‹ L'Année politique (volume 3)Chapitre 7 sur 50 · PARTI OUVRIER FRANÇAIS · texte numérisé non relu

PARTI OUVRIER FRANÇAIS

Déclaration.

Les (Slectiona municipales demières ont justifié toutes les craintes de la réaction capitaliste, qui ne s'est acharnée pendant des semaines contre le ministère Bourgeois que pour peser sur le suffrage universel et essayer de retenir le pouvoir municipal qu'elle sentait pour la première fois lui échapper. Et, bien que le dernier homme d'Etat du radicalisme ait prêté la main à ce complot en fraaclilant.la veille de la bataille, comme un simple Casimir-Perier, et en livrant la place à l'ennemi, la poussée socialiste était si irrésistible que, malgré le nouveau gouvernement de combat, le 3 et le 10 mai, ont été, pour notre cause, des journées victo-, rieuses.

En même temps que dans les grands centres industriels notre Parti ouvrier s'installait en maître dans les hôtels de ville arrachés à la classe patronale, il pénétrait dans les pins petites communes rurales, révolutionnées, et acclamant comme l'unique sauveur ce ■ socialisme que, pendant si longtemps, on les avait habituées à tenir pour l'ennemi.

Cette nouvelle et éclatante victoire comporte différents ordres de conséquences.

La première, c'est l'impérieuse nécessité de maintenir et de resserrer l'union entre toutes les forces franchement socialistes, à l'effet d'être en mesure de faire face aux éventualités qui se rapprochent, et de préparer la voie à cette dictature du prolétariat en dehors de

laquelle il ne saurait y avoir de transformation sociale et d'ordre nouveau.

Une autre conséquence non moins évidente, c'est Texcellente posture dans laquelle se trouve placé le Parti ouvrier pour les élections générales de 1898. Nos succès municipaux ont toujours été la promesse et le gage de nos triomphes législatifs. C'est ainsi que nos luttes communales de 1892 ont préparé et amené l'explosion socialiste de 1893.

Le passé nous répond de l'avenir, de cet avenir que le Parti ouvrier a droit de considérer comme en grande partie son œuvre, si, nous reportant en arrière, nous nous rappelons ses débuts, alors que, il y aura bientôt vingt ans, l'idée qui met aujourd'hui en mouvement des centaines de milliers d'hommes, ne vivait et n'agissait que par une poignée de convaincus que l'on traitait couramment de fous, quand on ne les dénonçait pas comme les pires ennemis de la République.

C'est, en effet, notre jeune Parti ouvrier qui, à travers les persécutions et les calomnies, au prix même d'un déchirement qui, pour être périlleux, n'eti était pas moins nécessaire, donnait, au Havre, en 1880, et maintenait au prolétariat français son premier programme de classe que nos adversaires par ignorance ou par politique, ont été depuis et seront de plus en plus obligés d'avaler morceau par morceau.

C'est lui qui, en 1891, forgeait pour nos batailles municipales cette arme merveilleuse qu'est le programme de Lyon.

C'est lui qui, un an plus tard, à Marseille, inaugurait la conquête méthodique de nos populations rurales au moyen de ce programme agricole que ne lui a pas encore pardonné l'oligarchie capitaliste atteinte dans son armée de réserve.

C'est lui enfin qui, il y a quelques mois, à Romilly, étendant sa propagande et sa protection aux déshérités de la mer, a pensé à les grouper autour de leurs besoins et de leurs revendications formulées au programme maritime.

Aucun de ses efforts, dont tous les membres du Parti ont lieu d'être fiers, n'a été perdu. Là même où ce

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n'est pas notre organisation qui est restée maîtresse du champ de bataille, ce sont nos idées qui ont triomphé, s'imposant à ceux qui nous combattaient hier encore et s*infiltrant de plus en plus dans toutes les couches de la nation appelée,^ sous le coup des événements, à se réveiller un de ces jours collectiviste comme elle s'est réveillée républicaine en 1870.

Vive le Parti ouvrier ! Vive la révolution sociale !

La seconde manifestation fut le banquet des mêmes municipalités socialistes organisé et présidé par M. Millerand.

Cinquante-cinq municipalités étaient représentées à ce banquet qui comptait environ six cents convives. M. JWillerand y prononça un grand discours qui ne devait être rien moins que Texposé du programme capable de réunir, dans une action commune, toutes les municipalités socialistes, et qu'on attendait avec une curiosité d'autant plus vive que la réunion guesdisle de la veille avait été tenue dans une pensée d'opposition à ce « socialisme minimum, à ce néo-socialisme. » Le député de Paris se tira très habilement de toutes les difficultés qui bé* Tissaient sa lâche. Après avoir salué au nom des jeunes et des nouveaux venus, ses anciens dans le parti, M. Millerand exposa que le devoir de Theure présente se résumait dans Tunion. dans Toubli des divisions d'écoles et des dissensions intestines. Et il parajt que ces conseils étaient bien de saison, car Toraleur les développa avec insistance et exprima le regret que le principe de Tunion eût été, dans la pratique, souvent méconnu. Or, il ne devait subir aucune atteinte et tout candidat socialiste devait se retirer de la lutte si, au premier tour de scrutin, le suffrage universel avait favorisé un autre candidat

socialiste; qui se déroberait à cet engagement, deviendrait par là mémo légitimement suspect de fecbercher la satisfaction exclusive de son ambition.

Mais il pourrait se faire que la qualité de socialiste fût contestée au candidat venant en tête. Il fallait donc indiquer les conditions que tout bon socialiste devait remplir. C'était là, pour M. Millerand, Toccasion d'exposer le programme du parti dont il formula ainsi les trois points essentiels, nécessaires et suffisants pour le caractériser: intervention de l'État pour faire passer du domaine capitaliste dans le domaine national les diverses catégories des moyens de production et des échanges au fur et à mesure qu'elles deviennent mûres pour l'appropriation sociale; — conquête des pouvoirs publics par le suffrage universel; — entente internationale des travailleurs.

On prétendit que M. Millerand avait proclamé que, pour être vraiment socialiste, il fallait être collectiviste. Peut-être l'orateur de Saint-Mandé n'avait-il pas été aussi nettement affirmatif. Du moins, il avait parlé du collectivisme en termes extrêmement sympathiques et laissé entendre qu'il était inévitable. L'idée collectiviste ne lui paraissait être « ni le produit de l'imagination d'un rêveur, ni le résultat des conceptions d'un philosophe, mais la constatation pure et simple des phénomènes qui se déroulent sous nos yeux. On ne fait pas, dit-il, et on ne fera pas le collectivisme: il se fait chaque jour; il est, passez-moi le mot, la sécrétion du régime capitaliste. )>

Les déclarations faites par M. Millerand au banquet des municipalités socialistes n'eurent pas

Tunanime approbation, de ses coreligionnaires politiques. La « Ligue intransigeante », réunie le 2 juin, se prononça contre elles. D'autre part, le groupe socialiste de la Chambre délibéra, à la suite d'une leltre adressée par M. Mirman à M. Millerand, sur la question de savoir s'il y avait lieu de maintenir « rUnion socialiste », et il adopta après une longue discussion par 26 voix contre 14 et 40 abstentions, l'ordre du jour suivant :

Le groupe socialiste de la Chambre affirme sa volonté de continuer sa lutte de-tous les jours contre les gouvernements de réaction. Il proposera ou soutiendra les réformes immédiates qui pourraient, même sous le régime capitaliste, améliorer la condition des travailleurs. Il n'entend lier par aucune formule étroite la liberté de ses membres et le développement même du socialisme. Mais, pour dissiper des équivoques fâcheuses, il déclare nettement qu'en conformité avec la pensée essentielle des socialistes de tous les pays et avec la tradition socialiste française depuis la Révolution, il entend abolir le régime capitaliste lui-même et mettre un terme à Texploitation de Thomme par l'homme, au moyen de la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, de la substitution de la propriété sociale à la propriété capitaliste et de l'entente internationale des travailleurs.

A l'occasion du couronnement du Tsar, le Président de la République et l'Empereur Nicolas échangèrent les dépèches suivantes :

A Sa Majesté Vempereur Nicolas, à Moscou,

Je tiens à vous exprimer les vœux sincères que la France entière forme pour le bonheur personnel de Votre Majesté, pour la gloire et la prospérité de la Russie.

Je dépose aux pieds de Sa Majesté Timpératrice

rhommage de mon respect et je vous prie de croire à

mon profond attachement.

Félix Faure.

Moscou, 27 mai 1896, 6 h. 29, soir.

- Son Excellence monsieur Félix Faure, président de la République française,

L'impératrice se joint à moi pour vous dire combien nous sommes touchés des félicitations que vous avez bien voulu nous adresser.

J'élais certain des vives sympathies de la France, et il m'est particulièrement agréable de la sentir de cœur avec nous, dans ces moments solennels.

Je vous remercie bien sincèrement du nouveau témoignage que vous m*en donnez et des sentiments qtte vous m'exprimez personnellement.

Nicolas.

La France, en effet, fut de cœur avec la nation russe pour célébrer les fêtes du couronnement des jeunes souverains. Officiellement représenté par la nombreuse et brillante ambassade que le Gouvernement avait envoyée, nôtre pays tout entier fraternisait de loin avec la grande alliée et partageait ses espérances fondées sur le règne nouveau. A Paris et sur toute l'étendue du territoire de la République, les solennités de Moscou eurent un long écho, et le couronnement du tsar fut dignement fêté. Oublieux, pendant quelques jours, des querelles intestines et des préoccupations quotidiennes, nous nous sommes sentis unis dans une même pensée et c'est dans an élan de vive et cordiale sympathie que la France formait, « pour le bonheur personnel de TEmpereur, pour la gloire et la prospérité de la Russie » les vœux sincères dont M. Félix Faure adressa 1 expression à Nicolas II.

Une lettre du duc d'Orléans au président du comité royaliste rendit publiques certaines divei-gences dn vues qui s'étaient produites entre quelques-uns des membres les plus autorisés du parti et notamment au sein du comité directeur. La cause de ces divisions avait été, dîaait-on, l'idée, émise et défendue parles uns et combattue par les autres, de provoquer des manifestations d'élecleurs sur le nom du duc d'Orléans. La lettre du Prince était un véritable manifeste qu'il convient de reproduire à titre de document :

Villamanrique, 3 mai 1896.

Mon cher PnésiDENi,

J'ai reçu la seconde communication que. vous avez bien voulu m'adresser en votre nom et au nom du comité que vous présidez avec tant de zèle.

Le document m'a un peu surpris.

11 témoigne d'un assez mauvais accueil fait par le comité au projet, formé par quelques-uns de mes jeunes amis des groupes ouvriers, de déterminer sur mon nom des manifestations d'électeurs^

Sous réserve d'en mesurer les possibiliti^s, ce projet ne m'avait pas déplu.

Dès que j'en avais eu connaissance, j'avais fait prendre confldeutiellemenl près du comte de Maillé, dont la circonscription était visée, des informations de nature à m'éclairei- sur la valeur pratique de la proposition.

J'avais chargé mon ami le duc de Luynes de celle enquête officieuse, dont il s'est acquitté avec la prudence et les précautions qu'il y fallait mettre.

Je ne m'attendais donc pas qu'une démarche à ce point entourée de discrétion, ordonnée par moi précisément dans le but de ne rien permettre à la légère et de n'engager ma personne que sur des probabilités suffisantes, fût divulguée, portée devant le comité, à l'état d'avertissement précipité, et qu'elle y devînt ainsi, à mon insu, sans que je l'eusse demandé, le thème d'une

délibération susceptible de tout compromettre, etîen tout cas prématurée.

J'y retrouve, d'ailleurs, avec une cordiale émotion, la marque de rattachement à ma cause, du loyal et vigilant dévouement pour moi qui vous anime tous et dont je vous remercie infiniment.

Il faut cependant choisir entre figurer la monarchie ou la faire.

Personne ne doute que je ne veuille ou ne sache faire tout mon devoir : je souhaiterais seulement, pour la bonne conduite des choses, qu'il n'y eût point de divergences sur le point essentiel de savoir où il est.

Si vous croyez que la monarchie française s'est faite dans le passé et se peut refaire dans l'avenir par l'atTectation d'une dignité inerte et toujours expèctante, immobilisée sur de lointains rivages par la grandeur de . ses traditions et se jugeant elle-même trop haute pour se mêler aux hommes et aux choses, nous ne serons pas du même avis.

Ceux de qui je tiens affrontèrent bien d'autres hasards que ceux dont votre zèle s'inquiète.

Je demeure le juge de la dignité royale et je tiens qu'elle ne serait pas atteinte, lant s'en faut, si, dans une bourgade de France, fût-ce la plus modeste, — car toutes me sont également chères, — le vote des électeurs me désignait, après les miens et à leur exemple, comme le bon serviteur du pays. -

Au surplus, il n^a pas été question — et vous avez été inexactement renseigné sur ce point — de poser ma candidature, au sens courant du mot, à aucun siège vacant ni à aucune fonction élective.

Il s'agissait simplement de laisser émettre des suffrages sur mon nom, par des électeurs qui en avaient indiqué l'intention, ainsi que cela se produit presque toujours aux heures d'incertitude et de crise, où le bon sens public penche à se reporter vers les solutions éprouvées par l'expérience.

Voulez-vous donc que je décourage, de si précieuses sympathies, et que, par une vaine défiance du suffrage universel, je justifie l'absurde légende d'une prétendue incompatibilité entre le droit monarchique et le droit

électif, alors qu'il ressort à mes yeux de l'étude de ce siècle, que les deux principes tendent incessamment hî se combiner et à se confondre dans des régimes transactionnels ?

Il ne serait pas pour me- déplaire de donner moimême l'exemple, de fournir moi-même le gage d'un rapprochement, et dô porter, de ma personne, le premier coup aux préventions qu'on a coutume d'exploiter contre la monarchie.

A pieu près dans le même ordre d'idées, je répondrai aux exhortations que j'ai reçues à l'effet de désavouer mon cousin affectionné, le prince Henri d'Orléans, pour le fait d'avoir accepté du gouvernement de la République la croix de chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur, en récompense de ses vaillantes et utiles explorations.

Voudrait-on, si j'était un jour à la tête de mon pays, que de bons citoyens refusassent d'accepter de moi U récompense de leurs mérites et de leurs services, pour ce motif qu'ils auraient eu ou qu'ils auraient encore des sentiments républicains !

Ce sont des idées de bonne humeur qu'avec le cou- , cours des braves gens, le vôtre, mon cher président, celui de tous nos amis si dévoués, je voudrais, s'il plaît a Dieu, m'efforcer de faire prévaloir.

Telles sont les observations que m'ont suggérées vos communications. Je vous les donne avec franchise, comptant qu'elles porteront leurç fruits, et dans cette espérance, je prie de me croire toujours

Votre affectionné.

Philippe.

Quatre élections partielles eurent lieu dans le courant d'avril et de mai.

Furent élus sénateurs : M. Barodet, radical, par le département de la Seine et M. Denoix républicain, par celui de la Dordogne. M. Baron, royaliste, succéda à la Chambre, comme député de Maineet-Loire (première circonscription de Cholet), à

tr-w-

M. le comte de Maillé, elu sénateur, et M. de Folleyille, républicain libéral, comme député de la deuxième circonscription de Dieppe, à M. Legras, décédé.

Cai!*BKE ; Discussion el vole J'one propoailign do loi sur les aoci*t<53

l'inscription marilinie, snr Is Davignlloa niarilima et les pensions

msTine et les équipages da la âolta. — lalerpellBiioii de M. Benou sur l'slliluda de ia police au timelièro du Ptpfl-Laoliaiae. - Us droits de douane sur le plomb, ses niiDorsis enricliis et so3 diirivés rejel de Ib proposition de loi de M. Ouiefsse et Bdoptïoa du controprojst de M. Siegfried. -~ Question de M. Bivot, truisformâe en interpellation, au sujet d'una allocution prononcés pur l'évèque d'Augeis k l'oeoasion de la première communion du duo de Monlpensier. — Interpellations de MM. Jaurl^s et Godet sur la aigniRita-

dèpartemenls. — Qneslion de M. G. Berrj, transfonnae en intorpellstion anr Isa «tudiints en médecine dlrangers; — Interpelbtions de M, Cbauvio sur les réduclioDs de salaires fïilos à des ouvriers appartenant au personne! civil des ateliers de l'Élal relevant du ministère da la guerre, et do M. Lavy sur des

d'une pioposïUoa de loi m

prive do leurs dcails âlectoraui les officiers ministériel

mariage. — Discussion d'uaa proposition do loi tondant ï modifier la loi du 1 novembre 1S99 sur le travail des enfants, des allés

SËNAT : Adoption du projet de loi portant approbalioc des conventions de ddlimilBliaD Dt de commerce signées à Pékin le SU jais 18%

— Question de M. Le Provost de Launay su minislro de l'instmclion publitpie; — Discussion et adoplion du projet do loi portant organisation du corps des équipages de la flolir ; — DiscusSon du projet de loi relatif à l'Exposition de 1000; — Vote do projets divers;— Première délibération sur le projet de loi rclalif à la réforme dn régime des boissons.

CuuiBaii : Discussion du projet de réforme des contrihulions directes,

— Inlerpollatioii Je M. Ponrquerj de Boisaerin sur les attàlnn ds Madagascar. ~ Clôture de la session.

SÉNAT : Vote du projet de loi relatif aux universités; — Vote du projet de loi déclarant Madagascar colonie française.

Campagne de discours. — Le congrès socialiste de Lille. — Le con - ^rès de Londres. — Inauguration de la statue de Jeanne d'Arc à Reims ; du inonuoieut Garnot à Nancy ; du monument Jules Ferry à Saint-Dié. — Les suites de la grève de Cannaux : Procès de M. Rességuier contre M. Jaurès, la Dépêche et la Petite République.

Ëlections partielles.

La Chambre, en reprenant ses séances, acheva de discuter et de voter, en première lecture, la Joi sur les sociétés de secours mutuels. Le principal mérite de cette loi où l'on voulut voir une sorte de « Charte de la mutualité » et que certains jugeaient trop défiante cle Tesprit d'initiative individuelle, trop confiante dans refficacité des règlements minutieux, fut, en réalité, d'établir le principe d'une nouvelle liberté d'association dans notre pays.

Aussitôt après, la Chambre vota trois lois relatives aux choses de la marine. La première, concernant l'inscription maritime et, la seconde, sur la navigation maritime et les pensions dites demi-soldes, avaient pour but de faire disparaître un certain nombre d'abus et de fraudes, la troisième organisait le cadre des ofQciers de la marine et des équipages de la flotte. Le ministre de la marine demanda à la Chambre de voter cette dernière loi telle qu'elle lui revenait du Sinat, malgré de très réelles insuffisances et de graves défauts auxquels il se proposait de remédier un peu plus tard. ^

Après une interpellation de M. Renou sur l'attitude de la police au cours des manifestations du cimetière du Père-Lachaise, close par le vote de l'ordre du jour pur et simple queM.Barlhou, ministre]de l'intérieur, réclamait, la Chambre aborda la discussion d'un projet de loi tendant à relever les droits d'entrée sur les plombs, en n'épargnant que le minerai contenant

moins de 30 p. 400 de métal. M. Siegfried combattit très vigoureusement les conclusions de la commission ; il expliqua que le plomb n'intéresse en France que trois industries seulement : i^les mines de plomb et les établissements de désargentation. On ne trouve les premières que dans une demi-douzaine des départements, elles n'occupent pas plus de 1,736 ouvriers et produisent 34,000 tonnes par an, alors que la consommation totale du pays est de 80,000 tonnes. De telle sorte que pour protéger une seule industrie et lui faire gagner 450,000 francs environ, on aurait fait perdre aux consommateurs et aux autres industries qui travaillent le plomb une somme de 2,80(),000 francs; :— deux établissements^ de désargentation seulement existent en France et produisent 30,000 tonnes. On leur assurait un bénéfice de 40 francs par tonne que rien ne légitimait.

Les bénéfices ainsi assurés à ces deux premières catégories auraient été payés par l'industrie des plombs laminés et des fabricants de céruse, la plus nombreuse de beaucoup, et c'est contre- ce traitement parfaitement injustifié que M. Siegfried protestait.

Malgré les efforts de M. René Brlce, rapporteur de la commission et de M. Boucher, ministre du commerce, la Chambre donna raison à M. Siegfried en adoptant par 2155 voix contre 232 son contre-projet ainsi conçu :

Le n° 222 du tableau A annexé à la loi de douanes du H janvier 1892 est complété par raddition de la note suivante :

Dans le cas où le plomb argentifère aurait à subir un droit de sortie dans le pays d'origine, le plomb désar-

genté provenant de ce pays payera un droit ou supplément de droit équivalent.

Le 6 juin, M. Rivet adressa au ministre des cultes une question au sujet d'une allocution prononcée par Mgr Mathieu, évoque d'Angers, à l'occasion de la première communion du jeune duc de Montpensier, dernier Gis du comte de Paris. Déjà le prélat, dans une lettre publiée par le Journal des Débats^ avait publiquement protesté contre 4e langage et les intentions politiques qu'on lui prêtait et affirmé qu'il n'avait rien dit qui pût soulever des protesta^ lions. (( 11 avait plutôt cru rendre service à la République, en montrant, dans une région où elle est encore contestée, qu'elle n'interdit pas la courtoisie, môme à l'égard des princes et des princesses. » Ces explications rendues publiques auraient peut-être dû paraître suffisantes pour réduire à ses justes proportions un incident en somme très peu grave. Mais les radicaux tinrent à y voir une manifestations du « péril clérical », et M. Rivet demanda au ministre des cultes quelles mesures il comptait prendre contre un prélat qui manifestait de la sorte ses sentiments royalistes au moment où il venait d'être nommé archevêque de Toulouse.

M. Rambaud répondit qu'en appelant Mgr Mathieu à recueillir la succession du cardinal Desprez il avait accompli un acte d'initiative personnelle dont il revendiquait l'entière responsabilité. Le nouvel archevêque de Toulouse était un homme très intelligent, très libéral; sa thèse, sur l'histoire de la Révolution en Lorraine avait été justement remarquée; lors de la mort du Président Garnot, il s'était signalé par son loyalisme. L'Incident d'Angers avait

L'ANNEF. POLITIQUE, paru sans importance en Maine-et-Loire, ainsi qu'en témoignaient les renseignements fournis par !e pré- Tet. Enfln le prélat lui-même avait tenu à expliijuer, dès la première heure, son allitude au ministre, à affirmer qu'il ne s'était point écarté de la réserve qui s'imposait, qu'en se permettant enfin de rendre honrimage à un prince de sang royal, il s'était cru encouragé par un des actes du ministère précédent, qui avait décoré un membre de la même famille.

M. Rivet demanda aussitôt à transformer sa question en interpellation pour permettre à la Chambre lie manifester son sentiment et critiqua de nouveau le choix fait pour Tarclievèché de Toulouse d'un prélat qui, en janvier 1896, avait déjà prononcé une autre allocution injurieuee pour nos institutions républicaines.

Le ministre des cultes essaya de répondre et fit remarquer que son prédécesseur avait du reconnaître que l'incident de janvier était sans importance, puisqu'il n'avait pas cru nécessaire de lui donner une suite quelconque. Mais l'extréme-gauchese livra à un td tapage, que M. ILambaud dut renoncera poursuivre son discours et quitter la tribune. Le président du Conseil y monta aussitôt et, dominant le bruit que le président de la Chambre ne parvenait pas à faire cesser, il montra en Mgr .Mathieu un des prélats les plus libéraux de France et dont le nom n'avait été mêlé à aucune querelle politique, chose qu'on ne pourrait pas dire de certains autres prélats nommés évèques par des ministères précédents. M, Méline répéta encore qu'il n'y avait eu à Angers aucune manifestation politique, sans quoi le Gouvernement aurait sévi, comme il sévirait toutes les fois qu'il le faudrait.

MM. Bazîlle et Humbert revinrent à la charge, le premier prétendant que Tévèque d'Angers avait réellement tenu le langage qa'on lui avait prêté, le second reprochant au ministère d*avoir fait un archevêque d*un prélat signalé à Taltention par son discours de janvier et accusant le cabinet Méline d'être le prisonnier de la droite. M. Méline s'empressa (le répliquer que les paroles prononcées le 4*' janvier par Févêque d'Angers auraient dû être criliquéesLà cette époque, et que c'était le cabinet Bourgeois qu'il eût fallu en saisir. Quant à Taccusation d'être le prisonnier de la droite, M. Méline la repoussait avec énergie et d)éclarait que, fidèle jusque-là à ses idées et à son programme, le Gouvernement comptait, pour l'appliquer, sur le concours de tous les hommes de bonne volonté. M. Denys Cochin vint à son tour reconnaître que le ministère n'était pas plus prisonnier de la droite que la droite n'était prisonnière dn ministère.

Mais M. Bourgeois s'estimant visé par l'allusion à la décoration du prince Henri d'Orléans et au discours antérieur de Mgr Mathieu, tint à expliquer, sur le premier point, qu'il avait seulement voulu récompenser les services d'un explorateur distingué et d'un bon français et, sur le second, que les paroles prononcées par l'évèque d'Angers ne lui avaient' pas semblé comporter la mise en mouvement de procédures sans sanction, mais qu'il s'était borné à ne plus considérer ce prélat comme un homme de paix digne d'occuper un poste supérieur. Cette intervention de l'ancien chef du cabinet radical provoqua une dernière et courte réplique de M. Méline, après quoi la Chambre montra qu'elle considérait ce long débat comme ayant fait beaucoup de bruit pour

fl\>« lIlpiL.WHJlli^f III

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assez peu de chose : elle refusa d'adopter les ordres du jour motivés de MM. Odilon fiarrot et Alphonse Humbert et vota par 306 voix contre 352 l'ordre du jour pur et simple accepté par le Gouvernement.

La lutte politique engagée sur le terrain religieux avait tourné au profit du Gouvernement ; l'opposition i; n'en fut point découragée et pensa être plus heu-

reuse sur le terrain administratif : elle prit texte du récent mouvement préfectoral dont le ministre de l'intérieur fut invité à faire connaître la signification politique, notamment dans le Tarn et la Hautcr- Yienne, mais ne réussit qu'à procurer au cabinet un , . nouveau triomphe.

M. Jaurès était indigné qu*on eût privé le département du Tarn du préfet que M. Bourgeois y avait nommé et que M. Doux, l'ancien préfet déplacé par M. Bourgeois, eût reçu de l'avancc^ment et eût été l nommé dans le département même du ministre de

l rinlérieur; M. Godet, d'autre part, protestait contre

la mise en disponibilité de M. Dumoulin, préfet de la Haute-Yienne et successeur, dans ce département, de M. Sée. Mais le débat ne tarda pas à s'élargir et à s'élever au-dessus des questions de personnes. De nouveau le Gouvernement fut accusé d'être l'allié de la droite et de ne vivre que grâce à son concours.

Dans un langage très éloquent et d'un ton très résolu, le ministre de l'intérieur, M.Barthou, déclara que le mouvement avait eu pour causes, dans certaines de ses parties, des nécessités d'ordre administratif et, dans d'autres, des nécessités d'ordre politique; si d'ailleurs il n'avait pas satisfait M. Jaurès et ses amis, cela tenait à ce que le ministre n'avait pas cherché à leur donner satisfaction; le Gouvernement revendiquait le droit de ne s'entourer que

de foDctionnaires ayant son absolue confiance ei cette doctrine avait été celle de tous les ministres de l'intérieur. Le succès du ministre se changea en triomphe lorsque, répondant à M. Jaurès qui avait dit qu'il fallait être avec ou contre les socialistes, il déclara nettement que le ministère se prononçait contre lui, non pas seulement sans défaillance, mais sans hésitation, parce que contre le collectivisme et le socialisme révolutionnaire Thésitation serait criminelle. La victoire était dès lors acquise au cabinet. MM. Isambert, Jaurès et Goblet ne réussirent pas à la rendre incertaine par de nouveaux efforts. La Chambre, par 312 voix contre 255, refusa la priorité à Tordre du jour de MM. Isambert, Gerville-Réache et Godet et vota, par 303 voix contre 219, celui de MM. Sauzet et Rozet « approuvant les déclarations du Gouvernement ».

Le 9 juin, la Chambre eut encore à entendre plusieurs questions ou interpellations. MM. Georges Berry et Lannelongue appelèrent tout d'abord l'attention du ministre de Tinstruction publique sur la situation 'faite en France aux médecins et étudiants étrangers, et obtinrent satisfaction par le vote d'un ordre du jour invitant le Gouvernement à déposer un projet de loi sur la matière. Elle discuta ensuite deux autres interpellations, l'une de M. Chauvin sur les réductions de salaires faites à des ouvriers appartenant au personnel civil des ateliers de l'Etat relevant du ministère de la guerre, l'autre de M. Lavy sur le renvoi d'ouvriers de la manufacture d'armes de Châtellerault, et clôtura la discussion par le vote de l'ordre du jour pur et simple adopté par 358 voix contre 162. Le même jour elle adopta, après urgence déclarée et sans débat, une proposi-

a2i L'ANNÉE POLITIQUE.

tion de M. Gautbier (de Clagny) tendant à modin le décret du 21 février 1852, qui prive de leurs droi électoraux les officiers ministérielB destitués.

Le calme paraissant rélabli après le double suce remporté par le ministère, la Chambre, faisant trè de débats irritants, vola la proposition de loi te dant à simplifier les formalités du mariage, pi aborda ladiscussion de la proposition de loi adopt par le Sénat, modifiant la loi du 2 novembre 18' sur le travail des enfant-', des filles mineuroa et à femmes dans les établissements industriels. D'apr M. Dron, rapporteur du nouveau projet, celtej de 1892 avait causé de nombreuses déceptionq laissé de graves abus se perpétuer par suite- j lacunes qu'elle contenait; il demandait, au n la commission, le vole des dispositions complM taires qui avaient semblé nécessaires, M.

défendit au contraire la loi de 1892 qu'il avs portée. Puis ce fui, sur le collectivisme, uni duel oratoire entre MM. Jules Guesde et le coi^ Mun qui, rompant un silence long de plusie nées déjà, prononça un fort beau discours doi^ Chambre fut vivement impressionnée.

M. Jules Guesde avait soutenu que la loi de rt était restée lettre morte et « qu'aucune des pri criptions édictées par le législateur n'avait été i iroduile dans la pratique », et pour le démonbraj s'était appuyé sur de nombreux exemples. 'IMJ attribuait la cause à la façon dont l'inspectionM lionne et à la juridiction compétente pour juger infractions à la loi, le tribunal de simple police. M. Guesde annonçait que lorsqu'on serait arrivé a articles de la loi, il demanderait que le personi inspecteur fit composé sur la base de l'éleclion;

création d' « une juridiction spéciale, soit un conseil des prud*hommes, soit tout autre tribunal dans lequel seront représentés et les patrons contre lesqaelles laloi est dirigée et les ouvriers au profit desquels elle est faite; il demanderait enfin, qu'en s en tenant aux pénalités ordinaires, on appliquât le code pénal à tout le monde. M. Guesde voyait là les trois bases fondamentales d'une réglementation ^efficace du travail. Ceci, d'après lui,. était « le mécanisme de la législation, sa sanction, les organes qui devaient lui permettre d'être ». Il s'agirait ensuite de déterminer ce qu'on mettrait dans la loi. Et sur ce sujet M. Guesde se proposait de réclamer : « Tinterdiction', désormais certaine d'être observée, du travail industriel pour les enfants au-dessous de quatorze ans, et cela sans aucune exception; la journée de huit heures; le repos hebdomadaire obligatoirement porté à trente-six heures consécutives; l'interdiction de travail, mais avec maintien de salaire, k toutes les femmes employées dans l'industrie, un mois avant et un mois après leurs couches; enfin l'interdiction de toutes pratiques religieuses à l'intérieur des établissements visés par la loi. »

Tout cela, pour M. Jules Guesde et son parti, n'était évidemment qu'une réglementation provisoire établie en attendant l'avènement de la société collectiviste, seule capable d'apporter des réformes vraiment fécondes, et c'est sur ce terrain que M. de Mun porta la discussion. L'éloquent orateur catholique réfuta l'erreur qui consiste à croire que des réformes efOcaces sont impossibles dans la société actuelle; il démontra, au contraire, dans un magnifique langage que ces réformes et que les transfor-

mations nécessaires ne puiivaienl pas èlre accomplies par la révolution sociale, par les hommes dont parlait déjà Montaigne, « qui pour descrasser, effacent, qui veulent amender les dél'aults particuliers par une confusion universelle eL guarir les maladies par la mort... a.

Toute. riiisLoiede ce siècle en est le lemoipnaiîe conslani, poursuivait M de Mun car, enfin quejlp est-elle? C'est un ainUadahord eni\ré de sa puis sance naissante dea découvertes qui traniformeul l'industrie, qui doublent qui triplent la produution la vapeur, la mdchine à tisser la maclnae a filer enivré aussi jjar ces lois ^ onomiques qui renversaient le^ barriiires, qui ]:ri=an nt les enlrdies qui [ roclamaient la liberté absolue

Ah ! oui, j'ai bien souvent fait ici même le tableau de cette fièvre de la richesse du déthat lenient des intérêts, encore accru par la\euj,lement des doctrines matérialistes >otre siÈJe dahoid sy est livrt^ sans mesure : l'usine a remplacé 1 atelier , 1 agfflomération des hommes a remplacé le travail à domicile :1a famille est dispersée ; le foyer est brisé. C'était le temps où Pitt, dit-on, pressé par les industriels, leur répondait cette parole terrible : Prenez les entants! Et ou prenait les enfants après les femmes.

Oui, ce futune heure cruelle! et je comprends, ouije comprends qu'ily ait eu des hommes tentés de maudire les machines, pareils à ces bateliers du Weser, dont un ministre rappelait naguère le souvenir , qui, voyant s'avancer sans rames et sans voiles le merveilleux bateau de Denis Papin, se jetaient sur lui, au nom de leurs privilèfjes corporatifs, et le mettaient en pièces. C'est le symbole de la révolte impuissante de l'humanité contre la civilisation qui marche avec son corlèRe accoatnmé de souffrances et de misères. [Vifs applaudissemenls.)

Mais In civilisation marche toujours ! Et, dans cette impuissance de la malédiction, devant ce spectacle poiynaiit, qii'arrive-t-i! ; Est-ce que c'est la révolution

sociale qui apporte le remède et qui cherche à panser ces plaies nouvelles? Non, elle n'apparaît à certaines heures que pour les aviver! Et, à côté d'elle, pendant qu'elle menace, des hommes de dévouement se lèvent et se mettent à l'œuvre, pressés par ce sentiment profond de la justice et de la compassion : ils regardent, ils écoutent, ils racontent, ils émeuvent la conscience publique, ils touchent, ils ébranlent les pouvoirs souverains. Et c'est ainsi qu'est née la législation industrielle. [Applaudissements.)

C'est l'histoire de l'Angleterre, de ce pays qui a su, sans révolution, sans bouleversement social, sans perdre jamais le respect de la liberté individuelle et de la liberté collective, offrir au monde le modèle le plus avancé de la réglementation du travail : l'histoire des grandes enquêtes de 1833, de 1847, de 1878, et des lois qui les ont couronnées.

C'est à un moindre degré malheureusement, l'histoire de la France elle-même, des enquêtes de Villerraé de 1841, de 1872, des livres de Jules Simon, de Le Play et de tant d'autres ; c'est l'histoire de la Suisse, de l'Autriche, de l'Allemagne, de la Belgique, et de tout cq mouvement désormais irrésistible qui emporte l'Europe entière et qui l'a conduite à cette conférence de Berlin, dont on peut bien sourire, mais que, quant à moi, je regarde comme un événement capital de ce siècle, et où l'homme d'Etat éminent dont les représentants du pays accompagnaient hier le convoi fuo<'bre faisait entendre ces belles paroles que je veux citer, parce qu'elles caractérisent l'esprit de la législation des fabriques :

« Nous poursuivons, disait-il, un but moral aussi bien qu'un but matériel ; ce n'est pas seulement dans l'intérêt physique de la race humaine que nous nous efforçons d'arracher l'enfant, l'adolescent, la femme, à un labeur excessif; c'est aussi pour que la femme soit rendue à son foyer, l'enfant à sa mère auprès de laquelle seule il peut trouver les liens d'amour et de respect qui font le citoyen. » {Applaudissements.)

Est-ce que c'est le socialisme qui a fait tout cela? Est-ce que c'est le socialisme qui a donné à l'Angle-

terre Thoiineur de cette primauté dont je suis jaloux pour mon pays? Non .' c'est lord Shalterbury, c'est lord Hacaulay, ce sont des hommes places aux rangs les plus élevés du pays. En Suisse, ce sont des catholiques comme M. Decurtins, et des libéraux comme M. Favon ; eu Autriche, c'est le parti conservateur catholique et féodal ; en France, ce sont des hommes de tous les partis au milieu desquels je m'honore d'avoir marqué ma place... {Très bien! très bien!)

Après cet intermède, M. Dron dérendit les propositions de la commission, mais M. Labat, dans un langage très simple et très clair, s'éleva contre le système de la réglementation dont il fil une forte critique el, demandaqu'on laissât le système libéra) produire ses effets. La discussion générale étant close, la Chambre passa aux articles et fut arrêtée dès le premier par la dirficnllé de définir les établissements qui seraient soumis à la loi; le texte du projet dut être envoyé à la commission, et en attendant qu'il en revint, la Ctiambre discuta et adopta le projet de loi portant annexion de Madagascar.

Depuis le début de l'expédition militaire dirigée contre les Hovas, la question de Madagascar avait traversé plusieurs phases successives.

Tout d'abord il ne s'était agi que de rendre notre protectorat effectif et de contraindre le Gouvernement malgache au respect des traités antérieurs. C'est dansce^ens que sont rédigées les instructions données à leur départ à M. le général Ducbesne et a M. Ranchot, résident général adjoint à Madagascar, mis à la disposition du commandant en chef pour l'assister dans sa mission politique. « Nous n'avons d'autre intention, écrivait M. Hanotaux, que d'assurer, d'une manière incontestée, à Madagascar, la

situalion d'État protecteur qui appartient à Ja France. Il nous a paru quece résultat ne pouvait être obtenu que par une action militaire directe au siège de la puissance du Gouvernement malgache. C'est cette action militaire que vous avez pour mission d'accomplir, en installant une garnison à Tananarive et un détachement à Fiaranantsoa. En même temps que vous procéderez à cette opération d'ordre purement militaire et pour laquelle il ne m'appartient pas de vous donner des instructions, vous aurez à obtenir du Gouvernement malgache la signature de la Convention et du Protocole annexe dont vous trouverez le texte ci-inclus. L'objet de cette convention est de confirmer les avantages que nous ont conférés les précédents traités, de défînir ou préciser les points qui ont donné lieu à des divergences d'appréciation et de nous assurer des garanties effectives contre le retour des difficultés qui se sont produites et ont motivé l'expédition ^ »

Mais en présence des difficultés imprévues de la campagne et « de l'étendue des sacrifices que nous avait imposés la résistance prolongée des Hovas », les vues du Gouvernement se modifièrent : il estima « qu'il n'y avait plus lieu d'user à Tégard de la Reine ou du Gouvernement hova, quel qu'il fût, des ménagements qu'il avait cru pouvoir garder en rédigeant le projet de traité remis au général Duchesne lors de son départ*. » De nouvelles instructions furent envoyées au commandant en chef du corps expédi-

1. Instruction du 29 mars 1893, à M. le général Duchesne, commandant en chef le corps expéditionnaire de Madagascar.

2. Le minisire des affaires étrangères, à M. le général Duchesne : télégramme du 18 septembre 1895.

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