‹ L'Année politiqueChapitre 7 sur 32 · MAI 1899. J · texte numérisé non relu

MAI 1899. J

demandes d'interpellation sur cette grève d'un nouveau genre.

M. Emile Gère demanda, avec assez peu d'à-propos, qu'une parole de bienveillance fut prononcée pour lés grévistes qui s'étaient émus de voir leur chef, le sous-secrétaire d'État aux postes, sacrifier leur intérêts devant le Sénat.

M. Delombre, ministre du commerce, après avoir informé la Chambre que le service était désormais, malgré la grève, absolument assuré, prononça les paroles attendues par la grande majorité de l'Assemblée quand il affirma << qu'il n'était pas admissible que, dans une mesure quelconque, le pays fût ainsi à la merci d'une catégorie quelconque de fonctionnaires ». Ces paroles longuement applaudies à droite, au centre et à gauche, déplurent fort à l'extrême-gauche, qui dépêcha à la tribune M. Miilerand, député socialiste de Paris, pour protester énergiquement « contre l'attitude violente du gouvernement et le langage du ministre du commerce et des postes ».

- Mais M. Charles Dupuy, président du conseil, reprit avec encore plus d'énergie le langage du ministre du commerce.

Un gouvernement digne de ce nom ne pouvait tolérer, dit-il, que des agents commissionnés et payés par l'État lui refusassent leurs services.

(( Que les facteurs n'oublient pas, ajouta-t-il, qu'il y a derrière leurs fonctions des milliers de candidats; s'ils ne reprennent pas leur service, ils seront purement et simplement remplacés ».

La Chambre, après avoir repoussé par 400 voix contre 127 la priorité pour l'amendement de M. Millerand, adopta, par 383 voix contre 112, l'ordre

du jour de Mv Godet^ député Badical d& Isu HauiiB'- Yienne, « approuvant les déclarations du g0fu;v6V^ Hetnenti et Gonfiaot dans sotv énargie pom^ aesirrer Isstt aerviae» publics »\ ' ^

M. Ratier, sénateur népublieaîn d^ HIndre, pcit le- même jour au: Sénat rinitiaiive d^une question transforniée ensuite en înterpelladon^ sur le? même sujet; .

M. Mou^eot, sQus-secrétaÂre d;Étaè auis postas et léLégoftphe», fit k' Péeit den tenbalives dfe' oonciliatîon vamement ^Euie» par lui a^uprès des fsu^teurs.

Le Sénat, èkila presque unanimité', adopta ensuite tEii ordre du jouir é& M. M^illiès-Laeroiocs s^^'sur ré»pnblicain des Landes, « approuvant les déel ara tions dti.gou'vern^ment et confiant dans sa fepmeté ».

Découragés sans doute par ce double ^ ^Miie d«s d^uQL Gba^bre», les faot^ufs reprri/*ent la; kndemam fflalirnv ^-i>*âi) leuf! service.

Cette ^ève, quiavait duré viagiK]ui»tne keares, sei terminai pas^ la pévocaiîon d^une vingtaine d^agents des postes, plus compromis que leurs camarades^ et par un certain nombre de déplacements et de cfaangemantfrde classe.

Le^8 mai, )« Sénat adop^les* budgeFte- é»s beauxarts, dé FAIgéria, d^> Fàg'piculture ;. ^i% le budlj^et de la marine; les âO et 23^ le»bud)|;«ts de la guerre «t des travaux^: publio».

Le; 2# mai, après adoption dw budget des fih nances, le Sénat comnveivoa Texansidn'du budgatdes receltes, qu'il oonlinua^ les ^ et 2&^, jour où fut voté l^ensemële du budget.

Le> 29fmai,la Chambre des députéi^ votiaà nouveau le budget rectifié par le- Sénat en rétablissant défera

MAI i8»e. jm

cvédits «apprimée ou tnrodîiiôs .par la iHatito^Assfemblôe.

C'est afn«i «qu'elle Félablit le crédit de 2 iintnîaQ& de francs pour les a^nts des postes, dont la «euppression parr Je Sénat avait entraîné la ^ rôve des facteurs.

Dans sa'séanoe du 30 mai, le Sénat, examinant à noirveai] le !budg>et revenu de la ^Chambre, réduisit à 870.000 francs l'augmentation pour les agents des postes et n>aintint un crédit de 2 million-s de francs pour l'amortissement.

La Gbambre aéda sur ramortissement. Le iSénat accepta de son côté le chiffre transactionnel de 1 .i 00.000 francs pour l'augmentaCion du traitement des agents des.postes. El le budget de 1^99 se trouva enfin définitiv:ement voté le 30 mai.

Le Sénalt discuta le 29 mai une lirterpellalion de M. IsaaQf sénateur radical de la Guadeloupe, « sur la situation de cette colonie et les incendies successifs qui y 'Ont éclaté ».

Après avoir entendu ftl. Guillain, ministre des colonies, le. Sénat adopta un ordre du jour de « con- .fiance dansle.gouverne/nent pour rétablir lasécurité dans la colonie de la Guadeloupe ».

Le procès en révision Dreyfus vint enfin devant la Gour de cassation , toutes chambres réunies, le 29 mai.

Bans cette audience et dans celle du 30 mai^ M. *Ballot-Beaupré, qui avait succédé à M. Quesoay de Beaurepaire comme président de la chami»pe civile de iaGour de cassation, donna lecture de^so» rapport.

192 LANXEE l'OLlTlQUE.

Ce document, extrêmement long et très coascieacieusement étudié, aboutissait aux conclusions suivantes :1e bordereau avait été écrit non par Dreyfus, mais EsterUazy, Il y avait là ua Tait excluant la culpabilité de Dreyfus, car on ne comprendrait pas, écrivait le rapporteur, comment Esterhaiy pourrait •être l'auteur du bordereau et Dreyfus l'auteur de la livraison des documents mentionnés au bordereau.

Puis le rapporteur déclara que, dans une aS'aire ordinBire,la solution i^u'il proposait ne surprendrait personne.

Il conclut à peu près en ces termes :

Mais dans le choc des passions soulevées par les polémiques auxquelles a donné lieu ce procès, U question semble s'être transformée, et il semble qu'en se prononçant, la Cour se prononce pour ou contre

Les criminelles attaques auxquelles elle a été en Jbutte, auxquelles la magistrature n'a pas échappé, ont transformé cette question, qui devait être purement judiciaire.

Eh bien ! en mon âme et conscience, je manquerais au plus sacré des devoirs si je ne proclamais hautement qu'il y a en cette affaire un fait nouveau de nature à établir l'innocence du condamné de 189*.

Messieurs, vous apprécierez. J'ai terminé mon rap-

M. le procureur général Manau commença, à l'audience du 30 mai, & développer ses conclusions dont il conlinua l'exposé dans celle du 31 mai.

Ces conclusions étaient conformes à celles du rapport de M. Ballot-Beaupré en ce qu'elles demaDdaient à la Cour de renvoyer Dreyfus devant tel .conseil de guei're qu'il lui plairait de désigner.

Klles en différaient sur ce point : le rapport de

M. Ballot-Beaupré n'admettait Texistence que d*un fait nouveau : Fattribution à Esterhazy du bordereau qui avait entraîné la condamnation de Dreyfus, accusé d'en être Fauteur.

Les conclusions de M. le procureur général Manau relevaient, outre ce fait nouveau, Fexistence du faux du lieutenant-colonel Henry comme pouvant constituer un second fait nouveau de nature à établir Tinnocence de Dreyfus.

Tandis que la Cour de cassation examinait ralTaire Dreyfus, la Cour d'assises de la Seine jugeait MM. Paul Déroulède et Marcel Habert, poursuivis sous Tincupation d'avoir le ?3 février, jour des obsèques de M. le président Félix Faure, provoqué par des cris et des discours à un attentat dont le but était de changer ou de détruire la forme du gouvernement et aussi d'avoir adressé à des miiitaires des provocations dans le but de les détourner de leurs devoirs militaires et de l'obéissance à leurs chefs.

Telles étaient les inculpations juridiquement retenues par la chambre des mises en accusation contre les deux députés nationalistes.

Commencés le 29 mai, les débats se terminèrent le 31, après trois audiences agitées par de multiples incidents.

Le plus important fut celui auquel donna lieu la déposition du général Hervé, membre du coniseil supérieur de la guerre, qui vint témoigner en faveur de M. Paul Déroulède, qu'il avait eu sous ses ordres en 1870. Le général Hervé ayant terminé sa déposition en disant que M. Déroulède « était de ceux qui aideraient à rétablir la confiance, en ce moment ébranlée dans l'armée », et ayant recommandé aux

:im L'AlvfNfiE POUlfTIQUE.

j»ré5 « de (tie pas briser t)e clairon », Geftiaîiï& groupes 'Vépubitcaîns du Sénat ' et de la GhamlnFe slômarent »et manifestèrent Tintenlion d'interpeller le gouvernement sur Tatthude 6i le ia^ga^^ 'du généraLHenvé.

M. Paul Dérûulède ayant appris, pendattt que se continuait son proeès, cette initenlion de dl^veps groupes parlementaires, înterromrpit la plaidoirie de M* Falateuf, son avocat, pour protester arvec indignation au sujet de ce qui semblait se tramer CQEtre le général Hervé.

ill ajouta :

Clest assez ! Jl ne s'agit plus ici d'acquittement. Faites de moi ce que vous voudrez!

Mais je vous le déclare, si vous me condamnez, vous ne ferez que retarder Theure du réveil, et, si vous me rendez à la liberté, je recommencerai.

Oui, je le jure, je recommencerai ! Je ne s«is pas un ambitieux.. . J'aime mon pays ! Mon pays souffre ! J^irai jusqu'au bout.

iLe jury, après vingt minutes de délibération rapporta un verdict d'acqulttemeni en faveur de MM. Paul Déroulède et Marcel Habert.

Le 30 mai arriva à Toulon, retour de Fai^da, la mission «dirigée par le commandant Mar cband, qui avait si heureusement aeeompli la grande itiatAfersée de l'Afrique centrale de l'Atlantique à iamer Rougie*

Le iS maj,, avait *&a lieu, à La Haye, la pnemiècFe réunion de la Gouférence icuternationaie pour ^ désarmement organisée sur l'initiative de VsmftesreBS^ deHu^sie, Nicolas II.

ALVI 1899. 195

Deux élecUons partielles eurent lieu le dimanche âS mai, Tune au Sénat pour pourvoir à la vacance du siège de M. Krantz, sénateur inamovible décédé.

Le département de la Seine avait été désigné par le tirage au sort pour recueillir ce siège. Voici le résultat de cette élection :

Inscrits : 780. — Votants 715.

Bulletins blancs ou nuls : 12.

Suffrages exprimés : 703. — Majorité absolue : 3^2.

MM. Tbuiliiec, pcésident du conseil ^

néiral eke la Seine, radical. . . . 547 Kia.

Ch. Longuet, ancien conseiller

municipal de Paris, sôciàli&te .. . i;i5

Du Bellay, indépeadanf IC»

Divers (>

Usaiite éleelLon,. eeUe-ei tégisfative, eut lieu dan» la 1" circonscription d'Avesnes (Noj-d).

En voici le résultat :

Inscrits : lG.433w — Votanfe : litil^aa.

MMi. PasQfual, avocat, républicain^. ^ . 7,345 Élu, D«' Moret, socialiste 4,062'

H s'î^issait de remplacer M. GtriWemin, républicain, décédé le 22 mars dernier. M. Gaillemin„élu pour la première fois en 1893, avait été réélu pourla aaconde fais aux élections générale» d« 1898^ au scrutin de ballottage, par 6,001 voix contre 4.206 as M. Roussel., socialiste, et 2.712 à M. Merder, ré&ctibnnaire. BT. Léon Pasqual, le nouvel élu, était le" eouffiii' du député décédé, M. Guill^mt».

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V:-%- — ^ -r.scs.' '-a le :- x- .-- --^ — -^ r: li-a- sa rMniî:.ïSi— .jo

Chambre : Déclaration ministérielle. — Interpellations de MM. Ernest Koche, Mirman et Viviani. — Vote d'approbation au cabinet Waldeck-Rousseau.

SÉNAT : Vote, après la lecture de la déclaration ministérielle, d'une motion de confiance au cabinet.

Chambre : Refus de l'urgence d'une proposition de M. Paul Déroulède tendant à la revision de la Constitution. — Vole d'une motion de M. Gautrot, député de la Vendée, maintenant en fonctions pour l'examen du budget de 1900 la commission du budget élue en 1899. — Vote, après d'intéressantes discussions, de diverses lois accessoires à la loi de 189S sur les accidents de travail : loi résiliant les contrats d'accidents, accidents passés avant et depuis la loi de 1898; loi étendant, sous certaines conditions, aux accidents agricoles, le bénéfice de la loi de 1898 ; loi créant des contrôleui-s pour les accidents du travail.

SéNAT : Examen et vote, avec certaines modifications, des lois précédentes.

Chambre : Vote d'une loi prorogeant les droits d'octroi jusqu'au .31 décembre 1900. — Vote d'une loi étendant aux conseils de guerre l'application de l'instruction contradictoire. — Vote d'une proposition de loi de M. Cruppi, député de la Haute-Garonne, étendant l'instruction contradictoire à la procédure organisée devant la chambre des mises en accusation. — Vote d'une autre proposition de loi de M. Cruppi, modifiant les expertises légales. — Vote d'uno proposition de loi de M. Viviani, ouvrant aux femmes l'exercice de la profession d'avocat.

Election législative partielle (Drôme).

Le 1'^ juin^ la mission Marcliand arriva à Paris, retour de Fachoda, au milieu du grand enthousiasme de la population parisienne.

A Toulon, où elle avait débarqué, elle avait été accueillie également par de nombreuses manifestations sympathiques.

Le gouvernement, qui avait déjà nommé chef de bataillon le valeureux capitaine Marchand et lui avait décerné la croix dé commandeur de la Légion d'honneur, avait tenu à donner un certain éclat officiel au retour à Paris de cet officier et de& membresde sa mission.

Reçu successivement par le Président de la République et par lesminislres de Tintérieur, de la marine, des aff'aires étrangères, de la guerre et des colonies^

\m ' L'ANNÉE POLITIQUE.

le comraarrtîatit Marchand fut, avec les membres d% «a mission, l'objet d'un vote de félû*iiatiôiie uaranimes de la GTiambre des députés.

Lb g^iéral G^^Hi^ai, rheureux pacificateur de Madagascar, qui venait de rentrer en France pôiKP s* je rreposer, fut cc^mpri* d«wï«- ce» félicitations, qu« la €Iii{vm&re adopta, dans sa séancô da l*"" juin,< sur rinîtialive' de MM. Étieniie, AntoinB Pferrier et Af-bm» Elozet.

Li motion présentée par ces trois députés estait -ainsi conçue:

La CJiambre adresse ses félieitationa au; général ti^alliénL et à. ses coUaboraiteucs, aux membres de la mi^sFi^n Liotard et Marchahd, et à tons lès explbratenrs qxii ont étendu le domaine de la France en. Africpie,

Seuls quelques socialistes eurent le triste courage 'de ne pas s'associer à ce vote patriotique.

ILa Cour de eassatioQ, qui eoctiauait, cependant, s^AT examen de Faiffaire en revimoD Dveyfus, entendit, le 1®*^ juin, la plaidoirie de M. Mornard, au nom de W^ Lttciie Dveyfaa.

i»«; soir de ce même jour, le ministre de la^ guerre, M. Krantz, faisait incarcérer le litiutenantHSoi^fieldu Paly de Clam sous [l'inculpa tion de fBxxji, En effet, cet officies avait été tcèâ nettement accusé, a>u cour» de Teaquéte d« 1q)Gqut de cassation, par M. lecom^ mandant Guignet, d'avoir été l'anteur principal du faux du lieutenant-coionel Henry. Une in»truGtiiMi' fut immédiatement ouverte contre l«e li«iitenanlcolonel du Paty de Clam.

Le 3 juin, la Cour de cassation rendit enfin son arrêt définitif — tant attendu — sur le procès en

révision Dreyfus» Cet acrêL admettait quant au îoné Itttbpèse àév'slappé» p^LV M..Bal4ot-Beau^prévparM« Ls procureur général Manau dans sw cowclasions' et dans son rapport, par M^ Mornard dans, sa plaidome«

La Cour relevait deux furlâ aoavea;«LX d» natuve^à motivBr la révision du procès Dt^eyfus :

4* La communitîatioTT aux juges de 1894 dte lia pièce : « Ce canaille de D. . . » , considérée comme inapplicable à Dreyfus;

2^ L'attribution du: bordiereau à um autre que Dreyfus.

Toid d^ail leurs son an'êt in extenso :

Ea Gour,

oui M. le président Ballot- Beaupré dans soa rapport?, M. le pirocureur général Manau dan» sbs réquisitions, et M® Mornai'd, avocat de M"" Dreyfus*, es qualité intervenant ses conclusions;

Vu l'article 44f5 modifié par la loi an i"^ marsi8f99 ;

Vu l'arrêt du 29 octobre 1808 par leqnel la chambre cidraiaelle a ordonné une enquête et a déclaré rece\^able -en* kt forme in demaiide tetidant à la» revisioft proposée d'Alfred Dreyfus, condamné le 22 décembre 1894 à la peine de la déportation dans une enceinte fortifiée et à la dégradation militaire pour crime de haute trahiaon ;

Vu les procès- verbaux de ladite* enquête, lesquels sont joints au dossier;

Sur le moyen tiré de ce que la pièce secrète : « Ce canaille d» !>... )> aurait été communiquée au conseil de guerre :

Attendu que cette communication est prouvée à la fois par la déposition du président Gasimir-Périer et pa* celles de» généraux Mercier et de BoisdefPre euxmêmes ;

Que, d'une part, le présidient Càsimir-Perier a déclaré tenir du générai Mercier qu^On avait mis sous

les yeux du conseil de guerre la pièce contenant les mots : « Ce canaille de D... », regardés alors comme désignant Dreyfus ;

Que, d'autre part, les généraux Mercier et de Boisdeffre, invités à dire s'ils savaient que la connnunication avait eu lieu, ont refusé de répondre et qu'ils Tout ainsi reconnu implicitement ;

Attendu que, par la révélation, postérieurement «.u jugement, de la communication aux juges d'un document qui à pu produire sur leurs esprits une impression décisive' et qui est aujourd'hui considéré comme inapplicable au condamné, constitue un fait nouveau de nature^ à établir l'innocence de celui-ci ;

Sur le moyen cenoernant le bordereau : ,

Attendu que le crime reproché à Dreyfus consistait dans le fait d'avoir livré à une puissance étrangère, ou à ses afi;ents, des documents intéressant la défense nationale, confidentiels ou secrets, dontl'envoi avait été accompagné d'une lettre missive ou bordereau non datée, non signée et écrite sur un papier pelure filigrane au canevas après fabrication de rayures au quaidrillage de quatre millimètres en chaque sons ;

Attendu qu.e cette lettre, base de l'accusation dirigée contre lui, avait été successivement soumise à cinq experts chargés de comparer l'écriture avec la sienne, et que trois d'entre eux, Gharavay, Teyssonnières et Bertillon le lui avaient attribué;

Que Ton n'avait d'ailleurs ni découvert en sa possession, ni trouvé qu'il eût employé aucun papier de cette espèce et que les recherches faites pour en trouver du pareil chez un certain nombre de marchands en détail avaient été infructueuses.;

Cependant qu'un échantillon semblable, bien que de format différent, avait été fourni par la maison Marion, marchand en gros, cité Bergère, où l'on avait déclaré que le modèle n'était plus courant dans le commerce ;

Attendu qu'en novembre 1898 l'enquête a révélé l'existence et amené la saisie de deux lettres sur papier pelure quadrillé, dont l'authenticité n'est pas douteuse, datées l'une du 17 avril 1892, l'autre du 17 août 1894, celle-ci contemporaine de l'envoi du bordereau, toute»

deux émanant d'un autre officier qui, en décembre 1897, avait expressément nié s'être jamais servi de papier calque ;

Attendu, d'une part, que trois experts commis par la chambre criminelle, les professeurs de TÉcole des chartes, Meyer, Giry, Molinier, ont été d'accord pour affirmer que le bordereau était écrit de la même main que les deux lettres susvisées et qu'à leurs conclusions Cbaravay s'est rattaché, après examen de cette écriture, qu'en 1894 il ne connaissait pas;

Attendu, d'autre part, que trois experts également commis, Putois, Ghoquet, président honoraire de la chambre syndicale du papier et des industries qui le transforment, et Marion, marchand en gros, ont constaté que, comme mesures extérieures et mesures de quadrillage, comme nuande, épaisseur, transparence, poids et collage, cprame matières premières employées à la fabrication, le papier du bordereau présentait les caractères de la plus grande similitude avec celui notamment de la lettre du 17 août 1894;

Attendu que ces faits, inconnus du conseil de guerre qui a prononcé la condamnation, tendent à démontrer que le bordereau n'aurait pas été écrit par Dreyfus;

Qu'ils sont de nature par suite à établir l'innocence du condamné.

Qu'ils rentrent dès lors dans les cas prévus dans le paragraphe 4 de Tarlicle 443, et qu'on ne peut les écarter en invoquant également des faits postérieurs au jugement, comme les propos tenus le 5 janvier 1895 par Dreyfus devant le capitaine Lebrun-Henaud ;

Qu'on ne saurait, en effet, voir dans ses propos un aveu de culpabilité, puisque, non seulement ils débutent par une prostestalion d'innocence, mais qu'il n'est pas possible d'en fixer le texte exact et complet par suite des diflerences existant entre les déclarations successives du capitaine Lebrun-Renaud et celles des autres témoins; — il n'y a pas lieu de s'arrêter davantage à la déposition de Depert, contredite par celle du directeur du Dépôt, qui, le 5 janvier 1895, était près de lui ;

Et attendu que, par application de l'article 445, il doit être procédé à de nouveaux débats oraux;

Par ces motifs, et sans qu'il sott besoin âè^ atSkiuer mr les autres moyens';

Casse et annule le jugement de condamnation FeMla le 22 décembre 1894 contre Alfred Dreyfus- pa** lepromier conseil de guerre du gouvernement militaire d& Paria, et renvoie Taccosè devant le conseil de guerre â» Rennes, à ce désigné par délibération spécialfs' priée en chambre du conseil,, pour être ju^é sur la question suivante :

« Dreyfus est-il coupable d'avoir, en i%Q^ provocpiédes machinations ou entretenu des intelligences avec une puissance étra^ngèpe- ou un de ses agent», pour l'engager à commettre des hostilités ou entrepnendre la guerre contre la France ou pour lui en puoeiireir lis» moyens, en lui li virant Les note» et documentei raoïfevmësc dans le bordei^eau )> ;.

Dit que le présent arrêt sera imprimé et transcrit sur i es registres du premier conseil de guerre dm gouvernement militaire de Paris, en marge de la d^sion annulée.

La veilie même du joar où cet arrêt dut renchi, l'ex-commandant Esterbtizy, interviewé à- Londres par un rédacteur du Matin ^ lui ût cette déclaraiioa : « Oui, c'est moi (|ui ai fait Le bordereau 1 Je- l'ai £ait sur Vovdre dti colonel Sandherr, moa autpéiiieiir, mon ch«f et mon amû »

H ajouta que, pour lui, Dreyfus était un trattre et ipie depuis longtemps des fuites,, dont ro4*igine ne pouvait émaner que du ministère de la gUiecre étant signalées d'une façon indiscutable, il avait fallw, en 4^4, « pincer le traître, d'où le bordereau* » !'

Pour Eslerhazy, d'ailleurs, les généraux de BoisdJeEne, Gonse et Billot savaient à quoi s'en tenir sur la confection du bordereau par loji-mène^ maïs ils W9Siïefii v^fuljÊtlfi^ lâcher comme iis avaient fViiiravec le lieutenant-colonel Henry. ^

Ma^é celle révélation lierniêre qui démonh trait, avec une force nouvelle et inattendue, l'utilité de . la .Gévision proclamée par rarrôt de ia ^Geur de cassa tien, œt arrêt ne mit pas On ausc poltéinlquœ.

Atténuées^ siir le fnoment même, par cette fxuifrfiante affirmation du plus grand corps judiciaire de rÉtat qu'une erreur avait pu èbre comimse «t q«uHl fallait mettre à même un nouveau conseil de guerre de se prononcer définitivement, les passions se rallii' mènent -dès le lendemain sous une forme plus violente, doiîen que plus détournée.

Le dimanche 4 juin, le président du con&eii des ministres prit, aveeses collègoes de la guerre, de la marine, de la justice et des colonies, les mesures nécessaires pour assurer le retour «n Fra&œ dn capitaine Dreyfus.

Le croiseur le S fax, alors à Fort-de-France, reçut Teodre de sie rendre immédiatement à Tlle du Diable pour y embarquer Dreyfus, considéré désormais comme îun officier rais en prévention.

Ce même jour (4 juin), avait lieu, sur Tbip-podrome d'Âuteuil, le grand steeple-chase annuel de 4^0.000 francs, auquel le Président de la République avait coutume d'assister dans sa tribune.

M. Loubet s'y -rendit avec le président du 'Conseil. Lorsqu'il descendit de voiture dans Tenoeinbe du pesage, occupée par un public élégant et aristocratique^ il fut acoiieilli par des cris de : « Vive Tarmée ! » auxquels se mêlèrent bien loi les criside : « 'Démission ! Vive Déroulède! Vive le roi! »

Ces cris redoublèrent devant la tribune présiden-

tielle quand M. le Président de la République y eut pris place.

Ce public spécial manifestait ainsi et sa protestation contre la revision du procès Dreyfus et sa colère contre le Président de la République, élu des républicains, ce qui avait suffi pour qu'avec l'injustice coulumière aux partis on le représentât. comme un défenseur de Dreyfus.

Plus excité que les autres, un manifestant se détacha d'un groupe, gravit, deux par deux, les degrés, de l'escalier conduisant sur le devant de la tribune présidentielle et arriva jusqu'en haut, la canne levée, criant et gesticulant. Avant que les généraux Brugère et Bailloud, placés non loin du Président de la République, eussent eu le temps de l'arrêter, la canne de ce manifestant s'abattit sur le chapeau du président Loubet.

Arrêté aussitôt, ce manifestant fut conduit an. poste et se nomma: c'était le baron GhristianL (Il fut condamné, le 13 juin, par le tribunal correc^ tionnel de la Seine, à quatre ans de prison.)

La police, qui jusqu'à ce moment était restée assez inactive devant les manifestations, fut mise en mouvement avec vigueur, sur les ordres du président du conseil et du préfet de police. Une bagarre eut lieu au cours de laquelle un officier de paix fut grièvement blessé.

Une quarantaine de personnes — titrées pour la plupart et appartenant au monde royaliste ^— furent arrêtées.

Le Président de la République tint è demeurer dans sa tribune jusqu à la fin des courses et, après avoir reçu les excuses des commissaires des courses, rentra à TElyst^e, acclamé par la plupart des pro-

meneurs, déjà au courant de i*acte odieux dont il avait été l'objet.

Cet inqualifiable attentat valut au Président de la République, en France et en Europe, de nombreux témoignages de sympathie.

Il faut ajouter qu'il eut une répercussion politique considérable. L'avenir dira si elle a été très heureuse.

M. le président du conseil Dupuy, voulant réparer, avant la séance de la Chambre du lendemain 5 juin, le fâcheux effet produit par l'insuffisante organisation du service d'ordre aux courses d'Âuteuil, pril, soit seul, soit au conseil des ministres, l'initiative de mesures de rigueur dont quelquesunes, suivant la manière un peu lourde de cet homme politique, dépassaient la mesure.

Par exemple, la révocation de M. l'avocat général Lombard, delà Cour de Paris, qui s'était vu adresser pas la presse radicale socialiste le reproche de n'avoir pas été assez ferme à l'égard de M. P. Dérouléde, développant devant la cour d'assises, où il avait été poursuivi le 29 mai, des diatribes passionnées contre la République parlementaire et son Président.

Le gouvernement n'avait pas, le procès une fois terminé, le S\ mai, par l'acquittement de M. Déroulède, songé à frapper M. Lombard, qui avait d'ailleurs menacé M. Dérouiède de requérir contre lui, pour outrage au chef de l'Etat, s'il ne cessait pas ses invectives.

Le coup de canne de Ténergumène royaliste d'Auteuil entraîna, par une répercussion assurément inattendue au simple point de vue logique, la révocation de l'avocat général Lombard et le renvoi de

TW^

M. le conseitler Tardif, qui avait présidé la eo«r d'assises, lors du procès de MM. DéroulèdeetQabert, devant le conseil supériectr de la magistrature*

Le oônseil des «Hnififtres démda «enoo're d'ouvrir une nouvelle instruction contre l'ex-GQfOvmfiMlaviit Eàlerhazy, ^'aitleors à Londres, powr a^oir fait usage du fameux « document li'bérateur )> appartenant au dossier secret de l'iaflaire Dreyfus.

L'otrverttipe d'une enquête (tit égalennsnt résolue surla manière dont legénéral ée Pel+îeuit avait procédé à rinstruetion judiciaire d4i procès Dslëei^zy en 1898.

En même tempis, le général Roget, qui a<v«it joué dan» l'affaire Dreyfus un rôle actif d'accusateur, et dans l'attentat de Reuilly le rôle passif que Tan «e rappelle, fut désigné pour commander une brigade d'infanterie à Orléans, an lieu de Paris.

Mais, de tontes les décrions prises par J<e i^nseM des ministres, la pins grave était celle auK iemèes de laquelle le garde des sceaax adressai la*Chai«bre, le jour même, une lettre visant le passade deS^ar^Irt récent de la Cottr de cassation concernant la oommnnication de pièces secrètes aux juges d<e 48M, par le général Mercier, alors ministre de la g««ri^.

Saisie de cette letti^, la Chambre devait déoiâer si elle exercerait la prérogative q-ne lui acocrdatt rarkicle12delaloiconstiiutio(nneHedn16j^uin0t'1'875, d'après lequel « [es n^inistres peuvent être «ris «« accusation par la Oiaambre des d-épat^s pour maie commis dans Texercice de leurs fonctiwrs ».

La Chamfere devait donc décider si e»[le déférerait le général Mercier au Sénat, 'Constitué ea fiante^ Gour de jusbioe.

Telles étaient ]«s mesures di^v^roes qne le calmiet

Dupuy avait arrêtées ava a t la aéaoce de La Cbambre d» 5 jain. Il eonvient d'y ajouter la Cermeture des cercles da la rue Eoyale et de TA uto mobile- CI ab, atisf|aeld app«H*toBaieat p'iusieurs manifestants arréti^ la veille à AateuiiL. D^'autre fmtt^ TaUenlal eomtne le Présideat de lisu Ra^bJii|tfd' aviait e^pour effet de ciaienler d'une manière plus étroite que jatnaii rmniiiOii ée» républicadNSy témoin ratdresee dm <f rea-peetuêitse' sympaXhie » au. Président de la Répirblique et « d'absolub dévouement aux institua tions repu 1)1 icaînes: »^ signée avant lA séance ]^av les députéSiréputblieaÎAâ, cadinaux et soeialiates.

Led ppo moteur» de cette adresse étaient M* Point- Gftréy républicain; M. t)®4iittergtte, radical; M*. Vi^ via«ir aockiiîste.

Fallaii-il voir daos la signature dénuée à eetie adiesee par ce deraier député, Tamende- honorable de aoa £ameux. disee>urs>y afiiehé en mar»i3d8, par. u» ^0ile de laChambce dans toutes les. commuaeade France?

M. Yiviani, à propos des affaires de Panama, avait à ce moment déliai ee qu'il appelait « les manœuvras de police concertées au ministère de riniéfieur »> païur litire échapper les can[^ble8« M. Leubet, alops visé par M. Viciant danslee termes les pltia viol«nta^ bénéficiait cette foi»- de <♦ sa. res^ pectueuse sym^patbie ».

L'affaire Dreyfus, à la faveur de laquelle les socialistes se rapprochaient le plus vite possible du pouvoir, avait suffi, avec l'ambition croissante des chefs dit parti avancé, à transformer le» injures — d'ailleurs imméritées — d'autrefois, en marquesd'un respéat aussi notiwau qAii' inattendu.

Dès. Fouvertinre de lai séance du ^ juiâ à> la

Chambre, M. le préaiaenL i^escnanei m connatire qu'il était saisi dune demande d'interpellaliao, adressée par M. Laloge, député socialiste de la Seine, au gouvernement, sur les mesures que celui-ci comptait prendre « à la suite des fails scandaleux qui s'étaient passés dans l'enceinte du pesage d'Auleuil »,

La discussion immédiate de celte interpellation ayant été oi-donnée, M. Laloge demanda au gouvernement s'il avait eu connaissance du complot qui avait été dirigé contre la République.

L'hommage, longuement applaudi par toutes les gauches, que M. Laloge rendit ensuite au courage du Président de la République, déplut aux membres de la droite. L'un d'eux, M. Rioust de Largentaye, député des Gâtes -du -Nord, plus excité que ses collègues, ayant à ce moment appelé M. Loubel ; n rhonn6te homme du Panama! » fut invité à retirer ses paroles par le Président. Il s'y refusa et les aggrava même en les répétant sous une autre forme.

Sur la proposition du président, loule la Chambre, sauf tes nationalistes et la droite, vota, par assis et levé, la censure avec exclusion temporaire contre M. Rioust de Largentaye. Celui-ci ayant refusé de quitter la salle, il fallut employer contre lui le système usité à l'égard des exclus récalcitrants : ÎDtervention de l'un des questeurs, puis du commandant militaire du Palais-Bourbon, accompagné de quelques soldats.

M, de Largentaye céda alors devant la force armée.

M. Charles Dupuy, président du conseil, qui répondit à M. Laloge, le ilt avec une fermeté de lan-

gage qui avait pour but de faire oublier la faiblesse des mpsures 3'ordre qu'on lui avait^reprochée.

Le « salut respectueux » qu'il adressa tout d*a« bord au Président de Ifi République, « élu de l'As* semblée nationale », valut à ses premières paroles de longs applaudissement^ dont — bien qu'ils ne fussent pas pour l'orateur — celui-ci pensa profiter.

Il insista sur le « caractère odieux « de la manifestation de la veille el fit applaudir celle cinglante qualification de ses auteurs :

ff Les beaux messieurs de TOËillet blanc, les prétendus maîtres de toutes les élégances, ont donné la mesure de ce que devait attendre la France de leur oisiveté. »

Il ajouta — ce qui était peut-être moins heureux — que le gouvernement savait que des préparatifs avaient été faits en vue d'une manifestation contre le Président de la République et que le gouvernement avait pris des mesures pour le protéger à l'aller et au retour.

C'était pendant que la garde républicaine avait porté secours aux agents débordés par les premières manifestations du pesage que, le devant dé la tri* bune présidentielle s'étant trouvé dégarni, une agression avait pu se produire contre le ch'ef de l'État.-

Le président du conseil ajouta que le juge d'instruction, saisi de c< l'affaire d'Auteuil », examinerait s'il y avait eu complot. Quant au gouvernement, il était pour la « République républicaine » et combattait ses adversaires.

M. Paul de Cassagnac répliqua à M. Charles Dupuy. Il le railla sur la mauvaise chance qu'il portait aux Présidents de la République, dont il était

2d6r L'ANNÉE. FCmifFlQUE.

M. Félix. Faueeioiost subilftmeiit, M). LouJ^etTrappésuAulftuiJ.

« Ll admit qu.e le goavevneaieni ai^itt le drdt; de fakre anèUf i«a iBanlIèslants (^ui cviaient .:. «> A bas- Loubet ! » mais pas ceux q«ûi cmi«nt. : w ¥ive raF«ée! »

D'ailleurs^ ajouta-i-il, l'armée a aâs«ai. de aegoQ- Viernement. Le pays aassi, ear il. se tou<rne « fré^ missant d'espérances » vettslea hammea^ (fui tien nani; die Madagaaeacî et dut Hau)b-Nil el &tbend' aekii qiui défvoiieiia la ftUaabÎKMii.

(«a elûtihre de lia» disetsasiCMi générak' autant esmuteélé prononcée, la discussion des divers ordro» eu jour GO<itra«iH|a.

M» Denys Cochin-, député coasepvatieur de Paiïis> autant demandé q[(U6 le président du conseil s'expir-qjuàl avani' le vote sur les poarsaJtes proposées* par la Cabinet contre le général Merciev, paursirideaque l'orateur blâmait, M. Charles. Dupuy demaada qiu'ofà terminât d'abord la discussion de Tiaterpellalion pa« ua» vote d'approbalion du goa^ernement..

M. MUlerand, qui avait déposé, au noiudii pairtlsc^eialtste, un ordure du jour qui n'éiaib osntaiaeraent pas une approbation des actes du gouvernement, la vêtira pour ne pas avoir l'appanence de blâmer la mesure prise par le ministère au) sujet (tu général: Meroier.

47^ voix contre 21 votèrent la* première partie de l'ordre du jour de M. Néroia-Bancel^ député républicain de la Haute-Loire : « La Chambre, .fiiétcissant les scandales d'Auteuii... »

â'f à voix contre 147 adoptèrent ensuite la seconde

pâolie, « d>p>prouYaat les déclaratioofih du gouvenneaieii4> » . ,

L*ensemble fut adopté à mains levée»»

Le^ goiivernemen^S, maJfgré le^ apparences cen* itères du scrutin, étai^ en réa]îlé fort atteint.

La diacaesîon quL s'ouvrit aussiièt après ee vole commença à en fournir la preave.

M. le président Deschanel ayant donné lecti^re à la Chamibre de la lettre par Laquelle le garde des sceaux saJiâisaait L'Assemblée d«.la( question de mise en a^cirsalion du général Mercier,, AL Bi-boi p«it la parole pour affirmer que le gouvernement était saio» droit pour introfduire une pareille demsaitcle^ dont l/tnitialâve étaii du ressort eiKlusif de La Cbsbmbre. Toul en biâmanl certraine aaies eouipaye» et ceux, qui lea avaient trop Longtemps couvepts, il ne voulait pas mêler la politique: à lia jasLiee^

M. Millerand et, quelques inatants après, M. VLviani, a pour calnuer Les scrupules de M. Ribot », déposèrent un projet de résolution tendant à nbmmer une commission de 33 membres pour examiner a'il y- avait lieu de poursuivre le général! Mercier pour crime commis dans Texercice de ses fonctions.

M. Pourquery de Boisserin, député radieal d'Avignon, prolesta centre cette motion de nomination d*une commission de 33 membres qui constituerait uii préjugé favorable aux poursuites.

Au milieu des applaudiseements de la droite et du centre et des protestations de ses amis» de Textrôme-gauche, il déclara que, pour prendre une pareille mesure, B fallait attendre que le-coirseiL de gurerre de Rennes e4t statué.

Il déposa la motion suivante :

. «• La Chambre, 'résolue à respecter la complète

liberté du conseil de guerre de Rennes, donne acte au gonverij^ment de sa communicalion et passe à Tordre du jour. »

M. Charles Dupuy, sollicité de donner Tavis du gouvernennent, déclara « qu'ayant épuisé son initiative par le dépôt de la demande en autorisation de poursuites, le gouvernement n'avait plus à intervenir ».

305^ voix contre 240 accordèrent la priorité à la motion d'ajournement de M. Pourquery de Boisserin.

Cette motion fut adoptée, au fond, par 299 voix . contre 238.

La Chambre fut alors saisie par ÂIM. Sembat, Millerand et Krauss, tous trois députés socialistes, d'un projet de résolution invitant le gouvernement à faire afficher dans toutes les communes de France le récent arrêt de la Cour de cassation ordonnant la revision du procès Dreyfus.

M. Sembat expliqua que la Chambre, en faisant afficher le discours de H. Cavaignac, avait fait afficher des faux.

L'affichage de l'arrêt de cassation serait la réparation de son erreur.

jy. Cavaignac, sollicité de donner son avis, répondit qu'il avait réprimé les faux après les avoir découverts.

Alors M. Brisson, « comme président du conseil du cabinet qui avait eu le malheur^de faire afficher des faux », demanda l'affichage de l'arrêt de cassation.

M. Charles Dupuy, interrogé, répondit que le gouvernement ne faisait pas d'opposition à la proposition d'affichage.

M. Massabuau, député nationaliste de TAveyron,

ayant demandé <.< qu'il fût sursis à l'affichage de Tarrêt de la Cour de cassation jusqu'après le jugenoient du conseil de guerre de Rennes », sa proposition fut repoussée par 314 voix contre 245.

L*affichage fut volé par 307 voix contre 24Î.

Le lendemain 6 juin, le Sénat tint une séance. Une manifestation plus enthousiaste encore, si possible, qu*à la Chambre, s'organisa en faveur du Président de la République.

Après une allocution du président Faîtières, qui adressa^ au nom du Sénat, « l'hommage respectueux des chaleureuses sympathies » de l'Assemblée au Président de la République, M. Guyot, sénateur républicain du Rhône, déposa, au nom des quatre groupes républicains du Sénat, la motion suivante :

<( Le Sénat, s'associant au sentiment exprimé par son président et flétrissant les actes inqualifiables commis à Auteuil par les ennemis de la République, passe à l'ordre du jour. »

M. Lecour-Grandmaison, sénateur monarchiste de la Loire-Inférieure, se plaignit, en expliquant son vote, que la police eût brutalement arrèlé des personnes qui n'avaient commis d'autre crime que de crier : « Vive l'armée! »

Le président du conseil répondit que ce cri de : « Vive l'armie ! » n'était, chez les manifestants, qu'un mensonge et qu'une hypocrisie. On s'en servait pour donner le signal des violences et des agressions contre le chef de l'Etat.

iM. GharUs Dupuy déclara ensuite que le gouvernement s'associait « avec la plus grande chaleur de cœur » à la manifestation du Sénat envers H. le Président de la République.

L'ordre du jour, déposé au nom des groupes

JUIN 1899. SfK

aaan doimé rende^^ooB «n certain nombre de députés républicains et radicaux. Lee purtiflans du Président de la République avaient arboré è la boutonnière des fleurs rouges/ «es adversaires des fleurs Manches ou des bleuets. Ceux-ci étaient d^ailloirrs assez rares, ie public mondain ayant résolu, sur les conseils de ses journaux habituels, de «« pras Ae rendre à Longchamps, où des collisions violentes paraissaient à redouter.

Un assez grand nombre de groupes radicaux, socialistes et révolutionnaires s'étaient échelonnés le long des avenues du Bois de Boulogne où devait passer le ^^ortège pirésiidentiel .

«ËnfiQ le gouvernement avait pris des mesures d'ordre, assurément exoeptionBelles, qu'il avait fait annoncer à Tava'nce par Ja presse, dans un but d'intimidation.

6;()i00 gardiens de la paix, 26 escadrons de oavalerié, uae brigade d'infanterie étaient •écbe'lownés du palais de l'Ëlysiée à Longehamps.

La cavalerie de la garde républicaitie, 4.800 hoarmes d'infanterie et 400 gardes à cheval étaienrt placés sur la pelouse de l'hippodrome 0t au pesage.

En 04iére, lepai^qoet du procureur de la République et trois juges d'énstruction assistés de commissaires aux délégations judiciaires attendaient sons une tente les délinquants, de manière à les faire incarcérer après un premier int^roga^ire.

Gommedans les journées dont oh «prédit à l'avance la gra«viié, rien de sérieux f>e -se passa, le 11 juin. Le Président de la République à l'aller et au retour de 'Longchamps, comme sur le champ de courses même, fut vivement acclamé.

Une bagarre se pnoéuisit p^o^-rtant dans un café

du Bois de Boulogne en Ire partisans et adversaires de M. Loubet.

Dans la soirée, rue Montmartre, la police, surmenée par les fatigues de cette longue journée, rudoya, paraît-il, quelques manifestants socialistes qui étaient venus manifester déviant les bureaux du journal la Petite République,

Plusieurs arrestations furent opérées, la police prétendant avoir entendu les crisde : « A bas Loubet! i» proférés par des manifestants, qui affirmaient au contraire avoir acclamé la République et son Président.

Ces incidents furent le prétexte d'une interpellation déposée le lendemain (12 juin) à la Chambre par M. Vaillant, député socialiste révolutionnaire de Paris, qui se plaignit « des violences de la police contre les républicains ».

Fidèle à la tactique des socialistes qui, depuis uoje semaine surtout, essayaient d'accaparer à leur profit le monopole de la défense de la République- et de son Président, M. Taillant affirma que les vrais

républicains étaient les socialistes et qu'il n'y avait qu'eux qui savaient défendre la République contre « les réactions coalisées ».

En leur nom, M. Vaillant demanda compte au gouvernement des u ingérences policières dans la manifestation pacifique de la veille ».

M. Charles Dupuy, qui répliqua à M. Vaillant, vanter la fête républicaine de la veille. Il déclara — ce qui était raisonnable — qu'au milieu d'une foule nombreuse, certaines collisions étalent inévitables entre la police et quelques manifestant».

Il rendit hommage à la police, qui avait fait tout son devoir.

Si depuis longtemps la Chambre n'avait pas eu

JUIN ld9U. 211

l'intention de se débarrasser du cabinet Dupuy, un tel langage ministériel — habituel d'ailleurs en pareil cas — n^eût pas entraîné sa chute.

Mais la majorité ne cherchait qu'un prétexte pour renverser le ministère* Le dimanche précédent, la police ayant brutalement et tardivement réprimé des manifestations antirépublicaines, la majorité avait dû se résigner à approuver le gouvernement. Mais, le 41 juin, après un luxe de mesures d*ordre jugé excessif» et presque ridicule par beaucoup, quelques républicains s'étant trouvés aux prises avec la police, la majorité se sentit mieux à Taise pour blâmer le ministère.

Après M. Vaillant, M. Clovis Hugues, député socialiste de Paris, puis M. Charles Bos, député radical-socialiste de Paris, vinrent soutenir la même thèse, à savoir que la police sévissait de parli pris contre les républicains.

Puis la clôture ayant été prononcée, la bataille s'engagea sur les ordres du jour.

M. Vaillant en déposa un « blâmant les violences policières républicains »•

MM. Saumande (Dordogne) et Gbarruyer (Charente-Inférieure) en proposèrent un autre « approuvant les déclarations du gouvernement ».

. M. Dulau, au nom du groupe républicain progressiste présidé par M. Méline, « proposa qu'aucun blâme ne fût adressé à la police, qui n'avait fait que se conformer aux instructions reçues ».

Le gouvernement réclama le vote de l'ordre du jour Saumande.

Or, la priorité fut refusée à cet ordre du jour par ^53 voix contre 246. C'était une première défaile pour le ministère.

â4« L'ANNÉE POLITIQUE.

Après le rejet cfô -Fordre dti jour Dulaa par. ^84 voix contre 156, MM. R-uauv d^éputé radscaitde la Haute- Garonne', et de la Porte, député -raéîeal des Deax-Sèvres, proposèrent la rédaction strivanté : « La Chambre, résolue è ii6 soutenir 'qii*un goaver* nement décidé à défendre avec énergie les înstîrtutions républicaines et à assurer l*ordre publie, passe à Tordre du jour. » /

366 voix contre 177 accordèrent la priorité à Tordre dti jour de M. Ruau. L'échecda ministère s'accentuait. Il devint définitif au vote^ur le.fond de Tordre du jour qui, malgré la question de con* fiance posée par H. Dupuy, sur son rejet, futado>pté pari96 voix contre» 156.

Le cabinet Dupuy seretira.^ Il succombait devant la coalition de ceux qu'il avait tour à tour saiôs^ faits, puis mécontentés. C'est le sort ordinaire, de» cabinets dont la politique s'inspire des principes^ la bascule.

La majorité des membres de la droite s'était abstenue au scrutin. La majorité des députés nationalistes avait voté contre le ministère, ainsi que la très grosse majorité des députés radicaux, l^inanièiité des socialistes et une soixantaine seulement de républicains progressistes sur près de deux cents.

liCs afitresavaienl^voté pour ou s'étaient abstenus.

La Cbambre, prévoyant Id longueur de la crise ministérielle, s'ajourna au lundi 19 juin%

M. Charles Dupuy ayant à Tissue de la .séance <ki i% juin remis sa démission et celle du Cabinet tout entier à M. le Président de la République, ceiui-oi fit appeler, le lendemain 13 jliin, MM. Fallières et Deschanel, présidents du Sénat et de la Chambre des députés.

Il reçut ensuite M. Poinearé, dont le nom était prononcé partout comme celui de l'homme politique le plus capable de former un ministère d'union républicaine de nalure à réunir une importante majorité.

M. Poincaré consulta ses amis pendant les journées des 43 et 14 juin^ et fît connaître, dans 1^ matinée du 15, à M. le Président de la République^ qu'il acceptait la mission de former un Cabinet.

Cependant un comité interparlemenlaire s'était constitué, composé de délégués des principaux groupes républicains du Sénat et de délégués des groupes radicaux de la Chambre. Un socialiste même, M. Millerand, peu habitué à délibérer d'accord avec des sénateurs, s'était joint aux délégués des groupes radicaux.

Le comité interparlementaire, s'associa à l'ordre du jour voté par la Chambre qui avait ouvert la crise ministérielle.

M. Poincaré, dès qu'il eut accepté la mission de former un Cabinet, songea à offrir à M. Léon Bourgeois, ancien président du conseil, un portefeuille. M. Bourgeois, sollicité par télégramme., répondit de La Haye, où il représentait la France à la conférence du désarmement, que, tout en étant très sympathique à la combinaison tentée par M. Poincaré, il pensait rendre à son pays plus de services à La Haye que dans un ministère.

M. Poincaré offrit alors le portefeuille de la justice à M. Henri Brisson, qui le déclina, pour des raisons de santé.

Successivement, M. Poincaré s'assura le concours MH. Ribot, pour l'instruclion publique, Sarrien, pour l'intérieur ou la justice, Krantz et Barthoupour les travaux publics ou le commerce.

Au refas de M. Peyiral de demeurer dans la combinaison, M. Paul Delombre devait quitter le ministère du commerce pour devenir ministre des finances.

Les premiers choix de M. Poincaré furent vivement discutés dans les groupes parlementaires. MM. Krantz, Sarrien, Hibot et Barthou avaient chacun leurs adversaires.

Dans une réunion des futurs ministres, tenue chez M. Poincaré, un accord complet cependant s'établit sur les questions générales et sur les mesures à adopter pour la défense de la République.

Mais les questions de personnes soulevèrent des dissentiments aigus. M. Sarrien, au nom des membres radicaux, fit des objections au choix de M. Barthou, à cause du rôle qu'il avait joué comme ministre de Tintérieur du cabinet Méline dans les élections générales de 4898.

M. Poincaré, dont M. Barthou était à la fois Tami politique et personnel, insista pour le conserver dans sa combinaison et ofTiit, en échange, d'abandonner aux radicaux le portefeuille de la marine, qui serait confié à M. de la Porte, et celui de Tagriculture, à M. Vall^.

M. Sarrien demanda à en référer à ses amis.

Mais les bureaux des groupes radicaux s*étant réunis se prononcèrent contre l'entrée de M. Barthou au ministère.

Devant cette intransigeance, M. Poincaré fit connaître à M. le Président de la République qu'il renonçait à former un Cabinet.

Le lendemain, 17 juin, M. le Président de la République, après avoir à nouveau conféré avec les présidents des deux Chambres, reçut les anciens

présidents du conseil : MM. Méline, Henri Brisson, Rouvier et liibot. M. Casinoir-Perier, ancien Présidentde la République, fut aussi consulté, le lendemain 48 juin, par M. Loubet, à raison de ses anciennes fonctions d*ancien président du conseil. D<^jà M. Poîncaré au cours de ses précédentes négociations ministérielles, avait eu une entrevue, le 45 juin, avec M. Casimir-Perier.

Après avoir pris Tavis des divers personnages appelés par lui en consultation, M. le Président de la République offrit à M. Waldeck-Rousseau la mission de constituer le ministère.

L'honorable sénateur de la Loire, après avoir vu diverses personnalités politiques, fit connaître le lendemain, 49 juin, à M. le Président de la République qu*il acceptait de former un Cabinet et espérait aboutir le soir même*

Le Cabinet qu'il comptait constituer devait être un ministère d'union républicaine conçu sur des bases très larges.

Après avoir songé à offrir le portefeuille de la guerre à M. Casimir-Perier, à raison de son caractère personnel et de la haute autorité qu'il avait acquise par l'exercice de la première magistrature de l'État, M. Waldeck-Rousseau avait dû renoncer, devant le refus de l'ancien Président de la République, à sa première idée.

Décidé à prendre pour lui le portereuille de la guerre, M. Waldeck-Rousseau s'était assuré le concours de MM. Delcassé, Paul Delombre, Georges Leygues et Guillain, qui devaient conserver leurs portefeuilles.

M. Gaillaux, député républicain progressiste de la Sarthe, M. Ricard, député radical de la Côte-d'Or,

M. Honis, sénateur républicain de la Gironde, devaient recevoir les portefeuilles des finances, de ra^çriculture et de la justice.

M. Poincaré devenait ministre de Tintérieur.

Mais la note caractéristique du ministère projeté était dans le choix incroyable — et pourtant réel -r de M/MiPerand, député socialiste collectiviste de Paris, comme ministre des travaux publics. C/était faîr&là œuvre « d*union républicaine » sur des bases d-.une dimension vraiment stupéfiante.

Ce profet de Cabinet échoua devant le refus de M. Krantz et bion que M. Waldeck-Rousseau eûtà ce moment renoncé, parait-il, à prendre M. Mitierand dan< le ministère.

M. Waldeck-Rousseau , dans la soirée du 49, informa M. le Président de la République de Tiasuccès de ses négociations.

Le 20 juin, M. Loubet appela à TElysée MM..I)elcassé et Poincaré, puis, à titre consultatif, M. Brisaon.

Il décida ensuite d'inviter, par dépêche, M. Léon Bourgeois a quitter la conférence de La Haye pour revenir à Paris, aHnde s'entretenir avec lui.

Les groupes radicaux de la Chambre télégraphièrent de leur côté k M. Bourgeois, qui arriva à P>aris le SI juin, pour déférer au désir de M. le Président de la R(^pub1ique, mais avec la ferme résolution de ne pas former un Cabinet.

Après s'être entretenu à TElysée avec M. le Président de la République, M. Léon Bourgeois ena*ploya ses soins à résoudre la crise ministérielle. Use rendit auprès de M. Delcassé, de M. Brisson et enfin de M. Waldeck-Rousseau, auquel il demanda de reprendre ses négociations en lui assurant le concours de ses amis politiques.

Mais M. Waldeck'Roasseaa lui répondit qoe c'était au contraire lui, quilui paraissait le plus qualifié pour former un Cabinet et lui promit son concours et même sa collaboration, au besoin, par racceptation d'un portefeuille.

M. Léon Bourgeois poursuivit alors ses démarches auprès de ses principaux am4s poJiti(]ue8, MM. Mesureur, Pelletan^ de la Porte et Berleaux, et obtint leur promesse de soutenir un cabinet Waldeck- Rousseau.

Ayant ainsi préparé les choses, M. Léon Bourgeois déclina officiellement la mission que lui offrit M. le Président de la République de former un cabinet et repartit pour La Haye.

Le 32 juin, M. WaldeckRousseau , rappelé à TEUysée, accepta de tenter à nouveau la constitution d'un Cabinet.

Dass une séance tenue le même jour à quatre heures du soir, au ministère des affaires étrangères, le ministère fut définitivement constitué.

Les décrets d'investiture des minisires parurent le 23 juin au Journal officiel. Voici la composition du Cabinet :

Président du conseil et MMeur : M. Waideck-Rousseau, sénateur républicain progressiste de la Loire.

Guerre : Général marquis de Galliffet.

Marine : M. de Lanessan, député radical du Rhône.

Justice : M. Monis, sénateur républicain de la Gironde.

Affaires étrangères : M. Uelcassé, député républicain de TAriège.

Commerce : M. Millerand, député socialiste collectiviste de la Seine.

Finances : M. Gaillaux,. député républicain progre-siste de la Sarthe.

Instruction publique : M. Georges Leygues, député républicain de Lot-et-Garonne.

224 L'AxNNÉE POLITIQUE.

Travaux publics : M. Pierre Baudin, député radical

socialiste de la Seine.

Colonies: M. Decrais, député républicain progressiste

de la Gironde.

Agriculture : M. Jean Dupuy, sénateur républicain des

Hautes-Pyrénées.

Dès que la composition de ce ministère fut connue à la Chambre, elle y fut accueillie avec incrédulité d'abord, puis avec surprise, et généralement avec défaveur.

Il en fut de même, au premier moment, dans le pays. Réunir dans une même collaboration gouvernementale un général, assurément glorieux., mais surtout connu en politique pour ses opinions peu républicaines et la répression sanglante de la Commune de 1871, avec un député socialiste collectiviste de Paris, sous la tutelle commune d'un homme d'État qui avait employé, tout récemment encore, sa meilleure éloquence à combattre les collectivistes et les radicaux, qui d^ailleurs le lui avaient rendu au centuple, c'était là une véritable gageure.

Aussi, même dans un temps où l'invraisemblance de certains spectacles politiques a accoutumé progressivement Topinion publique à ne plus s'étonner de grand'chose, cette juxtaposition d'un vieux général, d'un député révolutionnaire et d'un sénateur modéré, unis pour une besogne politique commune, sembla dépasser un peu les bornes de la fantaisie.

La raison de cette combinaison étrange était la défense de la République. Or, la République assurément plus menacée en 1889, au moment de la crise boulangisle, avait pu être sauvée à ce moment sans qu'il eût été besoin de recourir à d'aussi para-

JUIN 1899. 22i»

doxales combinaisons ministérielles. Quelle était donc la raison pour laquelle un homme aussi habituellement avisé que M. Waldeck-Rousseau avait appelé au pouvoir,^ pour la première fois, le parti socialiste collectiviste dans la personne de son principal leade)*?

Plusieurs réponses furent fournies à cette question. D'abord le désir ardent de certains socialistes, dont M. Milierand, lassés d'attendre indéfiniment dans les avenues du pouvoir le moment d'y parvenir, et qui avaient adroitement profité des divisions occasionnées entre républicains par l'affaire Dreyfus pour imposer leur concours.

Ensuite l'intention arrêtée de M. Waldeck- Rousseau de faire participer le parti socialiste aux responsabilités du pouvoir. Faux calcul, si c'était avec le dessein secret de lui causer quelque embarras.

La merveilleuse élasticité des partis démagogiques leur a en eff'et toujours permis, sans le moindre risque, d'avoir à côté de leur programme d'opposition, un programme de gouvernement, si l'occasion l'exige, quitte à revenir ensuite au programme d^opposition sans être gêné le moins du monde par les souvenirs du pouvoir.

Calcul coupable, pour un homme qui avait dénoncé avec autorité le danger de la révolution sociale, si cette participation des socialistes au pou • voir avait pour but d'accoutumer le pays à leurs noms^ à leurs idées et à leurs actes.

La raison que les partis d'opposition donnèrent de la combinaison Waldeck-Rousseau dans leurs journaux et à la Chambre, fut la nécessité de faire acquitter Dreyfus. Ils affirmèrent que c'était pour

cett« besogne que desiiommes politiques d*opinîon» si diversess'étaient groupés, qae Tintention de ceuxci était de mettre tout en œuvre pour peser surie» juges du conseil de guerre de Rennes, de mantèce à leur faire prononcer Tacquittenient de Dreyfus^ Le ministère devait ensuite, après avoir pris diverses me&ures de rigueur contre . plusieurs généraux et officiers, se retirer en laissant le pouvoir à d'autres.

La Chambre qui s*était ajournée pendant la .crise tninistérielie du lundi 19 juin au mercredi 21 juin, ne devait plus se réunir que le lundi 25 juin.

Mais les groupes parlementaires, dès la conslitotion ofHcielle du ministère, délibérèrent.

Treize députés socialistes révolutionnaires^ dont les plus importants étaient MM. Vaillant, Chauvière et Semhat, en manière de protestation contre le choix du général de Galliffet comme ministre delà guerre, se séparèrent du groupe socialiste proprement dit pour former un groupe « socialiste révolutionnaire ».

Le 24 juin, M. Lannes de Montebello, dépuié républicain progressiste de la Marne, devant l'hostilité annoncée du groupe républicain progressiste de la Chambre contre le ministère Waldeck-Rousseau, donna sa démission de membre du groupe.

Plusieurs membres du groupe radical socialiste se séparèrent aussi de leur groupe, mais pour une raison contraire.

Ce groupe, avait en effet décidé à uneassez faible majorité de soutenir le gouvernement, s'il prenait des mesures nécessaires à la défense de la Ré publique. MM. Camille Pelletan, Mesureur, Kiolz, Deeker-David et Yillejean ne voulurent pas aceep-

i%v la I eâpoTisabilité de ce vote et donnèrent leur démksion de membres du groupe.

Enfin, en dehors du Parlement, le coniité- d'«n-^ teille socialiste délibéra sar rentrée d*un élu socialiste au pouvoir et, avec une diplomatie assez snrprenanle, ne voulant ni approutver la compromission d'un .socialiste avec des bourgeois, ni désapprouver un socialiste qui, en somme, avait su devenir ministre, s*en lira par cette affirmation peu compromettante : « Que c'était seulement sous sa responsabilité personnelle qu'un élu du parti était entré dans le ministère nouveau. »

Dès .sa première réunion, le conseil des nouveaux ministres prit la résolution de remplacer, à la préfecture de police, M, Charles Blanc par M. Lépine, ancien gouverneur générai de l'Algérie, ancien préfet de police et conseiller d'État.

M. Charles Blanc fut nommA lui-même conseiller d'État.

Le 25 juin, d'autres mesures furent décidées.

M«. Feuilloley, procureur de la République à Paris, suspecté, comme M. Charles Bianc, ancien préfet de police, de trop de mollesse, par le nouveau ministère, fut remplacé à la tête du parquet de la Seine par H. Bulot, avocat générai à la cour d'appel de Paris.

M* Feuilloley fut nommé avocat général à la Cour 4e- cassation.

Ml. Bertrand, procureur général de la cour d'appel de Paris, fut également remplacé par J& Bernard, conseiller à la> Cour de cassation.

M.» Bertrand n'accepta pas la nomination de conseiller àc la Cour de cassation qu'on lui offrit en 4#bange et quitta la ^ magistrature, « n'admettant

pas, déclara- t-il, qu'on déplaçât sans motifs les pins hauts magistrats comme de simples sous> préfets ».

Un certain nombre d'offîciers furent aussi Tobjet de mesures disciplinaires.

Le général Hartschmitt qui, dans un ordre du jour adressé aux troupes de sa division d'Angers, s*était exprimé vertement sur les partisans de la revision du procès Dreyfus, fut déplacé et affecté au commandement de la division dUnfanterie de Reims.

Le colonel de Saxcé, du 10" régiment d*artillerie de Rennes, qui avait fait connaître à son régiment, par la voie de Tordre, la réponse virulente qu'il' avait adressée à un journaliste de VAurùre^ auteur d*un violent article contre lui, fut envoyé à Poitiers pour y prendre le commandement du 20* régiment d'artillerie.

Fut également déplacé le lieutenant-colonel de Gouberlin, du 2* régiment de cuirassiers, qui avait conseillé aux soldats de son régiment « quand ils entendraient des individus dire du mal de Tannée, de manifester violemment et même de se servir de leurs armes ».

Enfin, le général Roget fut envoyé à Belfort pour y prendre le commandement d'une brigade d'infanterie.

C'est précédé, pour ainsi dire, de cette série de mesures, que le cabinet Waldeck-Rousseau se présenta pour la première fois devant les Chambres, le lundi 26 juin.

Dés l'ouverture de la séance de la Chambre des députés, le groupe socialiste révolutionnaire se leva en masse des bancs qu'il occupait à Textrème gauche de la salle des séances et poussa à Tadresse du gêné-

rai de Galliffet, les cris de : « Vive la Commune I A bas Tassassinl A bas les fusilleursl »

L^ordre s*étant rétabli non sanspeine, M. le président du conseil, Waldeck-Rousseaii, monta à la tribune pour donner lecture de la déclaration ministérielle que voici, avec les mouvements de séance qui raccompagnèrent :

La Chambre, en exprimant la résolution de ne soutenir qu'un gouvernement décidé à défendre avec énergie (M. Charles Bernard : « Les intérêts d'Eiffel I » — M. Deschanel : « Je vous rapelle à Tordre. ») les inslitutions républicaines et à assurer Tordre public, a nettement défini la tâche qui s'impose au nouveau Cabinet.

Il n-a d'autre ambition que de Taccomplir.

S'agissant de maintenir intact le patrimoine commun, nous avons pensé que les divisions de parti devaient s'effacer... {Applaudissements à V extrême gauche. M. Boutard, qui interrompt, est rappelé à Tordre avec inscription au procès-verbal. On proteste violemment sur les baacs des socialistes révolutionnaires. M. Zevaès est rappelé à Tordre. On proteste de nouveau sur les mêmes bancs. M. Deschanel : u Vous ne m'intimiderez pas et ne m'empêcherez pas de faire mon devoir l » — Très bien ! au centre et à gauche), et que Tœuvre que nous allions entreprendre exigeait le concours de tous les républicains.

Quand le but est précis et qu'il ne varie point avec les méthodes ou avec les écoles, l'accord devient facile ; les controverses se taisent en présence d'un même devoir à remplir.

Mettre fin à des agitations dirigées, sous des dehors faciles à percer, contre le régime que le suffrage universel a consacré et qu'il saura maintenir ; exiger dans tous les services un concours fidèle {Applaudissemenls à l'extrême gauche et à gauche)^ le courage des responsabilités {Applaudissements sur les mêmes bancs), telle doit être la première préoccupation du gouvernement qui se présente devant vous.

«aO L'ANNÉE POLITIQUE.

l\ ne dépendra pas de lui que la justice n'accomplisse son œuvre dans la plénitude de- son indépen-^ dance. {Applaudissements sur les mêmes bancs, — if.' Lasies : « Gros malin, val » M. Lasies est rappelé à rdrdre.) Il est résolu à fatre^ respecter tous • les ^ri^fB; Ittie sait pas distinguer entre ceux q^ii onb la*red«u*» taUe mission de juger les hommes et, si le vœu du pays est avant tout écouté, c'est dans le silence et le respect que se prépareront ses décisions. {Très bieti /)

Au . premier rang des intérêts les plus étroitement liés à la conservation et à la dignité d'une nation, nous plaçons ceux de l'armée, que la troisième République a reconstituée sur des bases si fortes et si larges qu'elle est à la fois l'expression même, la sécurité et l'orgueil de la France. {Applaudissements à Vex-^ Mfhe gauche et à gauche») -

Nous pensons avec ses chefs les plus illutres et ses guides los' plus sûrs que Tinyiolable attachement à la discipline est la première et l'essentielle garantie de sa propre grandeur. (Applaudissements sur les mêmes îxmcs:) M. Lasies : « Vive le marquis ! » M. DéschaneP: « Vo« interruptions n'ajoutent rien à la force des idées. ») Nous entendons la défendre avec la même énergie et contre les sollicitations qui sont la plus imméritée des injures.

Nous souhaitons avant tout et comme tous ceux qui font de l'unité morale de la France la condition même du rôle civilisateur qui lui est assigné, que l'apaisement se fasse. {Exclamations ironiques sur divers bancs, M. Dauzon, s'adressant aux interrupteurs: « Il n'y en a pas un qui aurait le courage de faire Ce'que faille président du conseil I » On applaudit à' gauche; on proteste sur d'autres' bancs. M. Dauzon est rappelé à l'ordre.) Il se produira promptement si chacun, renonçant à se faire soi-même justice, à préparer ou à dicter des sentences, s'incline devant la loi.

Pour accomplir l'œuvre qui nous est dévolue et pour arrêter toutes les mesures qu'elle comporte, nous avons besoin du concours du Parlement et de toute sa confiance.

ir nous jugera sur nos actes, non sur des promeiS»»?.

C'est le mandat le plus large que nous so11icitaB9r c'est notre responsabilité la plus entière que . nous engorgeons devant vous.

Nous vous demandons de faire trêve aux discussions irritantes qui servent mal les intérêts du pays et de voter à bref délai les lois nécessaires au bon fonctiûn- Bement des services publics.

Si nos elTorts ne sont pas stériles, la République reprendra bientôt son œuvre de progrès économique et social, et nous croirons avoir rempli notre devoir, si nous avons de nouveau ouvert là vcTie (Une voixtau centre : « Au collectivisme ! ») à une politique faite, à l'exclusion de tout ce qui a divisé les républicains, de tout ce qui peut les unir. {Applaudissements à l'extrême (fauche et à gauche. — Rumeurs sur divers bancs.)

La lecture de cette déclaration, accueillie avec un médiocre enthousiasme, une fois terminée, la Chambre se trouva en présence de trois interpellations siir la politique générale du gouvernement. Ces interpellations avaient pour auteurs : la première, M. Ernest Roche, député socialiste nationaliste de Paris ; la seconde, M. Mirman, député socialiste indépendant de Rjeims ; la troisième, M. Viviani, dépoté socialiste collectiviste de Paris.

M. Paul de Gassagnac, auteur d'une quatrième interpellation, la retira, « ne voulant pas donner Toccasion à une majorité de se grouper autour du gouvernement ».

M. Ërne^t Roche qui prit le premier la parole dans le débat protesta contre un Cabinet qui n'avait été codslilué que pour liquider TafTaire Dreyfus. Il affirma que le prétexte, mis en avant, de la défense de la République n'était « qu'une tartulferie et qu*nn mensonge », car les ministres ne représentaient pas la République, « mai? un syndicat ».

M. Mirman prononça ensuite un discours qui

eut incontestablement le plus grand succès de la séance.

Il attaqua vivement le ministère en déclarant qu'il se caractérisait par deux hommes : M. le général de Galiiffet et M. de Lanessan.

Ayant rappelé que.M. de Lanessan avait été révoqué jadis par M. Delcassé de ses fonctions de gouverneur général de Tlndo-Chine pour avoir communiqué des rapports confidentiels à un journaliste, M. Ganivet, convaincu depuis d'avoir été « un maître chanteur de lapresse », M. Mirman demanda à H. de Lanessan « comment il trouverait dans son passé la force nécessaire pour imposer le respect à ses subordonnés ».

Puis après avoir attaqué le choix comme ministre de la guerre du général de Galiiffet, « dont Tépée est rougie jusqu'à la garde de sang républicain », M. Mirman conclut ainsi : « Lorsque la place sera débarrassée des hommes qui ont été les collabo* rateurs des Canivet et des Heinach, nous ferons rœuvre la plus large d'union républicaine. Nous ne pouvons pas discuter avec eux les mesures à prendre. »

« Les fripons et les meurtriers ne feront jamais partie de la famille républicaine. »

Rappelé à l'ordre pour celte dernière parole, M. Mirman céda la tribune à M. Yiviani, qui, après quelques mots violents à Tadresse du général de Galiiffet, se proclama prêt cependant à soutenir même les ennemis implacables du parti socialiste, quand il s'agissait de défendre Texistence même de la République.

Or, « le gouvernement ayant déjà sévi contre les soldats factieux et les magistrats », M. Yiviani déclara

qu*il lui donnerait son concours « en partageant les responsabilités prises si généreusement au milieu de tant de défaillances par son ami Hille-» rand».

M. Waldeck-Rousseau, président du conseil, avait, parait-il, Tintention de prononcer un grand discours dans lequel il expliquerait la singulière combinaison politique qu'il kvait élaborée.

Il renonça à ce dessein, en présence des vives attaques dirigées contre plusieurs de ses collègues et se borna à des explications assez peu décisives, hachées d'ailleurs par un grand nombre d'interruptions et qui Orent mal augurer les députés du grand talent oratoire, pourtant très réel, de M. le président du conseil.

M. Waldeck-Rousseau reconnut sans ambages « que sur un très grand nombre de questions économiques, chacun des membres du Cabinet avait des vues divergentes »*

Mais rinlérôt supérieur qui les réunissait tous était de grouper tous les républicains. Il fallait que Tarmés ne manquât pas plus longtemps à la loi du silence, puis que tous les fonctionnaires fussent respectueux de la loi constitutionnelle, « de l'emploi le plus haut à l'emploi le plus humble ».

M» Waldeck-Rousseau déclara avoir recherché le concours du ministre de la guerre si attaqué, précisément « parce qu'aucun général ne s'était incliné plus spontanément devant la Gonstilulion et n'avait élé en même temps plus inflexible en matière de discipline >>.

€ Que ceux qui ont une autre méthode que la nôtre, conclut le président du couseil, la proposent à leur tour.

234 L'AKNEE POLITIQUE.

(( En engageant leur responsabiiiié, ils dégageront la nôtre. »

Après ce discours, la clôture.ayant été pronoo<)éf, la Chambre fut appelée à voter.

MM. Hémon et de Maby, députés républicains du Finistère et de la Réunion, firent connaître qu-ils voteraient contre le gouvernement.

M. Zévaès, au nom du parti ouvrier françaif , déclara que, ne pouvant soutenir le gouvernemeiit à cause de la présence du général de GalUffet fi^u ministère, il slabstiendrait « pour ne pas voter av^c les amis de M. Méline ». M. Camille Pelletan fit u^ déclaration analogue. *

M. Henri Brisson sauva le ministère, à ce momeot fort compromis, en adjurant tpus ses amisdevojtar pour lui.

La Chambre, après avoir repoussé après pointagj^t par 27 i voix contre 248, Tordre du jour pur et simple, rejeté par le gouvernement, eut à se pronpi^cer sur la priorité d'un ordre du jour ain^i conçu de M. Brunet, député radical de la Réunion :

« La Chambre, ne pouvant compter pour pratiquer une politique républicaine que sur des républicains éprouvés, passe à Tordre du jour. »

Cet ordre du jour était, par sa rédaction et If s opinions avancées de son auteur, fort dangei^eux pour le Cabinet. ^

L» priorité n*en fut rejetée que par 13 v<»iX}4o majorité, par 292 suffrages contre 279.

L'ordre du jour de M. Péril lier, député radicul de Seine-et-Oise, « approuvant les déclarati «ns etlfs actes du gouvernement », fut adopté ensuite à 25 voix de majorité, par 262 voix contre 237.

La majorité ministérielle se décomposait aiost :

173 radicaux et radîoaux socialistes^ 34 soeialiales, 64 républicains progressistes et 8 membres da ministère.

La minorité qui avait voté contre le Cabinet se décomposait ainsi : 404 membres de la droite etralliés, 86 républicains progressistes, 32 nationalistes, 5 socialistes et 20 radicaux, la plupart à tendance nationaliste.

Enfin, en dehors des absents par congé, il y ava t eu 64 abstentions ainsi réparties : 30 sociaiisteçi, 43 radicaux et 38 républicains progressistes.

Au Sénat la déclaration ministérielle lue, dans la séance du 36 juin, par M. Monis, garde des sceaux, obtint Taccueil le plus enthousiaste.

M. Guyot, sénateur républicain du Rb6ne, présenta, aussitôt cette lecture terminée et sans qu*au6un débat se produisit, la motion suivante :

(( Le Sénat, prenant acte des déclarations du gouvernement et comptant sur sa vigilance et sa fermeté pour défendre les institutions républicaines et pour assurer l'ordre public, passe à l'ordre du jour. »

Cette motion fut adoptée par 487 voix contre 35 sur 342 votants, au milieu de vifs applaudissements et de cris de : < Vive la République I »

Le 37 juin, après un débat tumultueux, Ja Qbambre repoussa, par 397 voix contre 70^ l'urgence d'ane proposition de M. Paul Déroulède, tendant à la revision de la Constitution.

Le 39 juin, elle votât une motion présentée par M. Gautret, député républicain de la Vendée, aux termes de laquelle, la commission du budget, qui avait rapporté le budget de 4899, resterait en fonctions pour examiner et rapporter le budget de i9ûO.

Le 30 juin, H» Hilievoye, député nationaliste de Paris, demanda à interpeller M. Millerand, ministre du commerce, sur la manière dont il entendait appliquer ses doctrines socialistes dans son département ministériel.

Sur une réplique de M. Milterand, qui demanda à la Chambre d'attendre ses actes pour le juger, rinterpeilatlon Millevoye fut renvoyée à un mois.

Dans la même séance, M. Pourquery de Boisserin, député radical d'Avignon, hostile au cabinet Waldeck-Rousseau, déposa un projet de résolution invitant le gouvernement à ne pas clore la session « tant que le péril couru par la République n'aurait pas disparu ».

Le seul intérêt de cette motion, que son auteur retira après les explications du président du conseil, fut d'amener celui-ci à taxer « d'exagération le fait de déclarer que la République était en péril ».

Les graves événements politiques qui se déroulèrent pendant le mois de juin 1899 ne laissèrent pas aux Chambres le temps d'aborder d'importantes discussions législatives.

Cependant la Chambre adopta d*intéressantes propositions ayant pour but de compléter la loi sur les accidents du travail.

C'est ainsi que, le l*'^ juin, elle fut saisie par M. Gervais, député radical de la Seine, d'une proposition de loi ayant pour but de déclarer résiliés de plein droite par l'application même de la loi de 4898, tous les contrats d'assurance intervenus avant la mise en vigueur de cette loi.

Innovation grave, car elle faisait juge le pouvoir législatif de l'interprétation des contrats et empîé-

tait ainsi sur les attributions du pouvoir judiciaire.

C'est ce qu'avait mis en relief M. le garde des sceaux Lebret. Mais le rapporteur de la proposition, M. Audiffredy député républicain de la Loire, la soutint par cette raison « qu'elle montrerait la volonté du Parlement d*exécuter loyalement la loi du 9 avril 1898 ».

La Chambre adopta, à mains levées, la proposition de M. Gervais. Elle se trouva alors en présence de deux articles additionnels, le premier de M. Rose, député républicain du Pas-de-Calais, tendant à étendre la résiliation des contrats d'assurance même aux contrats souscrits depuis la loi du 9 avril 1898.

Combattue par le rapporteur, M. AudifTred, cette disposition fut néanmoins adoptée par 458 voix contre 43.

Restait l'autre disposition additionnelle, présentée par H. Goujon, député républicain de la Seine- Inférieure. Aux termes de cette disposition, la proposition Gervais et la loi de 1898 n'étaient pas applicables aux agriculteurs n'employant qu'accidentellement des moteurs inanimés.

M. Balsan (Indre) soutint que les mêmes charges devaient peser, en bonne justice, sur les agriculteurs et sur les industriels.

M. Hirman présenta alors un amendement décidant que les accidents causés par les machines agricoles, mues par des moteurs inanimés, seraient à la charge des chefs d'entreprise de ces machines.

Cette disposition fut votée par la Chambre dans sa séance du 8 juin. En cas d'indemnité due à une victime non salariée ou n'ayant pas un salaire fixe, la base de l'indemnité devait être calculée d'après le salaire moyen des ouvriers agricoles delà commune.

Puis la Chambre adopta un projet de résolution de M. Guieysse, sanctionnant des déclarations du gouvernement, aux termes desquelles celui<^ci s'en* gageait à déposer une demande de crédits extraordinaires pour le payement d'indemnités aux ouvriers victimes d'accidents pendant le mois de juin* 4899, la loi de 1898 (|ui avait dû entrer çn application dès, le l*"* juin ne devant être appliquée qu'à partir rdu i^' juillet.

Le Sénat appelé à se prononcer, dans sa séance du S2 juin, sur la proposition résiliant les contrats d'assurance, votée par laGhambre,ne Taccepla point.

Il lui en substitua une autre, présentée par M. Volland, sénateur de Meurthe-et-Moselle.

Cette proposition laissait, pendant un an, à partir de la promu igation de la loi, la faculté aux assu* reurs et aux assurés de dénoncer leurs polices d'assurances-accidents.

Passé ce délai, les polices non dénoncées devaient être régies par le droit commun.

La Chambre s'inclina devant le vote du Sénat en adoptant, à son tour, la proposition Yolland, dans sa séance du 27 juin.

Elle adopta le même jour, par 359 voix contre 493, un crédit supplémentaire de 50.000 francs pour l'application de la loi de 1898, relative aux accidents du travail.

Le Sénat adopta, de son côté, ce projet, dans la séance du 29 juin, par 235 voix contre 4.

Puis il adopta le même jour la proposition.de la loi votée par la Chambre, étendant Tapplicaiion de la loi de 1898 aux accidents causés dans les exploi* tations agricoles par l'emploi de machines à mo^ leurs inanimés.

JL'IN 1899. 239

Le 27 juin, la Chambre, après Dn court débat, prorogea jusqu'au 31 décembre 1900, Tapplication de la loi de décembre 1897,. autorisant les cornmtiiies à supprimer letirs droits d^octroi sur les boissons hygiéniques.

Le 'débat commencé au mois de mai, sur la situatimi de TAIgérie, repris, le 9 juin, par d'intéressantst discours de MM. Albin Rozet, Viviani et Laferrière, gouverneur général de l'Algérie, Fut ensuite, le 29 juin, renvoyé à la rentrée d'octobre.

Le dt^bat commencé sur «les conditions du travail » fût aUHsi, le 29 juin, remis à une date ultérieure.

Plusieurs propositions intéressantes furent encore addptées par la Chambre pendant le mois de juin.

Le'8 juin, fut adoptée la proposition do loi votée au Sénat, par laquelle l'application de la loi de 1897 sur rins^ruction judiciaire contradictoire était étendue aux conseils de guerre.

Le 9 juin, M. Jean Cruppi, député de la Haute- Garonne et ancien avocat général à la Cour de cassation, eut l'heureuse fortune de faire adopter, sans débat et presque d'enthousiasme, par la Chambre une proposition de loi qu'il venait de déposer et qui avait pour but d'étendre Tinstruction contradictoire à la procédure organisée 'devatit la chambre 'des •m'ises en accusation.

La ChambVe' consacra une partie de ses séances des 29 et 30 juin, à discuter et à adopter une très întéressanteréforme,présentéeégalement par iVl. Jean Cruppi : la réforme des expertises légales.

Comme le dit éloquemment l'auteur de la proposition, les experts étaient trop, jusqu'à ce jour, « les experts du juge », qui seul les désignait. Il fallait rendre l'expertise contradictoire : à l'expert de Tac-

cusalion s'opposerait Texpert de Taccusé. En cas de désaccord entre ces deux experts, un tiers expert devait les départager.

Telle était Téconomie de cette proposition de loi votée le 30 juin par la Chambre.

Enfin, dans cette même séance du 30 juin, la Chambre adopta, après un fort intéressant discours de M. Yiviani, député socialiste de Paris, une proposition de loi accordant aux femmes, munies des diplômes exigés, le droit d'exercer la profession d'avocat.

Toute Targumentation de M» Yiviani peut se résumer dans cette phrase de son discours : a On permet aux femmes l'accès des facultés de droit. Il faut bien leur donner le moyen de « tirer parti des diplômes qu'elles y acquièrent ».

319 voix contre 174 se prononcèrent pour la proposition*

Une élection législative eut lieu, le dimanche â5 juin, dans la 2*^ circonscription de Valence, déparparlement de la Drôme.

Elle donna les résultats suivants :

Inscrits : 23.409. — Votants : 16.171,

MM. Chabert, radical 10.001 Élu,

Octave Servan, républicain .... 5.847

Il s'agissait de remplacer M. Bizarelli, élu sénateur en remplacement de M. Loubet, Président de la République.

M. Bizarelli, qui occupait ce siège depuis 1878, avait été réélu, le 8 mai 1898, par 11.398 voix sans concurrent.

GHàMBRB : Vote des quatre contributions. Motion de M. Fernand Brun, député radical du Cantal, on faveur de l'impôt sur le revenu.

Adoption de deux crédits pour le service des postes et télégraphes.

Adoption d'un projet de loi prorogeant le privilège de la Banque d'Algérie.

Adoption d'un projet de loi sur le casier judiciaire et la réhabilitation de droit.

Adoption d'un projet de loi accordant une pension annuelle de 50 francs à chaque tirailleur sénégalais ayant fait partie do la mission Marchand.

SÉNAT : Vote de ces divers projets de loi.

Chambre : Question de M. Paul Beauregard, député républicain libéral de la Seine, au ministre du commerce, sur l'introduction par décret dans les cahiers de charges des travaux de l'État, dos départements et des communes, de certaines conditions du travail.

Clôture de la session parlementaire.

Retour en France du capitaine Dreyfus.

Instructions données par lo gouvernement pour son procës.

Nomiq^tion au gouvernement militaire de Paris, du général Brugère, inspecteur d'armée, en remplacement du général Zurliuden.

Mesures disciplinaires prises contre M. Syveton, professeur au lycée de Reims, trésorier de la Ligue de la Patrie française, et contre le capitaine G.u3'ot de Villeneuve.

Nomination du général de Pellieux à Quimper.

Révocation du général de Négrier de ses fonctions d'inspecteur d'armée et de membro du conseil supérieur de la guerre. — Motifs de cette mesure de rigueur.

Télégrammes échangés entre l'ompereur d'Allemagne et le Président de la République française.

Scission dans le parli socialiste. Manifeste contre le socialisme ministériel. — Congrès d'Kpornay.

Ouverture du procès Dreyfus à Rennes. Communication à huis clos dos dossiers secrets diplomatique et militaire. Dépositions de M, Casimir- Perier, ancien Président de la République, et de M. le général Mercier, ancien ministre de la guerre. Dépositions du colonel Maurel et du capitaine Freystœlter. Tentative d'assassinat sur M« Labori, l'un des défenseurs de Dreyfus.

Arrestation de M. Paul Déroulède et d'un grand nombre de personnes inculpées de complot et d'attentat contre la sûreté de l'État. M. Jules Guérin s'cntermo rue de Chabrol à Paris dans une maison

.242 • i;année politique.

désignée depuis sous le nom de fort Chabrol. — Troubles graves à l'instigation des anarchistes, conduits par Sébastien Faure. Exhibition du drapeau rouge. Pillage de l'église Saint-Joseph.

Décision du gouvernement de constituer le Sénat en Haute-Cour de justice pour coniftiître du complot et de l'attentat.

Voyage de M. Delcassé, ministre des affaires étrangères, à Saint- Pétersbourg.

Session des conseils généraux. *

Élections législative et sénatoriale partielleé. '

Lintenlion du tnînistère Waldeck-RoasKeaa était de bàier la date de la réparation des Chambres dé manière à pouvoir profiter dés vacances parlementaires pour exécuter les diverses mesures qo*il projetait, f^ans avoir à subir à ce sujet le cûhiréle immé<tiat du Parlement.

La Chambre des députés ne mit aucun obstacle à la réali.»»ation de ce projet.

Elle expédia en une seule séance^ celle du 3 juillet, le vote il es quatre contributions. M. Marcel Habert, député nationaliste, eut Tindiscrétion de demander aux partis avancés ce qu'ils avaient fait dé leurs récents programmes de réformes fiscales : impôt sur le revenu, réforme des portes et fenêtres, réforme des patentes.

M. Cariiille Pelletan, rapporteur général du budget, habituellement plus pressé» répondit « qu'il avait l'espoir de voir aboutir ces réformes tant attendues ».

Mais, afin de ne pas créer d'embarras au ministère, les radicaux et socialistes votèrent les quatre contributions sans modification.

Pour laisser toutefois quelque « espérance », comme Tavait dit M. Pelletan, aux électeurs qui avaient foi dans l'excellence de l'impôt sur le revenu, M. Fernand Brun, député radical de la Corrèze, demanda a la Chambre le vote d'un projet de réso-

lution « invitant la commission de Timpôt sur le revenu à rapporter dès le -début de la session extraordinaire de 1899 les projets et propositions qui lui ont été soumis ».

Malgré i^opposition de M. Rouvier, ancien ministre des finances et président de la commission dite de rimpôt sur le revenu, ce projet de résolution fut adopté par 290 voix contre 207.

Dans cette séance (3 juillet), la Chambre adopta ^ieux demandes de crédit, Tune de I.SOO.nOO francs pour améliorer le matériel du service ambuia >t des postes, l'autre de 1.700.000 francs pour la création d'un bureau central téléphonique dans la région sud-ouest de Paris.

.Elle adopta également, le 3 juillet, un projet de loi prorogeant le privilège de la Banque d'Algérie jusqu'au 31 octobre 1900, et un projet de loi, voté déjà par le Sénat, sur lé casier judiciaire et la réhabilitation de droit.

Elle décida aussi l'attribution d'une pension annuelle de bO francs à chaque tirailleur sénégalais ayant fait partie de la mission Marchand.

Tous ces projets ou propositions de loi furent ratifiés par le Sénat dans sa séance du 4 juillet. Mais la Haute-Assemblée, en adoptant le projet des quatre contributions, ne se joignit pas à la Chambre pour réclamer, comme celle-ci l'avait fait, une prompte solution de la question de l'impôt sur le revenu.

Un dernier débat important s'engagea à la Chambre avant la clôture de la session.

La Chambre avait commencé, au mois de n^ai, sous le ministère Dupuy, la discussion d'un projet et de diverses propositions de loi concernant les conditions du travail dans les entreprises de TEtat, des

départements et des communes; M, Pierre Baadin, alors rapporteur de ces projets, s^était mis d*accord avec le précédent Cabinet sur diverses conditions k rendre désormais obligatoires pour les travaux de rÉtat, et facultatives pour les travaux des départements et des communes. M. Pierre Baudin était devenu, depuis, ministre des travaux publics. MM. Waldeck-Rousseau et Millerand furent alors entendus, le 4^^ juillet, par la commission du travail de la Chambre. Ils firent connaître à cette commission la résolution du gouvernement de ne pas attendre la fin delà discussion du projet de loi, déjà commencée, et d'introduire, par décret, dans les cahiers des charges des travaux de TÉtat les conditions que le projet de loi voulait prescrire législativement :

Ces conditions portaient :

i^ Un jour de congé hebdomadaire;

2^ La fixation de la proportion des ouvriers étrangers;

3^ La fixation de la durée des heures de travail;

4^ La détermination, par région, d*un salaire moyen d'après les usages locaux;

Seules les sanctions pénales, ne pouvant être déterminées par décret, demeureraient réservées.

Cette ré.^olution du gouvernement souleva au Parlement et dans la presse de vives controverses.

Il apparut que, puisque le Cabinet précédent et la commission du travail avaient jugé indispensable l'élaboration d'un projet de loi fixant les conditions du travail, il était étrange que le nouveau ministère interrompit la discussion déjà commencée de ce projet de loi en soustrayant aux votes des Chambres, pour les trancher par slm.ple voie de décret, d'aussi importantes questions..

Quinze joars avant d'être ministre des travaux publics du cabinet Waldeck-Rousseau, M, Baudin avait manifesté dans son rapport sur les conditions du travail cette opinion « que la jurisprudence formelle du Conseil d*Etat ayant toujours considéré comme contraire à la loi Tinsertion, dans les cahiers des charges des travaux à exécuter pour l'État, les départements et les communes, de clauses et conditions relatives au salaire et à la durée du travail journalier, il fallait une loi » pour autoriser ces conditions*

L'entrée de H. Millerand, chef parlementaire du socialisme collectiviste, dans les conseils du gouvernement eut pour effet de bouleverser sur ce point les opinions qui semblaient les mieux assises.

C'est qu'en prenant sa part des responsabilités gouvernementales, M. Millerand entendait en tirer pour sa politique propre quelques avantages.

Il est certain que ce n'était pas un mince succès pour ce ministre socialiste, à peine arrivé au pouvoir^ d'enlever aux Chambres l'examen d'une question qui n'eût pas manqué d'y être longuement débattue et de la trancher par un décret, précédé par une assez audacieuse ironie d'une délibération du même Conseil d'État qui avait toujours considéré jusque-là comme illégales les conditions du travail, contenues dans ledit décret.

C'est cependant à cette procédure que le gouvernement s^arrèta.

Interrogé le 4 juillet à la Chambre, par M. Beauregard, député républicain libéral de Paris, qui rappela que le Conseil d'Etat avait considéré qu'on ne pouvait modifier la loi de 170| sur la liberté des contrats, en matière de travaux publics, que par

t46 L'ANNÉE POLITIQUE.

une loi, M. Millei'and, minislre du cammerce, s'efforça de démontrer que la réglementation par voie 'de décrets était à Tabri de tout reproche. Il prétendit justifier celte irèglemen ta tion au moyen de décrets par cette raison qu'il n'établirait pas de salaire minimumy mais seulement un salaire normal et courant. D'ailleurs, le ministre n'entendait pas rendre les diverses conditions du travail obligatoires, mais seulement facultatives pour les communes.

Enfin, ces conditions du travail étaient déjà réglementées par des décrets, entre autres ceux de 4837 et de 1882.

Le gouvernement avait donc le droit de modifier ces décrets par d'autres décrets. Il devait d'ailleurs consulter préalablement le Conseil d^État.

Il y avait dans ce langage du ministre socialiste une équivoque. Car si le Conseil d'État avait annulé les clauses et conditions du travail insérées jusque-là dans les cahiers de charges, c'était pour Tunique raison que ces clauses étaient contraires au principe général de la liberté des conventions. Mais ce principe général, respecté et mis en œuvre par les décrets de 1837 et de 1882, allait être profondément atteint par les décrets annoncés par M. Millerand. i}r,A\ est de toute évidence qu'un simple décret ne peut pas aller à rencontre d'un principe général hiapirant toute une législation.

C'était le cas ou jamais pour un Parlement de justifier son utilité et d'exercer ses prérogatives.

Après une courte réplique de M. Beauregard au ministre du commerce, M. Georges Graux, député^ républicain du Pas-de-Calais, demanda à transformer la question en interpellation.

JUILLET-AOUT 1899. Ml

A la demande iSe M. Waldeck- Rousseau, président du conseil, qui jugea le débat « épuisé..», U Chambre, par 388 voix contre 486, renvoya à un mois l'interpellation de M. Georges Graux.

Aussitôt M. Waldeck^Rouasean monta à la tribune et donna lecture du décret de clôture de la session.

Accueilli par de vives protestations des députés nationalistes, Lasies et Paulin Méry, M. le président du conseil fut salué par plusieurs salves d'applaudissements de Textréme gauche et d'une partie de la gauche.

Au- Sénat, la session fut close le même jour sans incident.

Le ministère avait désormais devant lui quelques mois de répit^ qu*il comptait mettre à profit pour agir.

Le capitaine Dreyfus était rentré en France le 1®' juillet. Il avait débarqué au milieu de la nuit à Port-Haliguen, près Quiberon, du bateau le Sfax, qui était allé le chercher à la Guyane.

Le débarquement avait déconcerté Ips nombreux journalistes qui depuis plusieurs jours guettaient l'arrivée du prisonnier, soit à Brest, soit à Lorient. Aucun incident ne s'était produit, ni à Qniberon, ni à Rennes, où le capitaine Dreyfus, avait été incar céré le même jour (1®"' juillet), en attendant sa comparution devant le conseil de guerre.

Qui eût pu croire quelques mois auparavant^ au milieu des passions alors déchaînées, que ce retour de l'homme dont le nom seul avait soulevé tant de furieuses polémiques s'accomplirait sans la moindre manifestation sur toute l'étendue du territoire?

Le capitaine Dreyfus, considéré depuis Tarrèt de revision de la Cour de cassation comme un simple prévenu, put recevoir, dès son incarcération, la visite de ses avocats.

M. Quesnay de Beaurepaire, qui avait conduit dans VEcho de Paris la campagne de presse que l'on se rappelle, demanda à être entendu comme témoin au procès de Rennes. Il annonça à ses lecteurs que son désir d*étre appelé à témoigner provenait des nomlueuses preuves que, par une enquête personnelle, il avait pu recueillir au sujet de la culpabilité de Dreyfjs. M. Quesnay de Beaurepaire fit même le voyage de Rennes pour soumettre ses.raisons au président du conseil de guerre appelé à juger le capitaine Dreyfus.

Mais le président du conseil de guerre décida que M. Quesnay de Beaurepaire ne serait entendu comme témoin que sur le fait dont la Cour de cassation avait renvoyé la connaissance à ce conseil de guerre.

Or, M. Quesnay de Beaurepaire n'ayant sur ce point (le bordereau) aucune lumière spéciale, son témoignage n'avait plus de raison d'être.

Le ministre de la guerre adressa de son côté au commissaire du gouvernement près le conseil <le guerre de Rennes des instructions précisant le point sur lequel — en vertu de l'arrêt de la Cour de cassation — devaient porter ses réquisitions. Ce point était celui de savoir si les documents énumérés au bordereau avaient été livrés par Dreyfus. Le commissaire du gouvernement ne pouvait citer que des témoins dont la déposition se rapporterait à ce fait. Le communiqué officiel résumant ces instructions ajoutait que « bien que le ministre ait le droit de tracer au ministère public des réquisitions écrites,

la plus entière liberté à cet égard était laissée au commissaire du gouvernement ».

Le ministère Waldeck-Rousseau, au lendemain de la séparation des Chambres, commença le 7 juillet l'exécution de nouvelles mesures de rigueur par le remplacement au gouvernement militaire de Paris du général Zurlinden, ancien ministre de la guerre, par le général Brugère. Aucune raison spéciale ne fut donnée de ce remplacement, qui n'avait pas d'autre motif apparent et, sans doute aussi, réel, que les rancunes que le général Zurlinden avait soulevées contre lui dans les milieux révisionnistes par son attitude dans le cabinet Brisson en 1898.

Le général Brugère, nouveau gouverneur militaire de Paris, était inspecteur d'armée et membre du conseil supérieur de la guerre. Le général Zurlinden demeura membre du conseil supérieur de la guerre, bien qu*il se trouvât sans commandement.

Le 10 juillet, M, Georges Ley^ues, ministre de rinstruction publique, suspendit provisoirement de ses fonctions de professeur d'histoire au lyeée de Reims M. Syveton, trésorier de la Ligue de la Patrie française.

Celui-ci avait eu le tort, ayant été invité à rejoindre son poste, à Reims, de critiquer devant ses élèves l'ordre auquel il avait dû obéir et de faire dans sa classe des lectures accompagnées de commentaires touchant à la fondation de la Ligue de la Patrie française.

Traduit devant le conseil académique le 18 juillet, M. Syveton fut frappé de la peine de la suspension pendant un an et un jour, avec 100 francs de

traitement pour toute cette année, pour a voir , « en introduisant des polémiques dans son enseignement, manqué à la neutralité exigée par les lois ». Aussitôt, un ofQcier, M. le capitaine Goyot de Villeneuve, adressa à M. Syveton, en rendant public par la voie de la presse cet envoi, un chèque de 4.800 francs, montant du traitement dont le professeur se trouvait privé par sa suspension. Celui-ci versa la somme à la Ligue de la Patrie française, et le capitaine Guyot de Villeneuve fut frappé, pour cet envoi public d'argent à un professeur puni disciplinairement, de soixcinte jours d'arrêts de rigueur, infligés, le 95 juillet, par le général de Galli£fet, ministre de la guerre.

Le même jour, au conseil des ministres, il fut décidé que le général de Peliieux serait envoyé prendre le commandement de la brigade dlnfanterie de Quimper.

L*enquête faite par le général Duchesne, inspecteur d'armée, sur la manière dont le général de Peliieux avait conduit Tinstruction judiciaire ouverte en 1898 contre Tex-commandant Ësterhazy, n'avait pas abouti à des conclusions défavorables au général de Peliieux, mais le gouvernement résolut cependant de lui donner un commandement éloigné de Paris.

La mesure de rigueur la plus grave, décidée aussi au conseil des ministres du 25 juillet, fut celle prise contre le général de Négrier, inspecteur d'armée et membre du conseil supérieur de la guerre, qui, par décret du 25 juillet, fut relevé de ces deux fonctions.

JUILLET-AOUT idW. 254

La ràkon de cette douloureuse mesure était, paraitHl, la suivante. Le colonel du 40* régiment d'infanterie, à ÀBXOnne, avait réuni ses orficiers et après leur avoir annoncé « qu'il avait une grave communication à leur faire », avait ajouté ceci : « En raison des attaques dirigées contre Tarmée par certaines feuille?, les généraux membres du conseil supérieur de la guerre se sont concertés. Ils ont pris le parti en face d'un gouvernement qui tolère tous ces outrages d'attendre la fin du procès de Rennes, et, dès le lendemain du procès, de tenter auprès du gouvernement une démarche collective pour faire cesser ces attaques.

« Si le gouvernement continue à les tolérer, les généraux agiront. » Informé du langage tenu par le colonel du lO*" régiment d'infanterie, le général de Galliff'et le fit venir et lui demanda s'il avait reçu des ordres pour parler ainsi. Le colonel lui répondit qu'il avait en effet reçu des ordres de son générai inspecteur, le général de Négrier.

Celui-ci, interrogé à son tour par le ministre, reconnut qu'il avait recommandé à divers chefs de corps de rassurer leurs officiers par une allocution conçue d'une manière générale dans le même sens que celle prononcée par le colonel du 10* régiment d'infanterie.

Il remit d'ailleurs au ministre un texte d'allocution qu'il avait rédigé à Tusage de divers chefs, placés sous ses ordres, texte qui, parait-il, ne différait pas sensiblement du texte des paroles prononcées par le colonel du 10* régiment d'infanterie.

Le ministre de la guerre s'était alors décidé à frapper le général de Négrier. En faisant connaître par un communiqué à la presse cette mesure de

rigueur, le général de GallifiTet eut soin d'ajouter qu'il s'était convaincu, par son enquête, « que les membres du conseil supérieur de la guerre dont le général de Négrier semblait considérer le concours comme lui étant acquis, n'avaient jamais fait un acte, ni prononcé une parole, permettant de produire une pareille affirmation ».

Un événement qu'il convient de retenir se produisit au mois dé juillet (le 6) à Bergen (Allemagne).

L'empereur d'Allemagne Guillaume II vint visiter officiellement le croiseur-école d'application des aspirants de marine français, Vlphigénie^ qui mouil* lait dans les eaux allemandes.

A la suite de celte visite, la première faite par un souverain allemand sur un navire français depuis la guerre de 4870, l'empereur d'Allemagne adressa à M. le Président de la République française le télégramme suivant :

Bergen, 6 juillet, 1 h. soir.

Président de la République françaisey Paris.

J'ai eu le plaisir de voir sur le croiseur-école Iphigéniey les jeunes marius français, dont la tenue militaire et sympathique, digne de leur noble patrie, m'a fait une vive impression.

Mon cœur de marin et de camarade se réjouit de raccueil gracieux qui m'a été fait par le commandant, les officiers et l'équipage.

Je me félicite, monsieur le Président, de cette heureuse circonstance qui m'a permis de rencontrer l7/)/i/f/énie et vos aimables compatriotes.

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