‹ L'année psychologiqueChapitre 38 sur 205 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

La conclusion la plus certaine de toutes nos études précédentes est l'existence de caractères sexuels dans l'écriture. Cette existence me paraît aujourd'hui démontrée de la manière la plus satisfaisante.

11 y aurait bien des questions subsidiaires à poser, questions

A. BINCT. — LA GKAPHOLOGIE ET SES RÉVÉLATIONS 209

doot la solutîoD reste encore tout à fait problématique. Ainsi,

tout d*abord, on peut se demander dans quelle mesure les

caractères dits sexuels de l'écriture sont en relation avec des causes psycho-physiologiques profondes, comme les fonctions de reproduction ou les caractères sexuels psychologiques — ou bien si ces caractères sexuels de récriture ne dépendent pas de causes plus fortuites, plus superOcielles, comme des différences de mode, d'éducation. Il est incontestable que quelques-uns des types d'écritures qu'on attribue généralement à la femme sont un effet de pur snobism se développant par esprit d*imitation. Si bien peu d'hommes ont adopté récriture si caractéristique dite « du Sacré-Cœur », c'est parce qu'on renseigne surtout dans les couvents de femmes. Celte question des causes doit être ici, comme partout d'ailleurs, très compliquée.

Un autre point soulève, ou pourrait soulever à l'occasion, dans des circonstances judiciaires, un grand intérêt pratique : à savoir dans quelle mesure un esprit habile peut, étant placé devant un document écrit, affirmer le sexe du scripteur. Nous avons vu le pourcentage d'erreur de nos deux graphologues; il est un peu moindre que celui des ignorants; dans les cas les plus favorables, il n'a été que de 10 p. 1(X). Au point de vue de notre recherche, peu nous importe la difficulté pratique de détermination du sexe; il nous suffit d'avoir établi que celte détermination est possible, parce que nous démon- Iron-^ du même coup l'existence d'un signe sexuel dans l'écriture; les degrés de l'habileté individuelle ne nous intéressent pas directement. La question de savoir si l'expertise du sexe par récriture est admissible en justice, dépend en somme de la solution donnée à cette autre question : dans une expertise judiciaire, une erreur d'un dixième est-elle tolérable?

Je pose ce point d'interrogation sans y répondre moi-même.

Kn tout <:as, il me semble que messieurs les juges ne devraient consentir à écouter un expert, même assermenté, qu'après avoir contrôlé son talent par des épreuves analogues a celles que je viens d'inaugurer. 11 y a là, ce me semble, une question préjudicielle de procédure judiciaire, qui ne manque pas de quelque importance. Les experts ne devraient être nommés qu'après un concours composé d'épreuves pratiques f qui démontreraient scientifiquement leur habileté.

fJrirvcnient, et pour conclure :

'\ L'écriture contient certainement des caractères permettant

\ L^AlfNÉE PS\CaOLOGlQUE, X, \\

de déterminer le sexe du scripteur, avec un pourcentage d'erreur qui, dans les circonstances les plus favorables à Texpertise, a été de 10 p. 100.

A(iE ET INTELLIGENCE

Là place me manque pour donner tous les détails de Tétude que j*ai faite sur ces deux questions. Je suis obligé de me contenter des conclusions.

1° Age, — Sur ces mêmes documents, j'ai demandé à des graphologues et à des ignorants de déterminer Tàge des écritures. Par un calcul tout empirique, j'ai d'abord établi qu'en procédant au hasard, sans même regarder les écritures, on devinerait les âges avec un écart moyen de quinze & seize ans. L'écart moyen de détermination de M. Crépieux-Jamin a été de dix ans. Quelques ignorants ont serré la vérité d'aussi près que lui K

2" Intelligence, — Je fais comparer par couples des fragments de lettres provenant de deux personnes que je connais, et qui présentent entre elles une différence d'intelligence considérable et garantie. Je me suis arrangé pour que les personnes à comparer appartinssent au même milieu, et que le contenu des lettres ne fût pas révélateur. J'ignore comment les ignorants en graphologie se tireront de Tépreuve. Les graphologues s'en sont tirés à leur honneur. Certains n'ont commis que 3 erreurs, d'autres Tj, d'autres 6, sur une série de documents au nombre de 'Si\. Ces premiers résultats sont prometteurs. 11 ne me paraît pas impossible que la graphologie puisse fournir à la psychologie expérimentale un bon test d'intelligence.

Alfhed Binet.

1. Pour de i>lus amples dêlails, je renvoie à mes arlicles de la lievue des Revues, lo janvier et 1*^' février 1H()4. Depuis la publication de ces arlicles, j'ai réuni beaucoup de nouveaux documents sur ces questions. Peut-être ferai-je de tout cela un volume quelque jour.

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