MA
lirappela qu'elle était la consé.jueace d'une déposilion (celle précisémeat du commandant Cuignel), qui avait affirmé devant la Cour de cassation la mauvaise foi du ministère des affaires étrangères, à propos d une pièce du dossier diplomatique de Taifaire Dreyfus. (Cette pièce était la dépêche dite dépêche Panizzardi.)
Soucieux du bon renom de «on administration, M. Delcâssé avait alors exigé de M. le commandant Guignet une rétractation et une réparation publiques. C'était à la suite de cette réclamation qu'avaient été échangées entre M. de Freycinet et M. le ministre des affaires étrangères les lettres publiées.
M. Delcâssé lut et commenta à la tribune cette correspondance qui établissait que M. de Freycioet avait pris dans une certaine mesure la défense du commandant Gnignet, sans cependant prendre parti sur le fond dé la question.
C'est précisément sur le fond même de la question que M. Oel cassé, fort applaudi par la très grande majorité de la Chambre, remporta un succès décisif.
Voici ce que dit à ce sujet le ministre des affaires étrangères :
C'est au sujet de cette dépêche du 2 novembre 1894 que M. le commandant G\^gnet a porté devant la Cour de cassation contre le mifusb^e des affaires étraùgères Faccusation de mauvaise fôK^h bien! voici le procèsverbal que, le 27 avril, M. le commandant Guignet a signé avec M. le général Chamoin et M. Paiéologue :
« Conférence du 27 avril 1899 à la Cour de cassation.
« Par ordre de M. le premier président dé la Cour de cassation,
« Les soussignés, MM. le général Chamoin et le commandaEt Guignet, délégués du ministre de la gorerre, d'une part;
« Et M. Paléologne, secrétaire d'ambassade, délégué du ministre des affaires étrangères, d'autre part;
a Se sont réunis, le 27 avril 1899, dans le cabinet de M. le premier président à l'effet de procéder au déchiffrement du décalque du télégramme du 2 novembre 1894, tel qu'il a été remis à M. le président de la Cour de cassation par Tadministration des postes et télégraphes, avec les explications contenues dans la ' lettre du chef du cabinet du sous-çecrétaire d'Etat dé cette administration, en date du 22 avril 1899.
« La traduction opérée de concert par les trois délégués précités a fait ressortir la version suivante : « Si le « capitaine Dreyfus n'a pas eu de relation avec vous, il « serait bon de charger l'ambassadeur de pi4>lier un « démenti officiel afin d'éviter les commentaires de la « presse. »
« En foi de quoi, lesdits délégués ont signé le présent procès-verbal.
« Signé : Chamoin, Cuignet, Paléologub. »
Cette version étant la seule dont le ministère des affaires étrangères avait toujours défendu Tauthenticité^ il ne restait plus rien de Taccusation portée par le commandant Cuignet contre Tadministralion des affaires étrangères à propos de cette dépèche, puisqu'il en avait lui-même reconnu et, par sa signature, garanti Texactilude. Tel fut d'ailleurs Tavis de la Chambre, car, malgré les efforts de M. Lasies qui tenta vainement de faire renaître le débat sur les causes de la démission de M. de Freycinet, Tordre du jour pur et simple, repoussé par le gouvernement, fut repoussé par 417 voix contre 115.
M. Charles Dupuy, président du conseil, avait réclamé le vote d'un ordre du jour d'approbation explicite. MM. Babaud-Lacroze, député républicain de la Charente, Gabriel-Denis et Garnier, députés
républicains de la Charente-Inférieure, proposèrent la formule classique : « approuvant les déclarations et les actes du gouvernement ».
Cet ordre du jour ainsi formulé fut adopté à rénorme majorité de 389 voix contre 64.
Le 8 mai, commença devant la Chambre la discussion, plusieurs fois reculée, des interpellations sur l'Algérie.
Ces interpellations, au nombre de six, se rattachaient à deux ordres d'idées principaux : la question juive, en Algérie, d'abord. C'était l'objet des interpellations de M. Edouard Orumont, d'une part, dans un sens hostile aux juifs, et de M. Rouanet, socialiste, d'autre part, dans un sens favorable.
Le second ordre d'idées, visé celui-ci par l'interpellation de M. Barthou, était relatif à la politique générale du gouvernement en Algérie.
La discussion de ces interpellations occupa pendant le seul mois de mai, soit partiellement, soit en totalité, huit séances de la Chambre. Le débat ne fut d'ailleurs pas terminé. Il s'ouvrit le 8 mai par un long discours de M. Marchai, député radical antijuif de la deuxième circonscription d'Alger, qui occupa encore la tribune pendant toute la séance du 9 mai.
M. Marchai se proclama antijuif et non antisémite. Il entendait par là qu'il était hostile-aux juifs, mais n'était point, malgré cette hostilité, partisan de la guerre de races.
Les juifs, pour lai, étaient une plaie de l'Algérie. Mauvais soldats^ mauvais électeurs, ils pratiquaient sans scrupule dans la vie commerciale la faillite frauduleuse, usant et abusant de la loi de 1889, sur
L'ANNÉE PtOlITIQUE.
lillalion judiciaJre pour inieiTï Toler lieurs kirs. <lls s'étaient attiré -la hame 'violente des , par leur manière éhoritée de pratiquer , <et Bu«H >per les. expropriations scanda- (le demaÎRM indigènes dont ils avaient sa r. Ils achetaient, par exemple, un centième deuR'CeiUiàmes'd'uDe propriété indigène-indi-
, en vertu du Code civil, ,iU réclamaient le B. Ge partage b-opérait dans des conditions sIlenFterrt désaatreusBB pour le» Arabes, -ao e (tu juir.'qui ractietait la propriété poDT -une touvent dérisoire.
:>nelu3ion de M. Marchai Tut qu'une nouvelle e parlementaire sur la situation de l'Algérie éc"esaire. 'Mais l'oratenr se déclara surtout n de l'abrofation du décret Crémieu'X qui, I, avait coHréré aii<x juifs algériens, la natio- Vançarae.
la séance dui15 mai, 'H. Barihou, ancien « de .l'intérieur, prononça un discours Tort ■ ttilt et d'une vigoureuse éloquanee.
s avoir montré le développement rapide de e, dont la population â'étail accrue, 'en ns, de 1.500.000 habitants, et dont le coniivait aussi pris un grand easor, il signala à L'Algérie qui travaille, « l'Algérie de Tinpolitique », prelle-ci ruinant celle-là. Getle politique, on la devait à cette manie de lation qui avait fait donner une représentaarlementaire à cette France africaine où )iis de sujets français sont représentés par électeurs. On avait eu le tort aussi de « l'Algérie notre organisation administra-
tive, judiciaire, do» lois sur \û diroil de oéunian^ sur la liberté de la prease.
L!^rateiir se prononça^^ pour le caitactiBmei)i des tuMTVÎcea de TAIgéne au ministère cbe» oolontaBy 9Dur ytôâlitalion d'un budget spécial èi; Vklgérié av»a la droit pour elle de conlractei! des empi^unisi
Puis, taut en oeeonnaiM^ant qu'il y avaijb qualqpe i^use à réformer dans rorganisaiion des ooofiÎ8«> ^res juifs, dans le^ loi» sur Tusure^ dans le ser^iee militaire des jeune» Algériens, M. Barthou se poe^ QQnça, comme il Tavait fait étant mini&ire^ en ISâS^ contre Tabrogation dufdéciret Gréinifiu<x. Il en donnai oette. raison péremptoire. : « Il y a 30.000; isnaélites, (rADçaiapar di?oitde naissance, et17.000iq(i£le sont depui» vingtHieuf anck »
D*aUleurs^. ee c^ui ae^ aachiaii derrière oette^ abno* §fUiûm du décret. Grémieus:, t*éinit: l'espulaîeiii on masse des juifs ou la nevieioii des^ f-ortunes jui\Ae9i M« Qrumont et ses ami» poursuivaient une re^mon <»a UD6 recLificaiioa de La Révolution ftrançaiee'.
Dans uae belle péroraison, l!ift. Barthou' fit appel à la Chambre pour affirmer en Algérie les» priaeipes de toliéraaee^, de jusiiee^ et d;*égaJiiè qui fimè de|»uîff cent ans la force et la gloire de la France devrai le mon de.
M. Morinaud, député cadicaJ, antijuif, de. lu i*^"^ circonscriptio& da Gonstaniioe,. répondil;. à M. Barthou par un discours qui occupa la s4a&cse dal8 mai el une partie de celle du 19^. IDrégagée de la gjsande quantité de fiaâtâ et d'anecdotes plus ou moins démonstratifs qui riiiustraien.t, la prin^ipalQ. opinion exprimée par l'orateur était celle de M, Marchai : rabrogatioo'éu défiret. CrémieaiD. JUL RouasÊt, député sodaliaie, révolutbamiaiire de Paris, luupoalîai à
H. Morinaud, pendant la seconde partie de la séance du 19 mai et la séance du 24. Il le fit avec une grande vivacité, mettant en cause personnellement à diverses reprises M. Morinaud et le père de celui-ci, à propos d'opérations de banque. U déclara quUl venait accomplir à la tribune une tâche républicaine et socialiste en prenant la défense des malheureux juifs d* Algérie. Il cita un grand nombre de faits à Tappui de sa thèse sur la persécution des juifs en Algérie et conclut en conviant la Chambre à répudier Tantisémllisme et à pratiquer une politique de justice et d'humanité; . Le %5 mai, M. Laferrière, gouverneur général de l'Algérie, prit la parole. Après avoir' montré par la lecture de divers articles de journaux algériens d'une odieuse violence le danger de laisser le gouverneur général aussi désarmé contre les attaques de presse, il examina la situation de TAlgérie.
Il donna les chiffres suivants de la répartition de la population : 275.000 Français dont 109.000 étaient devenus Français par la naturalisation, et, sur ces naturalisés, 56.000 étrangers d'origine et 53.000 juifs. Puis 237.000 étrangers et 3.756.000 indigènes.
Pour la population électorale, M. Laferrière donna les chiffres que voici : 24.534 électeurs non français d'origine, formant 37 p. 400 de l'ensemble des électeurs.
Il signala le danger suivant : dans dix ou quinze ans il y aurait en Algérie 56 4/2 p. 100 d'électeurs Français d'origine et 43 4/2 p. 400 d'électeurs non Français d'origine.
• Il en conclut qu'il y avait lieu de modifier la législation électorale. C'était le vœu des délégations
financières et du Conseil su[iérieur de TAlgérie.
M. Laferrière ne proposa pas spécialement de système électoral nouveau, il en énuméra plusieurs en se félicitant à Tavance pour FAlgérie de la nomination d'une commission d'enquèle parlementaire qui pourrait examiner le problème dans toute son ampleur.
Les discours de M. Edouard Drumont, député antisémite de la r* circonscription d'Alger, et de M. Firmin Faure, député antisémite de la \^ circonscription d'Oran, n'ajoutèrent pas une contribution importante aux idées et aux arguments déjà échangés.
M. Drumont affirma, non sans quelque audace, qu'Alger était le pays de la tolérance et attaqua avec vigueur M. Lutaud, le préfet de cette ville, M. Firmin Faure fit de même. Puis la suite de la discussion fut remise.
Dans sa séance du 5 mai, la Chambre adopta l'urgence d'une proposition de M. Fournîère, député socialiste de l'Aisne, tendant à transférer au Panthéon les cendres de Balzac.
Celte proposition fut renvoyée à une commission avec celle de M. Maruéjouls, député républicain de TAveyron, ancien ministre, qui proposa d'accorder les mêmes honneurs aux cendres de Michelet, de Quinet^ de Lamartine et de Renan.
La Chambre valida le 8 mai l'élection de M. David, républicain radical, élu dans l'arrondissement de Vendôme (Loir-et-Cher).
Le 12 mai, elle discuta et vota la ratification des
IH L'ANKËE I-OLITIQUE.
«oiwwitions frantco-Bo^aisos' sous l»r(Rina&cle»d»n«
projetB'^e tei auivEtotS "
if Le pcojet de loi purtant appi'o.bdiii>n dc.lu oan-veD.- Uon signée à Paris le 14 juin 1S98 pour la délimitalion des possessions françaises de la Côte d'Ivoire, du Soudtin et du Daliomey et des colonies- britànhimres de la Cûte d'Or et de Lagos et des autres possessions bnlanniqusS'à l'ouesLdu Niger ainsi qpeipour la déliiuitatioB. (tes possessions fcaiigaise] et britaiiniq,ues et des -sphères d'intluence des deux pays il l'e.st du Niger.
Z° Le projet dé l'oi portint approbation dB la déciarafifln adyitiannelte dti 21' mars- l'8!ll! S- I* eonwnlion franoiï-ai^aise'dai 14 jui'i tSdS.
Rapportés par H', le prmce d'Arenbar^ csa disux jvrajela de loi fuirent l' objet de courtest «beec««lto«B ~-de'MM'. Lucien Hubert, Cbastenet «ttdtA^uit, pms Aifent adoptés aumit6t.
Le Sénat les adopta ensuile, dan» la séaac» du 30 mai, après des discours de MM. Lefielletier d'Aua&j, sénateur radical de la Nièvre, de Lamarzelle, sénateur monarchiste du Morbihan, et Dalca^, intnistrn des affaires étrrangëre».
Signalons encore parmi les propneitîons adoptén paf la Chambre pendant le mois de mai celle de Ml. Le Héi'issé, député radieaj nalionalisle d'lll«-«b- Tilaine, tendant à accorder comme récempenee aux mililiire» ayant fait partie de la mission Hiamhaad sur le Haul-Nil la médaille coloniale avec une agrafe d'{ir portant celte inscription : « De l'Allanlique auNil. »
Cette proposition fut adoptée h l'unanimité pu- la Chambre, dans sa séance du 'îS mai.
Le Sénat, q«i ne reprit ses séances qu'une semaine
MAI' 1899. m
â^cèfrlarentrée d« laChaœibFe^le 9 naai^ooiBinâiu^a, le 42 mai, la discussion générala du budgeL.
JMM. Antoflîa Idiaboâli,. Uugot. et Pneveb prononcèrent des dLsoouffs à la séance du i2. mal et MAL. LecouF-Gd'andmaiB0fi, Peytral, mioistre des iioances^ et Le Provost de Laonay à celle du» tSi. . U. Le Ppovûfit de Latinay indiqua q^*U ûoavifinétiolL peulrélre, étaai donnée répoqua: s^uancée. de Tannée, de faire une barre sur le budigei da- 1801^ et jàA passer « à Texamea du budget suiv^il; nu.
Mu. Sébliaa, séfiALBurrépublîeain.libéralde l'Aisne, appuya les observatinnâ de M. La Frovofit da Lauaay ûl dépjGiâa un projet àe^ réaoiution « invitant Je gouv»ernameQi à provoqioer Taficord des* pouvoirs IHiblics ea vue de rendre applicat^ à Tannée? 1909 le budg^ volé poiur Tannée 1)899 ».
M. Peytral, ministre des^ finances, a sans méconnaître l'importance d<e la question soulevée» demanda le nenvoL du projet de résolution à La eâmmission des ânainces. M. Sébline Taccepta. Le Sénat prononça alors le renvoi et la clôture do la diseuâs>ion généralç.
Puift ïL volia le budgeè du mlnisire des alTaices étrangères et les premiers chapiii?es du* budgisl du ministèfe du commeree. Le vote de ce budget fut achevé dans> la séance du 15 mau
Dans celle du. 46 mal, le Sénat adopta le budget du minif^tère- de la ju&liee.
Les budgets des postes et télégraphes, de la eailtee nationale d'épargne, des colonies, de Tinter rieur et des cultes, de Tinstructioa publique ei des beauoc-arts furent successivement votés danj la «éance du 17 mai.
La dkscuasion du buccal de»poales et télégraphcit
devant la Raa^j^Xssmhtë^ fut J'iriKme dTsa WKnt fort :na:jiHidtt>
M. IT*!. :r L^deC #aittiwr ncfied ftcai!hes-^i-i'Ra«.ae« aT^it sir le dbapftre € de ee bu'i^t deman'ir' a a Sënal d*»iiifter le relève- ■Knt de eréilit ie t BUL-ioBS de finacs» voté par la Chaaihre des dêpaufs^ poar TaflaéèuraidaK dm Iraîtesient de débat des soa5-ajS«ftt$« quiseraîl pwtéde 1.600 firaaes par an à l.îOO âranes.
G>i&battae par ie rapp«:>rteiirei pmr le aoss-aecré* taire âTUt, IL Moaseot, cette propMlKmaTail été repoassée par I5Î toîs coatre 8Î.
Le IS mai. à 4 h. I i da maûs, «piaiid les pre« mîer« factears chargés de trier la correspailaBce des Parisiens avant d*aller la distribuer dans tous les quartiers de Paris arrÎTèrent^ pour aecoaiplir €Q traTaîK à l'Botel des Portes de k me Jeao-Jacqaes- Eoosseao, ils trooyèrent un groupe de camarades appartenant an service de la distribaiîoii des imprimésqoi les mirent an coorant da vote do Sénat el Ica engagèrent à faire prève.
A sept heures da matin, trois mille faeleors étaient en grève et la dlslribation des lettres fut sa<pendae dans Paris.
Le gonvernement fit alors appel au concours de la troupe pour remplacer les facteurs en grève, et Ton put voir circuler dans tout Paris des gardes républicains el des soldats en uniforme munis de sacs et de boites contenant des lettres qu'ils portaient dans les mai.«.oo9, sous la conduite d'agents de police el d'agents de la sûreté.
Dans la journée, la Chambre fut saisie par MM. de Baodrjr d'Asson, député monarchiste de Yendée^ et Emile Gère, député radical du Jura^ de deux