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secondaires, fait concevoir les plus belles et les plus solides espérances pour les finances nationales : des économies suffisantes ont été réalisées pour permettre l'incorporation à l'ordinaire des dépenses extraordinaires de la guerre ; un dégrèvement d'un sixième environ du principal de l'impôt foncier a été accordé à la propriété rurale et compensé par une augmentation d'un pour cent de la taxe sur le revenu des valeurs mobilières; l'impôt sur les propriétés bâties est devenu impôt de quotité; les excédents enfin ont reparu dans nos budgets. De tout cela résultent comme perspectives d'avenir : la prochaine suppression de la surtaxe sur les transports en grande vitesse, la réforme de l'impôt des boissons dites hygiéniques, et 80 à 90 millions de disponibilités à provenir, au printemps de 1893, de la conversion de la rente 4 1/2.
On aurait pu faire mieux peut-être, mais quelque chose a élé fait et la cote de la Bourse témoigne de l'excellence du crédit public.
Si la législature est bien engagée, tant au point de vue des lois proprement dites qu'à celui des finances, des progrès incontestables ont été accomplis par ailleurs dans l'élat des esprits. A la fièvre maligne qui s'était emparée de
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ropinion en 1889 a saccédé en 1890 une détente, un apaisement presque complets. Il semble que les radicaux, assagis par Tépreuve, aient perdu leur foi d'anlan dans la vertu des formules abstraites, et que les monarchistes, découragés par leurs échecs répétés, écœurés par le remords tardif des compromissions auxquelles ils se sont naguère abaissés, aient renoncé à leurs anciennes et irréalisables espérances. 11 n^est pas jusqu'à l'Église qui, par la voix de certains de ses chefs, — quelques évoques, un cardinal, le pape lui-même, — ne cherche aujourd'hui à séparer sa cause de celle des prétendants, pour tenter la fortune avec d'autres lieutenants sur un autre terrain. Autant de preuves que les institutions républicaines et parlementaires sont affermies, et que le goût des solutions pratiques l'emporte sur la tradition des déclamations vaines. Sans doute, tous les fruits de cette situation nouvelle ne sont pas encore formés, bien moins encore acquis : si les meneurs de la droite sont affaissés et sentent qu'ils ne sont plus suivis de leurs troupes, ils reculent encore devant une adhésion franche et loyale ; si les princes du radicalisme s'aperçoivent qu'ils ont tout laissé échapper pour avoir tout embrassé d'une trop brutale
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étreinte, tout ébranlé pour avoir Irop dispersé leurs efforts, ils hésitent à &ire Taveu de leurs fautes passées^ à renoncer aux vieilles querelles, 4 renouveler leurs programmes, à transformer ieurs procédés. Mais Ses sacrifices énormes qu'il est peut-être impossible d'attendre de la vanité humaine dans la forme, se font chaque jour dans le fond ; les mêmes mots n'ont plus aujourd'hui le même sens qu'hier, les mêmes noms ne dési- ^ent plus les mêmes hommes ; il y a discrédit des formules, déclassement des partis.
Au dehors, la France a grandement profité de la restauration de son équilibre moral, et l'on peut constater sans vaine gloriole qu'elle est plus respectée et plus écoutée à la fin de 1^0 qu'au début. Sa participation courtoise à ia conférence ouvrière de Berlin, bientôt suivie de la chute de M. de Bismarck, a rendu ses relalions avec l'Allemagne plus tolérables et moins énervantes. La conférence anti-esclavagiste de Bruxelles ne laissait point d'éveiller quelques légitimes défiances au point de vue de son retentissement dans le monde musulman; elle a abouti à une convention qui donne satisfaction aux aspirations humanitaires des philosophes dirétiens sans menacer la paix de nos isujets
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d'Afrique. L'admission au bénéfice du tarif minimum des produits tunisiens à leur entrée ea France est un acte plus avantageux et plus significatif que tous les discours et toutes les notes de chancellerie. La convention anglofrançaise sur les zones d'influence dans le Soudan et le protectorat de Madagascar compense et au delà le petit ennui que nous avions ressenti de l'entente anglo-allemande au sujet de Zanzibar. Si l'expédition du Dahomey, heureusement terminée, avait été menée avec la même netteté de vues que Tensemble de notre politique étrangère; si le Tonkin était administré avec la même sagesse et dans le même, esprit que la Tunisie, il n'y aurait rien à reprocher, fort peu à désirer. .
L'année 1890 a donc été une bonne année pour la France. Elle lègue cependant à l'avenir des devoirs impérieux, des difficultés sérieuses.
Les devoirs, ils sont aisés à définir, car ils découlent de l'expérience même qui vient d'être faite de la nouvelle Chambre. Le bien qui s'est produit a été dû trop souvent au hasard, pu, pour être plus exact, à l'action anonyme et parfois incohérente d'une majorité qui n'est encore ni suffisamment coordonnée ni assez dirigée. Le
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ministère, — - et cela est aussi vrai du cabinet Tirard-Constans que du cabinet Freycinet-Constans, — le ministère a trop fréquemment paru redouter jusqu^à son ombre même et laissé dériver les hommes et les choses, sauf à interyenir à Textrême limite pour ramener les uns et redresser les autres. Jeu savant, mais dangereux, où il a, à diverses reprises, failli perdre la vie pour n'avoir pas su s'exposer en temps voulu. Et pourtant, quelle autorité n'exerce-t-il pas sur la Chambre et que n'a-t-il pu obtenir d'elle dans toutes les circonstances où il se présentait devant elle avec une décision ferme et inébranlable! Jamais peut-être Chambre moins anti-ministérielle ne s'est rencontrée. Le gou* vernement se doit à lui-même, il doit au pays de ne point permettre à tant de bonne volonté de se gaspiller à l'aventure ; il se doit à luimême, il doit au pays d'user, d'user sans cesse de l'influence dont il dispose pour activer, régler et orienter le travail législatif. On a pu dire avec raison de certaines Chambres qu'elles paralysaient par leurs soubresauts perpétuels les intentions des minisires. C'est le contraire qui est vrai de celle-ci : si la législature échoue, le gouvernement seul en portera la responsabilité»
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Quant aux difficultés, il suffira d^en signaler la principale.
On a trop souvent exprimé dans ces pages même Tespoir d'assister tôt ou tard àTadhésion des anciens partis à la République, pour que le mouvement qui s'esquisse à cette heure dans les rangs des monarchistes ou dans le sein de l'Église soit accueilli avec d'autres sentiments que ceux d'une satisfaction réelle : nul doute que la cause de la liberté et de la démocratie y trouve son profit et que la France en sorte plus forte et plus grande vis-à-vis de l'étranger. Mais ce n'est pas tout, c'est mémo moins que rien d'accepter l'étiquette seule, si les nouveaux venus n'ouvrent du même coup leur esprit et leur cœur à quelques-unes au moins des idées essentielles qui ont inspiré le parti républicain dans sa lutte jusqu'ici victorieuse. Autre chose est d'entrer dans un gouvernement avec des opinions vraiment conservatrices, autre chose de se résigner à en franchir le seuil pour se révéler, aussitôt dedans, franchement réactionnaire; conserver n*est pas détruire, ni même réagir; c'est tout au plus retarder de nouvelles réformes en respectant celles qui sont acquises, modérer ou ralentir les transformations sociales