‹ L'année psychologiqueChapitre 101 sur 205 · LANGAGE · texte numérisé non relu

LANGAGE

ANTOINE ALBALAT. — Le Travail du stylo, enseigné par l récitons manuscrites des grands écrivains. — In- 18*^, 306 p. Colin, 1903.

Ce livre, d'une lecture très attrayante, relève à la fois de i chologie et de la pédagogie. Psychologiquement, je le trouve lent; au point de vue pédagogique, peut-être prôte-t-il le flanc des objections.

Sa valeur psychologique tient à ce qu'il nous expose, di raccourci extrêmement intéressant, les principaux modes c rection de Chateaubriand, Flaubert, Bossuet, Pascal, J.-J. Roi Montesquieu, Malherbe, La Fontaine. Boileau, Racine, Victor Balzac, Fénelon, Stendhal, Massillon, George Sand, Th( Gautier, etc. L'auteur ne reproduit pas des fac-similés de man et c'est dommage, mais il nous donne de longues citations p tant de comparer la première rédaction et le texte corrigé. I mieux qu'un intérêt anecdotique; on comprend, en lisant; vement toutes ces citations, la supériorité fréquente de la < tion sur le premier jet, qui est d'ordinaire plus simple ( banal. Ceci n'est pas indifférent à savoir pour la psycholc l'idéation. Et l'auteur en tire cette conclusion qu'il faut beî travailler son style. Maintenant, voici l'objection : les prescr d'Albalat relativement à l'art d'écrire, d'éviter les répétitif mots et les allitérations, sont un peu superficielles, je dirai pr naïves. Le style me paraît un effet, une conséquence des f qu'on a, et, à part une petite cuisine de langue qui me pari simple, la beauté du style tient essentiellement à sa conf avec une pensée de valeur. C'est ce que M. Albalat paraît o Mais je ne veux pas terminer sur cette critique, et je répèt vrage très intéressant, très suggestif, surtout pour des psycho

Alfred Binet.

lUDGE. — Noter, tho Egyptian Word for God. gyptien de Dieu). — Monist, juillet 1903, XIII, 4,

éroglyphique la plus ancienne pour représenter ;ite hache, probablement symbole de force phy- , Neter suggère l'idée d'existence pour soi, de uire la vie, de la renouveler indéOniment.

Contributions à Tétade expérimentale de la douleor {Recherches aifjèsimétriques). — Bulletin de l'Acad. royale de Belgique, classe des sciences, n^ 2, p. 199-282, 1903.

Au moyen de Talgésimètre du D' Chéron, nous avons pu entreprendre toute une série de recherches sur la douleur au laboratoire psychologique Kasimir (Université de Bruxelles).

On sait que les algésimètres à poids sont venus remplacer heureusement les faradimètres comme mensurateurs de la douleur. Grâce aux nouveaux procédés il est possible de mesurer non pas la résistance à la douleur, mais le seuil de la sensibilité dolorilique. Cette dernière appréciation est extrêmement rigoureuse.

L'n mot sur Talgésimètre de Chéron. Il s'agit de savoir de combien de millimètres et avec quel poids en pression devra, s'en foncer une pointe en métal dans les tissus pour provoquer la douleur. La pointe est enfermée dans un tube-gaine et mue par un piston rerouvert d'un cylindre divisé en grammes; aussitôt que Ton exercera une pression, la gaine portant une fente avec goupille s'élèvera et la pointe pourra s'enfoncer dans la peau. L'enfoncement de l'aiguille sera indiqué sur un cadran situé à la partie supérieure de l'instrument, et dont l'aiguille est solidaire de tous les déplacements du tube-gaine. En même temps on lira sur le cylindre la pression qui aura été exercée. Le piston est divisé de 25 à 550 grammes. Le cadran indiquant l'enfoncement de la pointe est divisé en 50 parties, et chaque division correspond à 1/10 de millimètre d'enfoncement de la pointe. L'aiguille faisant le tour du cailran -indique que la pointe s'est enfoncée de 5 millimètres.

L'expérimentateur saisit l'instrument par sa partie moyenne et raf»plique bien perpendiculairement h la région explorée. H exerce une pression légère jusqu'au moment où le contact ayant passé par la sensation du désagréable, la douleur est apparue nette. Le sujet prononce alors le mot : assez! et l'instrument est aussitôt enlevé. Chaque exploration dure plusieurs secondes; ce temps est nécessaire au sujet pour concentrer son attention et permet à l'expérimentateur d'arrêter l'instrument dès que le sujet a donné le siiinal d'arrêt. Un aide lit chaque fois le seuil de la douleur sur le cadran et le marque silencieusement pour ne pas troubler le sujet. Chaque expérience comprend dix piqûres.

Le sujet est bien averti (ju'il ne s\njrit pas cl*une mesure de la résistance à la douleur, mais d'un minimum perceptible de douleur. En général deux ou trois expériences préliminaires sont nécessaires; mais certaines pei*sonnes s'analysent fort bien dès ta pr«*miére expérience, et la régularité des chiffres qu'elles présentent est remarquable.

Le seuil de la douleur se prête à une analyse tri>s précise. La douleur apparaît d'une façon soudaine, elle semble être une sensation nouvelle et elle succède au contact. Cette brusque apparition de la «iouleur permet d'en bien faire l'analyse. La sincérité des sensations du sujet est d'ailleurs contn*)lée par l.i l'égularité des chiffres obtenus. Le seuil de la douleur n'est certes pas invariable; il subit des modifications journalières et fonctionnelles, comnn'

Algésimètrc de Ctiéron. Il diffère de celui décrit dans lo texte, en ce que la jiradiiation ost sur le luhe et non sur un cadran.

nous allons \o voir: mais outre qu'on peut très bien détmuiner une t(»|>oi;ra|)hie «le la diaileur suivant les réirions, c»n est frappt* «le runiforniité des «hiffres «jue ]u^ésentent certaines personnes sensibles dans une seul»* ot mènic séance. Nous croyons par consé- «lucnt «|ue le man(iue de précision dans ranalys<î des sensations (l(»loriti(iues ne s'étend (ju'aux douleurs fortes, mais quand il s'a^zit (le la «létcnnination du seuil, les mesures deviennent très précises.

1)«' cette façon nous sommes amenés à consi<léi'er l'exauien alirésiniélriciue comme un procédé relativement facile et rapide d'exploration psycliologi«[ue. Nous croyons qu'il est <lestiné à entrer iaf>idfnu?nt dans la pratique courante des lal)oratoir<*s de i»sycholuiiie expérimentale. Ses applicatiims à la clinique seront aussi très nombreuses. Et si nous avons insisté si lonimement sur sa technique, c'est pour appeler r;ittention des psychologues et des médecins sur les services que pourra leur rendn* l'algésimètre, instrument facile à appliquer et très maniable.

Nous n'avons pas non plus néi:li.£;é l'introspection dans ces recheiili''s. A côlé dcs indications ak'ésimétriques, qui servent en •juelque sorte à ohjectivi'r le sen^ <ie la douleur, nous avons souv.-nt inlerroiié 1rs sujets sur les sensations perçues «q nous avons l'ail cette analyse sur nous-mêmes. Le seuil dt? la douleur ne corrosjumd pas toujt'uvs à uue Tï\è\we douleur. Nous avons mentionné

que lapparition de la douleur était soudaine. Or, le seuil de la douleur correspoad à une douleur plus forte : 1^ chez les personnes en général plus sensibles; 2° chez la même personne pour les régions plus sensibles; 3'* chez la même personne et pour la même région, mais quand, sous l'influencf* d'une cause psy<*hique ou physiologique, la sensibihlé à la douleur est augmentée. Il en résulte quelquefois ce fait, en apparence paradoxal, que, pour le même enfoncement de la pointe, la douleur peut être plus ou moins vive chez la même personne et pour la même région, et que même, dans certains cas, la douleur peut être plus vive pour une piqûre moins profonde que pour une piqûre plus profonde. En général, quand la sensibilité à la douleur est très affinée, la piqûre paraît beaucoup plus aiguë; elle est comparable à « une piqûre de guêpe »» suivant l'expression des sujets, ou bien encore « la pointe parait plus fine ». Certaines pereonnes sensibles accusent après IVxpérience une douleur consécutive, des picotements, du chatouillement.

Après ces préliminaires, indispensables pour montrer la technique et la méthode que nous avons adoptées, nous allons passer à l'exposé des résultats de nos études.

1. Ije Casymétric dolorifique, — On sait qu'il existe une asymétrie qui s'étend à tous les organes des sens. Van Biervliet, de Gand, a démontré que chez le droitier c'est le côté droit qui est favorisé en ce qui concerne le sens musculaire, l'audition, l'acuité visuelle et le sens tactile. Chez le gaucher c'est le côté gauche qui l'emporte. Le rapport des deux côtés est une constante. Si l'on représente par iO la sensibilité du côté le plus développé, il faut exprimer environ par 9 la sensibilité du côté opposé. Or, chaque moitié du corps étant sous la dépendance de l'hémisphère du côté opposé, il en résulte que chez le droitier c'est le cerveau gauche qui est plus développé, tandis que le gaucher accuse un développement plus considérable du cerveau droit. Toulouse et Vaschide on fait cette étude pour les sensations olfactives. L'asymétrie olfactive est au profit de la narine gauche chez les /Iroitiers. Mais comme de nombreux faits paraissent démontrer la non-décussation des nerfs olfactifs, les asymétriques olfactifs droits seraient analogues aux gauchers des autres sens, puisqu'ils sentiraient avec le cerveau droit.

D'autres travaux, notamment ceux de Ferrari, Patrizi, Féré, Cavani, ainsi que les nouveaux travaux de Van Biervliet, ont établi de fa«;on certaine que, d'après la prédominance du cerveau gaurhe ou du cerveau droit, l'on peut établir une distinction entre deux types essentiellement différents : le droitier moteur, qui est en même temps le droitier vaso-moteur, le droitier sensitif et h» droitier psychique; et le gaucher moteur, qui est en même temps le gîiucher vaso-moteur, le gaucher sensitif et le gaucher psychique.

Nous avons voulu nous rendre compte si cette asymétrie, si bien étudiée pour les divers organes sensoriels, s'étendait aussi au sens de la douleur. Dans cette étude, nous avons donc \iow\%w\\\ ww

464 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES i

double but : fournir une contribution à la question de rasymétrie sensorielle, en lu poursuivant dans un domaine encore inexplné; deuxièmement, y trouver quelques indications sur Texistence oi la non-existence des centres et des nerfs dolorifiques.

Pour étudier la sensibilité à la douleur du côté droit et du côté gauche, nous avons toujours choisi deux régions exactement symétriques. Nous avons fixé notre choix sur une région située kktfiitt antérieure de V avant-bras, côté cubital, au-dessus du poignet. Chaque expérience comprenait iO piqûres du côté droit et lU piqûres di côté gauche. Nous avons expérimenté sur 52 personnes, pour U plupart étudiants à TUniversité de Bruxelles, et nous avons fait 400 expériences de chaque côté, soit 8 000 piqûres. Ces recherches ont été poursuivies pendant trois années consécutives.

Parmi les 52 personnes étudiées se trouvaient 13 dames. Noos avons mesuré aussi la force dynamométrique pour distinguer les droitiers des gauchers. Ces derniers étaient au nombre de 14 (ce nombre considérable de gauchers n est pas accidentel» mais dû i un triage).

Les 52 personnes étudiées se répartissent de la façon suivante :

1<> Deux personnes presque insensibles à la douleur mesurée à Talgésiraètre;

2<* Trois personnes plus sensibles à droite, mais en toute certitude on ne peut Taffirmer que pour une personne, les deux autres sujets n'ayant pu être étudiés à fond.

3^ Quarante-sept personnes plus sensibles à gauche, aussi bien les droitiers que les gauchers.

La sensibilité à la douleur de la région étudiée est représentée par 10,0 pour l'avant-bras droit et 14,2 pour Tavant-bras gauche, c'est-àdire qu'il faut un enfoncement de 16,0 dixièmes de millimètres de la pointe pour éveiller la douleur à droite, et un enfoncement moindre, de 14,2 dixièmes de millimètres pour éveiller la douleur à gauche.

Or, il se trouve que le rapport de 16,0 à 14,2 est environ celui de iO à 9.

Si Von représente par 40 la sensibilité à la douleur du côté gauche, le plus sensible^ il faut représenter par 9 la sensibilité à la douleur du côté droit, le moins sensible.

Ce rapport est le même que Van Biervliet trouva pour la sensibilité musculaire, auditive, visuelle et tactile; mais tandis que pour toutes ces sensibilités le rapport est renversé chez les gauchers, nous n'avons pas ce renversement pour la sensibilité à la douleur. Pour la douleur, les droitiers aussi bien que les gauchers sont plus sensibles à gauche.

Quelques observations de ce genre n'avaient pas échappé aux auteurs (Mac Donald, Swift, Carman), bien qu'ils ne nous disent pas si les sujets étaient gauchers ou droitiers. En nous plaçant au point de vue de l'asymétrie sensorielle, il nous a été possible de donner à ce fait (sensibilité dolorifique plus grande à gauche) une portée tout à fait générale, l'exprimer par une loi numérique et la trouver valable aussi bien pour les droitiers que pour les gauchers.

En expérimentant sur quelques autres régions (pulpe des doigts, LOS de la main, tempe) nous avons aussi trouvé une sensibilité loîoriftque plus grande à gauche.

Il existe encore d^autres arguments qui nous permettent d afirmer que, chez presque tous les sujets, la sensibilité à la douleur •si plus accentuée à gauche qu'à droite. C'est la qualité de la doueur. Du côté gauche, non seulement le seuil est beaucoup plus louloureux, mais l'aiguille paraît plus fine. Les sensations conséutives (douleur, picotements, démangeaisons) sont aussi plus ortes du côté gauche. A ce point de vue les gauchers ont accusé es mêmes sensations que les droitiers.

2. Topographie dolorifique de quelques rcgiom. — Nous avons mesuré la sensibilité à la douleur de cinq régions : !«• tempe; 2'» avant-bras (région indiquée précédemment); 3° pulpe du quatrième doigt; 40 dos de la main (troisième espace interosseux); o'' pulpe du médius.

La région temporale est la plus sensible. Contrairement à ce que l'on observe pour le tact, la pulpe des doigts n'est pas douée dune très grande sensibilité à la douleur. La topographie de ces deux sensibilités n'est pas parallèle. Nous donnons ci-dessous la valeur du seuil pour ces cinq régions. Le seuil pour chaque sujet est exprimé par la moyenne des expériences du côté droit et du côté gauche. Le seuil de la douleur est mesuré en dixièmes de millimètres d'enfoncement de la pointe de l'algésimètre dans la peau (dix piqûres chaque fois).

Nombre Nombre Valeur moyenne

Région. des sujets, d'expériences. du seuil.

Tempe 17 56 14,4

Avant-bras (région indiquée). 50 400 15,1

Pulpe du 4' doigt 10 46 i",7

Dos de la main 0 86 18,0

Pulpe du médius 9 30 1 8,4

3. Sensibilité à la douleur chez Vhomme et chez la femme. — Nos documents sont très incomplets k ce sujet, car parmi les 52 personnes examinées nous n'avons rencontré que 13 femmes.

La sensibilité à la douleur est-elle plus grande chez l'homme que chez la femme? On peut interroger les chiffres et les observations à cet égard de plusieurs façons. Tout d'abord, on peut comparer la moyenne générale du seuil chez l'homme et chez la femme. Cette comparaison montre que la femme est un peu plus sensible, mais en réalité la différence est presque insignifiante.

On peut encore examiner la sensibilité d'après le classement des différentes sensibilités. On voit alors que, tandis que la sensibilité que nous avons appelée obtuse (entre 20 et 28 divisions de l'alfiésimètre) se rencontre presque aussi souvent chez la femme .23 p. 100) que chez l'homme (22 p. 100), et qu'il en est de même pour la sensibilité dite médiocre (entre 15 et 20 divisions), la sensibilité dite moyenne (entre 10 et 15 divisions) est bien vlus ^y^l'année psychologique, X. -^^

(jiiente chez Tliomme (40 p. iOO) que chez la femme (23 p. 100); mais, en revanche, la sensibilité dite fine lau-dessous de 10) est deux fois plus fréquente chez la femme (30 p. 100) que cher riiommo (16 p. iOO). La femme l'emporte donc en lincsse. Cette façon de procéder constitue les premiers essais d'application de la méthode hinomialc à l'étude de la sensibilité doloritlquc.

(les résultats, bien qu'incomplets, viennent donc confirmer les expériences de (lalton, Mantegazza, Dehn, Swift, Miic Donald, miss Carnian, (|ui considèrent la femme comme plus sensible.

4. Influrnre de la fatigue intellectuelle sur la sensibilité à la douleur. — On sait que les premières recherches à cet égard sont dues à Vannod, qui examina parallèlement la sensibilité tactile et la sensibilité dolorifique des élèves avant et après les classes. La fatigue intellectuelle produit des elTets opposés sur ces deux sensibilités : il y a de Thypoesthésie accompagnée d'hyperalgésie.

Ces expériences furent reprises et confirmées récemment aux Ktats-l'nis par Kdgar Swift (ii>00). Elles présentent un grand intérél, car elles montrent l'antagonisme qui peut exister entre la sensibilité tactile et la sensibilité doloritîque. L'anesthésie cutanée est certainement due à une atténuation de l'attention sous lïnlluence de la fatigue intellectuelle, alors que l'hyperalgésie est l'elTet d'un état d'irritation prestiue maladive du système nerveux, »liii s'établit après de grands efforts de l'attention.

Les expériences des auteurs mentionnés n'ont porté que sur les enfants des écoles. Il était intéressant de compléter ces expérienc«*s sur les adultes. Aussi avons-nous fait quelques expériences sui- în>us-iiiénn's.

En preinitT li«'u, nous avons examiné notre sensibilité dolorifique (avant-bnis) pendant 20 Jours consécutifs, le matin et le soir, aprî-s touh; unejonriiée de travail. Chaque fois on a examiné la sensibilité à droit»* et à gauche.

Si on prend Iji moyenne des chiffres on noie qu'il n'existe pour îiinsi dire pas dr difTérence entre la sensibilité du matin et celle du soir. Mais «-n examinant le détail des expériences on s'aperçoit que Inutcs les fois où l'état psychi(iue correspondait à un état reposé il y avait diminution d(î la sensibilité: l'état de fatigue était en revanche accompagné d'hyper.iliiésie. Ces variations sont assez faibles.

Mais à côié de ces expériences journalières, nous avons encore mesuré nolie sensibilité dans certaines circonstances où la fatigue intelkM^tueile élait extrêmement prononcée. Il y a alors hypoal- L'ésie. Ainsi, le seuil de la douleur, qui est pour M. S. de 10, i pour l'avant-bias droit dans les conditions normales, s'élève h 11,5 lors d'une tatigiie intellectuelle très prononcée; étant de 8,5 pour Tavant-bras gauche il monte à 10. Quant à J. L, le seuil de la douleur, «pli est de 10,7 pour le côlé droit et de 10,5 pour le gauche, s\'N''Vr à i:i,'.) et à 15,8.

Nmu> dtîvons conclure de ces expériences que la fatigue intellectiicUi' modérée, mais déjà très appréciable, produit une augmenta-

lion de la sensibilité à la douleur, tandis qu'une fatigue extrêmement prononcée produit une diminution de cette sensibilité. Le sens de la douleur est donc soumis aux mêmes oscillations que tous les autres phénomènes relevant des lois de l'excitabilité. Les agents qui agissent faiblement produisent une augmentation d'excitabilité, alors que pour une forte action, nous obtenons des phénomènes de dépression.

Il paraît très probable que Thyperalgésie constatée chez les enfants est due précisément au peu d'intensité de leur fatigue intellectuelle. Une grande fatigue intellectuelle ne peut être réalisée que par un grand effort de volonté; aussi ne Tobserve-t-on pas chez les jeunes enfants, suivant la remarque de Charcot.

D'autre part nous avons remarqué aussi que la sensibilité à la douleur diminue fortement dans l'inanition et l'épuisement. Comme tous ces processus s'accompagnent d'un certain degré d'anémie cérébrale, il est probable que la diminution de la perception doloritique doit être recherchée précisément dans l'étal d'anémie cérébrale, consécutive aux efforts prolongés (dans la fatigue physique l'anémie cérébrale a été constatée directement par Mosso sur les cerveaux des pigeons voyageurs; dans la fatigue intellectuelle et môme physique l'anémie cérébrale se traduit par le bâillement). On sait aussi que l'anémie expérimentale du cerveau est très douloureuse, avant qu'elle ne produise l'insensibilité. Par conséquent nous croyons pouvoir rattacher les oscillations de la sensibilité doloritîque lors de la fatigue intellectuelle, au degré de Tanémie cérébrale.

5. Action du menthol sur la sensibilité. Goldscheider a montré que la sensation de froid obtenue après l'application cutanée du menthol n'est pas due <\ la réfrigération, car la température locale s'élève, mais à une action chimique du menthol sur les nerfs de la température, et plus particulièrement sur les nerfs du froid. Ils s'hyperes- Ihésient à tel point qu'ils réagissent par la sensation qui leur est particulière (comme le veut la loi de l'énergie spécifique des nerfs). Cette hyperesthésie par le froid se laisse d'ailleurs mesurer directement grdce aux mesures faites par l'excitateur poncliforme de Goldscheider. Le menthol conduit les nerfs du froid à un état qui est tout le contraire du refroidissement. Sous l'influence du froid, l'excitabilité au froid diminue; un objet paraît indifTérent pour la peau refroidie. Au contraire, pour la peau mentholisée, les objets indifférents paraissent froids.

Il arrive quelquefois que l'application du menthol est accompagnée de picotements, et même de brûlure. Goldscheider pense que le menthol n'agit pas exclusivement sur les nerfs du froid, mais qu'il agit aussi sur les nerfs du chaud; seulement on a l'habitude de l'appliquer au front en raison delà peau délicate de la région. Or, il se trouve que le front est une région où les nerfs du froid sont en prédominance sur les neifsdu chaud. Mais si Ton choisit une région où ce rapport est renversé (paupière) on obtient une sensation de chaud très nette.

468 ANALYSES BIDUOGRAPHIQUES

Nous avons trouvé intéressant d'étudier rinfluence du menthol sur la sensation dolorifique et tactile. Le menthol a acquis une certaine popularité sous la forme de crayon anti- migraine; il suffit de se frotter le front pendant quelques instants avec un cravoB menthol-anolinc pour calmer la douleur. Cette action analgésiante du menthol nécessite aussi une explication. Du moment que If menthol ne produit pas de refroidissement, ce n'est pas par soustraction de calorique qu*il agit en insensibilisant les nerfs de la douleur. L'insensibilité doit être due aussi à l'action chimique du menthol sur les nerfs de la douleur. Ces expériences ont été faites sur 15 étudiants, la douleur étant mesurée avant et après la mentholisation de la tempe, au moyen de l'algésimètre, la sensibilité tactile au moyen de resthésiomètre, le sens de froid est mesuré par la sensation spécifique du froid ressentie après le frottement de la peau au moyen du crayon mentholé.

Ces expériences permettent de formuler les conclusions suivantes :

i<> Le menthol exerce une action analgésiante manifeste, qui est en rapport avec la durée de l'application du crayon mentholé ; 2" Nous n'avons Jamais observé une exaltation de la sensibilité à la douleur à aucune phîise de l'expérience ; 3° La diminution de la sensibilité à la douleur précède l'apparition de la sensation de froid, et nous pouvons en conclure que le menthol agit de prime abord sur les nerfs de la douleur en les déprimant et quelque temps après il agit en excitant les nerfs du froid; 4° Quand la sensation de froid est à son maximum, l'analgésie est à son maximum; > La sensation du Tniid diminue et disparaît pres(|ue en même temps que Tanalgésie. Mais la disparition de l'analgésie est un retour à l'état normal, Umdis que la disparition de la sensation de froid est l'indice de la cessation de la phase d'«'xaltalion, et celle-ci est suivie, ainsi que Cioldscheiiler l'a montré, d'une phase de paralysie des nerfs thermiques. Nous p«»uvons en conclure que l'action du menthol sur les nerfs de la douleur (toujours déprimante) débute plus tôt et cesse aussi plus tut que raclioii exercée sur les nerfs de la température: 6" La présence du picotement n'empêche en rien l'action analgésiante du menthol à se manifester; 7" Le menthol agit aussi sur les nerfs de la sensibilité tactile, qui perd de sa finesse, mais cette action n'est ni aussi nette ni aussi régulière que son action analgésiante. Elle peut manquer dans certaines expériences et ne se produit que quand la menthol isation est très intense. Elle débute aussi plus tard que l'analuésie et plus tard que la sensation de froid. Le picotement n'empêche en rien l'action anesthésiante du menthol à se manifeste; 8'' Nous observons, sous l'influence de la mentliolisation, une dissociation des quatre sensibilités : a au froid, h au chaud, c au contact, (/ à la «louleur. L'influence sur les nerfs de la douleur est la plus précoce; succède l'exaltation des nerfs du froid, en troisième lieu l'action déprimante sur les nerfs du tact, et en (juatrième lieu, t.'t seulement quand la mentholisation est très prononcée, une action sur les nerfs du chaud, ce c^ui se traduit pas des picotements.

6. Arguments en faveur de l'existence des centres et des nerfs dolorifiques. — Nous ne résumerons ici que les arguments qui découlent directement de nos expériences, Tétat actuel de la question ayant été traité dans r Année dans de nombreuses analyses, et par nousmêmes dans un mémoire détaillé ^ Nos contributions personnelles plaident en faveur de la séparation des organes du tact et de la douleur.

1» Nous avons rencontré deux personnes normales si peu sensibles à la douleur, que renfoncement de la pointe de Talgésimètre n'était suivi d'aucune douleur. Or, la sensibilité tactile a été trouvée normale dans ces deux cas.

2« Sous Tinfluence locale du menthol nous voyons apparaître une dissociation extrêmement caractéristique entre la sensibilité tactile, dolorifique et thermique. Le menthol est un excitant énergique pour les nerfs du froid et les nerfs du chaud, un déprimant énergique pour les nerfs dolorifiques et un déprimant très léger pour les nerfs de la sensibilité tactile.

a** La fatigue intellectuelle montre un exemple curieux de dissociation entre la sensibilité tactile et la sensibilité dolorifique. Sous Tinfluence d'une fatigue intellectuelle modérée, il y a hypoesthésie et hyperalgésie.

Ce n'est qu'a un degré de fatigue intellectuelle extrême qu'on observe de l'analgésie.

4* Mais l'argument le plus important qui plaide en faveur d'un centre spécial pour la douleur est fourni par nos recherches sur l'asymétrie dolorifique. Nous nous attendions à trouver une confirmation de la loi de Van Biervliet, c'est-à-dire à un rapport entre la droiterie et la gaucherie d'une part et la sensibilité dolorifique de l'autre. Or nous avons vu que le côté gauche est plus sensible à la douleur, aussi bien chez les droitiers que chez les gauchers.

Ces résultats semblent démontrer que les centres de la douleur ne sont pas les mêmes que les centres percepteurs. Nous sommes amenés à la conclusion qu'il existe un centre spécial pour la douleur. La perception de la douleur se fait par des centres différents que la perception de toutes les autres sensations.

Il est en outre probable que nous avons affaire plutôt à un centre unilatéral que bilatéral (au moins fonctionnellement), situé à gauche, dans le voisinage des centres les plus importants, qui, chez le droitier, type de beaucoup le plus répandu, se ti'ouvent être situés de ce côté. Cette localisation du centre de la douleur lui permettrait de remplir aisément son rôle estho-phylactique.

Nous considérons la douleur comme une fonction hémisphérale. PoUr l'affirmer nous nous basons sur nos études surTanesthésie par le chloroforme et par l'éther, qui montrent que Vanalgêsic ne peut être due à une interruption des sensations dolorifiques dans une station intermédiaire du système nerveux, mais bien à une abolition

1. J. JoTBYEO et M. Stefarowsia, Recherches algésimélriques {Bullelin de l'Académie Royale de Belgique, classe des Sciences, n* 2, février 1903, et brochure de 86 pages chez Lamertin).

de la perception même. L\inalgésie est de fait un phénomène qui coïncide avec le début de l'envahissement du cen*eau, elle est contemporaine dos troubles de Tintelligence et précède Tabolition de toutes les autres sensibilités et même du mouvement volontaire.

Le centre cortical de la douleur est donc situé dans les hémisphères cérébraux, probablement non loin de la région rolandique; car nous savons, d'autre part, que seule l'excitation de cette région cérébrale est accompagnée de douleur.

M. Stefanowska, J. Joteyko,

Docteur es Sciences, Docteur en Médecine,

Prival-docent à l'I'niversilé Chef des travaux psychologiques de Genève. à l'Université de ffruxelles.

Contributions à l'étude expérimentale de l'anesthésie par l'éther.

En expérimentant sur des grenouilles et des souris blanches nous avons poursuivi les effets périphériques et centraux des anesthésiques généraux, et en particulier de l'éther, et nous avons attiré surtout notre attention sur la dissociation de la motilité et de la sensibilité qui s'o|)ère dans la narcose, ainsi que sur le curieux phénomène de Vawib/ésic, qui, au dire de tous les physiologistes et des chirurgiens, est l'un dos premiers à apparaître et l'un des derniers à disparaître dans la série des symptômes de l'anesthésie générale.

L'anestliésie par l'éther a donc été pour nous un moyen de plus pour étudier le sons de la douleur. Nous allons résumer brièvement nos résultats *.

Dans la narcose générale, rexcitabilité des muscles et dos nerfs périphériques n'est que très légèrement diminuée. On le constate en excitant directement les nerfs et les muscles au moyen d'un ai»i)areil inducteur. La paralysie motrice observée dans l'anesthésie généiale n'est dune en aucun cas due à une paralysie périphérique, la totalité de l'elTet devant être attribuée à une paralysie centrale.

II ne fîiudrait pas en conclure que les muscles et les nerfs sont réfractaires à Taclion de l'anesthésique. Ils ne sont que plus résistants à cette action, et dans Tanesthésie générale Tarrét du cœur limite fatalement l'absorption de l'anesthésique par les tissus.

Pour tlémontrer cette action il faut se servir de la patte galvanoscopique de grenouille. On peut recourir à deux procédés. Ou bien

1. Pour plus (le détails voir J. Joteyko et M. Stefanowska, Influence dos anesthési<iues sur l'excilabililé des muscles et des nerfs {Annales de la Société Royale des Sciences médicales et naturelles de Hntxelles, t. X. l'.»01, et brochure de 6i p. chez Lamertin), et : Dissociation dos phénomènes de sensibilité et de motilité d«ins l'anesthésie par l'éther {Bulletin (te V Académie Royale de Médecine de Belyique^ 31 mai 1902, et brochure tle 3i p. chez Lamertin).

on introduit la patte détachée du corps sous une cloclie dans laquelle se trouve une éponge imbibée d'éther ou de chloroforme, et l'excitabilité est examinée au moyen d'une paire d'électrodes. Ou constate alors que sous l'influence des vapeurs anesthésiantes Texcilabilitédu nerf décroît pour disparaître complètement. Le rétablissement des fonctions est complet quand on remet la préparation à l'air libre. Dans celte perte d'excitabilité, la partie supérieure du nerf est la première atteinte; la partie inférieure se prend h son tour et finalement le muscle lui-même est frappé. Plus un segment est rapproché des centres et plus vite disparait son excitabilité. I/ordre inverse est suivi pour le rétablissement des fonctions : ce sont les parties le plus périphériques qui s'exonèrent les premières.

On peut aussi étudier Tancsthésie des nerfs en soumettant à l'action de l'agent anesthésique une petite étendue du nerf (blocksystem). A cet effet le nerf est entouré d'un mince bourrelet do ouate qu'on imbibe d'éther. En excitant la partie du nerf située audessus du point anesthésié on peut suivre toutes les phases de la narcose. Au début de l'action on constate une augmentation d'excitabilité suivie peu après de sa diminution et même de sa disparition (Complète.

En anesthésiant le nerf on agit sur ses fibres motrices et sur ses fibres sensitives. On peut se demander quel est Tordre de disparition de la sensibilité et de la motilité. En employant la méthode des réflexes, Pereles et Sachs ont démontré déjà en 1802 que, dans l'anesthésie locale du nerf, Texcitabilité des fibres sensitives disparaît avant l'excitabilité des libres motrices, et que le réveil des fibres motrices a lieu avant le réveil dos fibres sensitives.

Nous avons eu recours à la méthode de la réaction à la donkur pour opérer cette dissociation. A une grenouille entière et vivante, dont le nerf sciatique est dénudé, on anesthésié un trajot norveux vers le milieu du nerf; une paire d'électrodes est placée on amont (E'.i du point éthérisé; une seconde paire est placée on aval (E) du point éthérisé. Avant ledébulde l'anesthésie du trajet intermédiaire, l'excitation du point E' aussi bien que du point E détermine les deux réactions : a la réaction motrice, contraction du ^'astrocnémien; 6 1a réaction sensitive; la grenouille réagira à la douleur causéo par chaque passage du courant par des contorsions désordonnées de tout le corps.

II s'agit maintenant desavoir laquelle de ces doux réactions disparaîtra la première sous l'influence de l'anesthésie locale du nerf fil laquelle sera la première à revenir.

Voici la succession des phénomènes qu'on observe en anesthésiant le trajet intermédiaire : i<» L'excitation du point E' (en amont du trajet anesthésié) produit encore une réaction motrice (preuve que la transmission centrifuge peut s'accomplir) alors (jue l'excitation du point E (en aval de l'obstacle à la transmission; ne détermine plus de réaction à la douleur (preuve que la transmission rentri[)ote est arrêtée); 2^ Dans une seconde phase, l'excilaUcu du \)0\\\V.^ c^'^se

do provo<iuer la réaction motrice (la transmission centrifuge est arnHée): 3*^ Quand on enlève Tanesthésique, la réaction motrice obtenue en excitant le point E' pn'cède la réapparition de la réaction du point E: i'* La réacti(m à la douleur déterminée par l'excitation du point E apparaît on dernier lieu.

La marche des ph«^nom<*ncs est donc bien celle que Pereles et Sachs avaient décrite. La fibre sensitive est plus sensible, la flbre motrice plus résistante à l'action des anesthésiques.

Or, nous savons, par des expériences déjà anciennes (Claude Bernard : que, dans Tanesthésie générale des organismes, les cellules sensitives de la moolle se prennent avant les cellules motrices. La disparition des réflexes est le phénomène le plus tiirdif de Tanesthésie chirurgicale. Les résultats récents, obtenus avec les injections intra-rachidiennes de cocaïne (procédé de Bier), montrent aussi que la fonction motrice de la moelle survit à sa fonction sensitive.

En est-il de même pour les hémisphères cérébraux? La disparition de la sensibilité a été fort bien étudiée, mais dans toutes les descriptions de Tanesthésie on ne se rend pas compte du moment de la disi)arition du mouvement volontaire. C'est pour ct^mbler cette lacune et afin de compléter nos connaissances sur la gradation des effets des anesthésiques, que nous avons institué une série d'expériences sur les souris blanches et sur les grenouilles, en les plonceant dans une cloche contenant des quantités variables d'éther.

Ces expériences sur l'état physiologique des souris et des grenouilles anesthésiés ne laissent aucun doute sur les réalités du phénoiiiènt», i^îwoïr quo h' mouvement volontaire (fonction psycho-motrice) peut exi^itt'v en l'aha^nce des perceptions sensitives. En d'autres terme*, il existe uni? iiradation dans l'envahissement des hémisphères cérébraux par h's anesthésiques : la sensibilité disparaît avant lamotUiti", Ir réveil de la motilité précède le réveil de la sensibilité.

De cette façon, on peut établir une liste des appareils nerveux par ordre de susceptibilité à l'action anesthésique; cette liste comprend: 1" Les (Mitres sensilifs de l'écorce; 2" les centres moteurs tl«' r«'-e(»rce; 3" les territoires sensitifs de la moelle; 4" les territuiivs ni<»t«'ur.s (le la moelle; !>" le bulbe; 0" les fibres nerveuses seiisiliv«'s; 7'' b's libres nerveuses motrices; 8" le muscle.

Le lait h* plus important qui se détrago de l'examen de cette lisl»'. «'«•st la prédilection constante de l'agent anesthésique pour les aj)pareils sensilifs. Cette prédilection n'est pas absolue, car l'aaent ani'slliésiqu«* ne frap[»e pas de prime abord tous les appareils sensitifs. mais elle est régionale. En effet, abstraction faite du bulbe «'t du muscle, nous voyons qu'en prenant l'action anesthésique pour np'Mire, on peut diviser tout le système nerveux en trois élaiies r«»niprenant les hémisphères cérébraux Jcs territoires de la moelle ei le tnmc ntrvcu.v mixte. En descendant l'arbre neigeux, nous abordons des territoires de plus en plus réfractaires à l'action anrsthésique. Et chaque territoire possède des éléments qui sont dours dune résistance inégale, l'élément sensitif étant plus suscepiblr que rélémenl moVviwr.

Ces recherches permettent de dégager une loi absolument générale, qui règle le retour des fonctions. Les fonctions reparaissent dam Vordre de leur disparition. Ces observations n'avaient pas échappé aux physiologistes et aux médecins, mais elles n'ont pas été généralisées. Ainsi, chez les souris, nous avons l'analgésie de retour, les mouvements de la mâchoire, les cris, les claquements de dents de retour, de même que les mouvements rythmiques dans les extrémités, la titubation, le vertige de retour, etc.

Cette loi exprime d'ailleurs la susceptibilité des organes nerveux à Tinfluence des anesthésiques. Les organes les plus susceptibles sont pris les premiers et reviennent les derniers.

Or l'analgésie est Tun des premiers phénomènes à apparaître et Tun des dernière à disparaître dans la série des symptômes. Ceci nous amène à rattacher la suppression de la douleur à une action des anesthésiques sur les centres supérieurs et non aux centres de la moelle. C'est l'unique explication qui cadre bien avec la loi du retour des fonctions.

Nous savons en effet que les différentes fonctions reparaissent dans l'ordre inverse de leur disparition, et cette loi s'applique nonseulement aux fonctions cérébrales et médullaires prises en bloc; mais aussi à chaque catégorie de mouvements et à chaque mode de sensibilité pris isolément.

Or l'analgésie apparaît au moment où la moelle est encore indemne, et Tanalgésie de retour persiste alors que la moelle est complètement affranchie de l'action anesthésique.

L'analgésie est due à l'abolition de la perception dolorifique, elle est un phénomène cortical, qui coïncide avec les troubles de l'intelligence et précède l'abolition du mouvement volontaire.

Le centre de la douleur (voir étude précédente), dont l'existence parait très probable, est donc localisé dans Técorce cérébrale.

M. Stefanowska, J. Joteyko,

Docteur es Sciences, Docteur en Médorino,

Privat-docent à l'Université Chef «les travaux psyclioIogiqu<'s

de Genève. à l'Université de Bruxelles.

ÉMOTIONS, SENTIMENTS MORAUX ET RETiIGIEnX

ARRÉAT (L.). — Le sentiment religieux en France.

vi-158 p. in-18, Paris, F. Alcan, 1903.

L*auleur s'est proposé d'étudier Tétat du sentiment religieux en France. La forme donnée à son étude implique que, dans sa pensée, une religion n'est pas un phénomène qu'on puisse abstraire du temps, du pays et des pereonnes. Une religion ne représente pas, malgré la rigueur des dogmes, un état fixe, sans relations avec les autres phénomènes sociaux; il est donc légitime, et il semble nécessaire, de ne pas parler du christianisme, par exemple, sans le considérer aux divers moments de son histoire et dans les différents groupements d'hommes où son action s'est exercée.

La division générale de l'ouvrage répond à la même pensée. L'auteur en a distribué la matière en deux parties : La situation générale^ La situation individuelle. Ce qui revient à envisager la question religieuse, en premier lieu sous son aspect sociologique, en second lieu sous son aspect psychologique.

Quelques pages sur l'tHat des forces religieuses dans le monde montrent d'abord rimportance pratique du sujet. En ce qui concerne notre pays, et dès qu'on resserre le problème, un certain réveil du sentiment religieux, ou, si l'on préfère, un renouveau de l'activité religieuse, quelle qu'en soit du reste la portée et la profondeur, y frappe tout de suite Tattention. Mais quelles en sont les causes? Les unes peuvent être dites extra-religieuses, les autres morales. Elles se résument, en somme, sous ces trois titres princij)aux : le besoin de conservation du type national, le besoin moral, le besoin métaphysique. L'action de ces différentes causes est examinée et critiquée, en vue d'en estimer la valeur exacte, relativement au temps présent, et la durée possible.

Pour la seconde partie, l'auteur a recouru, en plus de l'obseivation directe, à la méthode du questionnaire. Il ne s'en dissimule pas les inconvénients; il se flatte pourtant de les avoir évités autant tiu'il était possible. Ce n'est point une vaste enquête qu'il a voulu établir; il s'est borné à recueillir, de personnes sûres, un petit nombre de réponses faites à des questions simples. Ces réponses lui ont donné des types bien accusés, et qui sont certainement des types représentatifs, dont une enquête plus étendue livrerait de nouveaux et nombreux exemplaires. Elles constituent, à son avis,

un document suffisamment sûr, qui peut prendre rang, à Tégard de la sincérité, entre les lettres intimes et les mémoires. La véritable faiblesse du moyen était, en Tespèce, de ne pas pénétrer jusqu'aux âmes bumbles, qui offrent si souvent des états de piété de toute valeur.

Ces réponses, venues de dames, de jeunes filles, d'étudiants, de prêtres, de magistrats, analysées dans un chapitre particulier et reproduites intégralement en appendice, ont été disposées dans un ordre dont la signification ne saurait échapper au lecteur. « Les chrétiens de France, écrit M. A., en particulier les catholiques, peuvent être répartis en quatre catégories assez distinctes. La première est celle des suivants par routine, sans valeur propre, dont la religion confine souvent à Tidolâtrie ou au fétichisme. La deuxième comprend encore des fidèles, des pratiquants d'habitude, mais d'un ordre plus relevé, qui entendent leur religion avec simplicité et droiture, et chez lesquels le sentiment religieux porte la marque des instincts supérieurs. A la troisième appartiennent les croyants de haute qualité, qui raisonnent leur (bi ou la reçoivent par la vue intérieure, combattants ou méditatifs, que leur nature d'esprit porte vers la théologie ou vers la mystique. Dans la quatrième se rangent ceux qui doutent, usent de compromis avec eux-mêmes, et sont près de se détacher : avec ceux-ci commence et se poursuit, de degré en degré, la décomposition de la foi, jusqu'à son dernier terme qui est la substitution d'une doctrine nouvelle à la croyance ancienne. » Telles sont les étapes que les communications reçues nous font parcourir en éclairant notre route.

Il serait trop long de reproduire ici les traits qui marquent ces diverses classes de personnes et de reprendre par le menu l'analyse du travail secret par lequel la foi se conserve, se construit ou se décompose. Ce qui apparaît avec évidence, c'est la transformation inévitable des croyances. Ainsi que l'écrit l'auteur, « le véritable danger pour une Eglise ne vient pas des assauts qu'elle subit, mais de ses propres erreurs, du tour nouveau des intelligences, de l'usure séculaire qui attaque, transforme ou détruit toutes les institutions humaines. »

11 peut sembler y avoir contradiction entre les deux parties de ce travail, dont la seconde nierait ce qui a été affirmé dans la première. Le reproche ne serait pas fondé. D'une part, en effet, l'auteur a relevé ce fait régulier, constant, la dissolution de la foi chrétienne, la transformation de la mentalité religieuse, que favorisent le développement au savoir et les meilleures conditions matérielles de la vie moderne ; d'autre part, le réveil religieux, un fait temporaire, accidentel, qui s'explique par plusieurs raisons, mais qui a pris une force singulière des erreurs et des violences de nos gouvernants.

Quant à la nature même du sentiment religieux, l'auteur en a fait depuis longtemps la remarque, « ce sentiment n'est pas primitif et simple, il n'existe point en dehors de certaines émotions souvent

diffuses, correspondant a notre nature égoïste ou sympathique, esthétique ou inlellectuelle, dont il représente, pour ainsi dire, un tour particulier, et qui Timprègnent aussi de leurs diverses couleurs »). Volontiers il insisterait davantage sur ce trait, que Fattitudo religieuse se résume en un sentiment de dépendance à Tégord de Tordre universel, qu'on le personnifie ou non sous la iigure d'un Dieu. 11 s'y mêle à différents degrés, selon l'individu et le temps, la crainte, la pitié, Tamour du beau, la volonté d'être et de connaître. Il peut prendre ainsi, avec les mystiques ou les charitables, avec les savants ou les artistes, les formes les plus variées, car « il semble fait de toutes les forces du désir >». Et c'est pourquoi il s'exprime» partout et toujours, par la prière ou par la contemplation.

Il n'est parlé qu'incidemment des mystiques. Le mysticisme serait caractérisé par la prédominance de Tamour dans le sentiment religieux; l'extase, l'ascétisme, en seraient les termes extrêmes, iivec leur cortège d'accidents pathologiques. Ainsi est affiriîiée la relation étroite de la disposition mystique avec le ton affectif du sujet, sans lier d'ailleurs dans tous les cas le mysticisme à une déformation organique, car il peut être « une vie intérieui"e », intense et vraie, et c'est justement sous cet aspect que nous découvrons, dans les natures artistes, la suppléance de la religion par l'art, le désir d'une religion de la beauté.

Cette suppléance esthétique, sentimentale ou métaphysique de la religion est un des faits l(?s plus frappants qui ressortant de Tentiuèle. Il s'en faut, d'ailleurs, que les disciplines actuelles soient si proches de leur lin que plusieurs le pensent. Mais c'est la forme saine du sentiment religieux qui tend à prédominer, alors que les formes maladives s'atténuent ou deviennent plus rares. L'activité religieuse proprement dite n'est pas près de s'épuiser; elle ne dépend pas uniquement des dogmes et pourra changer d'objet. t< L'état religieux, écrit M. A., se constitue de lui-même, en dehors de toute théologie écrite, et nous v<"rrons aussi qu'il correspond à une expérience intime, iKMsonnelle, qui ne dépend pas de la connaissance ext'Tieure des choses. » Ou encore : <* Kn tant, dit-il, qu't'Ih^ porte la marque religieuse, la métaphysique s'ente sur le sentiment religieux, elle ne l'engendre pas. »

Il fait, en passant, cette remarque, que u la ruine des idées traditionnelles ne décide trop souvent (jue le retour à un étal inférieur, non pas seulement dans les classes ignorantes, mais dans celles encore qui ont le vernis dune plus haute culture, et qui! nous advient de retrouver, au terme de la dissolution de la foi, la niêm»' situation morale qui en marquait les degrés inférieurs. » La client. 'le manqne-t-elle jamais aux piperies les moins déguist^es de l'oecullisme?

L'ouvrage se termine par une Conclu!>ion, dont la matière est ample. Il n'y a pas lieu d'en exposer ici les considérations.

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