SUJETS
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Garçons.
Fines.
Il faut regretter que Wiersma se soit borné à l'étude des résull'année psychologique, x. 33
ol4 ANALYSES BIBUOGRAPHIQUES
tats numériques qu'il avait obtenus. L'analyse qualitative des textes remplis par les élèves eût été probablement plus instructive encore. Un remarquera toutefois que lauteur s'est proposé moins d'apporter une contribution à la psychologie individuelle que de constituer un procédé d'investigation très simple, adapté aux exigences de h clinique médicale.
J. Larguier des Baxcels.
I. — CHRÉTIEN (R.) — De la perception stéréognostiqae. — Thèse de Paris, 9-2 p., 1903.
II. — BRÉCY (M.). — Les troubles de la sensibilité dans rbémiplégie d'origine cérébrale. — - Thèse de Paris (Roussel, éd.), 1902.
III. — VERGER et ABADIE. — Stéréoagnosie au cours d'une polynévrite. — C. R. Soc. Biol., 1903, p. 487.
Depuis plusieurs années, j'ai résumé ici * les U^avaux se rapportant à la perception sléréognostique et à son abolition, la stéréoagnosie. Il semble que ces travaux deviennent de plus en plus rares. Cela n'a rien d'étonnant, outre que la question a perdu le charme de la nouveauté, on peut la considérer aujourd'hui comme à peu près résolue. Les auteurs arrivent tous à des conclusions analogues et ne font plus guère que se répéter les uns les autres.
La thèse de Chrétien est une très bonne étude d'ensemble de la question; mais elle contient peu de vues nouvelles. L'auteur a suivi presque pas à pas l'argumentation et les classifications que nous avions fait valoir, Mlle Markova et moi, dans nos travaux sur la stéréoagnosie. Je suis très heureux de constater que notre manit'Te de voir a été si nettement confirmée, et je m'empresse d'ajouter que le D*" Chrétien, avec la plus rigoureuse exactitude, a toujours abondamment cité les auteurs dont il adoptait les vues. Ce travail contient 8 observations personnelles, dont certaines semblent bien montrer que la stéréoagnosie est indépendante de l'affaiblissement des sensibilités périphériques, mais dont aucune cependant n'est décisive à cet égard. Pas d'autopsies.
Le D*" M. Brécy, dans sa thèse, qui traite les troubles de la sensibilité dans l'hémiplégie, consacre une vingtaine de pages au « sens sléréognostique », dans lesquelles il se borne à résumer la question très exactement, mais sans y apporter de contribution personnelle. Son étude contient un grand nombre d'observations de troubles de la sensibilité, où l'état de la perception stéréognostique a été soi-
i. Voir in Année psychologique, V, p. 65-81 et 053; VI, p. 14 et ss.; \1I, p. 570: IX, p. 460, le résumé des travaux de Aba, BonholTer, Bourdicaud, Burr, Claparède, Dejerine, Diller, Dubbers. Gasne, Hoffmann, Markova, Nodel, Puchelt, Rediich, Sailer, Verger, Walton et Paul, Williamson.
gneiisemenlnol*'. Partout, la stéréoagnosie a coïncidé avec quelques troubles de la sensibilité périphérique et doit donc éive considérée comme étant sous la dépendance de ceux-ci.
La seule nouveauté qui ait paru cette année dans ce domaine — dont Texploration tend à devenir de plus en plus monotone — est \ix\i: courte not(» de V'erger et Abadie. Elle contient l'obsenation d'une femme de trente-trois ans, affligée d'une parésie incomplète des quatre membres à la suite d'une polynévrite d'origine probablement infectieuse. Les sensibiltés tactile, douloureuse, thermique et musculaire de la main, ainsi que les notions de localisation et de position sont intégralement conservées. En outre, la malade peut palper les objets; sa parésie ne l'en rend aucunement incapable. Eh bien ! en dépit de toutes ces circonstances favorables, on observe chez elle une perte complète de la reconnaissance par le toucher des objets usuels. Les auteurs concluent ainsi : « Comme rien ne nous peraiet, dans le cas présent, de croire à une lésion cérébrale, il faut admettre que des lésions des nerfs périphériques sont aussi susceptibles de la produire «. Mais MM. Verger et Abadie n'essaient nullement d'expliquer ce phénomène, qui touche au miracle. Sont-ils sûrs qu'ils n'ont pas eu affaire à quelque hystérique, qui a subconsciemment cherché à les tromper? ou que la parésie ne constituait pas un obstacle plus sérieux qu'ils ne le pensent, h la palpation des objets? Espérons qu'ils nous livreront bientôt la clef de l'énigme.
Ed. Claparède.
HHEMER DE MONTMORAM). — L'érotomanie des mystiques chrétiens. — Rev. phil., oct. 1903.
(".«4 article est essentiellement une réponse au tnivail de Leuba paru dans la nn'me Revue (iî>02) *. L'auteur veut bien admettre que la plupart des mystiques chrétiens peuvent être considérés conim»^ des érolomanes, mais avec certaines réserves. D'après lui, pour ne pas écliiipper à la loi commmune qui mêle l'organisme sensuel à toutes nos jiaiissances, comme le prétend Leuba, les Jouissances mystiques ne lui en paraissent ni moins hautes, ni moins pures. II ne faut pas oublier ensuite (jue, dans la vie des mystiques, il n'y a h'i (ju'un épisode transitoire et préliminaire et qu'ils arrivent bientôt à un état dans lequel toute préoccupation charnelle a disparu.
Kn somme les conclusions et les appréciations de Leuba subsistent avec toute leur force malgré les atténuations admises par Fauteur de l'article.
H. Beaunis.
l. Voir V Année imycholofjique^ 9" année, p. 415.
DAMAGE (H.). — Essai de diagnostic entre les états de débilités mentales. — 1 vol. in-8<*, Paris, Steinheil, 1903.
Dans cette thèse de médecine, nous trouvons l'exposé et les résultats d*une méthode intéressante, due à notre ami le D' Blin, médecin de la colonie de Vaucluse, et consistant à classer et distinguer entre elles les diverses catégories d'anormaux (par exemple les idiots, les imbéciles et les débiles), au moyen des réponses qu'ils font à des questions précises et écrites d'avance. Sommer a préconisé une méthode analogue ; et moi-même je me suis beaucoup occupé de ce sujet, et j'en ai parlé autrefois avec le D»" Blin. Le but pourauivi par M. Blin et son élève a été de supprimer les incertitudes, l'arbitraire, le subjectivisme de l'appréciation médicale portant sur le développement intellectuel d'un arriéré — en remplaçant un jugement vague et d'ensemble, un jugement d'intuition, par quelque chose de plus précis, de plus minutieux, de plus contrôlable. Il y a 20 questions ou séries de questions, ou plutôt séries d'examens : par exemple sur le calcul (on interroge l'enfant sur les opérations d'arithmétique) sur la patrie (questions : de quel pays es- tu? Es-tu français? Ton père et ta mère sont-ils nés en France? Y a-t-il d'autres pays que la France? Lesquels? etc. etc.), sur le métier, la religion, etc. Suivant la manière de répondre du sujet, on lui donne une note, dont le maximum est 5 ; et comme il y a 20 questions, la note totale 100 équivaut à quelqu'un qui répond très bien à toutes les questions; qui est normal.
L'essai de la méthode a été fait sur 250 enfants et on a trouvé les notes moyennes suivantes :
Débiles (les moins atteints) 81,8
Imbéciles 39,1
Idiots 16
ce qui prouve que cette méthode s accorde en général avec le diagnostic clinique.
Les auteurs reconnaissent du reste qu'il y a un peu d'à priori dans leur programme de questions, car c'est arbitrairement qu'ils ont dosé la difficulté des questions. Ce qui a donné les résultats les meilleurs pour tous, c'est ce qui concerne les mouvements, les notions sur les objets, les sensations internes, les notions sur les parents, la connaissance du corps; ce qui a donné les moins bons résultats, ce sont les notions d'instruction, comme lecture, dessin, écriture, calcul. Il y a là une idée à suivre.
On comprend combien cette méthode pourrait rendre de services, par exemple pour l'étude des progrès fournis par un traitement pédagogique. Il y a encore quelques modifications à faire dans la méthode; elle est trop schématique; et du reste, elle ne fournit pas une étude du sujet, un tableau fidèle de ses aptitudes ou inap-
titiuies spéciales. C'est une sorte de dosage rapide. Mais telle qu'elle est, c'est un immense progrès sur ce qui existait auparavant.
Alfred Bixet.
DELAGE. — La nature des images hypnagogiqaes et le rôle des lueurs entoptiqnes dans le rêve. — Bulletin de Tlnstitut géuéral psychologique, août-sept. 1903, p. 235-247.
Dans celte intéressante communication, où des observations personnelles sont mises en œuvre, Delage étudie spécialement deux points : les relations des images du rêve et des images hypnagogiques avec les sensations subjectives de la rétine; et la propriété qu'ont les images hypnagogiques de suivre les mouvements des yeux, et de se déplacer avec le regard. Deux mots sur chacun de ces points, avant de lui donner la parole. Quelques auteurs ont soutenu que les lueurs entoptiques évoquent les images du rêve, probablement par ressemblance; Delage croit plutôt à une coïncidence de l'image et de la lueur, à un emboîtement, à une superposition. C'est par là qu'il diffère de l'opinion ordinaire; la différence est petite et, comme on pourra s'en rendre compte, sujette à caution. Le second point est que les images hypnagogiques suivant les mouvements du regard doivent être rétiniennes; c'est une conclusion qu\ ne nous paraît nullement démontrée; nous dirons pour quelles rai son. s.
Citons d'abord la partie la plus importante du travail de Delaiie.
n Les ima(jcs hypnagofjiquea sont beaucoup moins fréquent«^s que les lueurs entopti([ues, et beaucoup de personnes n'en ont jamnis observé. Elles ont été décrites par Maur>^ K J'en ai eu souvent à un^ certaine rpoque et puis les décrire d'aj^rès des observations porsoniielles.
X Dans certaines (••)nditions d'excitation c«''rébrale, au moment où le ^oinnu'il conimence à obnubiler la conscience, qui cependant est encore présente, on voit ai)paraître brusquement un objet, le plus souvent une ligure d'homme ou d'animal, non point vague et nécessitant une intervention notable de l'imagination pour être reconnue, mais d'une précision de contour parfaite et d'une intensité telle qu'il n'y a vraiment aucune différence avec l'image que fournirait l'objet réel corres[>ondant, présent et bien éclairé, devant les yeux ouverts. Il y a ceci de particulier cependant que l'image n'a pas de cadre, n'est pas entourée d'objets meublant le fond : elle est isolée sur un fniid uniforme, généralement noir. La seule différence aver riiallucinalion consiste en ce que Tobservateur est assez
i. Alfred Mairy, Le sommeil ci les i^éves, Paris, Didier. IS78, in-8, v/j-iTO pages.
conscient et sain d'esprit pour reconnaître la nature subjective de ri mage.
u Les images hypnagogiques sont différemment interprétées par les psychologistes : les uns les considèrent comme des images rétiniennes, les autres comme des images mentales ayant leur siège dans l'écorce du cerveau. Aucune de ces opinions n'est démontrée. Il y aurait cependant un grand intérêt à savoir ce qu'il en est, car il y a là un moyen de vérifier l'idée de Bergson sur l'origine entoptique des rêves. La ressemblance dans les caractères et les conditions de formation sont telles entre les images hypnagogiques et celles qui peuplent nos rêves que l'explication applicable aux premières pourra être étendue aux secondes.
« Depuis quelque dix-huit mois que j'avais faiC, en moi-même, les remarques qu'on vient de lire, j'attendais l'occasion d'observer à nouveau des images hypnagogiques pour examiner un point que je n'avais pas songé à observer à l'époque où j'en avais eu. Je savais bien le moyen de m'en procurer, mais je préférais attendre, car ce moyen n'est pas sans dangers pour la santé et surtout pour rintelligence.
a Cette occasion s'est présentée à moi il y a quelques jours et je donne tout de suite le résultat de mon observation, résultat qui est le point essentiel de ce petit travail : les images hypnagogiques suivent les mouvements des yeux; elles sont donc rétiniennes,
«< Voici maintenant le détail de l'observation. Un soir, à Roscoff, ayant travaillé fort avant dans la nuit et pris plusieurs tasses de café, j'ai eu, au moment où je m'endormais, toute une succession d'images hypnagogiques : quatre fois successivement, pendant deux à quatre secondes chaque fois, avec des intervalles de une à deux secondes, m'est apparue la figure d'une personne que Je connais. J'ai plusieurs fois fait des mouvements des yeux dans les divers sens et constaté avec une certitude indiscutable que l'image se déplaçait comme l'œil : elle est donc liée à la rétine et a son siège dans la rétine, tout comme les images accidentelles ou les lueurs entoptiques. 11 n'y a aucune raison, en effet, pour qu'une représentation purement mentale suive les déplacements de l'œil. 11 est même certain qu'il n'en est pas ainsi. Je me souviens avoir eu dans mon enfance des cauchemars qui me réveillaient, et j'accusais la présence de l'objet qui m'effrayait sur le côté, à ma droite, tandis que je regardais devant moi les personnes accourues pour me rassurer.
« J'ai profité de la circonstance pour faire au sujet des images hypnagogiques des observations plus détaillées et constaté les faits suivants.
(( Tant que l'image hypnagogique dure, elle a tous les caractères d'une image réelle et on ne lui devine aucun substratum ayant ligure de lueur entoptique. Mais, quand elle se dissipe, ce dernier apparaît, avec des caractères passablement inattendus. Le contour extérieur n'avait rien de précis et ne présentait qu'une ressemblance très éloignée avec l'objet de l'image ; mais, daws V^ \«é\v\\\\-
tiou des taches colorées dont Fensemble formait la lueur entoptique, je reconnaissais la place et la couleur des parties du visace. Je les reconnaissais par leur conformité de couleur et de situation avec l'image disparue, mais il me semble que, dans Tétat ordinaire, un pareil assemblage de taches colorées n'aurait pas évoqué en moi ridée de la personne dont l'image hypnagogique était le portrait.
« La part de la lueur entoplique peut même se réduire, dans rertaines circonstances, à bien moins encore qu'il n'a été dit plus haut. J'en ai eu la preuve bien nette.
«< La quatrième et dernière apparition de l'image hypnagogique durerait des précédentes : elle présentait la figure de la même personne mais quelque peu déformée en caricature. Les lèvres, très grosses, étaient saillantes en avant et formaient un gros bourrelet roui^e. Or, ajirès qu'elle eut disparu, je constatai que le substratum entoptique se réduisait à une simple tache rouge occupant la place (le la bouche et à peu près de même forme : il n'y uvait rien pour le reste du visage. Ainsi, cette lueur entoptique rouge, apparaissant à ce moment, une ou deux secondes après la disparition de riniage hypnagogique précédente, avait suffi à évoquer celle-ci dans sa totalité, sauf modification du trait qu'elle tenait plus étroitement sous sa dépendance.
'( 11 résulte de cela que des lueurs entoptiques peuvent servir de substratum à des images hypnagogiques et, par suite, aux images du rêve; qu'il n'est pas nécessaire qu'elles présentent une ressemblanro étroite avec l'objet dont elles suscitent l'image et que la ctïuleur jou<' w'i un rôle qn'\ peut être plus imj»ortant que celui de la fonn*'. Mais il s'en faut de beaucoup que l'élément entoptique constitue la totalité de l'image. Celle-ci est complétée par une imai;»* mentale ayant son siège dans Técorce cérébrale, et cett^ dcrnicn; a, de beaucoup, la plus grande part dans la constitution de l'image totale. La première est comme une vague ébauche, sans coul»-)urs nefs, sans détails, sans précision même dans la lucaliNilinii (les taches colurces qui la constituent, permettant à peine d*f r«M(innaîlrc l'objet qu'elle représente: la seconde ajoute tout c»' •jui nian«|ue à la première pour former une représentation parfaite d.' lobjct.
■ (Juellc ost la part d'individualité de ces deux éléments conMit liants d<» l'image nii.xte; quel est le nMe précis de chacun d'eux dans la ruiiiiation?
.' Deux opinions sont en présence : celle de Maury (loc. c?/.. daprcs laquelle l'image rétinienne, entoplique, est antérieure à l'inia^ç mentale et évoijue celle-ci; et celle d'Hervey de Sainl- Drnis ' pour (jui l'image mentale est non seulement la premièi'C en (laie, mais la s»'ule existante, l'imagt; rétinienne n'étant qu'une proj.M tion, une objectivation, si l'on pouvait ainsi dire, de l'imas^ mental»*.
1. Les rêves el les moyens de tes dûùfjer, in-8, Paris, Amyol, 1867.
t< Ces deux opinions sont également inexactes.
« Maury se fonde, pour soutenir la sienne, sur ce qu'il a vu parfois (p. 79) les taches colorées entoptiques correspondant aux différentes parties de l'image hypnagogique précéder celle-ci. Nous verrons plus loin que cela ne prouve nullement leur rôle évocateur. D'autre part, j'ai fait remarquer que lorsqu'on étudie, étant parfaitement éveillé, les lueurs entoptiques que l'on perçoit, on a beau s'évertuer à leur chercher des ressemblances avec des objets divers ou des figures quelconques d'êtres réels ou fantastiques, on n'y arrive généralement point. J'ai constaté aussi que, dans l'observation relatée plus haut, la lueur entoptique laissée derrière elle par l'image hypnagogique disparue ressemblait à celle-ci juste assez pour être reconnue comme cadrant avec elle mais pas assez pour évoquer l'idée de l'objet représenté par l'image. Dès lors, comment admettre que ce chaos coloré informe ait, chez le dormeur ou l'homme assoupi, une vertu évocatrice plus effective que chez rhomme éveillé qui se prête à ces évocations et les sollicite?
« L'idée de Hervey de Saint-Denis est encore moins admissible. L'observation de Maury, de la lueur entoptique précédant l'image hypnagogique lui est fatale. D'autre part, l'observation que j'ai faite, que la lueur qui reste après la disparition de l'image hypnagogique suit les mouvements de l'œil la condamne non moins sûrement.
« On conçoit, en effet, qu'une image mentale puisse s'extérioriser au point de sembler vue avec la même netteté qu'une image hypnagogique ; mais, en l'extériorisant, nous la localisons quelque part dans l'espace et non sur notre rétine, pour la bonne raison que nous faisons ainsi pour nos images rétiniennes elles-mêmes, pour la bonne raison que nous ignorons que nos images rétiniennes sont sur la rétine et que nous les localisons dans l'espace extérieur. En sorte qu'il n'y a aucune raison pour qu'une image cérébrale ainsi extériorisée suive les mouvements du globe oculaire.
« Voici, à mon sens, comment les choses se passent, aussi bien dans le rêve que dans la vision hypnagogique.
« Quand on est assoupi ou endormi, deux sortes entièrement indépendantes de phénomènes se produisent, ayant leur siège les uns dans la rétine, les autres dans l'écorce cérébrale.
« Ceux-ci sont des représentations mentales d'objets divers ou de scènes variées dont j'ai cherché, dans un travail antérieur", à élucider l'origine : ce sont les perceptions recueillies pendant la veille qui, inhibées par les impressions intercurrentes, ont été placées, en quelque sorte, dans un état d'inactivité temporaire, sans que leur potentiel énergétique ait été complètement dépensé. Quand, par suite de l'absence d'impressions actuelles sur les sens assoupis, elles cessent d'être, en quelque sorte, comprimées, elles
1. Yves Delage, Essai sur la théorie du rêve {Bev. scient. y vol. XLVIIl, p. 40-49, 1891).
entrent en activité sous la forme d'images mentales en apparence spontanées. Ces images mentales, aussi multiples que variées, apparaissent, disparaissent, se poussant les unes les autres, se détruisant ou se renforçant par interférence selon les hasards de leur rencontre, mais, en tout cas, plus ou moins vagues et mobiles.
« D'autre part passent dans la rétine les lueurs entoptiques, combinaisons indéfiniment variées de taches colorées mobiles sans ressemblance frappante avec des objets définis. Ces lueurs pour être, en apparence, spontanées, n'en affectent pas moins la rétine de la même manière que si elles étaient produites par la vue d'o}>Jets réels de forme et de couleur appropriées, impressionnant la rétine dans les conditions habituelles. Ces impressions arrivent dans Fécorce et s'y transforment en perceptions, en images, au lieu même où sont les images mentales ci-dessus mentionnées. El les deux sortes errent, se croisent, se superposent tout en restant absolument indépendantes, bien que la conscience assoupie ne fasse point de distinctions entre elles. .
« Tant qu'il n'y a pas entre les images des deux catégories une ressemblance assez grande, leur indépendance persiste; mais que. par hasard, deux images, l'une mentale, l'autre d'origine entoptique, venant à passer l'une devant l'autre, se trouvent présenter une conformité suffisante, instantanément, elles s'accrochent, se fusionnent en une image mixte, solide, à la fois beaucoup plus intense et mieux extériorisée : c'est l'image hypnagogique ou la vision d'un rêve intense.
(c Je ne saurais mieux comparer le phénomène qu'à ce qui se passe quand on regarde deux images stéréoscopiques d'un même objet en louchant de manière à les fusionner : tant qu'on n'y est pas arrivé, les deux imagos restent indépendantes et sont flottantes, sans relief; dès qu'on a pu les amener, pendant une fraction de seconde, sur les points correspondants des deux rétines, instantanément elles se fusionnent, deviennent fixes et accusent le relief si accentué que l'on connaît.
" Ainsi, l'image liypnai;oi:ique (ou celle du rêve) est mixte et comprend deux éléments d'origine dilTèrcnte et indépendante : un élément rétinien, lueur entoptique, et un élément cortical, imaiie mentale; elle doit à celui-ci sa signification précise en tant que rejnésentation d'un objet donné, à celui-là sa forte extériorisation, au fait de leur jonction, sini intensité et sa fixité relative.
« Les images hypnagogiqiies dont il a été question jus(|u'ici sont des i)hénomènes intenses et passablement exceptionnels; mais elles ne sont que la condition extrême de phénomènes moins frappants et plus communs.
" Pendant les longs mois qui se sont écoulés avant que j'aie obtenu les images hyjtnagogiques dont j'ai donné plus haut l'observation, j«' ne manquais pas, chaque soir, au nlomcnt de m'endormir, de me mettre en état d'attention expectante pour saisir les images ([ui pourraient se présenter. Je ne me suis tenu pour satisfait que le jour où y ai eu les imaues parfaites décrites drns ce
travail. Mais auparavant, un très grand nombre de fois, tous les soirs presque, j'avais obtenu des images moins accusées, plus ternes et plus fugitives, que je reconnais aujourd'hui pour des images hypnagogiques atténuées. Je propose de les appeler ombres hypnagogiques, le mot ombres étant pris ici dans un sens analogue à celui qu'on lui connaît dans l'expression ombres chinoises. Ces ombres hypnagogiques étant beaucoup plus fréquentes et faciles à obtenir que les images du même nom, et surtout ne nécessitant pas une obnubilation bien sensible de la conscience, il m'a été souvent possible de les voir apparaître sur un champ de lueurs entoptiques que je surveillais et dont j'analysais les divers éléments.
'* Leur étude confirme de tous points les conclusions énoncées plus haut. Il m'est arrivé maintes fois de voir brusquement une figure apparaître en un point du champ où rien ne me faisait prévoir l'apparition de quoi que ce soit, où la disposition des taches n'avait rien de caractéristique, rien qui permît à mon jugement de reconnaître une ressemblance avec un objet défini et en particulier avec celui dont l'apparition venait me surprendre. Et cependant, après la disparition de l'ombre hypnagogique, je reconnaissais nettement quelles taches avaient été le support des parties les plus saillantes. Je me rappelle la chose en particulier pour une figure de soudard dont le casque de cuivre avait pour support une tache jaune que j'avais remai'quée avant l'apparition de la figure, mais qui ne m'avait nullement suggéré l'idée d'un casque.
« Et cependant je n'avais fait aucun effort d'imagination pour voir apparaître une figure casquée et ne pensais nullement à quelque chose de ce genre.
« Je veux terminer par une remarque destinée à couper court à certaines interprétations qui pourraient venir à l'esprit au sujet de l'apparition hypnagogique relatée dans ce travail. La personne dont l'image m'est apparue habite à quelque deux cent cinquante lieues de Roscoff. Interrogée par lettre elle me répond qu'elle est en parfaite santé et qu'il ne lui est rien arrivé de remarquable ni au moment même où son image m'est apparue, ni quelque peu avant ou après.
" Donc, rien de commun avec la télépathie. »
On ne comprend pas très bien comment l'image mentale peut se superposer sur une lueur entoptique. Il y a là une comparaison toute matérielle, que l'auteur me paraît avoir le tort de prendre au pied de la lettre. Cette explication convient très bien à des projections. Mais je ne sache pas que des images mentales se conduisent de cette manière. C'est possible. Cela n'est pas connu. Les imap:es mentales s'associent par contiguïté et par ressemblance. Dans le cas présent, les ressemblances existent, on en convient, entre la lueur entoplicfue et l'image mentale. Jusqu'à preuve du contraire, nous devons admettre que c'est par ressemblance qu'elles s'accollent.
Quand au déplacement de l'image hypnagogique dans le sews du
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regard, il ne prouve nullement que Timage hypnagogique soit rétinienne; voici pourquoi. D'une part, toute image mentale, cérébrale, est projetée en avant de nous, dans la direction du regard, vaguement, dans le noir; or, d'après la description de Delage, c'est de ce genre vague de projection qu'il s'agit pour l'image hypnagogique ; elle n'est pas localisée avec précision par rapport aux autres objets extérieurs. De plus, seconde raison, si Timage hypnagogique suivait réellement le mouvement de l'œil, môme lorsque nous regardons et voyons les objets extérieurs, cela pourrait s'expliquer très simplement par le déplacement de son point de i-epère, la lueur entoptique, qui elle, sûrement, se déplace avec le regard; et je ne vois là aucune raison pour rendre rétinien le siège de l'image hypnagogique; c'est sa suggestion, son point de repère qui est rétinien.
A. BiNET.
DHKl. R (P.). — De la perte de la vision mentale chei certains persécutés. Interprétation délirante du phénomène. — Annales médico-psycho., juillet 1903, p. 106-124.
Charcot a fait une leçon sur une remarquable observation; celle de la perte de la vision mentale chez un mélancolique anxieux ^ Le malade avait perdu la mémoire visuelle des objets; il ne pouvait plus se représenter mentalement les paysages, les personnes, h's choses t[ui lui étaient familières. Cotard publia quelques observations analogues prises chez des individus atteints de d«»Iire des nri^'alions, et supposa que la négation systématique de ces malades pouvait bien être une simple interpnHalion maladive du phénomène -. Des observations ultérieures de différents auteurs, et surtout «le Séglas (congrès de Hlois, 1892), ont démenti cette interprétation.
Dlieur donne trois observations nouvelles, où la perte de vision nn'iitale a été nettement conslaléo chez des aliénées; le premier cas rsl celui d'une femme, dégénérée et hystérique: elle était première dans une irrande maison de confection, et elle devint incal»abl«' (le comp<»ser des toilettes nouvelles, parce qu'elle ne pouvait rien se liuiirei* d'avance. Elle accusait ses ennemis de lui avoir enlevé par Tliypnotisme la faculté de représentation.
Les iinaues mentales étaient conservées dans le rêve. De plus, pendant la veille, elle avait conservé le pouvoir de se représenter tiès nettement deux personnes de ses connaissances.
La seconde malade, qui est aussi une dégénérée, s'aperçut de sa
1. Profjrès nied., 21 Juillet l.sS3. La legon a été publiée par BernarJ. O'Iir observation a été reproduite dans maints ouvrages de psychologie. On la trouvera notamment dans ma Psychologie du raisonnement,
2. Perle de la vision mentale dans la mélancolie anxieuse, Ai^ch, neurol»
perte de vision mentale, parce qu'elle ne pouvait plus prier; en effet, quand elle priait, elle cherchait à se représenter Dieu, les saints, ou un crucifix; ne pouvant plus avoir ces représentations, elle renonça à la prière. Elle avait perdu aussi les autres images mentales, mais ne s'en apercevait pas.
La troisième malade, une persécutée, perd non seulement la vision mentale, mais aussi l'audition mentale, ses images du rêve conservent toute leur netteté.
GRASSET. — L*hypnotism6 et la suggestion. — 1 vol. in-18, 534 p., Paris, Doin, 1903.
On lira avec profit ce volum»; assez dense, dans lequel les principaux résultats des recherches de toutes sortes qui ont été faites en France et à l'étranger, en France surtout, sur les phénomènes de l'hypnotisme et de la suggestion, se trouvent résumés et décrits avec beaucoup de soin. Il est intéressant pour ceux qui, comme moi, ont étudié personnellement ces questions, il y a quinze à vingt ans, au moment de leur plus grande vogue, de voir ce qu'elles sont devenues, comment on les juge à présent, et quelle a été en somme l'œuvre du temps. Ce qui m'a frappé tout d'abord, en parcourant le livre de Grasset, c'est de constater qu'au point de vue observations et expériences proprement dites, on n'a rien fait de nouveau. Je dis (es choses sommairement, sans entrer dans le détail ; il est bien entendu que je m'en tiens ici à une impression d'ensemble. Cette impression est très nette. Il semble qu'on s'est livré il y a quinze ans à un grand effort pour rassembler les faits, les contrôler et les décrire, et que cet effort a abouti a un inventaire de l'hypnotisme et de la suggestion qui est presque définitif. On remarquera du reste que l'œuvre personnelle de Grasset, comme observations, se réduit à peu de chose ; et certes, je ne lui en fais pas un reproche. Ce qui a changé, ce sont les interprétations. C'est par là qa*un livre récent sur l'hypnotisme se distingue des livres plus anciens; et il est bien probable que si quelque auteur de la première heure reprenait aujourd'hui la plume pour traiter à nouveau, et dans la généralité, les problèmes de l'hypnotisme et de la suggestion, il pourrait bien reproduire littéralement les mômes descriptions d'expérience qu'autrefois, mais il les interpréterait un peu différemment. Je crois qu'on peut ramener tout le changement à trois points principaux :
1^ Les phénomènes physiques de l'hypnose, qui ont été si bien décrits au point de vue anatomique par l'Ecole de la Salpêlrière, ont perdu grandement de leur importance. Le grand hypnotisme a subi un discrédit. A quoi bon le nier? Sans doute on ne va pas jusqu'à admettre avec Bernheim que ces phénomènes somatiques sont le produit de suggestions maladroites données par l'expérimentateur
à son sujet; il y a longtemps qu'on a fait à Bemheim le défi de fabriquer par suggestion des hyperexcitabilités neuro-musculaires chez des malades non hystériques qui ne présenteraient pas ce pliénomène si curieux; mais on paraît admettre très généralement — et c'est une opinion à laquelle Grasset se rallie, qu*il a même défendue un des premiers, — que ces symptômes somaliques (c'est l'expression ancienne) dont on voulait faire un critérium de l'hypnose, relèvent de l'hystérie et ne se rencontrent guère que chez les hystériques, hypnotisées ou non ; que le groupement de ces symptômes en trois états distincts n'a rien de constant, même chez les hystériques, et peut-être grandement influencé par l'éducation, et qu'enfin Thypnotisme hystérique ainsi décrit, étant à la fois un état rare vi un état très spécial, ne peut être présenté comme le type pur, abstrait, parfait de l'hypnose, dont les autres états, observés et provoqués chez le vulgum pecus des malades, ne seraient qu'une dégradation. Sur ce point précis, les opinions de Bernheim et de l'École de Nancy ont eu gain de cause.
Ainsi, la catalepsie existe bien, la léthargie existe bien, mais ces états n'ont pas une symptomatologie fixe, ils ne se rencontrent guère que dans Thystérie, et ils sont loin de résumer tout l'hypnotisme.
2*» Je crois discerner une tendance actuelle à expliquer par la suggestion beaucoup de phénomènes qui, autrefois, étaient attribués plus volontiers à d'autres causes. Sans qu'il ait été fait une vérification sérieuse et régulière des travaux anciens, beaucoup sont tombés en discrédit; et on n'en parle plus, ce qui est untmanière de les juger. Si je ne me trompe, le phénomène auqut'l on donnait le nom de « action des médicaments à distance > . ne rencontre plus guère de défenseurs; et j'ajouterai à regret, puisque je suis personnellement intéressé dans la question, que les expériences (le transfert et de rénovation de la sensibilité par l'aimant sont tombées en désuétude. Il n'y a pas eu de contre-vérification. je le répète, mais on ne s'en occupe plus, et le nombre de ceux qui y croient a diminué. Je demande la permission de résen'er mon opinion sur cette question spéciale.
3"^ Jus<|u*i(:i, sur les deux points précédents, les idées de Bernheim et (le Nancy ont triomphé.
Elles ont été moins heureuses en ce qui concerne la théorie même de la suggestion. La définition trop courte de Bernheim (' la suggestion est une idée qu'on introduit dans le cerveau » semble avoir été abandonnée, comme équivoque: le mécanisme intime de la sugtrestion a été mieux étudié, et sous l'influence prépondérante «le deux hommes, Myers en Angleterre et Janet en France, on a fait bon accueil aux théories sur la désagrégation mentale et l'automatisme psycIiologi(iue.
Ceci nous ramène au livre de Grasset. L'originalité de ce livre est que, si (»n le parcourt, on le trouvera imprégné pour ainsi dire à toutes ses j>ages par un schéma physiologique, grâce au(iuel tirasset a exprimé la distinction entre la pleine conscience, le
sens cntique — et rautomatismc psychologique, la vie psychique inférieure, qui est surtout faite d*habitudes, mais peut présenter un certain degré de complexité. Cette distinction, fondamentale aujourd'hui, Grasset ne cache pas qu'il Ta empruntée à Janet; et on la trouve également dans Myers, avec simplement d'autres noms; l'automatisme psychique, ou le psychisme inférieur de Grasset, Myers rappelle la conscience subliminale. Je n'insiste pas, bien entendu, sur telles et telles différences, car Myers est avant tout un philosophe, et même un métaphysicien religieux à sa manière, et il a donné à cette conscience subliminale une portée qui dépasse de beaucoup les limites de la biologie. On peut encore remarquer que cette distinction se retrouve dans Wundt, quand il sépare le centre de Vaperception et la série des centres perceptifs; on va même jusqu'à la retrouver chez Bernheim, qui fait une distinction entre les étages supérieurs et inférieurs du cerveau. J'ajoute que dans mon livre Sur les altérations de la personnalité, j'ai longuement exposé ces idées sur les divisions de consciences et leur hiérarchie. Après ces explications, on ne trouvera rien d'absolument nouveau dans le tableau suivant que j'extrais d'un livre de Grasset, tableau contenant les matériaux de son schéma.
1 Psychisme supérieur.