

C'est pourquoi^ Messieurs, les puissances ont été et sont unanimes à penser que le maintien des troupes du colonel Vassos empêche toute pacification et toute réorganisation de l'île, et c'est dans cette conviction qu'elles se sont décidées à exiger de la Grèce le retrait du petit corps qui, trop faible pour rien faire de décisiî {Exclamaiions à V extrême gauche) y trop compromis avec les insurgés pour collaborer efficacement à l'apaisement, n'en reste pas moins pour ceux--ci un point d'appui dangereux et un obstacle à toute communication loyale entre les puissances et les habitants de l'île et, par conséquent, à toute amélioration d'une situation locale et

L'ANNÉE POLITliJUE.

générale doni lout le monde a hàle de *oir la Hn. (Ap^ plautissftnents au centre et sur lUvers bancs à droite. — Bruit à l'extréiae gauche.) M. Lavv. — Pourquoi loyale?

M. LE MINIHTIIE DES AFPAIBEa ÉrRANQÈREfl. C'CSt pOUF-

quoi les puissancfis ont jugé que la réponse du Gonvetnenient bellénique à la note identique élait insnffl- Bante. C'est pourquoi elles ont cherché d'un commun accord les moyens de faire triompher le système pacïlique qui est le leur et ont établi les sanctions nécessaires pour que leurs décisions... {Inten-uptions à r extrême gauck'.)

M. LE PBÉsmsNT. — Je vous prie, Messieurs, de garder le sileace.

M. LE MINISTHE DES AFFAIRES éTBANOÈRBS. — ... et ellCB

ont établi tes sanctions nécessaires pour que leurs décisions ne puissent pas être tenues en échec plus longtemps .

Les puissances se sont mises d'accord non sculemeat sur leura intentions, mais sur les moyens de les réaliser, {Nouvelles iutciruptims /t l'extrême gauche.)

M. Paulin Méry. — La force primera encore une fois le droit. {Prt.testalionn au centre.)

M, le mimstbb des affaires ÉTBAWOÈiiES. — 11 me reste à vous faire connaître. Messieurs, les conditions dans lesquelles le Gouvernement, qui a réservé votre pleine liberté d'action [Très bien! tris bien! au centre), vous propose de continuer à collaborer à l'œuvre entreprise par le concert européen.

L'accord s'est fait entre les puissances sur les points suivants : L'autonomie de l'île, sous la suzeraineté du Sultan, serait solennellement proclamée (Très bien! au centre) ; la Grèce serait avisée que, dès lors, les troupes helléniques n'ont qu'à se retirer, étant bii-n entendu que Ii'S troupes oltomanes devraient quitter l'île en même temps, sauf celles qui resteraient concentrées... (Exclamations à l'extrême gauche.)

M. ToussAiOT. — Pourquoi âette différence ? Elles n'y ont pas plus de droit que les autres!

M. Lavv. — On écrase toujours les petits ; ils ne peuvent pas 6e défendre, ceux-là!

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES — ... Sauf CelleS-

qui resteraient concentrées sur quelques points également occupés par les puissances.

Pour assurer l'ordre et la sécurité... (Interruptions et bruit à l'exlrême gauche.)

Sur divers bancs. — C'est un parti pris. On n'entend plus l'orateur I

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — PoUr aSSU-

rer Tordre et la sécurité...

M. Lucien Cornet. — Comme à Varsovie! ( Vives récla* mations au centre et cris ; A l'ordre!)

M. LE pRÉsii»ENT. — Je rappelle Fauteur de Tinlerruption à l'ordre [Très bien! très bien!); et aux membres qui interrorupent ainsi, je fais observer que ce sont les orateurs inscrits pour prendre la parole qui se plaignent du bruit qui les empêche d'entendre M. le ministre des affaires étrangères; les interrupteurs attentent donc à la fois à la dignité et à la liberté du débat I {Applaudissements. )

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — Jc disais

que, pour assurer Tordre et la sécurité, chacune des six puissances renforcerait par un contingent de 500 ou 600 hommes le détachement qu'elle a déjà débarqué dans les villes de la côte. La nouvelle administration autonome serait rapidement installée et içiise en mesure de fonctionner.

Si la Grèce, déjà avertie de ces diverses dispositions et de ces intentions des puissances, persistait à main* tenir dans l'Ile le corps du colonel Vassos, les mesures de coercition jugées nécessaires par les amiraux seraient prises immédiatement. {Mouvements divers à V extrême gawhe et à gauche.)

Le blocus de Tile de Crète serait proclamé et rigoureusement appliqué; tout secours en hommes, en vivres, en munitions serait intercepté et, s il le faut, les amiraux seraient autorisés... (Interruptions à Vexlréme gau" che; — réclamations au centre el à droite), s*il le faut, les amiraux seraient autorisés à prononcer et à appliquer de concert le blocus effectif de tel ou tel point des îles grecques ou de la Grèce continentale.

Telles sont, Messieurs, les résolutions que les puis-

sances onl arrêtées en coiumuD pour agir et pour clore une période d'atlente et de malaise général, qui ne peut se prolontier sans de grandes soutTrances et de grands

Nous na'ons plus qu'à connaître votre décision, puisijue le i^ouveruement de la Itépublique a tenu en suspens l'adhésion de la France jusqu'à ce que les Chambres aient pu se prononcer. [Très bien! très bien!)

M. MiLLEBAND. —Je demaude la parole.

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTHANGÊHES. — DaUS la

situation actuelle, trois systèmes peuvent être envisagés : l'uLi consisterait à appujer les revendications de la Grèce.

M. TuL'ssAiNT. — Très bien ! {Bj:clamationi et rires au centre.)

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ^TRANliÈRES. — CelUI-là Se*

rait eu conformilé avec le précédent de 1827. Tel serait le véritable phil hellénisme, celui qui a auscité tant d'enthousiasme à l'époque que je viens de rappeler. Hais je ne vois pas que celle conception politique soit reprise aujourd'hui par beaucoup de monde, et je crois que nous pouvons résolument Écarter ce premier système,

M. Erhest ItocHE. — Pourquoi? (Exclamations au centre.)

M. ToL'ssAiST. — Votis ne vouleipas faire ce que la monarchie a Fait!

M. LE COMTE DE Lanjuinais, — Parce que nous ne sommes pas en monarchie.

M. LE UIMSTBE DES AFFAIRES ÉTRANGÈaltS. — in autre

.système parait avoir été accueilli avec plus de faveur; il a, d'ailleurs, été soutenu tout à l'heure par l'honorable M. Goblet : c'est l'abstention. La France, dit-on, n'a que faire dans ces questions; qu'elle reste chei elle sans aller s'embarrasser de ce qui se passe chez les autres; les choses finiront toujours par s'arranger. M, René Goblet. — Je n'ai pas dit cela,

M. LE Ui.MSTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. JC TeCOIl-

nais que ce système est le plus facile à suivre, et le Gouvernement qui s'y serait attaché n'aurait pas eu grand'peine à se donner. (Sowires.)

On invoque un précédent, mais un seul, pour justifier cette politique de rabstenlion. On fait observer qu'en 1886 la France, — il s'agissait alors non d'empêcher une conflagration menaçante, mais d'éteindre un dernier brandon qui fumait, — la France, au dernier moment, a refusé de participer au blocus du Pirée. Et on demande pourquoi son attitude serait différente aujourd'hui? Je ne crois pas, Messieurs, qu'il y ait lieu de reprendre ici, dans ses détails, cette affaire de 1886.

Voyons cependant quel a été le rôle joué par la France dans cette circonstance. Elle avait participé à l'envoi de l'ultimatum, mais elle n'a pas participé au blocus, parce qu'elle s'était fiée à une promesse de désarmement qui lui avait été faite par la Grèce.

M. MiLLERAND. — En aucune façon.

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — Or, CCttC

promesse ne fut pas tenue, si bien que la France, justement froissée, dut rappeler son ministre et, finalement, rester isolée, s'exposant, ainsi, à la métiance et à la mauvaise humeur de tout le monde, et je n'aperçois pas quel profit nous avons retiré de cette attitude. [Applaudissements au centre et à droite. — Rumeurs et interrup" tions à r extrême gauche.)

M. René Gûblet. — Vous compromettez votre pays en dénaturant sa politique.

M. LE ministre des affaires étrangères. — Messieurs, voyons les choses de plus haut et posons la question dans les termes où elle doit être posée. La politique de l'abstenlion a des racines plus profondes. Nous la connaissons bien. Elle est défendue par les mêmes personnes, elle est soutenue parle même parti qui l'a toujo^irs préconisée dans ce pays. M. Goblet vient de la formuler à nouveau dans cette phrase : « Nous n'avons rien à faire en Orient ! »

C'est cette même politique qui, eu 1882, se félicitait hautement... {Vifs applaudissements au centre et sur divers bancs à droite; — interruption^ à V extrême gauche et à gauche,)

M . Marchegay. — Très bien I Voilà ce qu'il faut dire.

M. Gustave Rouanet. — Allez dire cela à M. de Courcel.

L'ANNÉE POLITEQIjE.

M. DE I.A Porte. — En 1882, c'est le cenlre qui a voté l'évacuation de l'Egyple !

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGF.BE5. ~ ... C'est

cette même politique qui, en 1HS2, se félicilait iiautemenl de la présence des Anglais en Egypie, comme noua préservant des errements funestes suivis en Algérie et en Tunisie. Voilà tout le système. {N"Ufeavx apfilaiidisaemenls iw les mêmes liaiicn, nu Cfntre el à droite. — NowieHes interruptions à l'extrême gauche el à gauche.) M. LE i-RÉBiDENT. — Messieurs, eucore une fois, je vous en prie, veuillez garder le silence.

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTKANGÈHES. Voilà tOUt

le système. Nous savons en quelle circonstance il a prévalu, nous savons par qui il a été conilialtu el dans quelle circonstance il a triomphé. Il répond à une conception politique qui consiste à dénier à la France aucun rôle dans la Méditerranée. {PrnteslutionB à l'extrême gauche. — Applaudissements au ccnirf.) M. FiBEBOi. — Qui est-ce qui a dit cela?

M. LE MIMSTHE DES AFFAIRES ÉTHANCÈIIBS. — PuisqU'on

proteste, je répète la phrase que j'ai écrite fous la dicti^e de l'honorable M. Goblel. a Nous n'avons rien à faire en Orient. »

M. René Goblbt. — Dans les circonstances aciuelles.

M. LE HimsTRE DES AFFAIRES éTilA^GÈRRs. — Eh bien 1 cette conception politique, s'il se trouvait un^ majorité pour l'imposer, un Gouvernement pour s'y conformer, alors il ne faudrait pas seulement ramener nos vaisseaux de Crète, il faudrait les désarmer. ( Vivs rumeur» à l'extrême gauche. — Applaudissements au centre el à droite.)

M. IlENÉ GoBLET. — Voilà ce que c'est que d'écrire son discours à l'avance! Vous ne répondez pas à ce qui a été dit.

M. Pierre Richard. — Ce n'est pas pour aller en Oiieiit.., {bruit au centre.)

M. LE PRÉSIDENT, — MonsieuF Pierre Richard, veuillez garder le silence.

M, PiFRRE RiGBARD. — Je dîs que ce n'est pas pour - aller en Orient que nous avons dépensé 20 milliards... {Brwt.)

M. LE PRESIDENT. — Monsiear Pierre Richard, je vous rappelle à Tordre.

M. LE HLNISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — Si VOUS

agissiez ainsi, les choses s'arrangeraient sans vous assurément, mais elles s'arrangeraient sûrement contre vous. {Très bien! trèa bien! au centre. — Bruit à V extrême gauche,)

Je mé demande s'il y a ici une majorité qui, en présence d'une difficulté d'ordre relativement restreint, alors que toutes les puissances sont d'accord, et que nous subordonnons toujours notre adhésion à leur accord unanime, puisse songer à prendre une pareille décision, à assumer une pareille responsabilité. (Très bien! très bien! au centre.)

Il reste enfin un troisième système; c'est celui que nous proposons à la Chambre.

Il s'agit de travailler avec l'Europe à une œuvre urgente, à la pacification de la Crète, et à une tâche plus générale : le maintien de la paix. (Très bien! très bien! au centre.) Tous les gouvernements, quels que soient les principes constitutifs de chacun d'eux, se sont réunis dans une pensée, dans une volonté communes. La France seule se dérobera-t-elle ? 11 s'agit de savoir si, dans cette crise générale si grave, dont l'affaire de Crète est un incident, nous prendrons, nous, la responsabilité de rompre un accord dont l'action modératrice peut s'exercer demain en Grèce et dans les Balkans, bientôt à Constanlinople. (Très bien! et applaudissements.)

N'est-il pas évident, en effet. Messieurs, que, si nous espérons mener à bien le plan de réformes dans l'empire ottoman, signé par tous les représentants des puissances...

M. René Goblet. — Vous savez ce qu'en pense notre ambassadeur à Constantinople.

M. le MINISTRE DES AFFAIRES étrangères. — ... de même que notre plan d'action sera appliqué par tous les amiraux, c'est par le maintien énergique de ce concert européen qui est dans cette crise, le seul tribunal et la seule autorité devant lesquels tout le monde peut et doit s'incliner. (Très bien! très bien! au centre et sur

Gi L'AN.NÉE POLITIOl'K.

divers bancs à droite cl à 'jamhe. — Vives réclamations à

i'exirime gauche.)

Plus raction de ce concert aura été efficace dans la phase actuelle de la crise, plus elle sera énergique dans la seconile, et plus rapidement elle atteindra le but que nous poursuivons avec persévérance et dont aucun incident ue pourra nous détourner.

C'est donc avec confiance que nous sollicilonf de la Chambre l'adhésion et l'appui qui nous sont indispensables pour que la France puisse coopérer à l'œuvre d'apaisement et de salut que l'Europe vient d'entreprendre et qu'il dépend de vous de nous permettre de mener k lionne fin. [Vifs applaudissements au centre et sar divers bancs à gauche el à droite.)

Ces explications, que la Chambre allait appronver par 356 voix contre 443, après une inlervenlîoa du président du Conseil, en adoptant l'ordre du jour de confiance de MiM. Renault-Morlière el Marcbegay, soulevèrent de violentes protestations, notamment en ce qui concernait les mesures coercitives éventuellement projetées contre la Grèce*. C'est ainsi

1, Le groupe socialiste de la Chambre publia le manifeste

Citoyens,

La majorité ministériel le, à ta demande de M. Hanolaux et de M. Méline. a décidé, hier, que li France emploierait la force oontre les Cretois et contre la Grèce. La France va s'associer aui puissances européennes pour envoyer dea soldats en Crète, pour bloquer les lies grecques et la Grées conlinentale.

Depuis quatre ans, l'Europe était indifférente aux crimes du Sultan, aux massacres des Arméniens, à l'écrasement des peuples d'Orient.

Elle couvrait de sou silence et de sa complicité ces œuvres de servitude et de san^.

Mais, liés que le peuple crétois se lève pour défendre S&

liberté et sa vie; dés que le peuple grec se met en mouvs-

ment pour secourir ses frères de Crète, l'Europe s'émaut et

, elle prenil parti pour le Sultan contre ses victimes, pour

que M. Millerand formulait la politique qui lui paraissait devoir être suivie en demandant au Gouvernement : d*adopter une attitude semblable à celle que nous avions prise en 1886; d*avertir les puissances que la France était toute disposée à continuer, d'accord avec elles, à faire tous ses efforts pour coopérer à obtenir le maintien de la paix, résultat auquel elle n*aspirait pas moins vivement <[u'elles-mêmes; de prouver aux autres puissances, par son action diplomatique active, que ses paroles n'étaient pas vaines, et, qu'en effet, la France entendait, elle aussi, elle surtout, faire tout ce qui serait en son pouvoir pour trouver la solution pacifique la plus rapide; mais de ne point s'associer aux actes matériels prémédités contre la Grèce, non seulement parce qu'ils seraient contraires à tous nos sentiments, à toutes nos traditions, à tous nos intérêts, mais aussi parce que nous ignorions où nous conduirait ce blocus.

Toppresseur contre les opprimés, pour l'égorgeur contre les égorgés.

Nos gouvernants allèguent, pour excuser cet attentat, qu'ils veulent avant tout sauver la paix. Or, ils la compromettent en encourageant de leur protection la folie meurtrière du Sultan, qui provoquera sans fin les colères, les haines, les conflits.

Ils allèguent aussi qu'ils ne veulent pas rompre le concert européen. Nous ne leur reprechons pas d'avoir travaillé à le maintenir ; nous les accusons de ne pas avoir conservé à la France républicaine la posture et le rôle qui lui appartenaient.

La vraie raison de leur attitude, ils n'ont pas osé la dire. S'ils nous jettent dans une lutte contre les opprimés, c'est que, en contractant, avec la Russie, une alliance sur les conditions de laquelle ni le pays, ni le Parlement n'ont pu encore obtenir d'écledrcissement, ils n'ont pas songé à sauvegarder la liberté et la dignité de la îYance.

La même politique ^éfaste, qui a conduit nos vaisseaux à

f,« LANNÉÈ POLITIQLE,

M. Jaurès, à son tour également hostile au plan de conduite du Gouvernement, provoqua un véritable tumulte en prétendant donner de notre politique ces deux raisons décisives » : d'une part, la puissance financière des porteurs de bons ottomans, et, d'autre part, l'alliance franco-russe à laquelle il lui paraissait que nous faisions des sacrifices excessifs. Mais, d'une façon générale, les discours de MU. Hanotaux et Méline, dont le premier ministre d'Angle-

Riel, les conduit, aujourd'hui, dans les eaux grecque» et absorbe la France répiiblicaiDe dans l'autocratie européenne pt dans le despotisme oriental. Et M. Méline, pour nous river à jamais cette cltatne, a osé dire, hier, que, avant cette abdication, la France tremblait à chaque pas. Citoyens,

Votre clairvoyance patriotique, voire énergie républicaine et votre Gerté nationale ne pardonneront pas k ces bommes.

Demain, que la Grèce cède à la menace européenne ou qu'elle résiste, les plus graves complications scint k craindre.

C'est à voua tous, citoyens, qu'il appartient de réagir de toutes vos forces contre une politique aussi folle que coupable. Dés la première tieure, nous avona résisté; dès la première heure, nous voua avons avertis.

Mais, peut-être tous ces avertissements doivent-ils rester vjins; peut-êlre l'F.urope rétrograde et la France capitaliste gont-ellea incapables, désormais, de prévoyance et d'humanité.

A vous de hAler l'avènement nécessaire de la République socialiste. Seule, elle pourra libérer à la fois le travail exploité, les peuples asservis, la patrie humiliée.

A bas la réaction européenne I

Vive le socialismel E. Baudin, Bo;ïahd, Calvidhac, M. Carnaud, Thigrrt- Cazes, Chaesai.vo, Chauvi'^re, Kenë CiiAiivin, Coûtant, CouTu«iEB, Defomtaink, V. Dejeante, Gabbiel Db-

VILLE, FhANCONIE, GÉRAULT-RlCHAHO, GlBODET, GOUJAT,

Pa»chal Ghocbset, Groussier, Jules Guesde, Clovis Hugues, Jean Jauhës, A. Joi^hde, Lavy, A. Millehand, Pai!lih-Méry, Gustave Rouanet, Sauvanet, Mahcbl Sbmbat, TcBHiNï, Edouard Vaillant, Piebre VauSi Remé ViviAM, Walteb.

terre disait le lendemain à la chambre des Lords qu'ils contenaient « un admirable exposé de la politique des puissances », auquel il n'avait rien à ajouter, furent hautement approuvés.

Le Sénat, à son tour, tint à fortifier l'autorité du Gouvernement et, pour lui permettre de donner son adhésion, M. Franck-Ghauveau interpella le ministre des affaires étrangères le 16 février. M. Hanotaux fit des déclarations analogues à celles que la Chambre avait déjà entendues et la Haute Assemblée les approuva par 323 voix contre 18. Go résultat était prévu. Une intervention de M. de Freycinet ne Tétait pas moins : l'ancien président du Gonseil de 1886 ne pouvait manquer de vouloir s'expliquer sur la politique qu'il avait alors suivie et dont diverses interprétations avaient été données au cours de la discussion pendante. Il prit donc la parole, mais ne limita pas sa lâche à prononcer un éloquent plaidoyer pro domo; il se fit aussi l'avocat très habile de la Grèce. Rappelant le précédent de la Roumélie, il demanda au Gouvernement de ne pas se lier, de ne pas se faire l'esclave de certaines formules et de se réserver la liberté de prêter plus tard, quand le calme serait rétabli, et si les Cretois demandaient leur annexion à ce pays, un concours empressé à la Grèce pour résoudre définitivement la question par une solution semblable à celle qui avait uni la Roumélie à la Bulgarie.

Ce langage exprimait trop bien le sentiment français pour que M. Hanotaux ne tint pas à déclarer très nettement que la France avait le plus vif désir d'amener la Grèce, par des moyens pacifiques, de préférence à tous les autres, à se rendre aux avertissements et aux conseils des puissances, mais il

fallait qu'elle se soumll et toute prolongation de l'état de choses exislanl risquait de compromettre la silualion. On peut même dire à la vérité que déjà la situation était singulièrement compromise par les tergiversations du concert européen, et l'on n'allait pas tarder à voir que pour n'avoir pas su Être dëa la première heure ou assez fermes ou assez conciliantes, les puissances avaient laissé une j^uerre turco-^recque devenir inévitable.

Les autres questions on interpellations que la - Chambre eut à entendre en février, furent, par ordre chronologique : une question de M. Jules Guesde sur les mesures prises par le ministre de l'instruction publique à l'égard de l'association des maîtres répétiteurs, question que M. Mirman demanda à transformer en interpellation, ce à quoi la Chambre consentit, pourvu que le nouveau débat prit place après la discussion du budget; puis snccessivement les interpellations de M, Lavy, sur les courses de taureaux et de îi. Constant Dulau sur les violations de la loi Gramont, qui aboutirent à la nomination d'une commission extra-parlementaire; l'interpellation de MM. Jules Guesde et Chauvin, sur les motifs qui avaient pu amener le ministre de l'intérieur à expulser du territoire français n dea Alsaciens et leurs élus » ; l'interpellation de M. Vaillant sur les mesures à prendre contre le ch6mage; enfin celle de M. Desforges, sur la mévente des porcs.

Les « Alsaciens * dont MM. Guesde et Chauvin reprochaient l'expulsion au Gouvernement n'étaient autres que MM. Bebel et Bueb, députés socialistes au Reichstag, qui, empêchés de rendre compte de

leur mandat à leurs électeurs sur le terriioire allemand, eurent la singulière idée de le faire dans une réunion organisée en France, à Wissembach. Les personnages les plus marquants du socialisme français avaient été conviés à la conférence projetée. Hais à la dernière heure, les héros de la fête manquèrent à rappel : un commissaire de police, qui muni d'un arrêté d'expulsion les attendait à la fron* tière, avait invité MM. Bueb et Bebel à rebrousser chemin. C'est sur ce fait, déjà vieux de plusieurs mois, que M. Guesde demandait des explications au ministre de Tintérieur. M. Barthou les lui fournit très claires. Et, malgré un tumulte scandaleux pro* voqué par Textrème gauche, la Chambre approuva les déclarations du Gouvernement en votant par 364 voix contre 73 Tordre du jour pur et simple qu'il réclamait.

La question portée à la tribune par M. Vaillant était malheureusement plus digne de l'attention de la Chambre. Elle lui consacradeux séances, au bout desquelles, désespérant de découvrir toute seule les causes du chômage et les moyens capables de le faire cesser, elle vota l'ordre du jour suivant de M. l'abbé Lemire, accepté par le Gouvernement :

La Chambre, préoccupée du chômage, invite le Gouvernement à lui faire soumettre, par le conseil supérieur du travail, un rapport d'ensemble sur cette question, décide d'examiner sans retard les projets de loi qui peuvent remédier à la désorganisation du travail, et passe à l'ordre du jour.

Le G mars, M. Rouanet interpella le garde des sceaux sur les mesures que le Gouvernement comptait prendre pour réprimer et prévenir les dilapidations financières comme celles des chemins de fer

10 LA.NNÉE POLITEQLE.

du Sad de la Fraoce! Sur ce canevas élastique, l'honorable député de Paris put broder de loiigaes variations dont l'utilité n'était point parrailement évidente. L'issue de la bataille n'était pas douteuse en efTet. Appelé à dire s'il voulait faire tonte la lumière sur des afTaires scandaleuses déférées à la justice, le Gouvernement ne pouvait que répondre affiroialivement, et la Ohambre n'avait aucunement le droit de mettre «n doule sa parole. Elle vota donc, par 280 voix contre 178, un ordre du jourd'approbation aux ternres duquel elle se déclarait convaincue de la fermeté du ministère pourfaire respecter la loi. Puis, par 330 voix contre 4, elle prit acte de sob engagemenl de déposer sur le bureau de la Chambre les dossiers des instructions lorsqu'elles seraient closes, conformément à l'ordre du jour voté le 35oclobre 1895.

Le Gouvernement eut encore à s'expliquer (8 mars) sur la nomination d'un président de tribunal en Corse, ce qui amena la Chambre à exprimer le voeu très raisonnable que des magislrata ne pussent pas èlrenommés dans des arrondissements où Us auraient été candidats à des fonctions électives ; puis un débat eut lieu (9 mars) sur les conditions dans lesquelles s'était produit le décès de plusieurs militaires; le 1 1 mars, U. Julien Dumas s'éleva contre les abus de la mensuration; le 13, MM. Hasiy et Lamendin protestèrent contre la réduction des visites faites par les délégués à la sécurité des ouvriers mineurs dans les mines du Pas-de-Calais; le 20, M. Malzac questionna le ministre des travaux publics sur le renvoi de quelques mineurs de Rochebelle, et le 94, M. Gabriel Deville demanda des explications sur les conditions du travail des noirs à Madagascar.

Le 22 mars, fut entendue Tinterpellalion de M. Mirman, dont la Chambre avait précédemment ajourné la discussion, sur la dissolution de l'association des maîtres répélîteurs. Les adversaires du Cabinet fondaient de grands espoirs sur cette affaire qui leur semblait tout à fait propre à le faire trébucher. Le triste récit des malheurs des maîtres répétiteurs n'était pourtant pas entièrement inédit. Déjà M. Mirman avait essayé, le 12 novembre 1896^ d*en tirer les éléments d'un réquisitoire contre M. Rambaud : tentative malheureuse dont le souvenir aurait dû, ce semble, engager l'opposition radicale à plus de prudence. \ ne point tenir compte de cette leçon du passé, le député de Reims ne réussit qu'à procurer au Cabinet un nouveau triomphe, d'autant plus éclatant qu'on avait plus haut prédit sa défaite.

Le même jour, M. Argeliès adressa au garde des sceaux une question sur l'authenticité des informations, répandues à propos de Tinstruction de l'affaire Arton et sur les intentions du GouvernemenL Depuis quelque temps, en effet, le Panama avait repris à l'ordre du jour une place prépondérante. Renvoyé devant le jury de Seine-et-Oise, après cassation de l'arrêt de la cour d'assises de la Seine le condamnant à six ans de travaux forcés dans l'affaire de la dynamite, Arton fut amené à déclarer qu'il avait « résolu de renoncer volontairement au bénéfice du traité d'extradition » et à exprimer le désir d'être jugé sur les affaires du Panama. Une nouvelle instruction judiciaire ne tarda pas à être ouverte; les journaux y trouvèrent une mine d'informations sen-

Page 1