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DcKAKTR, Revue neurologique, 1903. p

J. GRASSET. — NEUROPATHOLOGIE 283

Nous pouvons donc continuer à prendre ces éléments nerveux, ainsi définis, comme base de toutes nos études de physiopatbologie des centres nerveux. Voilà ce qui nous importe, à nous cliniciens, dans l'ancienne conception du neurone. Et cette ancienne conception, ainsi caractérisée, a été complétée, mieux définie, mais nullement détruite par les travaux récents.

On a reculé Tunité anatomique et histologique du neurone aux cellules qui le composent; mais on n'a pas détruit Tunto physiologique de ce NEURONE, qui devient seulement une unité complexe dans sa constitution anatomique comme toutes les unités physiologiques et reste Télément individuel vivant du système nerveux.

D' J. Grasset,

Professeur de Clinique médicale à l'Université de Montpellier.

Cet article était sous presse quand a paru (Société de neurologie, 3 mars 1904, Revue neurologique, 1904, p. 205) un important travail de Déjeiunb, qui combat les observations d'Apalhy et de Bethe et, s'appuyant sur de nouvelles observations de Cajal et sur ses propres recherches, réhabilite le neurone et conclut (p. 2i0) : • Avec le récent travail du grand bislologiste espagnol, la discussion sur la théorie du neurone parait désormais close. Pour nous autres neurologistes, je le répète, elle n'a jamais, du resl^, été véritablement ouverte; car les idées d'Apalhy et de Bethe ne pouvaient prévaloir contre ce que nous enseignait l'élude des dégénérescences secondaires, à savoir que la dégénérescence d'un neurone ne se transmet pas à celui auquel il vient aboutir •. — Voir aussi le récent travail de Van Gkhuchtbn {Académie royale de médecine de Belgique, 30 janvier 1904. Le Néoraxe, 1904, t. VI, p. 81) sur la structure inlcrne des cellules nerveuses et sur les connexions anatomiques des neurones.

liA PSYCHASTHENIE

Hèaitation des doctrines médicales relativement à la classification I ssmdromes morbides intermédiaires entre les psychoses vraies et névroses pures. — Définition de la Psychasthénie. — Caractères léraux de ses manifestations.

Résumé des idées de M. Janet sur la symptomatologie et la patliode de la psychasthénie. — Les symptômes apparents ; idées obsédantfw agitations forcées; les symptômes cachés ou stigmates : sentiments icomplétude et d'insuffisance psychologique; les perturbations éléatairea : perte de la fonction du réel et abaissement de la tension 'chologique.

- Critique de la théorie d'après laquelle M. Janet subordonne les aptômes aux stigmates et les stigmates aux perturbations èlémen- 'es du fonctionnement mental. — Nécessité de faire une place, à côté I phénomènes intellectuels, aux phénomènes d'origine émotive et ontaire. — Conclusion.

tre les vésanies franches, telles que la lypémanie ou le délire matisé chronique, et les névroses bien délinies, comme Thysou l'épilepsie, il existe un groupe très important de syndromes ►ides dont l'étude est restée jusqu'à ce jour fort incomplète. Ce pe comprend : les idées fixes non délirantes (imperalives ideas ack Tucke) ; les obsessions et les phobies avec leurs innombravariétés (agoraphobie, claustrophobie, nosophobie, ereutoie, etc.); les états anxieux de doute, d'interrogation, de scrude contact, etc.; les petites manies mentales (arilhmomanie, latomanie etc.); les folies dites lucides ou raisonnantes; les )raanies sans délire ou abortives; le délire émotif de Morel; la )pathie cérébro-cardiaque de Krishaber; la névrose d'angoisse rend; les agitations incoercibles; les impulsions conscientes; es d'origine psychique, etc., etc.

» phénomènes pathologiques compris sous ces différentes désions sont exlrêmeniont fréquents. Ils ont fait l'objet de rechernombreuses et de descriptions isolées, fragmentaires, dont lues-unes sont des modèles de très Une observation médicolologique. Mais les cliniciens ne sont pas encore parvenus h eltre d'accord sur les rapports qui les unissent et sur la place

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qu*il convient de leur assigner dans une systématisation nosologique rationnelle des troubles de l'esprit. Quelques-uns en ont fait des syndromes épisodiques de la dégénérescence mentale (Magnan et ses élèves) ou, ce qui revient à peu près au même, des formes rudiroenLaires de la paranoia (Arndt, Morselli); d'autres les ont rattachés à la neurasthénie et les ont donnés comme les symptômes d'une variété particulière de cette maladie, la variété cérébrasthénique ou psychasthénique. Mais tout en reconnaissant les analogies qu'ils présentent avec l'aliénation mentale, d'une part, et la maladie de Beard, d'autre part, les médecins se sont en général refusés à les confondre avec les psychopathies vésaniques vraies ou avec les états neurasthéniques simples; et plutôt que de se laisser entraîner à des généralisations insuffisamment justifiées ils ont pei^isté jusqu'à présent à les envisager séparément comme des phénomènes morbides aberrants, mal déterminés, dont la véritable signification et la position nosographique restaient encore à fixer.

Un savant très érudit, qui est à la fois un philosophe profond et \in clinicien des plus distingués, M. Pierre Janet, a repris récemment leur étude, et, les réunissant tous dans une description commune, il en a formé les éléments d'une grande psychonévrose t< établie sur le modèle de l'hystérie ou de l'épilepsie », à laquelle il a donné le nom de Psychasthénie.

Quelque hardie que paraisse à première vue cette conception d'une maladie nouvelle, autonome, englobant dans sa symptomatologie toute une série de phénomènes placés sur les frontières de la folie et de la neurasthénie, mais n'appartenant en propre ni à l'une ni à l'autre, elle est appelée, croyons-nous, à rallier les adhésions de la grande majorité des médecins. L'éminent successeur de Charcot à la chaire de la Salpêtrière l'a déjà prise sous son haut patronage et la introduite dans son enseignement si justement apprécié. Elle ne tardera probablement pas à devenir classique : dans un avenir très prochain on parlera couramment de la psychasthénie comme on parle aujourd'hui de l'hystérie ou de l'épilepsie.

Qu'est-ce donc que la psychasthénie? On pourrait, ce nous semble, en donner la définition suivante : La psychasthénie est une psychonévrose cUniqucment caractérisée par l'apparition incoercible^ dans la nnscience restée intacte^ de pensées j d'émotions ou dHmpulsions parasites (lui tendent à s'imposer au moi, évoluent à côté de lui et malgré lui sons altérer gravement le fonctionnement général du raisonnement^ de la mémoire et du jugement, et finissent par déterminer une sorte de dissociation psychique dont le dernier terme est le dédoublement conscient de la personnalité ou le sentiment de la dépersonnalisation.

Celte définition n'est certainement pas parfaite. L'avenir en modifiera sans doute quelques termes. Telle qu'elle est elle suffît cependant à séparer la maladie qu'elle vise des autres maladies mentales ou nerveuses avec lesquelles on aurait tendance à la confondi-e. Elle la distingue notamment : de l'aliénation mentale, dans laquelle les hallucinations et les conceptions délirantes sont acceptées par la conscience comme des réalités opprimant la volonté

et aboutissant habituellement à Taction; de Thystérie dans laquelle la plupart des phénomènes sont sub-conscients; de Tépilepsie dans laquelle tout est inconscient; de la neurasthénie simple dans laquelle l'état mental, uniformément déprimé, ne comporte qu'un certain nombre d'idées fixes et de sentiments stéréotypés beaucoup plus uniformes que ceux qui entrent dans la constitution de l'étal psychasthéniqUe.

Les éléments qui composent la psychasthénie sont toutes les variétés d'idées fixes, de délires incomplets, de manies partielles, d'états anxieux permanents ou paroxystiques, d'impulsions motrices avortées qui figurent actuellement dans la pathologie sous les noms variés que nous avons précédemment énumérés, ou, pour être plus exact, tous ceux de ces phénomènes morbides qui ont pour caractères communs :

1° De se présenter involontairement et de s'imposer impérativement à la conscience ;

2° D'évoluer h côté du Moi qui les répudie et s'efl*orce vainement de les repousser;

3<* D'aboutir à la dissociation du sentiment de l'unité sur lequel est basée la notion intime de notre personnalité morale.

Ce sont tous ces éléments, dont les analogies n'avaient jamais été suffisamment mises en relief, que M. Janet a eu le très grand mérite de réunir pour en former la Psychasthénie. Ce nom est heureusement choisi et il sera bientôt adoj)té par tout le monde pour deux raisons principales. La première c'est que la conception qu'il synthétise repose non pas sur une systématisation artificielle, ingénieusement édifiée en dehors de l'observation directe des faits, mais bien sur la comparaison judicieuse d'un très grand nombre de documents cliniques précis, recueillis sans parti pris et sans idées pr<''Con(;ues. La seconde, d'ordre plus terre à terre, c'est qu'il facilitera singulièrement la tâche des praticiens obligés par leur position de formuler sous un vocable simple et compréhensible le diagnostic «les misères dont les entretiennent leurs clients. H était, hier encore, très désagréable de dire à un malade tourmenté par une idée fixe non délirante, par une obsession incoercible ou par une de ces petites manies mentales qui sont compatibles avec l'exercice régulier des facultés intellectuelles : « Vous êtes atteint de folie du doute », ou : « Vous êtes affecté de délire du toucher, » ou : « Vous êtes un monomane. >> Ces mots de folie, de délire, de monomanie résonnent mal à l'oreille de sujets qui sont déjà, par le fait de leur état psychique, très enclins à l'inquiétude et qui redoutent souvent, pardessus tout, de verser dans l'aliénation mentale. On avait beau leur expliquer (|ue la folie du doute n'était pas une vraie folie, que le délire du toucher n'était pas un «lélire vésanique, que les manies mentales éUiient tout auln; chose (jue la manie commune des aliénés, on arrivait beaucoup plus difficilement à les convaincre de la bénignité relative de leur mal que si on leur avait dit, comme on le fera désormais, avec l'assurance qui se dégage d'une conviciion sincère : Votre maladie n'a rien de commun avec la folie, le

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délire, les monomanies : c'est un accident psychasthénique; rien de plus. «

Les idées de M. Janet sur la psychaslhénie ont été longuement développées dans un ouvrage considérable * d'une étonnante originalité, dont nous devons exposer les grandes lignes — autant du moins qu'il est possible de résumer en quelques paragraphes la substance de deux gros volumes in-8° de texte compact formant ensemble plus de 1300 pages — avant d'indiquer les points qui nous paraissent d'ores et déjà au-dessus de toute contestation et ceux qui nous semblent encore incomplètement démontrés.

M. Janet divise les phénomènes psychasthéniques en trois groupes : 1° les symptômes apparents par lesquels s'extériorise la maladie; 2° les symptômes latents ou stigmates; 3° les perturbations élémentaires.

l'» Les symptômes apparents se manifestent sous la forme d'idées obsédantes ou d'agitation forcées.

Les idées obsédantes sont des idées p«'*nibles, mauvaises, de sacrilège, de crimes, de malheurs éventuels, de maladies possibles qui surgissent inopinément dans l'esprit des malades et s'y installent invinciblement malgré tous les efforts qu'ils font pour les repousser. Elles ont généralement pour objet des actions abominables, monstrueuses, dont le sujet apprécie exactement l'immoralité et même l'absurdité, car leur apparition dans le champ de la conscience n'altère pas profondément le jugement ou le raisonnement des inal'idos qui les subissent.

Ce sont, si l'on peut ainsi dire, des pensées parasites qui naissent involonttiirement dans l'esprit et évoluent à côté de l'intelligence ivstée intacte, qui s'acharne à les écarter. Do là un conflit, une lutte perpétuelle entre la pensée mauvaise qui tend incessamment à concentrer autour d'elle toute l'activité psychique, et le moi conscient et raisonnable qui la répudie et s'efforce de la chasser.

Malgré leur vivacité et la fréquence de leur réapparition ces pensées parasites n'aboutissent pas à des hallucinations véritables, nettement objectivées, analogues à celles qui se forment chez les

1. Les Obsessions et la Psi/chasl/iénii^, t. I, par le D' Pieuhe Janet, professeur de psychologie au ('ollège de France. — Études clini/fues et e.rpérimentales sur les idées obsédantes, les impulsions, les manies mentales, la folie du doute, les tics, les agitations, les phobies, les délires du contact, les auf/oisses, les sentiments d'incomplélude, la neurasthénie^ les modifications du sentiment du réel, leur pathogénic et leur traitement, t. II, par les Professeurs F. Uaymono et Piehke Janet. — Fragments et leçons du mardi sur Ifs états neurasthénigues, les aboulies, les sentiments d'incomplfUude, les agitations et les angoisses diffuses, les algies, les phobies, les délires du contact, les tics, les manies mentales, les folies du doute, les idées obsédantes, les impulsions, leur pathogénie et leur traitement, 2 vol. in 8, Félix Alcan, éditeur, Paris, 1903.

aliénés. Elles n'aboutissent pas non plus à Taction. Beaucoup de malades sont obsédés par la pensée qu'ils pourraient commettre des profanations abominables, des attentats monstrueux; ils ont une peur horrible d'exécuter un jour ou l'autre les actions mauvaises auxquelles ils pensent sans cesse, mais en réalité ils ne les commettent jamais. Us en commencent quelquefois l'exécution pour vérifier la puissance do leur obsession, mais au moment décisif ils reculent avec horreur. « Ainsi, dit M. Janet, quand nous avons un abcès ou une dent qui nous fait du mal, et qui nous agace, nous sommes portés à y toucher constamment, à tAter l'endroit malade, à le tourmenter jusqu'à ce qu'une douleur plus aiguë nous fasse retirer vivement la main en jurant que nous n'y toucherons plus; mais bientôt le désir nous prend de recommencer ^ »

Les agitations forcées sont des processus irrésistibles qui se traduisent cliniquement :

a) Dans la sphère intellectueUe, par des ruminations mentales incoercibles se répétant indéfiniment sans aboutir jamais à des conclusions fermes;

b) Dans la sphère motrice par des mouvements systématisés (tics) ou diffus (crises d'agitation);

c) Dans la sphère émotive, par des peurs anxieuses, excessives, outrées, survenant sans motifs adéquats, ou à l'occasion de circonstances insignifiantes (phobies, angoisses).

2" Les idées obsédantes et les agitations forcées qui forment les symptômes apparents de la psychasthénie sont com^nandés par des troubles plus profonds du fonctionnement du système nerveux qui peuvent être considérés comme des stigmates de la maladie.

De ces stigmates les uns sont psychologiques, les autres physiologiques. Ces derniers ont peu d'importance, ils se bornent à quelques sensations douloureuses de céphalée, d'engourdissement cérébral, de rachialgie, à des troubles digestifs, h un peu d'hypoacidité des urines.

Parmi les sigmates psychologiques, le plus constant est le sentiment dHncomplètude. « Le mot incomplétude, dit M. Janet, est un barbarisme que je prie le lecteur d'excuser; je n'ai pu désigner mieux le fait essentiel dont tous les sujets se plaignent, le caractère inachevé, insutlisant, incomplet, qu'ils attribuent à tous les phénomènes psychologiques. » Ce sentiment tout particulier se manifeste en effet dans tous les modes de l'activité mentale. Il se révèle :

a) Dans l'action et la détermination volontaire, par les sensations d'incapacité, d'indolence, d'irrésolution, de découragement, d'indécision, de lassitude, de mécontentement, d'impuissance qui aboutissent Hnalement à l'aboulie et à Tinerlie (!Oinplèle.

b) Dans les opérations intellectuelles, par l'insutiisance de l'attention, de la compréhension et de la perception, par le dédoublement et la désorientation mentale, par la propension à se laisser aller à

i. jAyET, op. cil., t. I, p. 598.

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la dérive de conceptions imaginaires et de rêveries, et par la sensation d^étrangeté du moi, laquelle peut aller jusqu'à la dépersonnalisation.

c) Dans la sphère affective, par rindilTérence, Tinquiétude, la faiblesse irritable et Texplosion désordonnée de crises émotives injustifiées.

3° Ces sentiments d'incomplétude jouent un rôle très important dans la pathogénie des accidents psychasthéniques, mais ils sont euxmêmes dérivés de deux perturbations élémentaires plus profondes que M. Janet appelle la perte de la fonction du réel et Vabaisscnicnt de la tension psychologique.

L'analyse de la perte de la fonction du réel forme la partie la plus originale et la plus suggestive de l'ouvrage de M. Janet. Le professeur du Collège de France constate tout d'abord que, dans la hiérarchie des phénomènes psychiques, l'opération qui nécessite l'effort le plus intense et représente le processus le plus complexe, ce n'est pas, ainsi qu'on le croit généralement, l'application à concevoir et à comparer des abstractions, mais bien la préhension de la réalité sous toutes ses formes, l'appréciation exacte, raisonnéc, attentive de la vie présente. La synthèse mentale qui nous fait reconnaître comme actuels les événements qui se passent en nous et en dehors de nous, c'est-à-dire la présentilîcation ; la coordination rapide et quasiment automatique, qui s'étabht à un moment donné entre les tendances de notre personnalité et le monde extérieur, coordination qui nous permet de nous déterminer judicieusement en vue d'un acte immédiat; la concentration de l'attention et de la réilexion sur les choses concrètes, d'où dérivent pour nous la cerlilude de l'existence de ces choses et la connaissance d<? leurs rapports, voilà les opérations les plus parfaites et les jdus didérenciées, les [dus délicates auxquelles puisse s'élever l'esprit humain. Ce s«jnt aussi celles qui sont le plus gravement coinproniises chez les psychasthéniques. Le raisonnement simple, l'association des i'iées, la création et la comparaison des abstractions sont des opérations moins subtiles : elles exigent moins de c(di»''sion mentale et nécessitent moins d'attention, aussi sont-elles moins altérées chez les obsédés que la fonction du réel et la présentilîcation. Quant aux émotions, elles forment un groupe de phénomènes tivs inférieurs qui persistent beaucouj) plus longtemps chez les sujets dont la maladie est essentiellement caractérisée par la désagrégation mentale.

Partant de ces constatations, M. Janet formule les deux lois suivantes qui nous paraissent avoir une grande importanre on psychologie morbide :

P Les opérations mentales forment une série de ditlicultés et de complexités décroissantes suivant que leur relation avf.'c la réalité, au point il«' vue de l'action, de la connaiss.ince, en un mot de la correspondance, va en diminuant;

'2^ Chez les psychasthéniques, les foncti<ms psychologiques disparaissent d'autant plus vite que leur coeflicient de réalité est plus

l'année PSYCHOLOGtQVE. X. \SS

élevé ; elles persistent d autant plus longtemps que leur coefficient de réalité est plus bas.

La tension jysychologique est le degré d*énergie avec lequel se perçoivent les sensations, s'évoquent les images, se présentent les idées, s'opèrent les jugements, se concentrent et s'unifient tous les éléments des synthèses mentales. Elle est variable d'un sujet à l'autre, et, chez un même sujet, d'un instant à Tautre. Elle peut être augmentée par des influences extérieures : injection de substances excitantes, changements de milieu, efl*orts volontaires, mouvements, attention, etc.; ou diminuée par la fatigue physique, le surmenage intellectuel, l'évolution de maladies débilitantes, etc. Son niveau se répercute sur toutes les fonctions de Tesprit. Certaines ne peuvent s'accomplir régulièrement que sous une tension élevée; d'autres n'utilisent qu'une faible tension. La fonction du réel avec l'action, la perception de la réalité, la certitude, exigent le plus haut degré de tension; ce sont des phénomènes de haute tension; la rêverie, l'agitation motrice, l'émotion n'exigent qu'une tension beaucoup plus faible : ce sont des phénomènes de basse tension. Chez les psychasthéniques on constate un abaissement permanent de la tension psychologique, aussi les phénomènes du second ordre continuent-ils à se produire à peu près normalement tandis que ceux du premier sont supprimés ou grandement altérés.

L'abaissement de la tension psychologique et la perte de la fonction du réel expliqueraient clairement, d'après M. Janet, la genèse de toutes les autres manifestations de la psychaslhénie. De ces deux phénomènes élémentaires dériveraient tout d'abord la tendiinc»' à la méditation stérile, l'aspiration vague vers le mystérieux, l'absolu, la perfection, et, par contraste, la crainte de l'étrange, du monstrueux, du sacrilège, du crime. Les rêveries sur des sujets irréels, se produisant chez des sujets dont le raisonnement et la mémoire sont conseiTés et l'émotivité souvent exagérée, donnent naissance par une sorte d'introspection instinctive aux sentiments d'incapacité inlellecluelle, d'obscurité, de confusion, d'incoordination, dont l'ensemble constitue le sentiment d'incomptétude. Pour ce qui concerne les sentiments de changement de la i)ersonnalité, de décadence psychicjue, de dépersonnalisation, ils résultent de la comi)araison «jue fait le malade, à l'aide de sa mémoire «lemeurée intacte, de la manière dont fonctionnait autrefois sa pensée, de son unité, de sa richesse, de son énergie, avec son état présent de désagrégati«)n, de pénurie, de faiblesse et de confusion. Le sentiment de dédoublement du moi découle tout naturellement de cette comparaison : il en est la conclusion logique.

Lorsque le malade en est arrivé à cette période, les idées obsédantes sont en imminence. Elles naîtront à la première occasion favorable, tantôt du travail intellectuel qui s'opère silencieusement dans l'esprit, tantôt d'une ciiconstance accidentelle provo(|uant une émotion. Quant aux agitations forcées, on doit les considérer comme des processus substitutifs inférieurs que le malade met vcdontairement ou instinctivement à la place des supérieui-s. Ce

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sont presque toujours des phénomènes de dérivation émotionnelle ou motrice se développant à l'occasion des pensées ou des sentiments anormaux qui surgissent impérieusement à certains moments dans l'esprit du psychasthénique. I.es tics, par exemple, sont des mouvements systématisés que les malades accomplissent primitivement volontairement, et plus tard automatiquement, dans le but de combattre ou de chasser une idée obsédante. Tel tiqueur remue les yeux pour s'assurer qu'ils ne sont pas égarés, ou se gratte le nez pour se convaincre qu'il n'est pas devenu difforme (tic de perfectionnement); tel autre ferme le poing ou fait une grimace, comme un dévot ferait un signe de croix, pour repousser une pensée mauvaise (tic symbolique); un troisième exécute un geste déterminé ou marmotte quelques paroles incompréhensibles pour conjurer un malheur dont il redoute l'imminence (tic de conjuration), un quatrième pousse une expiration bruyante pour expulser une épingle imaginaire qu'il pourrait avoir dans la gorge (tic de défense). Le mécanisme pathogénique est, au fond, toujours le même : l'idée commande Tacte, et l'acte primitivement voulu devient ultérieurement, par le fait môme de sa répétition, automatique.

Nous venons de résumer aussi brièvement que nous l'avons pu les idées fondamentales de M. Janet sur la symptomatologie et la palhogénie de la psychasthénie. On nous permettra d'ajouter quelques rédexions.

Pour ce qui concerne la symptomatologie il nous semble que M. Janet n'a pas été heureusement inspiré en divisant les manifestations de la psychasthénie en manifestations apparentes ou symptômes idées obsédantes et agitations forcées) et manifestations cachi'es ou stigmates. Lorsque Charcot a désigné sous ce nom de stigmates certains symptômes latents de l'hystérie, il s'est inspiré surtout des traditions historiques. Quand ils instruisaient contre un sujet inculpé du crime de sorcellerie, les magistrats du moyen dge avaient pris l'habitude de faire rechercher sur le corps des inculpés, par des chirurgiens ou des matrones spécialement chargés de cette mission, les plaques d'anesthésie qu'on considérait comme des preuves suflisantes et presque nécessaires de la possession démoniaque, les $ttgmata diaholi. De nos jours on procède à peu près de même quand on veut établir le diagnostic de l'hystérie. Après avoir constaté les grandes manifestations convulsives ou délirantes de la névrose on en recherche les symptômes dont les malades ne parleraient pas spontanément aux médecins, les anesthésies légunientaires et viscérales, l'amblyopie unilatérale, le rétrécissement con- «'entrique des champs visuels, etc. Ce sont bien là des slii^mates puisque ce sont des symptômes latents et [lernianents dont hs malades ignorent complètement l'existence. Il en est tout autvemtiivl

(les prétendus stigmates psychasthéniques. Ils font partie des symptômes dont les malades se plaignent spontanément. Il sufût de les laisser raconter leur histoire pour acquérir bien vite la conviction qu'ils souffrent de ces sentiments d'incomplétude sur les(ïuels M. Janet a tout particulièrement insisté avec juste raison, tout comme ils souffrent des autres idées obsédantes ou des autres sensations anxieuses qui les tourmentent.

La façon dont M. Janet décrit ces stigmates semble, h la vérité, les poser comme une sorte de sous-sol permanent au-dessus duquel émergeraient de temps en temps, semblables à des elïlorescences maladives, les idées obsédantes ou les agitations forcées. On voit, en effet, des malades qui, longtemps avant d'être atteints d'idées angoissantes ou d'agitations systématisées, se plaignent de vagues sentiments d'inquiétude, d'incomplétude, d'anxiété diffuse, flottante. Mais les cas de ce genre ne sont pas les plus fréquents. D'ordinaire, ridée angoissante des phobiques précède la formation de ces sentiments d'insuffisance psychologique que la théorie déclare lui être chronologiquement et logiquement antérieure. Elle naît brusquement à l'occasion de certaines circonstances extérieures, toujours les mômes chez les mômes sujets : la vue d'un couteau ou d'une allumette pour celui-ci, le contact d'un chien ou d'un chat pour celui-là; et en dehors de ces circonstances déterminantes, on ne peut constater souvent aucune perturbation précise du tréfond des fonctions psychiques. Pareillement, certains arithmomanes ne présentent, en dehors de l'espèce d'attrait instinctif qu'ils éprouvent à compter inutilement les marches de leurs escaliers, les boutons (les vêtements de leurs interlocuteurs ou les pavés de la rue, aucune anomalie appréciable dans leur fonctionnement, ou s'ils en présentent quelques esquisses elles sont si légères qu'il est impossible de les considérer comme la cause de leurs impulsions arithmomaniaques.

Zola, par exemple', dont personne ne contestera ni l'activité intellectuelle, ni la j)iiissance de volonté, ni la fermeté de caractère, Zola, dis-je, comptait dans les rues les becs de gaz, les numéros des portes et surtout les numéros des liacres dont il additionnait tous les chiffres comme des unités; chez lui. il comptait les marches des escaliers et les «d>jets placés sur son bureau. 11 avait aus>i une certaine timidité qui le portait à craindre d'être incapable de terminer ses livres, de prendre la parole en public, etc. Que ces petits phénomènes fussent de nature morbide, et qu'ils appartinssent à la famille psychasthénique, cela est probable; mais qu'ils fussent la conséquence d'une insullisance psychologique primordiale, cela paraît fort difficile à admettre.

Une objection semMabh' se dresse devant l'esprit quand on réfléchit sérieusement à la théorie uénérale que M. Janet a éditiée pour (•xpli(juer la pathogênie des différents symptômes apjiarents de la

1. Toulouse, Emile Zola. Enf/to.'te médico-psychologique sur les rapporta (le la supériorité intellectuelle avec la névropathie, Paris, 1896, p. 250.

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psychaslénie. Tout ce qu'il dit de la perte de la fonction du réel et de rabaissement de la tension psychologique est d un intérêt capti- ?ant. Ces deux perturbations élémentaires du fonctionnement mental trouveront désormais, dans l'élude des maladies de Tesprit, de très nombreuses applications. Mais elles ne paraissent pas de nature à fournir à elles seules l'explication de la genèse de toute la série des syndromes de la psychasthénie. Il est malaisé de concevoir que la perte de la fonction du réel, quand elle existe, ne s'étende pas à l'appréciation de toutes les réalités concrètes, qu'elle reste systématisée, qu'elle ne se révèle qu a l'occasion de certaines sensations ou de certaines idées. Or, l'observation nous apprend qu'un bon nombre de malades, très fortement tourmentés par des préoccupations psychasthéniques, montrent dans la vie réelle une volonté très ferme, une activité mentale très avisée. Je connais un banquier qui est atteint de l'obsession des problèmes de Tau delà. Il s'interroge avec angoisse, quand il en a le loisir, sur des questions vaines de droit absolu, de justice immanente, et se livre sur la nature des attributs de la perfection à des ruminations mentales interminables. Mais quand il arrive à son bureau il s'enquiert très exactement de la solvabilité de ses clients, n'ouvre sa caisse que contre de sérieuses garanties, et dirige avec une habileté remarquable une maison de crédit fort importante. Je connais également une dame scrupuleuse qui se tourmente, à ses moments perdus, de la perfection idéale, de l'origine de la vertu, de la conl<^mplation du bien sous toute ses formes et qui mène, malgré cela, une existence dont les moralistes les plus indulgents réprouveraient la It'gèreté. Comment admettre que ce banquier et cette coquette ont perdu la fonction du réel quand ils s'abandonnent à leur penchant maladif pour la rêverie, et l'ont intégralement Conservée quand ils sont en face des réalités do la vie?

Je ferai la même réflexion au sujet de l'insuftisance de la tension psycliologicjue. Au fond, ce que M. Janet décrit sous ce nom nouveau» c'est l'asthénie générale des neurasthéniques vulgaires. Or, quels s<jnt les symptômes de la neurasthénie simple? (Juel est surtout l'état mental (|ui en dérive? M. le D"* Maurice de Fleury l'a indiqué avec beaucc»u|» de justesse, à mon avis, dans son livre sur Les grands symptômes neurasthrniques *. I/état mental neurasthénique n'est pour lui que la conscience obscure et troubhî de la baisse du fonctionnement vital «lont les organes sont frn[)pés. Il en résulte d'aln.rd une sensation va^'ue de fatigue, de lassitude, d'accablement, puis consécutivement, un sentiment invincible de découragement, d'ohnubilation intellectuelle, de timidité, d'impuissance d'.mir. Mais le neurasthénique simple, le fatigué du cerveau par excellence, celui chez leijnel la tension psychologique est certainenn'Ut très abaissée, n'a pas nécessairement pour cela des obsessions, des [ihobies, d»*s crises d'agitation anxieuses, des manies ou des lies.

l. Mauhice de Fleury, Les grajicls symptômes de la neurasthénie {Pathogénie et traitement), Félix Alcan, éditeur, Paris, rJOl.

Il reste triste, inquiet, déprimé, se préoccupe de sa santé, s'alarm*^ de son insunîsance psychique, craint d'être gravement malade, et ne va guère au delà de ces préoccupations égotistes.

ÏaI conclusion de tout ceci c'est que la perte de la fonction au réel, et l'abaissement de la tension psychologique ne fournissent pas Texplicalion de tous les symptômes de la psycliasthénie. Il faut qu'il y ait autre chose qui s'y surajoute pour que les cnses anxieuses, les phobies, les obsessions, les manies se développent et s'accrochent incoerciblement à certains esprits. Si j'osais exprimer complètement ma pensée sur la théorie de M. Janet, je dirais qu'elle pèche pas excès de simplicité. En voulant tout rapporter à un groui»e élémentaire des phénomènes psychiques, le professeur du Collège de France a peut-être trop méconnu la diveçsité des mécanismes qui aboutissent à la manifestation extérieure des accidents psychasthéniques. Il a systématiquement subordonné à une seule série phénoménale ce qui, très vraisemblablement, dans la réalité, correspond à des combinaisons variées de séries élémentairement différentes les unes des autres. 11 me paraît notamment avoir fait î une part trop petite aux troubles de l'émotivité qui, dans un bon nombre de cas, ne sont pas, comme il le suppose, secondaires à des perturbations générales du fonctionnement mental, mais primitifs et prépondérants.

Quelcjues années avant la publication du livre de M. Janet, nous avions, mon ami M. le D*" Régis* et moi, étudié les obsessions, et nous étions arrivés à penser qu'elles étaient essentit^llement des troubles d'ordre émotif. Tout t;u reconnaissant que cette opinion mérite de tixer l'attention, M. Janet se refuse à en faire le point de départ do la théorie générale de la psychasthénie; c(î «*n quoi il a parl'aitenieut raison, car l'obsession n'est pas toute la psychasthénit^ (À'ile-ci comprend, en delmrs des obsessions, c'est-à-dire des phénomènes explicables par une exagération maladive de l'émotivité, d'autres symptômes qui prennent évidemment leur origine dans le domaine intellectuel pur uu dans la sphère des incitations volontaires.

En d'autres termes, il y a dans la psychasthénie : i" des accidents de nature surtout émotive (obsessions, phobies, névrose anxieuse'; 2^ des accidents de nature surtout impulsive ( impulsions conscientes) ; et 3*^ des accidents de nature surtout intellectuelle (idées fixes non délirantes, ruminations mentales, manies raisonnantes sans angoisse).

Assuréincînl, la séparation entre ces trois ordres de manifestations n'a rien d'absolu, car, ainsi que le fait justement observer Herbert Spencer, il n'y a pas de phénomène intellectuel qui ne s'accompagne d'un certain de^ré d'émotion, de même qu'il n'y a pas

1. A. Pitres et E. Régis, Séméiolof^ie des obsessions et idées fixes. Rapport au Cuiigrès international de médecine, session de Moscou, IS'.iT. et Obsessions et idées fixcs^ 1 vol. de la Bibliothèque internationale de psychologie eA'périnienfale, Octave Doin, éditeur, Paris, 1902.

REVUE D'ANTHROPOIiOGIE

I. Anthropométrie. — 1. Lois de la oroissance A l'èpoquo do la puberté.

II. Caractères anthropologiques et particularités psychologiques. — 2. Rapports entre la forme de la tète et TinteUlgenoe. — 3. Caractères anthropologiques suiTant le sexe, l'Age et la position sociale. — 4. Influence de la forme crânienne sur les caractères pathologiques da cerveau.

m. Cerveau. — 5 et 6. Poids du cerveau suivant les âges, les sexes, les races, l'intelligence, et les conditions sociales.

IV. — Psychologie ethnique. — 7. Temps de réaction suivant les races et le climat. — 8 et 9. Tempérament et esprit des peuplades incultes. — 1(1. Psychologie des Japonais.

Invité par M. Hinet iï rédiger pour « I/Année Psychologique » la revue des travaux anthropologiques qui pourraient intéresser les psychologues, J'ai cru utile de les grouper sous quatre chefs : 1" Anthropométrie et ses méthodes; 2" rapports entre les caractères anthropologiques et les particularités psychiques; 3** poids, volume et morphoh>i;ir du cerveau, suivant les sexes, les âges et les races; t" psychologie ethnique, com[)renant aussi bien les études de psychologie expérimentale chez les divers peuples et surtout chez les peuplades incultes, que les travaux sur la psychologie, le caractère, le tempérament de dilTérents groupes ethniques (peuples, nations. classes sociales, etc.".

Par suite de circonstances indép^'udanles de ma volonté je n'ai pu présenter l'analyse de tous les travaux importants parus en 1001 dans les cadres (jue je viens de tracer : je prie donc le lecteur de considérer les analyses de quelques ouvrages qui suivent, plutôt comme une sorte d'explication de mon programme, et comme un échantillon des analyses à venir dans le prochain volume de r '( Année Psychologique ».

Je serai très reconnaissant des observations (lu'on me fera à proj^os de ces « échantillons » pour mieux répondre dans l'avenir aux désirs des lecteurs de « L'Année Psychologique ».

J. DENIKER. — REVUE D'ANTHROPOLOGIE 297

1 . D'' Paul GODIN. — Recherches anthropométriqnes sur la croissance des diyerses parties dn corps. Préface par leD'' L. Manouvrier. — Paris, Maloine, 1903, xv -|- 212 p., avec une planche (25 cm. de hauteur).

Il y a, comme on sait, deux procédés pour étudier la croissance des enfants. L'un consiste à mesurer des sujets d'âge différent, par ifxomple des enfants de différentes classes de plusieurs écoles; Tautre comporte les mensurations des mêmes individus suivis pendant plusieurs années de leur croissance.

Jusqu'à ces derniers temps presque tous les travaux d'anthropométrie infantile ont été faits d'après le premier procédé, infiniment plus facile et plus expéditif que le second.

Quant à ce dernier on ne peut citer son application que dans quelques recherches fragmentaires faites sur un nombre restreint d'individus». Avec le volume de M. le D"^ Godin nous nous trouvons pour la première fois en présence d'un travail considérable fait d'après ce second procédé.

En sa qualité de médecin de l'école des enfants de troupe à Saint-Hyppolyte-du Fort (Gard), M. Godin a pu suivre individuellement la croissance de 100 enfants depuis l'âge de 13 ans jusqu'à Tàge de 18 ans, et la croissance de 100 autres de 13 à 17 ans. Ses recherches s'étendent donc au maximum sur 5 années, mais elles comprennent la période la plus intéressante dans l'évolution des «•nfants, celle de la puberté.

120 mesures ont été prises sur chaque sujet, tous les 0 mois, et :23o enfants ont été mesurés en tout. Mais les rangs se sont éclaircis pou à peu, si bien que pour la neuvième et dernière mensuration ou se trouve seulement en face 100 sujets. Quelques sujets ont pu cepmdant être mesurés encore la dixième et la onzième fois, mais par contre il reste tout une série de 100 sujets avec 7 ou 8 mensurations spmt'strielles seulement. Elle constitue une série de seconde lignt,' qui fst très utile pour corroborer les résultats déduits de l'étuile de la série de première ligne (à 1) mensurations).

[.es mosures, prises constamment par M. Godin lui-même, inspiient tout»^ contîance, car il en a vérilîé un grand nombre en mesurant les mémr's sujets à 2, 3, 4 jours de distance et ne trouvant (iu<* dos différences minimes et négligeables.

Il donne les moyennes de mesures de 100 individus pour clincunt*

i. On ne connaît dans cet ordre d'idées que les niensiiralions de Quet«»let, de DafTner et de Corlier. Le premier de ces auteurs sélectionnait ses sujets: le second n'indique pas son procédé opératoire; le troisième n'a pris lui-même les mesures que pendant 2 ans 1,2, se faisant suppléer ensuite. Moi-même j'ai fait des mensurations sur mes propres enfants «lepnis la naissance jusqu'à l'àj^e de 22 ans: ce travail qui porte sur 4 ^ujels seulement reste inédit.

des 0 périodes semestrielles et compare ces moyennes entre elles pour déduire certaines fois de croissance. Les sujets examinés viennent de tous les points de la France, mais surtout du Midi.

Je ne puis résumer, même brièvement, toutes les conclusions, très importantes pour Tanthropomélrie, que Pauteurtire de l'examen de ses 30 000 mensurations. Je me contenterai d'indiquer celles qui m'ont paru les plus intéressantes.

D'abord une constatation générale se dégage de la lecture du mémoire de M. Godin, c'est qu'il existe véritablement un rythme très net de croissance et que le corps s accroît, non pas par l'agrandissement simultané de toutes ses parties, mais par leur croissance successive et alternante.

Ainsi, les dimensions verticales du corps augmentent rapidement pendant que les diamètres transverses restent stationnaires ou à peu près, et, par contre, dès que ceux-ci se mettent à croître rapidement les dimensions verticales ralentissent leur accroissement.

Le fait a été déjà signalé par plusieurs observateurs ayant opéré d'après le premier des procédés indiqués au commencement de mon article ; mais il est intéressant de constater qu'il ressort d'une étude faite d'après le second procédé, ce qui ne peut qu'augmenter sa solidité.

De plus, la méthode de l'observation sur un seul et même individu jjermet d'élargir la portée de ce fait général et démontre que non seulement le corps en entier mais ses difTérenles parties suivent la môme règle. Prenons, comme exemple, le membre inférieur et le tronc. Dans son ensemble la croissance du membre inférieur augmente d'activité jusqu'à i;') ans 1/2, puis présente une activité irrégulièrement di''croissante au delà de cet âge; ainsi de 13 ans 12 à 1"» ans 1/2 l'adolescent moyen allonge ses membres inférieui-s de 49 millimètres; il ne gagne plus par eux que 2:» millimètres de IT) ans 1 , 2 à 17 ans 1 2. Pendant ce temps-là, la croissance du tronc suit une marche diamétralement opposée : elle est lente de 13 ans 1 2 à i*) ans 1,2, rapide de 15 ans 1/2 à 17 ans 1-2.

Mais il y a plus : les segments du membre inférieur, comme ceux du membre supérieur d'ailleurs, augmentent alternativement : quand la cuisse s'allonge rapidement, la jambe semble se reposer pour reprendre son allongement au moment où l'accroissement de la cuisse est presque nul. Le même phénomène s'observe pour le bras et l'avant-bras.

L'alternance de la croissance en longueur et en largeur (enépais- .seurj s'observe aussi sur les membres, comme sur le corps entier. Ainsi le tibia (et la jambe) grossit quand il n'augmente pas en longueur, et, dès qu'il commence à s'allonger ce grossissement s'arrête.

M. Godin résume ainsi ces faits : « La croissance des os longs des membres procède par [)ériodes alternatives d'activité et de rei>os qui se succèdent avec régularité. Ces périodes sont contrariées par b's deux segments osseux d'un même membre. Les repos de l'allongJMnent sont utilisés pour le grossissement et réciproquement. »

J. DENIKEK. — REVUE D'ANTHROPOLOGIE 299

Appliquant ses mensurations à Tétude de la puberté h Taide de «lifTérentes observations sur l'état général, la couleur des yeux et des cheveux, Tapparition de poils sur les différentes parties du corps, la mue de la voix, M. «iodin arrive aux résultats suivants.

La puberté de 100 sujets examinés s'établit juste à 15 ans 1/2. La saison chaude est plus favorable que la saison froide à Téclosion pubertaire (53 contre 35). Au moment de la puberté, la taille, qui la veille croissait vivement, n'augmente que très peu, et avec elle toutes les dimensions verticales: par contre, toutes les dimensions transversales, et la circonférence ainsi que le poids augmentent très rapidement. On peut donc dire que « la croissance est surtout musculaire pendant la puberté, et surtout osseuse avant elle ». A l'époque de puberté les cheveux deviennent plus foncés chez 28 sujets sur iOO et les yeux plus clairs chez 45 p. 100 et plus foncés chez 18 p. 100 seulement.

L'auteur ne s'occupe pas des dimensions de la tète, sauf pour la hauteur prise du verlex au trou auditif, qui ne varie presque pas entre 13 et 17 ans. Il nous promet un autre volume consacré à la céphalométrie.

Une copieuse liste bibliographique termine l'excellent mémoire de .M. Godin.

2. Pearson (Kahl). -- On the Corrélation of intellectnal Ability with the Size and Shape of the Head. (Preliminary Notice). — Proceed. Royal Society, London, 1002, LIX, p. 333-342.

M. F'tMrson poursuit depuis Ionii;tenips la solution par la méthud(; mathématique des problèmes de la Hiolo^ne t:»''néraleet de l'Anthropologie. Si l'on n<' peut rien «lire contre la rigueur de sa méthode f^t rniitr*' sa compétt*nce en matière de calcul de probabilité, il est permis d'»''tre un peu sceptique quant au choix des séries qui serv(;nt <le basf^ [>our ses déductions mathématiques. Ainsi tout récemment encore, Ch.-S. .Myors* a obtenu, jiarles mêmes calculs (jue Pearson, un écart (8,4) presijue égal à celui que ce (h*rnier considère comme indicatif d'une race pure (7,2 , en prenant une série des plus (lisparatfs. formée àdessein de crdnes (l'Ksiiuimaux, d'Australiens, «les (iuanchcs et «le Chinois.

Néanmoins, d'une fa<^on générah», les travaux de .M. Pearson et «le ses nombreux collaborateurs pour la idu[»art de femmes do«*toresses ou licenciées méritent lout»^ notre attention, vu rcxlrémt' «lil'liculté (le réunir los matériaux de ce genre et la grande somme «le travail et de patience pour I<*s mettre en œuvre.

On p^Hit en juger par le résumé «le la note, dont n«)us avons transcrit le titre plus haut, et «pii se rapporte à rinnufn«'e «le la l'ormo «i«; la tète sur l'intelligence. D<'*jà, dans un i)remier travail sur les

1. Mters (Chahles-S.), Graniological Notes. Hiometrica, Camhri«lgc, 1«.HI3, II, p. 505-O06.

(' corrélations du crâne humain », M"* Alice Lee * avait démontré qu'il n'existe aucun rapport entre la forme du crâne et rintelligence, et c'est pour vérifier son travail qu'elle en a entrepris un autre, avec la collaboration de M"<^ Lcwenz et sous la haute direction de M. Pearson. Cela était d'autant plus nécessaire qu'entre temps Macdonell » a cru avoir démontré qu'en général la tête des étudiants de Cambridge était plus grosse que celle des criminels *.

Donc, M. Pearson et ses collaboratrices ont relevé sur les registres du « Comité Anthropométrique de Cambridge » les mensurations se rapportant à plus d'un millier d'étudiants des divers « collèges » de ri'niversit»'* de Cambridge; puis ils ont recherché dans les registres de cette Université les notes et les grades obtenus par chacun des étudiants mesurés dans divers concours et examens. Ils divisent la totalité de sujets de leur étude en deux catégories : « poil » ou '« pass » et <* honours », c'est-à-dire d'une part, les étudiants qui ont passé les examens sous leur forme facile ( « pass » ou « poil )»}, et, d'autre part, les étudiants qui les ont passés sous leur forme diflicile (« honours »). Naturellement ils reconnaissent que cette classification n'a qu'une valeur générale et qu'il peut se trouver très bien parmi les « poil »» des gens très intelligents, comme parmi les « honours », des médiocrités favorisées par la chance.

Voyons maintenant comment se comportent les deux catégories pour les différentes mesures de la tête.

Sur :r24 « honours », qualitiés de plus intelligents, 307 ont l'indice céphaliciue au-dessus de 80; tandis que sur 487 <^ pass », qualifiés de moins intelligents, 27G seulement sont dans le même cas. Les premiers seraient donc légèrement plus dolichocéphales que les seconds, mais la « corrélation » entre l'intelligence et la dolichocéphalie ne serait que : r = 0,030;> -f 0,0340. Elle est aussi légèrement en faveur de têtes plus longues et des tètes plus larges chez les intelligents.

Mais la valeur de cette corrélation est insigniliante ; elle égale presque l'eireur probable pour l'indice céphalique et la largeur; quant à la longueur elle la dépasse à peine deux ou trois fois, ee qui n'est ]»as sufllsant pour avoir une importance pratique quelconque.

Sur une autre série, formée des élèves des écoles publiques, Pearson arrive aux résultats presijue identiques, avec cette différence seulement que c'est la corrélation de la largeur qui dépasse à peine trois fois l'erreur probable, au lieu de la corrélation de la longueur, comme dans la série des étudiants.

En somme cette corrélation est si peu notable qu'on arrive à démontrer par le calcul que 44 p. 100 de la population d'un pays donné pourraient l'avoir en supposant qu'il existe dans son sein 2 p. 100 d'intelligences supérieures, chiffre déjà assez élevé.

1. Lef. (D' Alice), A first sludy of the corrélation of the human skiill, Philn.soph, Tranmct. Uoi/al Soc. hmdon (A). CXCVI, p. 22:)-2Gi.

1. Macdonell (D' W.-R.), On criminal anlhropomctry, etc., Bîonietrica, CainbrUi-rrt\ l'JOl, I, p. 18o.

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