‹ L'Année politiqueChapitre 4 sur 32 · JilNXÉE POUÏfQiE · texte numérisé non relu

JilNXÉE POUÏfQiE

commiinication ; que nous ne la rendions pas plus responsable de ce qu'elle recevait que nous ne pouvioflas être responsables des papiers qu'on nous apportait; mais qu'il suffisait qu'on eût trouvé dans une ambassade étrangère un document qu'on croyait émaner d'un officier français pour établir la culpabilité de l'officier.

L'ambassadeur ayant insisté pour une note très catégorique dégageant l'ambasfiaKle, je loi ai fait remarquer que cette note ne devrait pas viser l'ambassade. d'Allemagne seule^ mais toutes les autres ambassades et légations à Paris, qui pourraient se trouver d'autant plus visées qu'on ne dégageait qu'une puissance ; que cette note, qu'il nem'apparteaaiL pas, mais qu'il appartenait au président du conseil de rédiger, ne devait pas, selon moi, différer sensiblement de notes aatèneuxes déjà publiées dans le même sens, car on rechercherait alors les divergences dans la forme, et ce serait un nouvel aliment de discussions.

J'ai moritré à Tambassadeur une note parue, peu de •jours avant, par les soiûs de ['Agence Havas, et j'exprimai la pensée que si le président du conseil acceptait, en principe, uae note, les termes d€va;ient en être à peu près ceux de la note Haivas.

Sur la denaande de l'ambassadeur, je lui ai assuré un rendez- vous de M. le président du conseil, et, quelqu-es jours plus lard, l'ambassadeur m'a fait dire que l'incident pouvait être considéré comme clos.

Lb président. — L'ambassadeur d'Allemagne vous aurait-il, au cours de cette conversation, ou postérieur remeot, déclaré que jamais le gouvernement allemand n'avait eu de relations avec Dreyfus?

M. Casïmir-Perieu. — 11 n'y a eu aycune déclaration de ce genre, et le nom de Dreyfus n'a été pronoiicé que pour désigner Taffaire dont il s'agissait.

Le président. — Le général Mercier ne vous aurait-il pas parlé, postérieurement au jugement, de pièces secrètes qui auraient été communiquées au conseil de gnerre, qui auraient été décisives comme preuves de la culpabilité de Dreyfus ?

M. Casimir-Petueîj. — Je n'ai entendu parler que d'uike

WAUïvAVUIL i89i;. 15:i

seule pièce, celle souvent cilée : « Ce canaille de D... devient réellement trop exigeant. »

Je n'ai pas eu connaissance d'autres pièces secrètes.

Le général Mercier m'a dit que cette pièce avait été mise sons les yeux du conseil de guerre.

Le président. — A quelle date à peu près et à q^uelle occasion le général Mercier aurait-il tenu ce propos?

IL CAsiMm-PEBiER. — €'est, je crois, avaot la condamnation, mais je n'avais pas compris que cette communication dût être limitée aux juges eux-mêmes.

Sur la demande d'un coiiMnller . — En nous exposant la conversation qui avait eu lieu entre vous et l'ambassadeur d'Allemagne, au sujet de la pièce qu'on a appelée le bordereau, vous nous avez dit (fue l'ambassadeur, vous donnant son sentiment sur la valeur de cette pièce, vous avait dit... et que vous lui aviez répondu... Dans votre pensée, cela impiiquait-il que vous considériez qu'il n'y avait pas eu d'acte de trahison commis, mais que ce ne devait être qu'une « fumisterie »?

M. Gasimir-Perier. — Non, assurément.

Je ne songeais qu'à l'intérêt de la défense nationale, et je ne songeais pas à disculper l'officier, ce qui serait, du reste, en contradiction absolue avec l'affirmation produite à l'ambassadeur lui-même, qu'il suffisait d'avoir trouvé l'écriture d'un officier pour établir sa culpabilité.

Ce que j'ai tenu à établir, parlant à un représentant de l'étranger, et je n'avais pas alors d'autre souci, c'est qu'un acte de trahison n'avait pas mis une puissance étrangère en possession d un document important pour la sécurité nationale.

Sur la demande d'im conseiller. — Le ministre de la guerre vous avait-il donné des détails sur la nature des documents contenus au bordereau, notamment sur le frein hydraulique appliqué au canon de liO, sur les troupes de couverture et sur le Manuel de tir; vous avait-il donné son sentiment personnel sur Timportàoroe qu'il attachait à ces documents?

M. GAsaiia-PBRiiER* — Sans me donner de détails, il m'avait dit que ces documents étaient sans grande imp^ortanoe au point de vue de la défense.

156 l/ASNÉE POLITrQUE.

Le FHÉsioBNT. — Avez-vous eu conoaissance des aveux?

M. Casimir-Pehieh. — Le géaéral Mercier, quelques joura après la dégradation, me parlant de cette alTaire, m'a dit incidemment que, du reste, le coupable avait fait des aveux.

Sur demande :

M. CA?iHin-PEHiER. — 11 n'est pas du tout dans mes souvenirs que le capitaine Lebrun- Renaud soit venu à l'Elysée à l'effet de m'apprendre les aveux du con- . damné.

Un article intitulé « Récil d'un témoin » avait paru le matin même dans le Figaro.

J'avais vivement bl&mé les communications qui paraissaient avoir été faites, dans une circonstauce de cette nature, par un offîcier à un journaliste, et le capitaine Lebrun-Renaud m'avait été envoyé pour que je le réprimande. Il n'a pas nié ses indiscrétions, et il ne m'a pas parlé des aveux de Dreyfus.

Du reste, je n'étais pas le seul à cet entretien auquel assistait H. le président du conseil.

Demande d'un conseiller, — Lui avez-vous demandé s'il y avait des aveuïî

M. Casimiii-Pehieh. — Non. Car je le réprimandais sur un article du Figaro, manifestement inspiré par lui, et où il u'ëlait question que des protestations de Dreyfus en faveur de son innocence.

Le président. — Avei-vous connaissance d'un autre incident quelconque?...

U. C*himir-Pehier. — Je n'ai pas eu, depuis ma démission, d'autres renseignements que ceux qui ont été connus du public. Ceux qui ont été connus du public ont pu évidemment, comme le faux et le suicide du colonel Henry, exercer une influence sur mon esprit; mais je ne détiens pas, depuis cette date, la connaissance d'un fait qui soit ignoré du public.

Le pbésldbnt. ^~ Voulez-vous me permettre de vous poser une question relative à ce que l'on a appelé, dans ces derniers temps, tant à la Chambre que dans la presse, l'incident Paschal Grousset?

11 s'agirait d'une lettre de l'empereur d'Allemagne

qui aurait été remise au ministère des affaires étrangères et qui, postérieurement, aurait été déclarée fausse par Tambassade d'Allemagne.

Cette pièce ayant dû ou pu avoir une certaine in-* iluence sur les poursuites qui ont été postérieurement engagées contre Dreyfus, il serait peut-être utile que la Cour pût être renseignée sur son existence.

M. Casimir-Pbrier. — Je n*ai jamais eu connaissance d'une lettre émanant de l'empereur d'Allemagne, et ce n'est qu'au cours de Tinterpellalion de M. Paschal Grousset, des lettres de lui ou des articles qui ont parié de lui, que j'ai entendu parler de cette lettre.

Le capitaine Lebrun-Renaud, entendu quelques jours avant M. Gasimir-Perier par la chambre criminelle, avait reconnu qu'il n'avait point parlé, ni au Président de la République, [ni au président du conseil, des aveux de Dreyfus et qu'il avait été appelé à l'Elysée pour y recevoir des observations au sujet des indiscrétions parues dans les journaux sur les circonstances de la dégradation de Dreyfus.

Sur la fameuse question des aveux, M. le capitaine Lebrun-Renaud fit textuellement le récit suivant :

Dreyfus commença par protester de son innocence, par dire qu'avec la fortune importante doi^t il jouissait et le bel avenir qui lui était réser7é il ne pouvait avoir eu aucun intérêt à trahir.

Il ajouta :

« Je suis innocent. Dans trois ans on reconnadtra mon innocence. Le ministre le sait et le commandant du Paty de Clam est venu me voir, il y a quelques jours, dans ma cellule et m'a dit que le ministre le savait. Le ministre savait que si j'avais livré des documents à TAllemagne, ils étaient sans importance et que c'était pour en obtenir de plus importants. »

Interrogé par le président sur la portée qu'il avait attachée à ces déclarations de Dreyfus, le capitaine

158 L'ANNÉE POtlTlQUE.

Lçfcrun-Renaud répondit qu'on pouvait, soit y yoir des aveux, soit y voir — et c'était son avis -;- plutôt des excuses. Il ajouta qu'il ne considérait pas moins comme cei'taln Vaveu que lui avait fait Drey fu^s d'avoir livré défi do^nments.

Un incident d'a<fte certaine gravité se produisit au cours de Tenquête.

M. Paléologue^ secrétaire d'ambassade, qui avait éité chargé par le oaiûistre des affaires étrangères de montrer le dossier secret diplomatique aux magis^ trats enquêteurs de la Cour de cassation leur avait fait le récit suivant :

Le 2 novembre 1894 (lendemain du jour où Tarre^ation de Dreyfus fut divulguée par les journaux) Tagent étranger B — (l'agent ainsi désigné était l'attaché militaire de l'ambassade dltalie à Paris, M. le major Panizzardi) — avait adressé à son gouvernement une communication télégraphique chiffrée. Cette communication, qui avait été saisie et envoyée pour y être traduite au ministère des affaires étrangères, portait ceci : « Si le capitaine Dreyfus n'a pas eu de relations avec vous là-bas, il conviendrait de charger l' ambassadeur de publier un démenii olifi* eiel, afin d'éviter les commentaires de la presse. »

Sur la dernière partie de ce télégramme, il y avait eu pendant quelques jours une certaine indécision.

La traduction suivante avait été suggérée :

« démenti officiel; notre émissaire prévenu. »

Mais M. Paléologue ajouta que, le seul texte conservé aux affaires étrangères, et qui n'avait jamais été changé, portait la mention : « afin d'éviter les commentaires de la presse. »

C'était, dit-il, ce document-là qui avait été remis au colonel Sandherr, chef du service des renseigtye-

MARS-ÀVKIL ism». 15d

Huenls, entre les mains de qui il l'avait vu et à qui il en avait parié à plusieurs reprises.

En effet, le texte portant les mots : « notre émissaire est prévenu » n*avait été remis au colonel Saodherr qu'à litre conjectural par le ministère des affaires étrangères qui hésitait encore sur le sens exact de la traduction.

Mais, "Vers le H novembre, le sens du télégramme ayant' été déterminé avec une certitude absolu-e, le

texte définitif: « afin d'éviter les commentaires

de la presse » fut communiqué par le ministère des affaires élTangèr^s au ministère de la guerre (service ^es rensergnements) comme authentique.

Or, il se passa ce fait étrange, qu'au lien de retrouver dans le dossier secret militaire soumis à la Cour de cassation ce télégramme remis par le dépai*te* ment des affaires étrangères à celui de la guerre comme seul authentique, on y découvrit celui-ci d'un sens absolument différent :

« Le capitaine Dreyfns est arrêté. Le ministre de la guerre a la preuve de ses relations avec l'Allemagne. Toutes mes précautions sont prises. »

Le capitaine Guîgnet, ayant au cours de sa déposition devant la Gourde cassation, tenté de justifier ce texte en mettant en cause la bonne foi du ministère des affaires élrangères, M. Paléologce. d'ordre du ministre de ce département, revint déposer, cette fois, devant la Cour de cassation, toutes chambres réunies.

H apporta à la Cour la preuve : l'^que la pièce originale communiquée par les affaires étrangères à la guerre avait disparu depuis longtemps des archives de la guerre;- 2° qu'elle n'avait été reconstituée qu'au mois de mai 18^8 — époque où le lieutenant-

colonel Henry était encore chef du service des ren« seignements — c'est-à-dire à trois ans et demi de date, et de mémoire, li ajouta ceci :

Ma conscience et mes instructions m'obligent à aller plus loin et à dire qu'aucune erreur de mémoire ne saurait justifier les différences qui existent entre le texte en question et le texte conservé au ministère des affaires étrangères,

La pièce n*» 44 n'est pas seulement erronée, elle est

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