‹ L'année psychologiqueChapitre 37 sur 205 · PF · texte numérisé non relu

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écritures sont tracées : les masculines en majorité par des hommes de profession libérale, avocats, médecins, quelques commerçants, quelques commis et de rares domestiques; les féminines en majorité par des femmes du monde, quelques paysannes et quelques domestiques. Supposant qu'une lettre adressée à un homme ferait penser à un expéditeur masculin, et qu'à l'inverse une lettre adressée à une femme ou à une jeune fllle paraîtrait envoyée par une femme, j'ai eu soin de placer dans ma collection 38 adresses de femme à homme, balançant 47 adresses de femme à femme , et de même 2â adresses d*homme à femme, faisant la contre-partie de 68 adresses d'homme à homme.

Je dis tout de suite que cette suggestion par le sexe du destinataire a exercé une influence sur les réponses. Ainsi, jamais une adresse écrite par un homme à une femme n'a été jugée masculine à l'unanimité; au contraire, beaucc^up d'adresses écrites par des hommes à des hommes ont été attribuées au sexe masculin à l'unanimité.

L'ordre de succession des enveloppes dans la série de 180 a été ùxé par des chiffres écrits sur chaque enveloppe ; les personnes ont reçu l'invitation de suivre cet ordre dans leur examen. J'ai essayé de ne mettre aucune régularité dans l'ordination des enveloppes; parfois des enveloppes de sexe différent alternent par 1, par 2, par 3; parfois il y a de longues séries d'enveloppes de môme sexe, par exemple 15. Le nombre total d'enveloppes féminines est de 89 ; enveloppes masculines, 91.

L'iaimense majorité des enveloppes ont passé par la poste; c'est dire que les adresses ont été écrites d'une main naturelle par des correspondants qui ne songeaient pas à faire une expérience. Cependant, j'ai intercalé dans la série une dizaine d'adresses qui ont été écrites sur commande; enfin, je note une personne qui m'a offert spontanément de déguiser son écriture; elle a écrit i enveloppes différentes.

Je donne quelques détails complémentaires qui sont nécessaires pour préciser la signification des résultats obtenus. Il est clair, comme ce travail le démontrera, que certaines écritures cachent mieux leur sexe que d'autres.

Un expert fera moins d'erreurs sur 100 écritures à sexe apparent que sur un égal nombre d'écritures à sexe douteux ou à sexe inverti.

Il est donc important que je dise que mes 180 enveloppes

ont été réunies sans opérer aucun choix entre celles que je trouvais dans mes tiroirs ou que des amis complaisants ont bien voulu mettre à ma disposition; il n'a été fait aucune élimination en vue de faciliter d'expérience ou au contraire pour la rendre plus difficile. Par conséquent, je tiens pour probable que mes 180 enveloppes représentent les caractères sexuels moyens des écritures, dans leur état moyen de fréquence et de difficulté.

Si d'autres personnes désirent renouveler l'essai de diagnostic avec d'autres corps d'écriture, elles feront bien de tenir compte de la circonstance ci-dessus, pour obtenir des solutions comparables aux miennes.

Les experts. — Les personnes qui ont bien voulu collaborer à cette recherche scientifique sont nombreuses : Je citerai d'abord M. Crépieux-Jamin, qui, d'après les témoignages que j'ai recueillis, est aujourd'hui le représentant le plus autorisé de la graphologie. Je ne saurais assez le remercier de son zèle et de son amabilité. Mais vraiment, je me demande si je dois le remercier; car s'il a consenti à étudier mes documents, c'est beaucoup moins pour m'obliger personnellement que parce qu'il a cru accomplir son devoir, en soumettant la graphologie au contrôle scientifique que je lui proposais. M. Crépieux- Jamin ne craint pas le contrôle; il le demande avec une franchise et une simplicité qui lui font le plus grand honneur. J'ajoute que l'expérience que je fais avec lui est rendue tout à fait satisfaisante par une circonstance accidentelle. Il habite Rouen, et je suis à Paris.

Cet éloignement des deux expérimentateurs parait être, à première vue, un gros inconvénient; on ne peut pas se parler, il faut s'écrire. La vérité est que c'est là un avantage inappréciable; pous gardons avec soin les lettres que nous avons échangées ; par conséquent, nous n'avons pas à craindre d'avoir dit de ces mots imprudents dont on n'est pas avare dans les conversations, qu'on oublie aussitôt après, et qui n'en font pas moins une dangereuse suggestion — hi suggestion est toujours à craindre, même entre les personnes les plus loyales. — Dans une lettre, on s'observe davantage — et si un mot imprudent a été écrit, on en garde la trace K

1. Do plus, on évite tle celle manière les suggestions involontaires et i/w/>ercej)til)Ies du gesie, de l'allitude, suggestions qui tinement interprélées pari'/nconscienl du graphologue, voviTvaiçnt le guider vers la vérité.

Dû membre fort distingué de la Société de graphologie, M. Eloy, a bien voulu déterminer le sexe de 103 adresses; nous trouverons quelque intérêt à comparer ses résultats à ceux de M. Crépieux-Jamin.

J'ai pensé qu'il serait curieux de savoir comment se tireraient de l'expérience des personnes étrangères à la grapho- Ic^ie. Une quinzaine de personnes, comprenant des hommes, des femmes, de tout âge, et aussi des enfants, ont consenti à étudier mes documents M. Belot, inspecteur primaire de la Seine, a bien voulu en distribuer à plusieurs instituteurs. C'est un travail assez long. En général, ces bénévoles étaient laissés en téte-à-tôte avec les 180 adresses, et me remettaient leurs appréciations par écrit.

A QUEL SIGNE RECONNAfr-ON , D'aPRÈS LES EXPERTS, LE SEXE

DANS l'Écriture? — Si nous nous contentions de montrer des

à peu près avec la même sûreté que des mouvements inconscients de la main ou de la respiration guident vers l'objet caché le chercheur qui fait du - cumberlanUisme •. On évite aussi par la méthode de la correspondance l'équivoque de réponses mal définies, que le graphologue pourrail interpréter plus lard et très inconsciemment en sa faveur, par de petites modifications destinées à les faire cadrer avec la vérité. Je veux donner un curieux exemple de cette sorte de falsification rétrospective. Elle s'est ébauchée devant mui, un jour que je faisais une petite expérience de graphologie pour m'amuser, et sans prendre de précautions. C'était à une séance de notre Société de psychologie de Tenfanl. Je présidais, et pour alimenter la séance j'avais fait circuler dans la salle quatre adresses, dont deux étaient écrites par des hommes et deux par des femmes. Je demandais aux personnes présentes de bien vouloir déterminer le sexe (les scripteurs, et de me répondre par écrit. Pendant que le travail collectif suivait son cours, un graphologue très distingué vint s'asseoir près de moi au bureau; je lui montrai une des enveloppes, en l'invilanl à deviner le sexe. Il examina récriture de très près, puis, après un moment, il me dit, avec ce bon sourire confiant des professionnels : - Ceci me parait être très probablement une écriture d'homme. • Il fit une courte pause, puis ajouta : - Cependant, je dois remarquer que je connais une femme qui a, à peu de chose près, la même écriture •. Tne heure après, je causai de nouveau avec ce môme graphologue; et je lui dis, en lui montrant la même enveloppe : - C'est une écriture d'homme •. Une expression de satisfaction se peignit discrètement sur sa physionomie; il me répondit simplement : • Vous voyez • !

Et c'est tout. La conversation n'alla pas plus loin. Maintenant, examinons cette petite circonstance, en elle-même, et faisons abstraction du très symimthique graphologue qui y a joué un rôle. Je le sais très prudent et très perspicace. Si par hasard je lui avais deman«lé catégoriquement : - Pensez-vous avoir deviné le sexe de celte enveloppe •? probablement, il aurait reconnu lui-même l'équivoque de la première réi)onse. Mai* un expert moins fin ou plus arriviste que lui aurait pu affirmer qu'il ne s'était pas trompé.

Voilà, je crois, un très bel exemple, tout à fait saisissant, des incertitudes de la parole.

i84 MKMOIRES ORIGINAUX

écritures à des graphologues, en les priant de déterminer le sexe sans nous expliquer les raisons qui les décident, Texpérience ne serait pas bien instructive; elle nous apprendrait que M. Un-tel est très fort, que Tautre M. Un-tel est moins exact, et ainsi de suite, et que d*une manière générale l'écriture renferme ce que les naturalistes ont appelé des caractères sexuels secondaires. Vraiment, ce serait peu de chose. La science veut qu'on dévoile le mystère, qu'on détermine les signes graphologiques du sexe avec une précision telle que n'importe qui, remplissant certaines conditions d'exercice et d'aptitude naturelle, puisse diagnostiquer l'écriture comme le fait un graphologue.

M. Crépieux-Jamin, qui ne s'est jamais refusé à aucune de mes exigences scientifiques, a bien voulu décrire en quelques lignes ses principes et sa méthode; ces lignes, que je transcris ici, ont été écrites à un moment où M. Crépieux-Jamin ignorait les résultats donnés par la vérification de ses diagnostics :

Rouen, 11 mars 1903.

Cher monsieur,

Je vais vous donner, comme vous le désirez, quelques détails sur ma façon de procéder.

Tout d'abord, saviez-vous quo la possibilité de déterminer Tdge et le sexe par récriture avait été niée par Michon, le fondateur de la graphologie? (Voyez Mystères de récriture, p. il, et Méthode pratique, p. 147).

Dans mon Traité pratique, écrit il y a près de vingt ans, j'ai consacré un petit chapitre à la (jueslion (p. 253 à 200), et j'exprimais neltcmont l'avis que celte détermination était possible. Je disais, en substance, que chaque sexe ayant sa psychologie doit avoir son écriture. I/écriture se modifiant selon le développement de l'individu indique aussi son Age.

J'en suis resté là et personne, à ma connaissance, ni en France, ni à l'étranger, n'a repris la question. Votre initiative m'a obligé de faire un effort et j'ai dû, pour vous donner satisfaction, instituer la méthode au fur et à mesure de mes essais.

Dans bien des cas, un examen rapide de quelques secondes m'a déterminé. Cependant, lors(iu'il fallait expliquer le cas, donner mes raisons, j'ai été plus d'une fois arrêté pendant quelques minutes. D'aulres fois, après avoir passé un quart d'heure à méditer sur une enveloppe et avoir fait le même exercice le lendemain, je n'aboutissais «|u'à une probabilité.

Sur certaines enveloppes, en additionnant les temps des reprises, j'ai sûrement passé une heure. Mais en général, examens et nolatlons comprises m'ont demandé 10 minutes par écriture.

Pour le sexe, les raisons les plus diverses m'ont décidé. Tantôt c'était la psychologie du scripteur qui me renseignait, tantôt c'était directement la forme du geste écrit.

Chez la femme, le geste écrit est gauche, souvent disgracieux et lâché, ne quittant Tallure insignifiante que pour devenir discordant, désordonné ou exagéré; il a souvent des formes penchées et frêles, ou bien prétentieuses ou compliquées. L'écriture dite du Sacré-Cœur, au tracé triangulaire, est actuellement un précieux indice du sexe féminin, mais il est aléatoire puisqu'il suffirait d'une modification dans l'enseignement des couvents pour qu'il disparaisse. La surélévation des diverses minuscules, principalement des s, r et de la hampe des p, se rencontre très souvent, même habituellement, dans les écritures de femmes, et très rarement dans celles des hommes. Il en est de même des finales longues, soit qu'elles aillent à la dérive, soit qu'elles soient horizontales. Ce qui m'a frappé le plus, c'est de constater combien on exagérait l'importance des signes de la finesse et de la légèreté; ils n'ont pas une grande importance différentielle. Si parfois les écritures de femmes sont plus fines et légères que celles des hommes, par contre on y voit plus fréquemment des traits appuyés, des renflements, — c'est-àdire que la femme, qui a moins de besoins sexuels que l'homme, serait cependant plus sensuelle. Il est vrai que les renflements disent aussi la gourmandise !

Chez l'homme, la netteté, la fermeté, la sûreté, la simplicité, la sobriété du tracé sont caractéristiques. La simplification, qui est un signe graphologique de culture d'esprit, est bien plus fréquente que chez la femme. Quand l'écriture d'une femme a de la tenue, chose rare, elle n'évite pas la raideur, le mouvement manque de grâce. Chez l'homme, l'aisance du tracé s'allie le plus souvent aux qualités de netteté et de sobriété. Ces différences existent jusque dans récriture des gens inférieurs. A égale infériorité, l'écriture de l'homme est plus simple et sobre. On trouve aussi beaucoup moins d'écritures lâchées d'hommes que de femmes.

Chacun de ces signes, pris séparément, est un critérium insuffisant, mais j'ai considéré la réunion de plusieurs d'entre eux comme nne preuve. Quand il m'est resté un doute, même léger, j'ai noté mon appréciation comme probable seulement. Il s'agit d'un essai, n'est-ce pas? J'ai exprimé le degré de ma conviction; voilà tout.

M. Eioy m'a exposé sa méthode dans les lignes suivantes :

Je m'appuie, pour trouver le sexe au moyen de l'écriture, sur deux bases : i^ Cette proposition du philosophe H. KlefFer : « Le centre de gravité de la fonction intellectuelle chez la femme est la grâce ou la faculté de produire harmoniquement sans effort; celui de sa fonction morale est la bonté ; le centre de gravité de la fonction intellectuelle chez l'homme est la force, ou la propriété d'aller plus loin par l'efTort; celui de sa fonction morale est la justice •►, etc. (suite).

« 2° Il y a chez la femme, comparativement à Thomme au point tlo vue intelligence, au point de vue activité et au point de vue moralité, une faiblesse ou même un minus (on général) dont l'écriture est révélatrice. Quand une écriture n'a pas un caractère bien tranché, pour acquérir une certitude sur le sexe il est nécessaire d'avoir plus qu'une enveloppe; il faudrait au moins 8 ou 10 lignes; il se peut donc (jue quelques-unes do mes réponses soient dubitatives je les piquerai d'un point d'interrogation. »

Ces principes sont un peu moins explicites que ceux de M. Crépieux-Jamin; le détail graphologique sur lequel l'expert doit s appuyer pour ses déterminations n'y est pas indiqué : M. Eloy se contente presque de faire la psychologie du sexe féminin.

Quant aux ignorants de la graphologie, à qui Ton demande un jugement sur les écritures, ils n'aiment pas donner d'explications. On a beaucoup de peine, parfois, à les décider à Texpériencc; ils sont peu confiants, et prétendent souvent qu'ils vont au hasard. Je crois qu'ils ne font point d'analyse et se contentent d'une impression d'ensemble, et généralement peu consciente. Four eux, la légèreté, la finesse, l'inclinaison sont des signes féminins de l'écriture; parfois ils font une comparaison avec une écriture qui leur est connue : « C'est une femme, dira l'un, parce que oa ressemble à l'écriture d'une de mes cousines. » Parfois, il y a un effort de généralisation : « C'est insignifiant comme toutes les écritures de femmes », nous dit une dame âgée et peu indulgente pour son sexe. Mais ces remarques ne mènent pas loin. En somme, les ignorants se laissent guider par une vague intuition. Ils devinent le sexe de l'écriture à peu près comme nous devinons, à la tournure générale, un avocat, un militaire, un paysan endimanché.

Les experts se sont-il trompés? — C'est ce qu'il est facile de savoir.

A tout seigneur tout honneur. Commençons par M. Crépieux- Jamin.

Avant do faire connaître ses réponses sur les 180 enveloppes, j'indique quelques déterminations de sexe qu'il a faites sur des spécimens variés d'écriture que je lui avais envoyés pour la détermination du caractère. Ces spécimens sont des fragments de lettres originales, des copies de lettres, ou des copies de morceaux de prose et de vers. Le nombre des sujets

est de 47; sur ce nombre, M. Crépieux-Jamin ayant écarté un document insuffisant, il reste 16 diagnostics. Je constate que il déterminations sur 40 ont été exactes, ce qui donne un pourcentage de 89,1 de réponses justes ^

Les 5 erreurs ont porté sur les cas suivants : une jeune fille, une jeune femme et une vieille femme ont été prises pour des hommes; un jeune homme et un vieillard ont été pris pour des femmes.

11 s'est produit, à propos de ces erreurs, un petit fait bien caractéristique.

J'avais écrit à M. Grépieux-Jamin en lui signalant 4 erreurs commises par lui dans les documents d'un de mes envois; je lui disais : « Je relève comme erreur seulement Mould qui est un homme, Claud qui est une femme, Zim qui est une femme, et Grini^ qui est une femme. Je ne connais pas directement Grim. Cest la seule personne dans ce cas. Je vais m'informer sur elle ». Mon expert me répondit aussitôt :

« Quelques observations sur mes erreurs; il y en a trois que j'aurais pu ne pas faire : Zim. Erreur de ma part, observation précipitée. En effet, les \j ont la morphologie caractéristique de récriture féminine, etc. — Claud, Mêmes observations. Les écritures d'ignorants ont des mouvements désordonnés qui prélent k Terreur. Ici elle est excusable, et cependant le graphologue eût pu l'éviter. — (C'était réellement une écriture dillettré, domestique sans instruction.) — Mould. Les écritures des vieillards se confondent aussi, comme celles des ignorants. Ici la faute du graphologue me paraît très faible, mais il y a encore faute. — (C'était réellement une écriture de vieillard.) — Grim. Je ne vois pas comment j'aurais pu dire que c'est une femme. S'il n'y a pas d'erreur de votre part, je ne sais pas du tout comment expliquer ce cas, sinon par une éducation toute particulière. Ce sont des cas de ce genre que j'ai rencontrés quelquefois, rarement, qui m'ont heurté et empêché de parler de la détermination du sexe comme d'une chose sûre. »

Eh bien, Grbn était réellement une écriture d'homme. Je

i88 MÉMOIRES ORIGINAUX

ne le savais pas. J aurais pu, le sachant, tendre un piège à M. Crépieux-Jamin. La science autorise ces scélératesses-là *.

Dans Texpérience de graphologie que je fis avec M. Crépieux- Jamin, j'ai été moi-même dans Terreur. Ce Gnm était le seul sujet, sur les iO, que je ne connaissais pas personnellement. J'avais prié une personne de mes amis de faire copier une lettre à une dame; et on la fit copier au frère de la dame; on m'en avertit; je notai la substitution; j'oubliai de relire la note. On voit donc que M. Crépieux-Jamin ne partagea pas mon erreur, il résista à ma suggestion. C'est certainement un bel exemple de sagacité à l'actif de la graphologie.

J'arrive à la série des IHO enveloppes.

Il s'agit, je le répète, de déterminer le sexe d'après une adresse qui se compose de 8 à 10 mots, en moyenne, 'iO mots au maximum ; ce n'est pas beaucoup. Il est naturel que, ces documents étant moins copieux que les précédents, M. Crépieux-Jamin ait fait un plus grand nombre d'erreurs.

Sur les 180 adresses, M. Crépieux-Jamin ne se récuse qu'une seule fois, pour une enveloppe dont il dit : « Elle a été écrite à la diable, soit en riant, soit dans une mauvaise position; c'est un mauvais document. Peut-être a-l-il été également écrit trop vite ». Pour les 180 enveloppes, le nombre de déterminations justes est de 141; soit un pourcentage de 78,8 p. 100. Ce pourcentage est beaucoup plus faible que celui que M. Crépieux- Jamin a donné pour des documents plus copieux -.

1. J'avoue, sans aucune fausse honte, avoir trompé pendant plusieurs mois des médiums à qui je demandais des consultations pour une dame; ouvrons ici une parenthèse : cette dame, ma parente, avait été troublée en entendant une voix qui lui donnait en termes énigmatiques des renseignements sur son mari ahsent. La dame ne comprenait rien à cette voix, elle me demanda conseil, et je consultai pour elle une famille de très honnêtes médiums, gens de notre monde; les médiums invoquèrent les esprits; ceux-ci, par l'intermédiaire de la table et de récriture automatique, répondirent longuement; ils expliquèrent avec gravité Torigine des voix, les sens des mots prononcés, et donnèrent à la dame les conseils les plus sages.

Je conserve naturellement les copieux messages de Fau-delà que ces esprits m'ont envoyés. Je ne leur reproche qu'une chose, c'est de ne pas avoir eu assez de subtilité pour découvrir le piège «lue je leur tendais; en réalité, la dame en question, la dame hantée, que je présentais comme ma parente, dont j'avais donné le nom et esquissé la biographie, n'entendait aucune espèce de voix, et cela pour une excellente raison, c'est qu'elle-même n'existait pas. Javais tout inventé.

'2. J'ai dit plus haut que j'ai mis dans ma collection d'enveloppes 09 adresses dans lesquelles l'écrivain expéditeur n'est pas de même sexe que le destinataire. J'ai expliqué que les erreurs qu'on peut commettre sur ces adresses doivent être plus nombreuses que sur d'autres, car

Notons un petit point de détail. M. Crépieux-Jamin a eu soin de nous indiquer chaque fois si sa détermination lui paraissait probable ou certaine; sur ces 180 diagnostics il y en a eu 51 de probables et 129 de certains, ce qui revient à dire que ce graphologue doute environ deux fois sur sept. Il est intéressant de rechercher si, lorsque le jugement parait douteux à celui qui le porte, ce jugement est plus souvent faux que lorsqu'on remet avec confiance. Sur 51 erreurs, il y a eu 23 jugements probables, près de la moitié, tandis que sur les 129 réponses justes, il n'y avait que 27 jugements probables, proportion beaucoup plus faible. Conclusion : M. Crépieux-Jamin se trompe moins souvent dans les jugements qu'il qualifie de sûrs.

Si on supprimait tous ses jugements de simple probabilité, on lui enlèverait le bénéfice de 27 réponses justes et le désavantage de 23 réponses fausses. Autant vaut dire que ses jugements probables, pris dans leur ensemble, n'ont guère plus d exactitude que des réponses données au hasard.

J'ai été curieux de rechercher quels sont les signes graphologiques qu il a invoqués dans les cas où il s'est trompé; il a motivé 138 de ses jugements. Dans ces jugements, je trouve 4 motifs principaux : 1" la netteté, simplicité, sobriété, fermeté du tracé, qui révèlent l'homme; 2° la surélévation de certaines lettres, qui révèle la femme, et l'absence de surélévation, qui, sauf quelques réserves, révèle l'homme; 3^» la forme et l'allure de certaines lettres, qui serait essentiellement féminine dans certains cas et masculine dans d'autres. Ainsi, on nous dit : l'r de rue a l'allure féminine en plein; — les finales sont typiques. — Les D, S, 0 me paraissent d'une femme, etc. 4» Des arguments tirés de la psychologie du sujet. Ainsi, l'expert écrit : a La graphologie dit que l'écrivain a beaucoup de défauts de femme; — insignifiance tranquille, douce et modeste, donc une femme — incohérence des signes de volonté, c'est une femme, — allure débraillée me détermine pour une femme. »

chacun fait plus ou moins la supposition qu'une lettre écrite à une femme doit venir d'une femme, et une lettre adressée à un homme doit venir d'an homme. Toutes les personnes ont subi cette suggestion, et M. Crépieux-Jamin semble n'y avoir pas échappé; ses déterminations justes sont de Sa p. 100 pour les enveloppes dont le sexe est identique chez Texpédittur et le destinataire, et de 74 p. 100 seulement pour les enveloppes dans lesquelles les deux personnes sont de sexe difTérent. M. Crépieux- Jtfflin m'assure qu'il n'a fait aucune attention au sexe du destinataire. U suggestion serait donc chose inconsciente dans son cas, si elle a réel- •«rnenl existé.

100 MÉMOmES OUIGINAUX

Eq faisant un reconscment général, je trouve que la psychologie du sujet a été invoquée Ai) fois avec raison, 8 fois à tort; la forme de certaines lettres, majuscules, finales, a élé invoquée 00 fois avec raison et 12 fois à tort. La surélévation de certaines lettres a été invoquée 25 fois avec raison et une fois seulement à tort. La netteté, sobriété, simplification de récriture a été invoquée \H fois avec raison et 8 fois à tort. J ajoute que Crépieux-Jamin emploie le plus souvent plusieurs arguments pour une môme écriture; parfois même il en cite plusieurs qui sont contradictoires, et entre lesquels il choisit. Ainsi, il a rencontré des surélévations, assez rarement il est vrai, dans des écritures qu'il a néanmoins attribuées à des hommes âgés. De cette courte revue il résulte que tous les signes graphologiques du sexe peuvent tromper, sans qu'il soit facile de dire lequel est le plus sûr : peut-être la surélévation des lettres avec les réserves indiquées par Crépieux-Jamin est-elle un des meilleurs signes féminins; en tous cas, tous ces signes invoqués ont une certaine valeur, puisqu'ils se vérifient dans la majorité des cas.

M. Êloy, à mon grand regret, n'a pas pu étudier la série complète des enveloppes, mais seulement 103 (environ le premier et le troisième tiers de la série complète). Le nombre total de ses erreurs est de 2."», ce qui donne comme pourcentage de ses jugements exacts 75 p. 10(). C'est un pourcentage très voisin de celui de M. Crépieux-Jamin, très légèrement inférieur. Du reste, il ne faut pas attacher trop d'importance à cette différence; rien ne prouve qu'elle se conserverait dans une autre expérience; elle pourrait grandir ou diminuer.

Oue conclurons-nous do ces premiers chiflVes? C'est que bien réellement les graphologues ont le droit d'aflirmer que l'écriture renferme des caractères sexuels, et que ces caractères sont suffisants ])0ur déterminer le sexe du scripteur, dans un certain nombre de cas. Voilà le fait décisif.

Il y a un autre fait à relever : c'est que ces signes sexuels de l'écriture ne sont pas des signes infaillibles, puisque de bons juges, comme MM. Crépieux-Jamin et Êloy, s'y sont souvent trompés. H est possible ou que les erreurs commises soient imputables aux expérimentateurs, à leur défaut d'exercice, etc. — ou qu'elles soient imputables aux signes graphologiques eux-mêmes, qui, peut-être, n'ont point une valeur absolue. Laissons la question en suspens.

A. BINKT. — LA GHAPIIOLOGIE KT SES HÉVÉLATIONS 191 Les IGNORANTS SE THOMrENT-ILS PLUS QUE LES EXPERTS? —

Nous appelons ignorants en graphologie ceux qui ne se sont point initiés aux principes de la graphologie officielle, ou qui n'ont fait aucune étude spéciale sur les signes graphologiques. Ces ignorants peuvent se comporter, vis-à-vis de nos expériences, de deux manières hien différentes: 1* juger les écritures par instinct, intuition, ou par un raisonnement quelconque, plus ou moins conscient, mais toujours avec absence d étude préalable; 2o se préparer par une étude préalable à l'examen des écritures qui leur sont soumises. Cette préparation consistera, par exemple, dans le cas où on leur demandera de deviner le sexe d'une écriture, à se faire une petite colleclion d'écritures de sexe différent, et à regarder Tune après l'autre ces écritures pour chercher k se rendre conscient de leurs différences sexuelles. Dans ce cas, quand ils se donnent celle préparation, nos ignorants ne deviennent pas des graphologues, mais ils cessent d'être des ignorants intuitifs. J'ai lout lieu de croire que dans notre étude sur le sexe de récriture les ignorants qui nous ont prêté leur concours en sont restés à l'intuition.

Et d'abord, les ignorants, ceux qui n'entendent rien à la graphologie, sont-ils capables de déterminer le sexe d'une écriture? J'entends par \k : sont-ils capables de faire des déterminations plus exactes que celles du hasard, et par conséquent supérieures à ."»0 p. 100 du nombre total des écritures?

Oui; le fait est absolument certain. J'ai montré mes séries d'adresses à une foule de personnes, des gens instruits, des jçens sans culture, et mêmes des jeunes enfants. Constamment, »4 s'fns aucune rjcrplioyï, ces ignorants donnent un pourcentage de réponses justes supérieur au hasard.

exemples : Une jeune fille de dix-sept ans, sérieuse, appliquée, mais qui ne sait rien en graphologie, étudie U\i env(îloppes de la série :20 enveloppes sont écartées, parce qu'elle reconnaît qui les a écrites i. Le nombre total des erreurs est de iO: soit un pourcentage de 70 p. 100 de réponses justes.

L'ne autre jeune fille, de dix-huit ans, cuisinière de son état, par conséquent moins cultivée que la précédente, commet t»^ erreurs sur 170 envelopes, soit un nombre de réponses justes égal à 03 p. 100.

Encore une autre jeune fille, de quinze ans, intelligente et fine, fait sur ili enveloppes un nombre de réponses juste égal à 71 p. 100.

i92 MÉMOIRES ORIGINAUX

M. Belot, inspecteur primaire à Paris, a bien voulu faire répéter Texpérience à dix instituteurs et institutrices choisis avec soin dans son personnel; on leur a fait deviner le sexe de 137 écritures d'adresses. Le pourcentage des réponses justes a été de : 05,9; 66,1; 67; 68; 69; 69,3; 72,9; 73; 73; 73.

On voit que la justesse de coup d*œil varie dans de larges proportions; la personne qui a le moins d'habileté ne devine que 63 p. 100; celle qui en a le plus va jusqu'à 73 p. 100. Cette dernière proportion a été atteinte trois fois par des institutrices.

Concluons que le don de reconnaître les caractères sexuels de récriture appartient à peu près à tout le monde. Seulement, les plus habiles des ignorants sont restés au-dessous des graphologues professionnels. 11 est naturel que l'exercice, Tentrainemcnt, Thabitude de se rendre compte donnent aux graphologues un certain avantage.

Le sexe apparknt et le sexe dissimulé. — Tous ceux qui ont consenti à déterminer le sexe des enveloppes ont reconnu que, pour certaines écritures, l'opération est très facile et demande un simple coup d*œil, tandis que d'autres spécimens font beaucoup hésiter; il en est même de si douteux qu'on se décide complètement au hasard. L'étude des motifs de jugements écrits par M. Crépieux-Jamin montre en outre que l'expert professionnel placé devant une écriture dont il cherche à deviner le sexe y découvre plusieurs caractères qui tantôt se confirment et tantôt se contredisent ; dans ce dernier cas, il faut non seulement compter, mais peser les caractères, faire une résultante, travail délicat et subtil, souvent plein de conjectures.

A ne regarder les choses que du dehors, nous trouvons à distinguer trois genres d'écritures :

i" Celles dont le sexe est très apparent;

^"^ Celles, moins nombreuses, dont le sexe est ambigu;

3" Celles, en petit nombre, qui portent les signes du sexe opposé.

Je vais donner des spécimens de ces différents genres d'écriture.

Ecritures franchement sexuées. — Il y a, dans ma collection, des écritures d'hommes que tout le monde, sans aucune exception, a reconnues. J'en reproduis une, celle d'un professeur

de rUoiversité (fig. 1). C'est un homme de quarante ans, grand, fort, intelligent. Dix-huit personnes ont été appelées à deviner le sexe de son écriture. Toutes ont reconnu un homme, toutes sans exception.

M. Crépieux-Jamin écrit :

« Homme, sûr; quarante ans; écriture claire, ferme, simple, simplifiée, sobre, d'un homme. Quelques tremblements légers disent plus de quarante ans ».

Ayant eu Toccasion, plusieurs mois auparavant, déjuger un

Fig. 1.

autre spécimen provenant de la même personne, — j'ignore s'il a songé à les identifier, — M, Crépieux-Jamin écrivait :

« Homme, quarante à quarante-cinq ans. Écriture sobre, netle, simple et droite d'un homme. Je n'ai jamais vu une femme écrire ainsi et je ne me l'imagine pas, ce serait la psychologie des sexes renversée. Pour l'âge, il y a dans ce tracé une maîtrise qu'on n'a guère de bonne heure. »

M. Éloy porte un jugement identique, mais autrement moUvé :

« Homme. Écriture boueuse, mais claire et lisible; ponctuation; soins de lisibilité marqués; les e minuscules de Binet et de Meudon non pochés, malgré écriture boueuse. »

Les autres personnes, qui ne sont pas des experts, donnent leur diagnostic sans commentaires* Le D' Simon remarque

l'aNNÉI PSTCHOLOttlQUB. X. 13

cependant que cette écriture est celle d'un homme de profession libérale.

C'est donc une écriture d'homme bien typique.

J'en signalerai encore deux autres, celle de M. Sardou et celle de Taine.

Fig. 2.

L'écriture de Taine (fig. 2) a été reconnue comme masculine par 15 personnes; 3 personnes Tout attribuée cependant à une femme. Voici ce que les graphologues en disent.

M. Crépieux-Jamin :

« Homme, sûr, cinquante ans. Netteté, simplicité, sobriété,

Fig. 3.

simplification. Donc, écriture d'homme. Dépression et légers tremblements du cinquantenaire, environ. »

M. Êloy :

« Homme : activité et simplicité de formes; finesse et souplesse d'esprit au point de vue intellectualilé. »

Pour l'écriture de M. Sardou (fig. 3), 13 personnes ont reconnu un homme; 2 personnes Tout attribuée à une femme.

M. Crépieux-Jamin :

« Homme, sûr, soixante ans au moins. Netteté et simplicité de l'écriture d'un homme. »

Voici trois spécimens d'écriture de femme reconnus féminins par toutes les personnes qui les ont examinés.

Le premier (fig. 4) est d'une jeune fille de vingt ans; elle a été examinée par 14 personnes; 13 ont attribué cette écriture à une femme.

Fig. 4.

M. Crépieux-Jamin écrit :

« Femme, probable, vingt-cinq ans. L'écriture un peu calligraphique, rend très difficile la détermination du sexe. Les s

Fig. 5.

surélevés me décident pour femme. Le tracé frais, élégant, dit la jeunesse adulte. »

M. Éloy :

« Femme. Forme du « de mademoiselle (manœuvres psychologiques de coquetterie), forme du B, »

L'écriture de la figure 5 est d'une jeune fille de dix-neuf ans; t<Hites les personnes (15) ont reconnu la femme.

M. CrépieuX'Jamin :

(( Femme, sûre, 50 ans au plus. Ëcriture lourde, anguleuse et disgracieuse, dite du Sacré-Cœur. Tracé d'une physiologie fatiguée. »

M. Éloy :

« Entêtement égoïste; esprit étroit et cœur fermé. »

Pour les deux écritures précédentes, la détermination du sexe a pu être facilitée par une petite circonstance; Tenveloppe est adressée à une femme ou à une jeune ûlle. Voici une

^A^^^rté^ér—

Fig. 6.

dernière écriture de femme, dont le sexe a été reconnu par tout le monde, bien que la lettre fût adressée à un homme.

La figure 6 donne récriture d'une femme de 35 ans; c'est une femme du monde.

M. Crépieux-Jamin :

« Femme, probable, 35 ans. Manque de sûreté du tracé, surélévation do Te de Monsieur, finale de \m majuscule fréquente chez les femmes, rare chez les hommes, barre du i de Bxnei trop longue et celle de Samt trop courte. Ce dernier double trait, signe de volonté faible et mal distribuée, est commun chez les femmes. La rature elle-même est un indice. Les femmes raturent trois fois plus que les hommes. Pour l'âge, 35 ans, plutôt plus que moins. Le tracé n'est pas alerte; il est expérimenté sans être cassé. »

M. Éloy :

« La forme indécise des minuscules, surtout des mots Saint-» Placide^ »

Écritures d sexe douteux. — Ce sont des écritures que j'appellerais volontiers hermaphrodites; les réponses se répartissent en nombre égal pour les deux sexes; et les graphologues professionnels restent incertains. Il est bien entendu que nous trouvons tous les termes du passage entre les écritures franchement sexuées et les écritures à sexe ambigu. La raison de FambigaYté vient, soit de ce que ces écritures n'ont pas de caractères tranchés, soit de ce qu'elles ont des caractères contradictoires.

Je citerai deux exemples :

L'un (fîg. 7) est l'écriture d'un homme de 48 ans, auteur dramatique éminent, intelligence à tendances philosophiques. Son écriture a beaucoup égaré les examinateurs; 8 personnes, dont

Fig. 7.

M. Crépîeux-Jamin, ont reconnu un homme; 10 autres personnes, dont M. Ëloy, l'ont attribuée à une femme.

M. Crépieux-Jamin :

« Homme, sûr, 50 à 60 ans. — Homme à cause de la netteté, de la sinaplicité, de la simplification. L'inclinaison assez grande ne m'arrête pas, quoiqu'on la considère comme indice de Vécrilure féminine. Je crois l'importance de la netteté et de la simplicité tout à fait prédominante ; quelques dépressions disent Tàge de 50 à 60 ans. »

M. Éloy :

« Fename : Surtout la forme du p, puis celle de Xm majuscule ou du d de Madame. »

Le D' S., qui a fait quelques diagnosticsassez bons des écritures, dit : « Femme; les femmes ont toutes la même écriture. »

L autre exemple de sexe mal accusé (fig. 8) est donné par une jeune fille de 18 ans, intelligence solide, caractère sérieux. 12 personnes ont examiné son écriture ; 6 ont opté pour homme, et 6 pour femme; l'enveloppe était adressée à une

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jeune fille, ce qui a exercé peut-être une suggestion, san^ laquelle on aurait plus souvent attribué récriture à un homme.

M. Crépieux-Jamin écrit :

u Homme, sûr, 30 ans. Netteté, simplicité, sobriété, fermeté du tracé d'un homme. Ce n'est pas un homme âgé, le tracé est très frais, sans aucune dépression, 30 ans, peut-être moins. »

Ecnlures à sexe inverti, — Ce sont des écritures qui portent si manifestement le caractère du sexe opposé que presque

Uiàon

Fig. 8.

tous les examinateurs s'y sont trompés. Je fais des réserves sur la réelle interversion du sexe dans ces écritures. Il est toujours possible que des experts plus habiles arrivent à démêler le sexe caché; mais je préviens ceux qui sont, par les lignes précédentes, avertis de Terreur commise, qu'ils n'auront aucun mérite à découvrir après coup les signes sexuels vrais dans les écritures que je vais mettre sous leur yeux.

Voici d'abord (fig. 9) une écriture de femme, que 18 examinateurs contre 1, ont attribuée à un homme; c'est l'écriture d'une demoiselle qui s'occupe de science, avec succès, et a acquis déjà une certaine notoriété. J'ignore son âge exact; il doit être voisin de 30 ans.

M. Crépieux-Jamin écrit :

« La simplicité, sobriété, netteté du tracé disent un homme. Quelques dépressions disent Tâge, qui n'est plus jeune. »

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M. Éloy :

« Homme : Originalité des lettres; soin des indications (parenthèses, soulignements énergiques). »

La figure 10 reproduit récriture d*un ancien cocher de maison bourgeoise; c'est aujourd'hui un vieillard de 70 ans. Homme

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Fig. 9.

gros, fort, robuste, sans culture, psychologie de domestique. 15 personnes ont pris son écriture pour celle d'une femme; i personne seule a reconnu un homme. M. Crépieux-Jamin n'a pas eu le temps de motiver son jugement, il a commis Terreur

•^ ^yL^^^ê^ ^^f^^t^^^éi^^^^-

Fig. 10.

commune; ajoutons que cet auteur fait d'expresses réserves au sujet des écritures de vieillards.

Sexe falsifié. — J'ai dit plus haut qu'une personne m'a proposé spontanément de falsifier son écriture. Cette personne est une femme de charge, âgée de 40 ans, et ayant une instruction réduite; elle a beaucoup de fantaisie dans le caractère, de l'amour-propre surtout. Elle a tracé sur des enveloppes 8 écri-

tures différentes; elle ne se proposait pas expressément de changer le sexe de son écriture, mais de faire des écritures différant les unes des autres. Le résultat a été assez curieux. Son écriture naturelle, recueillie sur une enveloppe datant de j

y^ yi^e^L^ ^:::^^e^ ^/^^é:^^^

Fig. H.

deux ans, a donné lieu à il diagnostics femme. Une seule personne s'y est trompée. Crépieux-Jamin écrit : « Femme, sûre, 40 ans. Véhémence et incohérence de la volonté féminine.

Fig. 12.

D ailleurs, allure et formes féminines. Écriture appuyée et inégale de la femme do 40 ans. »

Pour les 3 écritures falsifiées — car je n'en ai conservé que 3, — les jugemeuls ont été bien différents. L'une (fig. 12) a (Hé attribuée 4 fois à un homme et 8 fois à une femme. Il y a donc une légère atténuation du caractère féminin. Crépieux- Jamin écrit : « Femme, sôre. Lenteur, passivité, insignifiance,

qu'il serait difficile de rencontrer chez un homme. La lutte pour la vie les force à dominer cette psychologie-là. Quelques dépressions disent la femme de 40 à 50 ans. »

Un autre spécimen de falsification (fig. 13) est encore mieux réussi. 8 fois, l'écriture est prise pour celle d'un homme, et

'^^^^^^^^^^^^^ ^^^^j^e^ eM^'^^zeJtr

Fig. 13.

4 fois seulement elle est attribuée à une femme. Crépieux- Jamin échappe à Terreur du sexe, mais il commet celle de Tâge : « Femme probable. 20 ans. La forme des majuscules est bien féminine, celle des minuscules aussi. Le mot Meudon

(jyr)eAA^irv\/s

Fig. 14.

semblait avoir été écrit par un jeune garçon. En tout cas, récriture est jeune, avec des signes de prétention, d'épanouissement. »

Dernier spécimen (fig. 14), qui est tout à fait réussi comme falsification; 10 personnes attribuent cetle écriture à un homme, et 2 personnes seulement reconnaissent la main d'une femme. M. Crépicux-Jamin commet l'erreur commune, il écrit : « Homme, sAr. iNelteté, sobriété, simplicité d'un homme. Dépressions de l'homme d'un certain âge. >» H attribue à l'homme 50 ans.

Ces exemples prouvent d*uiie maaière assez démonstrative qu'une personne habile peut, dans une épreuve courte, transformer suffisamment son écriture pour qu'un expert commette une erreur de sexe; de plus, et c'est peut-être là un fait important, ces caractères graphiques dénaturés volontairement font imaginer au graphologue un caractère intellectuel et moral assez différent de celui que lui révèle récriture naturelle de la même personne.

Quel est le sexe dont l'écriture est la plus trompeuse? — M. René Piiaux a bien voulu m'écrire pour signaler à mon attention un petit problème intéressant; celui de savoir si les écritures masculines sont plus faciles à reconnaître que les écritures féminines. Mon correspondant inclinait à croire que les femmes sont plus habiles que nous à changer le sexe de leur écriture. Il faut, je crois, distinguer deux points :

1° Un certain nombre de personnes s'appliquent, je suppose, à prendre l'écriture du sexe contraire. Les femmes réussirontelles mieux ou moins bien que les hommes cette supercherie? Question de fait, sur laquelle les documents me font entièrement défaut. Il faudrait instituer une expérience, et en régler avec beaucoup de soin tous les détails. Il y aurait mainte précaution à prendre.

2° Quand hommes et femmes écrivent de leur écriture naturelle, sans songer à se mettre en expérience, les experts auxquels ont soumet ces écritures naturelles se trompent-ils davantage sur un sexe que sur l'autre? Je pense qu'il faudrait, avant de répondre, essayer quelques distinctions. Par exemple, et sans aller au fond des choses, il vient tout de suite à l'esprit que certaines écritures sont trop fortement influencées par la mode pour qu'on puisse s'y tromper. La grande écriture anguleuse de certains milieux à la fois religieux et snobs, et qu'on appelle l'écriture du Sacré-Cœur, révèle presque à coup sûr une femme. J'ai donné dans mon article un spécimen de cette calligraphie bien caractéristique *.

J'ai étudié mes séries d'enveloppes, pour rechercher si les erreurs de sexe sont plus fréquentes sur l'un des sexes que sur l'autre.

1, L'écriture dite du Sacré-Cœur n'est pas le privilège des anciennes élèves des couvents. Je connais une dame protestante, d'esprit très libéral, et relativement peu religieux, qui m'écrit constamment avec cette écriture-là.

M. Grépieux-Jamin a 14 fois attribué à un homme une écriture de femme, et 24 fois commis la méprise inverse. 11 s'est donc trompé plus souvent sur les écritures d'hommes que sur celles de femmes.

Pour les ignorants, leurs erreurs ont été très variables. 11 y a telle personne qui ne fait que 8 erreurs de sexe sur les écritures d'homme et en commet 29 sur les écritures de femme. Chez d'autres, c'est la proportion contraire.

En noyant toutes les différences individuelles dans une totalisation générale, on trouve que la grande armée des ignorants a fait 164 erreurs de sexe sur les hommes et 212 sur les femmes. En définitive l'écriture des femmes serait un peu plus difficile à sexualiser, un peu plus trompeuse que la nôtre, ce qui ne m'étonne pas outre mesure.

Une NOUVELLE EXPÉRIENCE AVEC M. Crépieux-Jamïn. — J'avoue ma prédilection pour les questions de méthode.

Plus haut, j'ai exposé en quelques lignes l'application du calcul des probabilités à la détermination du sexe des écritures. Le choix étant entre deux alternatives, l'erreur de hasard est de oO p. 100. C'est tout ce qu'il y a de plus simple.

Ce qui l'est moins, c'est d'appliquer ce principe dans quelques circonstances très particulières, comme celle-ci : lorsque M. Crépieux-Jamin apprit de moi qu'il avait commis sur les 180 enveloppes 21 p. 100 d'erreurs d'attribution, il voulut avoir la satisfaction d'examiner à nouveau les enveloppes qui l'avaient trompé. Je lui envoyai celles-là seulement ; il les étudia, paraît-il, avant de se reporter à la petite note que j'avais dressée pour lui, note où je rappelais les sexes qu'il avait attribués à ces écritures, et Terreur qu'il avait commise. La curiosité lui vint de recommencer sa détermination des sexes, sans autre guide que celte idée générale et vague qu'il s'était trompé une première fois.

Je transcris la lettre que M. Crépieux-Jamin m'écrivit à ce sujet, elle est intéressante à plusieurs point de vue :

30 avril 1903.

Cher monsieur et ami,

Au reçu de votre envoi j'ai fait le classenieut des enveloppes sans «onsuller vos indications, ni mes notes, bien entendu. D'emblée fat fait 4â rectifications.

Il est remarquable que mon dernier envoi, que ^e u'd\^\^ ^vs."à

travaillé autant que les autres, a donné une plus grande proportion d'erreurs. D'autre pai't les erreura nettes, j'appelle ainsi celles qui concernent les cas où je n'avais pas fait de réserves, sont au nombi-e de 11 seulement, pour un total de 130. C'est cette catégorie d'erreurs qui excitait le plus mon intérêt et avait le plus d'importance.

Plus je regarde ces enveloppes plus je trouve que' le sexe se manifeste dans l'écriture. En dernière analyse je n'arrive pas à voir un désaccord profond entre ce que nous croyons savoir sûrement en graphologie et les erreurs que j'ai faites, j'ai mal jugé, voilà tout. Voyez, un nouvel examen me fait faire 14 rectifications d'un seul coup !

Il est important de noter la principale cause d'erreur : c'est bien comme vous le croyez, la brièveté des documents. Les gestes disent les caractères, mais encore faut-il qu'il y en ait assez pour obtenir un contrôle. Sur unt; enveloppe on a une attitude qualitative, mais enfin ce n'esi qu'une attitude. On ne peut pas rectifier son tir.

C'est un de nos bons principes, on graphologie, que nous ne devons nous déterminer (juc sur de nombreux documents. Le principe est surtout applicable à la recherche du sexe qui est une résultante très complexe. Si ou tient compte des conditions défavorables de notre expérience elle acquiert une valeur plus grande.

Bien cordialement à vous.

Crépieux J.uiin.

On voit que sur la série de 39 erreurs commises, M. Crépieux- Jamin, mieux inspiré, a fait 14 rectifications; donc, le nombre total d'erreurs ne serait plus que de 25 en tout.

Je me demande comment nous devons interpréter ce second examen. Est-il possible d'en faire état, et de dire par exemple que M. Crépieux Jamin, quand il examine à deux reprises la série de 180 enveloppes, en arrive à réduire considérablement ses erreurs de sexe, et porte ce nombre de 39 erreurs à 25, ce qui fait un pourcentage de jugements justes de 86 p. 100, au lieu de 78 p. 100?

Plusieurs objections pourraient élrc dirigées contre ce mode de calcul. La première, la plus forte, la véritable objection psychologique, serait d'insinuer que M. Crépieux-Jamin a gardé le souvenir inconscient de ses premiers diagnostics, et que, les sachant erronnés, il on prend la contre-partie; on ajouterait que la chose étant inconsciente peut se faire sans que l'expert cesse d'être de bonne foi; il est évident que personne ne songe à suspecter la bonne foi de M. Crépieux- Jamin.

Mais je laisse de côté ce point de vue, qui ne m'intéresse

pas; je suppose que Texpérience est à Tabri des critiques les plus sévères. Ce que je me demande, c*est comment il faut appliquer à cette espèce le calcul des probabilités. Je ne Ta! pas aperçu tout de suite. Il me semblait incorrect de tenir compte seulement des rectifications apportées par le second examen. Mais je ne savais pas nettement pourquoi. J*ai enfin trouvé la raison ; la voici : le second examen a été partiel, il na porté que sur 39 adresses; le calcul des déterminations justes et fausses doit donc être fait uniquement sur ce nombre de 39; la proportion des réponses justes sera donc de il sur 39; OD n'a pas le droit de rapporter ce nombre d'erreurs aux 180 enveloppes, et de faire un pourcentage de jugements exacts égal à 85 p. 100, car le second examen n*a point porté sur les 180 enveloppes. Si, en effet, j'avais envoyé de nouveau à M. Crépieux-Jamin non seulement les enveloppes sur lesquelles il avait commis des erreurs, mais les autres sur lesquelles il n'en avait pas commis, et tout cela péle-méle, sans rien lui indiquer d*aulre que le nombre de ses erreurs, il est tout à fait probable, presque certain, que le second examen qui a réparé des erreurs sur les enveloppes mal attribuées aurait amené des erreurs sur les autres enveloppes, celles dont le sexe avait été exactement perçu la première fois.

Une méthode scientifique pour établir la nature des signes DU SEXE DANS l'écriturb. — M. Bertillou a bien voulu me confier le manuscrit d'une étude qu'il a faite sur le sexe de Técritiure, avec l'autorisation de le résumer ou d'en citer des extraits. Le distingué chef du service anthropométrique s'est intéressé à la question de savoir dans quelle mesure de probabilité un expert à qui l'on soumet un document écrit* peut affirmer le sexe du scripteur. C'est en effet une des rares conditions dans lesquelles la détermination du sexe par l'écriture présente une réelle utilité pratique. Fidèle à ses méthodes d'expérimentation précise et méticuleuse, M. Bertillon a fait une étude graphique d'un très grand nombre d'enveloppes qui loi ont été remises avec la mention du sexe du scripteur. M. Bertillon n'a malheureusement pas pu vérifier autrement Texactitude du sexe, et il ne nous dit pas quel est l'employé qui fut chargé de ces mentions, et d'après quels documents écrits la détermination fut faite. Il y a là une cause d'erreur qui n'a pas échappé à M. Bertillon, et qu'il signale expressément à la fin de son travaih

206 BfÉMOIRES ORIGINAUX

« Au cas, dit-il, où des erreurs se seraient produites dans l'indication du sexe du scripteur, les chiffres contenus dans les divers tableaux conserveraient bien leur valeur absolue, mais on n'en pourrait tirer, au point de vue de la distinctioa des scripteurs, que des conclusions erronées.

« Ces erreurs, fort possibles (ainsi que Tindiquent deux enveloppes portant Tune « Homme » et l'autre « Femme » et émanant indubitablement de la môme main) diminueraient grandement par leur répétition la valeur des conclusions ci-après, et pourraient même les modifier du tout au tout. »

Voici les principales constatations de ce travail.

Inclinaison des lignes de Vécriture. — L'écriture est un peu plus souvent horizontale chez la femme (46 p. 100 chez l'homme, 53 p. 100 chez la femme) et plus souvent descendante chez l'homme (20,4 p. 100 hommes et 14 p. 100 femmes).

Inclinaison des barres des t par rapport à la direction générale de Vécriture, — Barre ascendante 36 p. 100 hommes et 35 p. 100 femmes. — Barre parallèle : 45 p. 100 hommes et 35 p. 100 femmes. — Barre descendante : 19 p. 100 hommes et 30 p. 100 femmeâ. — La barre féminine tend donc à descendre.

Délié final du mot Monsieur. — Il est nul chez 42 p. 100 hommes, et seulement chez 19 p. 100 femmes. L'écriture de ces dernières est donc moins sobre.

Levés de plume. Rien de particulier au sexe. La grande majorité des scripteurs présente un nombre de levés de plume voisin du nombre de syllabes du mot, sans qu'il soit né<^essaire que les levés de plume séparent les syllabes.

Signes de ponctuation. Leur absence ou défectuosité sont un peu plus fréquentes chez les hommes.

Majuscules. Certaines formes de majuscules sont plus

fréquentes pour un sexe. Ainsi Vj\^esi plus fréquent chei rhomme (25 p. 100 hommes, 10 p. 100 femmes) et JIÙ^ est plus fréquent chez la femme (17 p. 100 hommes, 31 p. 100 femmes).

Remarques analogues pour le p majuscule. La forme y se rencontre bien plus souvent chez la femme (3 p. 100 hommes, 16 p. 100 femmes).

Pour le rf minuscule, la formel est la plus fréquente; la

forme 4^^ moins fréquente, est liée à la lettre qui suit, 24 p. iOO hommes et 11,8 p. 100 femmes. Il y a donc là un caractère sexuel important. Pour la lettre f la forme f, se rencontre chez un tiers des hommes, et seulement chez un cinquième des femmes. L> final a la forme * chez 73,2 femmes et chez

51,8 hommes. Il a la forme \^ ou ^)^ chez 48,2 hommes et

26, 8 femmes. Encore un caractère sexuel important, Ts sure- IcTé se rencontre chez 21,8 p. 100 hommes et 10 p. 100 femmes, ce qui parait contraire à Topinion de Crépieux-Jamin. Les formes dextrogyres et sinistrogyres étudiées chez Thomme et la femme, pour le p majuscule et \f minuscule ont montré que la tendance dextrogyre est un peu plus forte chez la femme.

L'écriture est légèrement plus petite chez la femme; pour les majuscules, la différence n'est que de 1 mm. en moyenne. De plus, chez la femme, récriture est plus inclinée. L'inclinaison, mesurée sur le jambage de \f du mot préfet, est de 52» chez rhomme^ et de 45%78 chez la femme.

La conclusion est que les dififérences sexuelles de l'écriture ne portent que sur des points de détail. <( Le fait capital qui se dégage de cette étude est donc qu'il semble n'exister aucun moyen certain de différencier a priori les écritures des deux sexes. On pourra cependant, dans certains cas, résoudre la question du sexe du scripteur d'une pièce donnée. Parmi les anomalies qui signaient les écritures d'hommes ou de femmes certaines sont effectivement très particulières. Plus ces anomalies s'accumuleront dans une même écriture, et plus la probabilité que l'écrivain soit d'un sexe déterminé 8'accroîtra. »

J'ai tenu à faire cette longue analyse de l'important travail de Bertillon, parce qu'il est inédit : et aussi parce qu'il développe ce qu'on peut appeler une méthode scientifique de graphologie. Si on compare, même à travers mon résumé défectueux, le travail de Bertillon aux traités ordinaires de graphologie, ou sera frappé d'un contraste saisissant : d'une part, dans les traités, c'est l'affirmation solennelle, présentée comme une sorte de révélation, avec des preuves rares citées en guise d'exemple; d'autre part, dans Tétude de Bertillon, 1 afQrmation ne vient qu'après une étude extrêmement minutieuse et un calcul de pourcentages, qui constitue une démons-

208 MÉMOIRBS ORIGINAUX

tration en règle. Il est incontestable que la méthode d'exposition de Bertillon a seule une valeur scientifique. Je ne prétends pas que celle des graphologues soit dépourvue de toute valeur, car je concède qu'ils ont dû recueillir de nombreuses preuves des affirmations qu'ils avancent; mais c'est leur méthode d'exposition que je critique.

La recherche entreprise par M. Bertillon a été faite, on le remarquera aussi, d'après un point de vue tout différent du mien. Malgré sa forme modeste et son étendue très restreinte, l'essai de M. Bertillon ne va à rien moins qu'à inaugurer une nouvelle graphologie, fondée sur des mesures très délicates des éléments de l'écriture, c'est un essai de construction. Mon étude à moi est surtout critique ; elle ne cherche pas à reconstruire, mais à contrôler.

Je remarquerai encore que M. Bertillon se borne à poser des règles générales et n'a point essayé de faire l'application de ces règles générales à des cas particulier; il n'en a pas tiré un procédé pour l'expertise des écritures au point de vue du sexe, et il ne s'est pas exercé à la détermination du sexe pour certaines écritures données. C'est une regrettable lacune de son travail; lacune d'autant plus curieuse que ses laborieuses recherches avaient précisément pour but d'éclairer des expertises ultérieures. J'avoue que j'aurais été très heureux de savoir si, au moyen de ses observations et calculs, il aurait pu déterminer le sexe de mes enveloppes avec un pourcentage d'erreur plus faible que celui des graphologues. A priori^ il me semble que non. Je crois qu'il y a dans l'écriture beaucoup de petits caractères sexuels, presque impondérables, comme la grâce, la fermeté, la sobriété, la clarté, dont il n'a pas tenu compte, et que le graphologue a perçus d'intuition. Il serait bien possible qu'ici, pour celte question particulière de diagnostic, l'art tout empirique des uns fût supérieur à la science raisonnée des autres.

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