‹ L'Année politique (volume 2)Chapitre 6 sur 43 · A\BIL-MA[ 1S · texte numérisé non relu

A\BIL-MA[ 1S

unaDimiti) la Turc|uie ne tieaue compte de la volonté de l'Europe et ae reaonce aux prétentions excessives qu'ellea formulées Lould'abord, {Trts fcicn,' (j-t's (lien/ au centre.] En tout cas, les (gouvernements aoucieus avant tout de maintenir leur accord ne ménageront rien pour arriver à ce rêaullal.

C'est & cette ceuvie que le gouvernement de la Ri'pubtique compte se consacrer & la |ilace qui lai revient. Ccrlcs, aons devons nous prémunir contre toute illusion; nous devons mettre en gurdc cl ceux qui nous écoutent ici, et ceui qui nous entendant au dehors, contre un optimisme trop facile. La tàclic reste complexe; elle sera lente probablement et, plus d'une fois, encore, troublée par le retour des liassions ou des entraînements. Nous n'ignorons pas les difficultés que nous rencontrerons h chaque pas. Cependant nous devons espérer que les conseils de la sagesse cl ilc la raison finiront pur l'emporter.

Les grandfs puissances sont unanimes. Les Ltalsdea Balkans se sont toujours rendus aux conseils qui leur sont venus d'elles. Le Siillaa a écouté l'appel qui lui élail adressé.

Il semble que ces premiers indices doivent noua donner une suffisante confiance en l'avenir, et nous vous demandons de vouloir bien, en restant llilèles à vos propres décisions, faciliter la tilclie d'un gouvernement, qui, de concert avec les autres gouvernements, donne tous ses soins et toute son alteiition à l'œuvre si complexe et encore si fragile de la paix. {Ai'plaudissemenlsiM centre et sur plusieurs bancs dyauelie et adroite. — Inlerriiptions à l'exlréme gauche et sur divers bancs à r/auche.)

Diverses manifestations oratoires sont à signaler danâ le courant des deux mois d'avril et mai.

En avril, un banquet fut organisé à Libcuirne, eo l'honneur des nouveaux sénateurs de la Gironde et, sur cette terre classique du libéralisme républicain, fut exposée, en exceilenls termes, ta politique mo-

dérée que, quelques jours plus lard, M. Paul Deschanel allait courageusement défenilie à Roubaix. Ënlre temps, M. Léon Bourgeois soutenait son programme à Reims, et prononçait, à Suresne, l'éloge de la franc-maçonnerie.

En mai, l'activité oratoire ne fut pas moindre. Le S, à Saint-Germain-en-Laye, M. Barboux, président de l'Union libérale républicaine, reprocha à ses amis leur indifTérence politique et les exhorta éloquemment à l'action. Le même jour, le sixième congrès de la fédération girondine du parti ouvrier se réunissait à Bégles, sous la présidence de M. Jourde, et décidait de présenter partout, aux prochaines élections législatives, des candidats socialistes.

Le 12, M. Georges Leygues, qui avait déjà traité ce sujet à Marseille avec M. Dejean, le 5 avril, fit, à Bordeaux, une conférence sur la situation pulitique. Avec son éloquence et son talent habituels, l'hono— rable ancien ministre de l'inlérieur du cabinet Ribot tlt la critique de la politique de surenchères qui énerve le pays en éveillant des espérances fatale- . ment suivies d'autant de décepliuns; il montra la nécessité, pour les républicains, de donner l'exemple de l'action. C'est, en e(Tet, le premier devoir du parti modéré auquel, trop souvent, on a pu reprocher de n'avoir pas la foi assez agissante, mais qui, à l'heure où M. Leygues parlait, semblait bien, depuis déjà quelque temps, mettre en pratique le sage conseil d'élever très haut son drapeau, de proclamer nettement ses idées, d'opposer ses doctrines & celle» de ses adversaires et de faire une guerre ardente non

IX hommes, mais aux idées qu'il juge mauvaises.

M. Leygues avait raison de proclamer nécessaires 'la lutte pour les idées et la précision des pro- :gramines. Mais on pouvait, après cela, s'étonner de l'entendre parler de « l'union des républicains ». Gela ressemblait à un appel à la concentration et Ton sait assez désormais, que cette politique n'a jamais été profitable qu'aux radicaux.

Le 16 mai, tandis que M. Bourgeois parlait d'éducation sociale à l'Union de la jeunesse républicaine; que MM. Waldeck-Rousseau et Siegfried faisaient des conférences, l'un à Saint-Etienne sur les sociétés de secours mutuels, l'autre à Fontainebleau sur les habitations à bon marché; que MM. Guieysse et Mesureur maltraitaient le Sénat à Amiens et que M. Miilerand prononçait à Paris un discours où se trouvaient quelques concessions aux radicaux, le président du conseil, ministre de l'agriculture, présida à Valence, la distribution des récompenses du concours régional agricole. Il prononça, à cette occasion, un important discours politique. M. Méline put se donner la satisfaction de constater que son ministère était resté strictement fidèle à son programme et à ses promesses. Que, depuis un an, lui-même et ses collègues n'avaient rien négligé pour obtenir la mise à l'ordre du jour et la discussion d'un certain nombre de lois reconnues nécessaires et intéressant Tagricullure, l'industrie et le sort des classes laborieuses. Dt'gà le Parlement avait voté la loi sur les vins artificiels « qui rétablira -le bon renom de nos vins et protégera le commerce honnête », la loi sur les sucres et enfin la loi destinée à réprimer les fraudes dans la vente des beurres et de la margarine. Ce n'était là qu'un commencement :

Nous avons laissé derrière nous, ajoutait M. Héline,

deâ projels de la plus haute importaDce : les assurances agricoles, la représentation officielle de l'agriculture par des chambres d'agriculture ayant la même autorité que les chambres de commerce; la suppression des octrois sur les boissons hygiéniques et la réforme des boissons, qui constituent la véritable solution du problème vinicole. Enfin, il y a encore la réforme fiscale qui repose, selon nous, sur cette double idée: rétablissement de l'équilil.iri- enhti la propriété immobilière et la propriété mi>bilié[i' iiu |"iiiit de vue de l'impôt parle dégrèvement ait l;i |nc[iiL^i'<!, par le dégrèvement des petits contribuables, snrioul de ceux qui sont chargés de famille, et cela sans déclaration, sans inquisition d'aucune sorte chei les contribuables.

Vous voyez combien le programme est vasle, comhîen psi lourde In facile qui reste h accomplir. Si In Chambre veut y suffire, elle n'a plus un instant h perdre et il faut qu'elle se décide à faire le plus grand effort. On l'en déclare incapable et nous entendons en ce moment les adversaires du régime parlementaire auxquels se joipnpiil quelques esprits impatients et difficiles à satisfuin^ iious reprocher de n'avoir rien fait depuis un an, d'iMre im gouvernement stérile, et proclamer enfin la failliu.' du n'iiiinn parlementaire.

TerlL's, nou- ne songeons pas à nier que, depuis un an, on a fiiilà la ClKimbre plusde politique que de lois d'affaires, cl iioiiN sommes les premiers 'île regretter; mais est-ci' bion m il ri' faute? Est-ce notre faute, si depuis un au il jKMi- ,1 r.dludéfendre notre existence ministérielle

à luijucll i ^ailbiencependant que je ne tiens guère

prTsouMclli'Miiiit contre des assauts répétés, si nous avons dû su]>jiiirl.er le choc de soixante-deux interpellations sans (liuler d'innombrables questions, sans parler aussi lii's ïi(ii;f-cinq motions qui ont été introduite» dans le bodgel et qui n'étaient que de véritables interpellations?

Est-ce noire faute si la discussion du budget, qui est

devenue ainsi une vaste interpellation, a duré plus de

Quatre mois; est-ce notre faute si les plus simples lois

' aonl disputées avec un acharnement inexplicable;

si la loi des sucres, par exemple, qui dovait durer huit jours tout au plus, a pris à la Cliambre trois semaines? Ce que je dis des lois at.'ricoles, je pourrais h dire des lois ouvrières. J'ai demandr- moi-m<>me qu'on l»îur consacrât la séance du vendredi, qu'on mit à l'ordre du jour le projet sur les heures de travail. La loi pouvait aboutir en quelques jours, si la politique du tout ou rien n'avait prévalu.

Au lieu de discuter la réforme elle-même, la réduction des heures de travail de douze à onze heuies qui constituait un incontestable pro;^rès, on a absorbé toutes les séances par la discussion de celte chimère de la journée de huit heures, qui ruinerait le travail français et dont louvrier serait la première victime, si bien que, après sept lon«s jours de débat, la Chambre n'est encore parvenue à rien voter, et que tout se trouve ainsi remis en question. Et ce seraient les partisans de cette politique absolue du tout ou rien qui viendraient aujourd'hui nous reprocher de n'avoir rien fait et de n'avoir pas abouti ?

Le pays ne demande pas que l'on fasse toutes les réformes à la fois, ni qu'on transforme la société d'un coup. Il sait que c'est une chimère et une pure illusion. Ce qu'il veut surtout, c'est qu'on ne lui présente pas de formules creuses et vides. Ce qu'il demande, ce sont des réformes tangibles et pratiques dont il puisse sentir le profit immédiat.

Cette politique-là n'est pas celle du statu quo, dont personne ne veut, et qui serait un anachronisme dans une société en pleine évolution démocratique comme la nôtre; elle est celle du progrès continu par étapes successives, la seule qui puisse conduire sûrement au but.

Pour moi, je crois pouvoir me rendre cette justice. Depuis que je suis dans la vie publique, j'ai toujours étudié et discuté les questions en elles-mêmes sans autre considération que celle de la vérité et de l'intérêt général. C'est peut-être pour cela que j'ai pu faire un certain nombre de choses dont je suis fipr, parce qu'elles n'ont pas été inutiles à mon pays.

Si mon passage aux affaires me permet d'en faire d'autres, ce sera pour moi la meilleure récompense de mes efforts et des dures nécessités du pouvoir. Je n'en désespère pas.

Il y a dans là Chambre actuelle trop de bonne volonté, trop d'intelligence, trop de dévouement patiiotique pour qu'il n'en sorte pas des résolutions énergiques, pour que la majorité ne trouve pas le moyen de faire les lois nécessaires et de tenir les engagements qu'elle a pris.

C'est ainsi seulement^ que la législature de 1893, qui a été assaillie par tant detempiêtes et troublée dans sa marche par tant de secousses, pourra se présenter la tète haute devant le pays. Elle aura bien travaillé pour la France et pour la République.

Le 6 mai, le ducd'Aumale mourut, d'une attaque de paralysie cardiaque, pendant un séjour qu'il faisait dans ses propriétés de Zucco en Sicile,

Le prince vivait depuis longtemps assez éloigné de tout ce qui touche* à la politique pour que sa vie fût jugée sans haine et sans rancune de partis. De toutes parts on lui rendit en effet justice et à Theure où s'ouvrait sa tombe, les journaux de toutes nuances tinrent à honneur de louer les belles qualités de ce bon Français et de* rappeler les plus nobles traits de sa longue existence.

Ses obsèques ne furent pas officielles, mais n'en revêtirent pas moins un réel caractère de grandeur. Le président de la République, grand-maître de l'Ordre national de la Légion d'honneur s'y fit représenter par le général Tournier. Plusieurs membres du Gouvernement y assistèrent : M. Hanotaux, ministre des affaires étrangères, collègue du prince à l'Académie française; le général Billot, ministre de la guerre et l'amiral Besnard, ministre de la marine, représentant la société de secours aux

blessés des armées de lerre et de mer; M. Rambaud ministre de rinslruclion publique et des beaux-arts, exécuteur testamenlaire pour la donation du château et du domaine de Chantilly à Tlnstitut de France. Enfin, les honneurs militaires furent rendus par des troupes d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie placées sous les ordres d*un général.

Huit élections partielles eurent lieu en avril et mai, quatre pour le Si'^nat et quatre pour la Chambre. M. Saint-Romme, ancien sénateur radical de Tlsère battu au renouvellement de janvier, rentra au Sénat. Furent, d'autre part, élus; MM. Yuillod, radicalsocialiste, dans le Jura; S^illard et Renault, républicains, le premier, dans le Doubset le second, dans l'Aube. A la suite des quatre élections législatives qui eurent lieu dans les Ardennes, le Finistère, la Haute-Garonne et les Côtes-du-Nord, l'arromiissement de Vouziers se trouva représenté à la Chambre par M. Hubert, radical; la première circonscription de Brest, par M. Pichon, républicain libéral; la deuxième cirronscription de Saint-Gaudens, par M. Ruau, radical et la première circonscription de Lanniun par M. Darrien, njonarchiele.

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