‹ L'année psychologiqueChapitre 116 sur 205 · Réflexes inférieurs · texte numérisé non relu

Réflexes inférieurs

La division de conscience s'opère entre le psychisme supérieur, et ce psychisme inférieur, auquel Grasset donne le nom également d'automatisme supérieur. Jusqu'ici donc, rien de mieux; vieilles idées, nouveaux mots; il n'y a rien de plus.

Seulement, Grasset va plus loin; et il ajoute à ces distinctions un schéma, c'est-à-dire une représentation spatiale, qui est très analogue au schéma construit par Charcot dans ses études sur l'aphasie. Dans ce schéma, il y a un centre unique pour le psychisme supérieur, et une série de petits centres pour les automatismes supérieurs; autant de petits centres qu'il existe de sens spécifiques (vision, audition, etc.), plus un centre moteur. Tous ces centres automatiques supérieurs sont réunis, d'abord entre eux, en second Heu avec le centre unique du psychisme supérieur, et en troisième lieu avec les centres inférieurs (réflexes supérieurs et inférieurs, voir le tableau ci-dessus). Enfin, pour abréger, éviter des périphrases, Grasset a baptisé tous ces centres. Le centre du psychisme supérieur s'appelle le centre 0, et la série des centres d'automatismes supérieurs, figurant avec leurs fibres de réunion un polygone, a reçu le nom de centre polygonal. Ce n'est pas là une terminologie de circonstance. Grasset s'en est pénétré si profondément qu'on la trouve dans toutes ses descriptions de mécanisme psychologique ; et il s'en sert sous plusieurs formes grammaticales, notamment sous la forme d'adverbe et d'adjectif; il parle de tic

poly^'oual, de romans polygonaux des médiums. Les définitions de maladies ou de pliénomènes se font avec des termes de ce schémii. L'état de sug^'estibilité... c'est un polygone émancipé de son propre centre O, et obéissant à un centre 0 étranger p. 89^^ <'tc., etc. La systématisation est poussée si loin que (îrasset, quand il <ile un auteur, termine souvent la phrase de celui-ci par des expressions polygonales, et il faut regarder de près aux guillemets pour reconnaître que c'est bien tirasset, et non l'auteur cité, qui se sert de ces expressions. Il est évident que maintenant, après avoir écrit plusieurs ouvrages dans lesquels il fait un emploi constant île son schéma, (irasset aurait une certaine peine à s'en défaire, et je comprends très bien le soin avec lequel il répond à toutes les critiques qui lui ont été adressées. J'espèi^e qu'il ne se formalisera pas des miennes, que je lui ai déjà adressées, et que je crois devoir renouveler, car il y a là une question vraiment intéressante.

Nous noterons d'abord cette impression de bizarrerie que le lecteur non prévenu éprouve à lire certaines phrases où la " polygonal ité », i(u'on me passe l'expression, produit un »*lTpt pres^iue comique; par exemple qu'une pei-sonne peut à la fois jouer un rôle gai avec son 0 et pleurer avec son polygone. LUmpn^ssion s'efTacerail à la longue, si elle n'était que de Tétonuement, mais je sens maluré moi une sorte de malaise, car j'ai la perception que sous j)nHexle do la terminologie nouvelle et curieuse, on trani'he là des questions graves, qui ne sont pas uniquement des questions de mot^.

M. (irasset m'a déjà répondu, et d'autres que lui m'ont déjù répondu quand j'esquissais celle première critique. «^ On ji* ne sui> l»lus d'accord avec M. Binet, écrit M. Albert Prieur, r'«»st quand il reproche à M. (irassel d'avitir schématisé à outrance les phénomènes de suggestion. Il dit lui-nièine que le premier caractère de la snçgestion est de supposer une npération dessociatrice. ()r. qu'a fail M. liiasset si ce uesl clairemeul schématiser celle «lissociation ellonièiue? )' C'esl très uel. M. linisset, d'après M. Prieur, n'innove j>ii-. uu >i peu que pas; il c<uislale la dissociation, et pour la rendre plu> claire, plus malléable dans les descri])lions qu'on en fail, pour la sch.'nialiser, il baptise d'un nom din'érenl chacune des deux portions dissociéi's. Ce seiail ainsi qu'un micrographe, coupant en deux portions un infusoire, appelleiail un des fragments le ni»*rozi>ïte A. el le seÇfUîd fragment le mérozoït»' B.

S'il en était réellement ainsi, si le rôle de M.Grasset avait consist»' à f.iire un acte de baj>tème, évidemment il n'y aurait rien à dire, sinon à le remercier du service qu'il nous rend. Mais je nt* suis pas (lu t«uit d'accord avec lui sur ce |)oint. Je crois qu'il est victime d'une illu^ion verbale. Vuici les additions, les hypothèses (|ue son schéma ajoute à la théorie de la dissociation.

D'abord, il suppose, et cela loul à fait explicitement, que If psychisme supérieur et le ])sy«liisme inférieur sont bien plus distincts que cela n'est n«''C(^ssaire juiur les besoins d'une explicali'^D psy.lmlogitiue. 11 admet pi'esque, si Je ne me trompe, que le centi'f (). du psychisme sui)é rieur, réside dans les lobes frontaux, lo«:alisa-

PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE o29

tion vraiment hardie, dont il est peut-être inutile d'accepter l'hypothèse dans des questions encore si obscures; peu importe du reste le point précis où se fait cette localisation. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il admet une distinction spatiale entre le centre du psychisme supérieur et les centres du psychisme inférieur. Et il a pleine conscience qu'il l'admet. N'est-ce point là une addition? Et comment dès lors peut-il souscrire à cette opinion de Prieur disant que Grasset n'a fait que schématiser la dissociation ?

Je demande maintenant : cette différence dans le siège de ces deux activités, est-elle prouvée ou bien est-elle seulement probable? Déjà, si elle n'était que probable, il faudrait hésiter à l'introduire dans un schéma où, par suite de la nécessité des choses, elle fera l'effet d'une vérité évidente. Mais vraiment, je ne vois pas du tout que cette séparation anatomique soit démontrée. C'est une affaire d'opinion, presque de goût. L'argument de Grasset que « ce qui peut être séparément atteint et détruit est distinct anatomiquement», ne me convainc pas, car un même organe peut fonctionner soit d'une façon complexe, soit d'une façon simple suivant le cas. Je ne puis que répéter ce que j'avais déjà dit : « La vie automatique, en se compliquant et en se raffinant, devient de la vie psychique supérieure et par conséquent nous pensons qu'il est inexact d'attribuer à ces formes d'activité des organes distincts )►. J'ajoute que la psychologie de laboratoire fournit déjà toutes les étapes de transition et de passage entre ces deux termes d'activité. On comprend par conséquent combien ceux qui se mettent à ce point de vue sont choqués de voir le psychisme supérieur, qui consiste principalement en sens critique, érigé en faculté distincte, logée à part, à distance du reste de la vie psychique qu'elle régente, tandis que je suppose plus volontiers le sens critique comme une résultante d'un jeu plus complexe et plus délicatdes mêmes éléments qui interviennent dans le psychisme dit inférieur; et c'est cette hypothèse d'un centre unique et séparé par le sens critique qui m'avait fait faire celle comparaison avec l'âme pinéale de Descartes, comparaison qui a beaucoup déplu à Grasset.

Voilà donc mes objections contre le schéma de Grasset, dans son dessin anatomique, et en dehors de l'usage qu'il en fait. Je crois que, par l'enchaînement du dessin, et peut-être sans s'en rendre compte tout d'abord, il a incarné dans son schéma une grosse hypothèse, qui sans doute est défendable, mais qui n'est nullement démontrée, et que pour ma part je rejette.

Ce n'est pas tout. Ce que je critique encore, c'est l'usage que Grasset fait de son schéma. La précision de cette figuration finit par faire perdre de vue son caractère hypothétique; cela devient des entités, quelque chose de précis comme des objets matériels, et l'auteur en arrive facilement à introduire son schéma dans des définitions, ce qui est le comble de l'affirmation. Voyez la définition de la suggestion, par exemple, opposée à celle de diverses névroses.

A. BiXET.

L*AÎÎXÉE PSYCHOLOGIQUE. X. 34

LEMAITRE (Aro.). — Des phénomènes de paramnésie, à propoi d'un cas spécial. — Arch. de psychologie (Genève), nov. 1903, t. lU, p. lOt-ilO.

Lemaîlre, qui a déjà publié de très intéressantes éludes sur l'audition colorée et les schèmes visuels des écoliers, nous donne ici l'observation d'un jeune homme de seize ans, qui a un grand nombre do rêves prémonitoires. Voici deux exemples de ces rêves, tels que le jeune homme les raconte : « Je suis à me peigner devant mon miroir (2 mars) oi ma brosse tombe; brusquement. jti me souviens du rêve exact (|ue j^avais eu quinze jours plus toi. » — « Je passe en bécane à la Corraterie. Devant le magasin \V. je m'arrête, et je remise mon vélo dans Tallée suivante. Le jour qui entrait par la porte éclaira la selle d'une certaine façon. Le rêve qui avait relaté cette circonstance s'était accompli trois joui-s avant. C'était la première fois que j'entrais dans cette allée. » Tous ces souvenirs de rêve se reproduisent de la même manière; c'est brusque: le sujet a la conviction d'avoir rêvé exactement ce qu'il éprouve; et de plus, il peut indiquer la date de son rêve. A noter que malgré le caractère prémonitoire de son rêve, le sujet n'a jamais noté le rêve d'avance, avant de le voir réalis/*. M. Lemaître suppose ingénieusement que tout cela n'est que de la paramnésie, do l'illusion de déjà vu, avec cette curieuse particularité qu'ici on n'a i^as st'ulemont l'illusion d'avoir perru une chose une première fois sans pouvoir dire ni où, ni comment, ni (jnaiid, car h' sujet peut parfait<*in(Mit répondre exactement à ces trois questions : «n'i? c'était à la même place; comment? c'était en rêve; et cnliii «piand? c'était à telle date très précis(\

Voilà en souiine um* très curitnisc et très nouvelle contribution à r«''tUile si intéressant»' i\o la paramnésie. L'exj>lication que l'auteur donne de ce cas particulier, et qu'il voudrait bien étendre, si c'était i)ossil)le, à tous l(?s phénomènes de paramnésie, me parait , un ]tcu arbitraire; <*llc n'est point nouvelle. 11 suppose que son suj»"t a d'ahnnl pcr<;u le petit événement dans un moment de dis- j traction, avec un inni subconscient, dissocié; puis revenant à lui, ; cessant d'êtn* distrait, il fait une nouvelle perception de l'événe- i nient, et retrouve sa première percei)tion. 11 y a alors reviviscence \ ronscicntr tVfun' pcrrcption inconsciente primitive. Je crois (|u'une | partie de cette explication est jusltî; il y a bien dans la paramnésie le ni«'canisme d'un aete de reconnaissance, par l'évocation brusque , d'une iuia^e antérieure, (jui vient s(; rapi»rocher de la perception aetuelle; c'est à peu près ce (jui se passe lors(|ue, regardant un individu dans une foule, on éprouve ce sentiment particulier qui l'ail dire : <■ J'ai déjà vu ce bonhomme-là quelque part! >» En outre. il faut ajouter (juc beaucoup de traits «lu phénomène de param* nésie poussent à admettre que l'image évoquée appartient à une

PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE f)31

autre conscience. Mais je ne vois pas du tout pourquoi celle image résulterait d'une perception antérieure du même objet ou du même événement, qui aurait eu lieu quelques minutes ou secondes auparavant, dans une phase de distraction. Pourquoi cette image ne viendrait-elle pas d'un rêve, comme le sujet Ta supposé?

A. BiNET.

J. BOGUES DE FURSAG. — Manuel de psychiatrie,

1 vol. in-18, 314 p., Paris, Alcan, 1903.

Ce manuel, court, précis, pratique, présente deux caractères intéressants : d'abord, sous le titre de psychiatrie générale, il contient une étude détaillée des troubles mentaux, envisagés dans leur ordre psychologique, et indépendamment des affections dans lesquelles on les rencontre; en second lieu, dans la psychiatrie spéciale, il suit fidèlement la classification des maladies mentales adoptée par Kraepelin.

ROUSSEAU (P.). — La mémoire des rêves dans le rêve. Rev. phil., avril 1903.

Le sujet de l'observation est un jeune homme de vingt-cinq ans, un peu névropathe.

Ses heures de sommeil se décomposent de la façon suivante :

1<» De onze heures du soir à deux heures du malin, sommeil normal sans rêves;

2« De deux heures du matin à quatre heures et demie, sommeil avec rêves conscients (état deux) ;

3" De quatre heures et demie à six heures, sommeil profond;

4® De six heures à sept heures et demie, sommeil avec rêves conscients {état quatre).

Le sujet revoit pendant l'état quatre les rêves qu'il avait eus pendant l'étal deux; mais l'état deux n'apparaît pas à proprement parler comme un rêve, mais comme quelque chose de déjà vu et plus rapproché dans le temps que l'intervalle qui les sépare. Durant la période quatre, les images qui apparaissent comme constituant l'état deux sont confuses, à peine estompées, comme placées sur une même ligne visuelle que les images de la période quatre, mais un peu plus éloignées en profondeur.

Ce rythme a été observé pendant une dizaine de jours en janvier 1903 et à quelques intervalles irréguliers en novembre 1902. L^ sujet n'a jamais pu noter un seul exemple où l'état deux avait joué un rôle analogue par rapport à un rêve des nuits antérieures. La mémoire des rêves, au réveil, est très difficile chez lui. En

532 ANALYSES BIBUOGRAPBIQIJBS

quatre jours il n'a pu noter d'une façon précise <)a'nn seul rire, et il lui est impossible de savoir avec certitude à quel momeil exact de la nuit il a été construit, si c'est dans Tétat deux ou quatre.

Le cas est intéressant et parait assez rare.

Pour rinterprétation des phénomènes, je me contenterai de renvoyer au travail de Fauteur.

H. B£AUNtS.

SÉRIEUX (Paul). — Clinique psychiatrique de rUniversité ê» Giessen (Grand-Duché de Hesse). — ^rch. de neurologie, juillet 1903, p. 15-31.

Un petit état qui ne compte guère plus d*un million d'habitants, le Grand-Duché de Hesse, a dépensé plus d*un million pour créer une clinique psychiatrique modèle; c'est celle de Giessen, qui est sous la direction du professeur Sommer.

Description de la clinique, au point de vue administratif, médical et scientifîque. Nous rappelons que Sommer a construit beaucoup d'appareils et imaginé des méthodes intéressantes pour appliquer la psychologie expérimentale aux aliénés. Ces méthodes ont pour but de mesurer avec précision le niveau mental des malades et leur degré d'instruction, la durée et Tintensité de leurs réactions psychiques, la faculté d'orientation, les phénomènes d'association et d'automatisme, etc.

SÉGLAS (J.). — Des hallucinations antagonistes unilatérales et alternantes. — Annales mt-dico-psychoL, juillet 1903, p. 11-27.

Ce mémoire est une suite de celui du môme auteur sur les hallucinations unilatérales, que nous avons analysé ici même. Séglas y soutient les mômes idées critiques, notamment celle que la dualité des hémisphères cérébraux n'a rien à faire avec la dualité de ces phénomènes hallucinatoires.

Ce nouveau genre d'hallucination s'adresse le plus souvent au sens de l'ouïe et a été bien décrit par Magnan {Archiw de neurologie, 1883). 11 s'agit de malades qui entendent des voix qui les insultent et d'autres voix qui les consolent. Ces voix, bonnes et mauvaises, leur semblent parler chacune d'un côté différent, par exemple les bonnes du côté de l'oreille droite, les mauvaises do côté (le l'oreille gauche.

Les hypnotiseurs ont réalisé des phénomènes hallucinatoires visuels d'un genre analogue. « Après avoir placé la malade en somnambulisme, dit Dumontpallier, on lui dit à l'oreille droite qu'il fait beau et que le soleil brille, pendant qu'une autre personne lui dit ù l'oreille gauclve qu'il pleut» Du côté droit, le sujet sooriti

Digiti

tandis qu'à gauche rabaissement de la commissure traduit le désagrément que cause le mauvais temps » (Union médicale, 15 et lO mai 1883). Dumontpallier concluait que ces faits démontrent de la. façon la plus absolue et la plus indiscutable l'indépendance des hémisphères cérébraux; et Bérillon, son élève, soutint îa même opinion, dans une thèse dont le titre est bien caractéristique : La dualité cérébrale et l'indépendance fonctionnelle des Jiémisphèi'es cérébraux, 1884.

Séglas discute longuement, trop longuement peut-être, une affirmation, qui aujourd'hui a perdu tout crédit. Il montre, après Janet, que ces hallucinations n'ont de caractéristique que leur localisation extérieure, et que celte localisation extérieure n'implique nullement une localisation parallèle dans les centres ner\'eux; on pourrait tout aussi bien donner des hallucinations différentes pour chaque doigt de la main ; c'est une affaire de point de repère. Les voix qu'on entend de l'oreille droite sont simplement repérées dans l'oreille droite. Autre objection : beaucoup de ces hallucinations sont des voix et supposent l'intervention de la fonction du langage; or comme celle-ci est unilatérale, et dévolue à l'hémisphère gauche, les deux genres hallucinations antagonistes doivent avoir leur siège dans le même hémisphère. Autre objection : l'antagonisme qu'on trouve dans ces hallucinations et qui existe également dans le délire des malades, sous forme d'attaque et de défense chez le persécuté, ne peut s'expliquer par l'indépendance des hémisphères, mais bien plutôt par des phénomènes psychologiques, tels que l'association par contraste.

BEAUMS (H.). — Contribution à la psychologie du rêve (en français). — American J. of Psychol., juillet-octobre 1903, p. 7-23.

Observations personnelles, écrites de suite après le réveil, pendant un grand nombre d'années. Beaucoup de remarques curieuses. Nous en citons quelques-unes. Les sujets des rêves correspondent généralement aux occupations habituelles. Les images des rêves peuvent être très vagues, autant que les images mentales de la veille. La personnalité actuelle est conservée dans le rêve ; la volonté est affaiblie. Les manifestations psychiques les plus élevées peuvent se montrer dans le rêve.

SOLLIER (P.). — L'autoscopie interne. — Rev. philosophique, janvier 1903.

L'auteur donne le nom d'autoscopie interne au phénomène par lequel on peut se représenter tout ou partie de ses organes internes dans leur forme, leur situation et leur fonctionnement. L'étude de

ces faits esl précédée de considérations sur la nature de rhyslérie et sur le mode de restauration de la sensibilité dans riiystérie spécialement par l'hypnose. Ces considérations ne sont que le résumé des idées de l'auteur sur cette question, telles qu'elles ont été publiées dans un ouvrage sur la Genèse et la nature de Chy$térie.

Les premiers cas d'autoscopie interne ont été observés par le ])^ Comar (Auto-représentation de l'organisme chez quelques hystériques, in Revue neurologique, 1001, p. 491).

Le premier cas a trait à une jeune fille de la campagne, sans instruction, soignée autrefois pour une coxalgie. Plongée dans rhypnose, et recouvrant la sensibilité de sa jambe malade, elle s'écrie : « Mais je vois bien comment elle est, mon articulation, elle n'est pas malade; elle est simplement rouillée; il y a du liquide dedans, mais il n'y en a pas assez pour la faire bien marcher, et puis il y a autour des cordes qui sont trop serrées; je vais desserrer ces cordes et ensuite je pourrai marcher ». Elle avait donc vu nettement son articulation et constaté qu'il n'y avait dedans aucune lésion; en effet, une fois la sensibilité revenue, elle put marcher très bien, ce qu'elle n'avait pas fait depuis des années.

Cette malade décrivit de même son utérus et ses annexes (une sorte de poire dont la pointe est en bas et du haut, de chaque côté, partent des li celles enveloppées dans les replis d'un voile, et dans un des plis, il y a comme une petite noisette). Une autre fois ce fut l'estomac (une grande poche placée un peu en travers avec des ouvertures en haut et en bas, et à l'intérieur des petits plis où il y a do petits t^rains avec des oriticfs). C'était évidemment les replis de la inu(}ueus(' vX les tilaudes.

L«' seennd cas est ]>lus ex|)lioite encore. La malade décrit nonseuh-UM'iit le cœur avec sos valvules, les artères, les (•apillaire>, les veillas i'I la circulation du sang, mais les globules mêmes du sani'. .le cite lextuclleinent. « Dans mes tuyaux il y a deux choses qui so promènent... il y a d'abord un liquide tout hlanc, et dans O'* licjuide il y a uu»^ (|nantilé considérable de très petites machine> rouîmes, juvsqu»' rondes, mais pas tout à fait : c'est plat et les petites clinscs rnuues nai^ent dans le liquide blanc, et tout cela me fait vivre. •)

Celte même malade, à mesun^ i[u'elle retrouvait sa s»?nsibilité viscérale, décrivait de même tous ses organes. Les nerfs étaient compai'és à (les ficelles. Elle remue les bras et les jambes en même ItMnjts (|u'ell(? le^ décrit et dit : <• C'est très drôle, on dirait que ces membres sont tirés juir des licelles (jui aboutissent... j> Elle s'arrête, parait clierclier et re])rend : « Mais où vont-elles toutes ces ficelles! il y en a t«»ut autour de moi ; je suis comme env»doppée dans un rê.seau; il y en a un nombre incalculable; elles font tout fonctionner et elles abouti.ssent dans ma colonne, et de là ça vient dans ma tête ;>. Elle sarrête de nouveau de parler, continue à faire dv> mouvements et reprend : u Mais je sens aussi mon cerveau en avant, et tout ce qu'il y a en moi aboutit là (elle montre son front ; c*e>i là que je sens des petites cases, et au milieu, là i.elle met le

doigt au-dessus de la racine du nez), Ikje veux... c'est moi qui suis là, et je me souviens maintenant d'un tas de choses très anciennes : tous mes souvenirs sont là en avant... ».

Voici maintenant les faits observés par Soilier. Le premier cas est celui d'une jeune fille, grande hystérique depuis l'âge de quinze ans, prise pour une tuberculeuse et soignée comme telle. Dans une séance de réveil de la sensibilité, elle décrit l'utérus, le vagin, l'hymen, la trompe gauche, l'ovaire avec les ovules (des grains, les uns petits, les autres plus gros). Une autre fois elle décrit ses bronches, comme des branches de corail et à gauche, en haut, de petits grains où l'air ne peut pas entrer (c'est à gauche qu'on avait cru trouver des signes de tuberculose).

Dans une autre séance, ce .sont, au milieu du front, de petits trous, avec des angles, des pointes; des sortes de petites chambres dans lesquelles sont des images, les souvenirs. <» Elles servent pour que je pense, dit-elle en réponse à une question; ces petits coins-là oa se serre et ça se détend continuellement comme une machine en vibration, excepté celles qui dorment et restent bien tranquilles... Quand les petites pointes commencent à vibrer, à bouger, ça fait venir l'image devant mes yeux... » Elle aussi décrit les globules du sang comme n'étant pas exactement sphériques. Le second cas, moins complet, concerne aussi une grande hystérique.

Dans le troisième cas observé aussi sur une jeune fille de vingt ans, grande hystérique, l'autoscopie n'existait que pour l'appareil génital interne.

Dans tous ces cas il s'agissait de jeunes filles grandes hystériques, atteintesde manifestations multiples, anciennes et particulièrement d^accidenls viscèrnud'. Dans les trois cas de Soilier, les fonctions génitales avaient été profondément troublées; les deux premières avaient été l'objet d'attentats à la pudeur; la troisième avait été jjri?e à sa treizième année, épocjue de sa formation, d'une passion intense pour un jeune homme dont la présence chez ses parents lui procurait des sensations voluptueuses, passion du reste, qu'elle avait cachée à tout le monde.

L'autoscopie interne se montre toujours dans l'état d'hypnose, an cours du réveil cérébral, quand la sensibilité réapparaît en même temps que l'activité organique. A ce sujet, l'auteur insiste sur deux points : le premier c'est que ce phénomène, très rare du reste, ne se prés(?nte que lorsque l'état hystérique a revêtu un caractère d'intensité et surtout de tixité particulière.

Le second point c'est que rien ne permet de prévoir chez un sujet l'apparition du phénomène. C'est au moment où on s'y attend le moins qu'il se montre.

Comment maintenant les sujets se représentent-ils les organes qu'ils décrivent ainsi? Est-ce par la vue, est-ce par un sentiment cénesthésique? Les voient-ils au dedans ou au dehors d'eux-mêmes?

Les expressions employées par les sujets permettent difticilement de résoudre la question. Les expressions u je vois »>, « je sens >», sont employées indifféremment par les mêmes sujets. Une des

jeunes filles de SoUier voit les organes du ventre comme si elle était ouverte, comme si elle avait du verre au lieu de peau, ceux de la poitrine comme dans une glace, le cerveau comme dans un écran. Il y a donc une sorte de vision intérieure quelquefois extériorisée. Mais en réalité il n'y a pas de vision proprement dite; ce sont plutôt des représentations cénesthésiques parties des organes et transformées en* représentations visuelles. Il est cependant difficile d'expliquer ainsi la vision des couleurs et des formes microscopiques, comme par exemple dans le cas des glolmies du sang (premier cas du D' Comar).

Il est à remarquer que, dans leurs descriptions, les suyets n'emploient jamais les termes techniques, termes qu'ils connaissent cependant au moins pour quelques-uns d'entre eux, comme Futérus, les poumons, les intestins, etc. Ce sont toujours des termes de comparaison, des cordes, des sacs, des tuyaux, des grains, etc. Cest que, dit justement Tauteur, le retour de la sensibilité ne donne pas tout de suite la notion de l'organe complet. C'est peu à peu, et par parties, que cette notion apparaît. Le sujet ne peut donc rapporter les impressions qu'il ressent à rien de connu, pas plus qu'un profane ne pourrait reconnaître un poumon si on lui présentait seulement une préparation microscopique. En outre le sujet n a jamais ressenti ce qu'il éprouve alors; c'est quelque chose de nouveau et d'imprévu, n'ayant aucun rapport avec ses sensations habituelles. Il ne peut donc rapporter à tel ou tel organe qu'il n'a jamais perçu d*unc façon isolée et précise (ovaire ou utérus par exemple) les sensations qu'il y rprouve. Quelle est maintenant l'interprétation de ces faits?

El d'abord, quelle créance faut-il ajouter h leur production? Avec l'auteur je crois qu'on peut éliminer la supercherie et la fraude, tout en faisant peut-être quelques réserves au point de vue de la possibilité d'une fraude inconsciente. Il ne me parait pas aussi facile d'éliminer l'influence de la suggestion; je ne parle mthne pas de la suggestion involontaire de la part du médecin, mais de la suggestion mentale concevable à la rigueur dans des cas aussi exceptionnels. Il me semble que des expériences de contrôle sur le degré de suggestibilité et de lucidité des sujets auraient pu être tentées; peut-être n'auraient-elles rien donné; mais il ne coûtait rien d'essayer.

L'interprétation donnée par l'auteur des phénomènes précédents est Ui suivante. La représentation des viscères et des mouvements propres à les mettre en état de fonctionnement se fait dans l'écorce cérébrale absolument comme la représentation de toutes nos autres fonctions motrices et sensorielles. A l'état ordinaire les changements organiques qui donnent naissance aux impressions cénesthésiques des viscères passent inaperçues par l'habitude à moins de fonctionnement anormal; mais il n'en reste pas moins que toutes les impressions qui partent des organes internes aboutissent à l'écorce cérébrale. Si une cause quelconque vient inhiber ces centres corticaux, le sujet perd la notion de l'existence de son

viscère, il ne ressent plus les besoins qui lui sont liés. Mais dès que Taclivité corticale se rétablit « il perçoit de nouveau des impressions nouvelles qui prennent une intensité particulière en raison de leur isolement au milieu des autres organes insensibles et à fonctions ralenties et inconscientes... Le sujet prend alors conscience de cet organe, de sa forme, de son fonctionnement comme jamais il n'a pu être à même de le faire ».

Mais si l'explication peut à la rigueur être acceptable pour les organes pris en bloc, elle me semble diflicilement admissible pour les globules du sang par exemple, dont les sujets décrivent la fonne et la couleur. On peut encore admettre, quoique la chose ne soit pas encore absolument démontrée, des centres corticaux pour des organes entiers comme le foie, les poumons par exemple; ou mt>me admettie des représentations corticales des éléments anatomiques de ces organes, vu les connexions et les relations de ces éléments entre eux; mais on s'imagine malaisément des représentations corticales du sang et des globules sanguins, éléments mobiles et indépendants de ce liquide. Si la double vue et la vision à travers les corps opaques de certains magnétiseurs étaient démontrées, on pourrait plutôt invoquer une hyperesthésie excessive de la vision, mais encore il faudrait que cette suractivité visuelle s'exerçât non seulement dans l'espace, mais dans le temps,.. Si on examine sur soi-même, par les procédés indiqués en physiologie, la circulation de sa propre rétine, on peut apercevoir les globules sanguins, mais la rapidité de la circulation empêche de se rendre compte de leur forme discoïde.

l/auteur étudie ensuite les rapports de l'autoscopie interne avec l'autoscopie externe, telle qu'il l'a traitée dans un travail précédent (Hallucinations autoscopiques, in Bull, de l'Inst, psychol, int.^ 1902), et voit dans les deux cas des phénomènes de même nature.

Trois faits se dégagent des observations précédentes.

Nous pouvons avoir des représentations de tous nos organes, dans leurs plus petits détails, dans l'intimité même de leur structure.

Ces représentations ne se produisent que quand le centre cortical d'un organe a perdu de son activité à un degré plus ou moins marqué et permanent et qu'il la récupère.

Enlin, au fur et à mesure que l'activité du centre cortical reparaît, les représentations qui sont liées aux phases successives de ce retour s'effacent les unes les autres, jusqu'à ce que le sujet, ayant recouvré le fonctionnement normal de son organe, cesse alors d'en avoir une représentation isolée et nette.

On peut dune conclure que c'est à des changements dans l'activité corticale que sont liées nos représentations. On doit en conclure aussi que la conscience peut exister à tous les degrés de l'activité cérébrale, même les plus inférieurs. En même temps on peut constater que dans les cas de ce genre la volonté suit exactement les mêmes lois que la conscience, dans les degrés même les plus inférieurs de l'activité cérébrale, au moment où cette activité amoliv-

diic se réveille, de sorte que les organes qui, a Tétat normal, échappent à la volonté, lui deviennent au contraire soumis; exemple : la contraction des muscles lisses.

L'auteur termine ce travail par quelques considérations sur la suggestion. Pour lui la suggestion n*est pas autre chose qu'un ordre quelconque et son rôle se trouve par conséquent singulièrement réduit. Sur ce poinlje ne saurais être d'accord avec lui. 11 me semble oublier un peu trop d'abord, que les faits observés par lui ne l'ont été que sur des grandes hystériques, et encore très exceptionnellement, ensuite que la suggestion s'observe sur un grand nombre de sujets, que ces sujets sont très fréquemment tout à fait sains et exempts de toute tare hystérique et, enfin, que dans les phénomènes observés chez eux à la suite de suggestions, les organes mis en cause ne se trouvaient pas dans les conditions indicjuées dans son travail : rétablissement de l'activité dans un organe qui avait perdu son activité à un degré plus ou moins marqué et permanent.

Quoiqu'il en soit du reste de leur interprétation les phénomènes étudiés par le D*" Sollier sont des plus intéressants et des plus instructifs et doivent attirer l'attention des médecins et des psychologues.

H. Beaunis.

ILRICII (A.j. — Phénomènes de sjrnesthésies chez on épileptiqne. Hev. phil., avril 1903.

(le cas pn's«.Mîte ceci de particulier que le sujet réunit, accumulées sur sa seule i)ers()nne, toutes les espèces de synestUési^'S (sensations associées) connues à ce jour, l/excitation de Turban»' d'un stMis produit une sensation simultanée non seulement dans un. mais dans plusieurs autres organes des sens. Les impressions de couleur sont accompagnées aussi d'impressions gusl<itivi'S et Iherniiques.

l'n frère du sujet présentait aussi de l'audition colorée.

H. Heai^is.

Page 1