Citons nolanimenl
Hecfierc/ies cliniques et thérapeutiques sur Vépilepsie, Vhysténe et l'idiotie, publiées par Boumeville.
Zeitschrift fur die Beliandlung Schv^achsinniyer und Epileptiscfter. Organ der Konferenz fur das kliotenwt'sen.
Die Kinderfehler. Zeitschrift fiir Kinderforschung mit besonderer Berùcbsichtigimg der pUdagogischen Pathologie.
Revue de pédagogie comparative.
Zeitschrift fiir pildagogische Psychologie und Pathologie,
Ahhandlungen aus dem gebiete der piidagogischer Psychologie und Physiologie,
Verhandluttgen der schweizerischen Konferenz f(lr das IdioteuMCi^en,
Paedologisch Jaarboek,
The Pedologist.
Zeitschrift fiir Schulgesundheitspflege.
lluUetin de ta Société libre pour Vétude psychologique de Vcnfnnl.
'uiu-rj,- »^
Occasionnellement on trouve aussi des articles se rapportant à celle question dans les périodiques de philosophie, psychologie, psychialrie, neurologie, pédagogie, criminologie, médecine légale, l)édiatrie, assistance, hygiène, anthropologie, philanthropie, etc.
En fait de tentatives d'exploration psychophysiologique chez Tanormal et Tarriéré, nous devons signaler celles faites avec les procédés cliniques de la sémiologie contemporaine, dans le but de se rendre compte de la manière dont retentissent chez les irréguliers les troubles des organes sensoriels sur le mécanisme des activités élémentaires ou supérieures de Tesprit. Signalons notamment les travaux publiés depuis Guye sur Taprosexie nasale, par Mouton, Kafemann, Rayel, Piper, et aussi par Brauckmann, Perraevan et d'autres sur Tinfluence de la dureté d'ouïe sur le développement scolaire des enfants.
Ces travaux ont attiré l'altenlion sur l'insuffisance des organes des sens chez les arriérés de tous ordres et sur les conséquences fatales de ces troubles périphériques.
Faisons à ce sujel une remarque générale qui, croyons-nous, a une grande portée : les troubles sensoriels chez les anormaux sont nombreux et peuvent échapper à un examen superficiel. Or si chez l'adulte ces troubles n'ont ordinairement que peu de retentissement sur le contenu de Tespril et les fonctions mentales, les éléments indispensables pour le travail cérébral ayant déjà été emmagasinés antérieurement, il est loin d'en être de même chez Tenfant, surtout chez celui qui offre déjà une certaine faiblesse intellectuelle. Une partie des sensations et perceptions indispensables à la formation des idées, étant d'une netteté insuffisante, ou nulle, les fonctions de mémoire, d'association, d'idéation, et surtout d'attention seront par la force des choses également fort imparfaites. Aussi lorsqu'on explore les anormaux à ce point de vue, faudra-l-il tenir grand compte de ce facteur dans l'organisation des expériences et dans Tappréciation et la critique des résultats.
Cette remarque rend compte des difficultés des recherches poursuivies sur les anormaux.
Il faudra toujours que les résultats obtenus dans les divers travaux soient soumis à la critique, pour que l'interprétation définitive puisse en être donnée.
Les expériences sur le mécanisme des étals morbides de l'esprit au cours de la faim, de la fatigue, de l'usage de certains médicaments ou poisons, etc., poursuivies tout spécialement par l'école de Knepelin et de Binet, ont pu être faites dans de bonnes conditions et ont par conséquenl une valeur plus sûre. Les recherches de /. Demoor et d'autres relatives à l'illusion de poids en tant que moyen de diagnostic de la faiblesse d'esprit paraissent avoir un certain caractère de certitude.
Signalons aussi les multiples travaux concernant la physiologie et la pathologie des fonctions du langage qui. depuis Preyer, Kussmaul et Baslian, font le sujet des études de nombreux savants ; Ament, Berkhan , Coen, Gutzman, Liebmann , Maupaté, Muller, Oltuszewski, Piper, Simon, etc.
Certaines catégories d'anormaux présentent des particularités psychiques et morales dont l'étude à la fois clinique et psychique oITre un intérêt majeur tant au point de vue de la psychologie qu'au point de vue social. L'enfance coupable, Tenfance malheureuse ont des particularités mentales et affectives que des auteurs nombreux : Baer, Bourneville, Boyer, Demoor, Duprat, Joly, Jonckheere, Hirschfeld, MùnkemOller, Murait, RoUeder, etc., ont étudié dans différentes monographies sur les dégénérés, la colère, le mensonge, l'égoïsme, la tendance au suicide, les troubles sexuels, les terreurs nocturnes, en essayant souvent de déterminer les concomitants psychiques de ces troubles. Les traités et travaux relatifs aux maladies mentales de Tenfant renferment aussi des données multiples et d'un haut intérêt pour la connaissance de la psychologie des anormaux : dans cette rubrique rentrent les ouvrages de Manheimer, et celui en voie de publication de Ziehen ; ces deux traités se sont rapidement succédé et comblent heureusement une très grosse lacune; aucun travail de ce genre n'avait été publié depuis celui d'Emminghaus. Les multiples articles se rapportant à Tétat mental des hystériques et épileptiques et ceux parus récemment sur Timportante question de la démence précoce, dont l'étude a aussi bien des points de contact avec celle des anormaux, ne peuvent être passés sous silence ici.
Le côté, anthropologique de la question est loin d'être négligé, il se rattache étroitement au côté psychologique qui nous occupe. Il est hors de doute que les recherches de cet ordre poursuivies par Binet sur les enfants normaux et arriérés, sur les aveugles et les sourds, par Rlin (?t Simon sur les imbéciles et les idiots, par Vitale Vitali, Pizzoli, Wilmart sur les faibles d'esprit, par Baer sur de jeunes assassins, par Apert chez les retardataires, par Konrad sui* les enfants d'école présentant des anomalies crâniennes, etc., pour ne citer que les plus récentes, il est certain, disons-nous, que toutes renferment des documents importants que le psychologue spécial ne neut ignorer, d'autant plus qu'il semble y avoir actuellement, comme nous le faisions remarquer plus haut, une tendance très nette à vouloir rechercher les signes physiques de l'intelligence.
Le i)roblème social de l'assistance de Tenfance anormale, est discuté, tous l»*s ans, dans de nombreux mémoires que la psychologie ne peut ignorer non plus. En effet dans les travaux relatifs à l'organisation des écoles de bienfaisance et de réforme, des écoles pour enfants atteints de maladies nerveuses (Stadelmanni, des écoles d'enseignement spécial, dans ceux relatifs à l'assistance des enfants infirmes, épileptiques, etc., sont nombreuses les données qui doivent permettre au psychologue de fixer la physionomie des différents types d'anormaux. Parmi les meilleurs documents parus dans cet ordre d'idées n'oublions pas de signaler une œuvre importante qui peut servir de modèle en son genre: c'est celle de A. Levoz, La protection de VEnfauce en Belgique, qui est à la fois un travail d'érudition et de haute portée humanitaire et sociale.
U rcsUi eutin à signaler les nombreux travaux relatifs à la pédagogie
et à la méthodologie spéciales ainsi que ceux qui résument Tactivité des organismes divera dont Tobjectif est d'atténuer dans une certaine mesure les causes et les suites sociales des anomalies physiques, intellectuelles ou morales. Ces travaux n'ont peut-être pas non plus un intérêt immédiat, mais les faits isolés qui y pullulent peuvent constituer parfois autant de documents psychologiques essentiels.
C'est ainsi que les admirables statistiques fournies par les enquêtes, poursuivies en France, en Amérique, en Allemagne, en Suisse et ailleurs, que les Compte rendus du service de Bicêtre publiés depuis plus de vingt ans par Bourneville, que les Bulletins des sociétés pour la protection de l'enfance anormale qui fonctionnent dans divers pays (Berlin, Londres, Bruxelles, etc.), que les rapports de certaines institutions (celle de Keller à Copenhague, celle de Home, celle d'Elmira, etc.,) contiennent annuellement une moisson de faits de premier ordre pour nos études.
Le très rapide coup d'œil jeté sur l'ensemble des travaux qui devraient entrer dans l'élaboration de notre revue générale montre suffisamment, croyons-nous, que nous devrons nous limiter chaque année aux recherches de psychologie proprement dites, et devrons en ce qui concerne les autres nous contenter d'y glaner ce qui nous paraîtra intéressant à notre point de vue spécial. Nous serons donc, pour des raisons majeures, fatalement incomplets; nous espérons cependant pouvoir donner une idée assez nette des progrès réalisés en physiologie mentale des enfants anormaux, dont l'étude doit avoir une si grande influence sur l'évolution des sciences psychologiques, pédagogiques, hygiéniques et sociales.
Cette importance est démontrée par la place de plus en plus grande que prend la question des anormaux dans les congrès de toute nature : Amsterdam, 1901 (congrès d'anthropologie criminelle); Budapesth, 1902 (congrès de statistique) ; Anvers, 1902 (congrès de l'assistance familiale); Bruxelles, 1903 (congrès international d'hygiène) ; Bordeaux, 1903 (congrès national d'assistance publique et privée); conférences allemandes et suisses de l'assistance des idiots ou des écoles annexes ; conférences de la Société protectrice pour l'enfance anormale à Bruxelles, etc. *. Elle l'est encore par le nombre des rapports s'y rattachant qui seront présentés au prochain congrès d'hygiène scolaire de Nuremberg (4-9 avril 1904).
D"^ Demoor et De Croly.
1. Voira ce sujet le rapport du D' Jacquin au Congrès de Bordeaux, 1903, Assistance et éducation des enfants anormaux, arriérés, bègues, sourds, muets, aveugles, épileptiques et autres.
RÉSUMÉ CIjINIQUE D'ALIÉNATION MENTALE
Il a semblé au directeur de cette revue que Taliénation mentale devait avoir sa place dans V Année, et il m'a fait le très grand honneur et m'a donné la très lourde tâche de mettre des psychologues qui n'ont pas la pratique des malades en face de ceux-ci. Je lui ai proposé pour cela de présenter rapidement les types cliniques qu'on rencontre le plus souvent dans les asiles en marquant nettement chacun de ses particularités les plus significatives. On m'excusera de la témérité de l'œuvre; ses difficultés m'auraient plus d'une fois fait renoncer à son accomplissement sans la promesse faite.
Il ne s*agit pas au reste de présenter ici un tableau absolument complet de l'aliénation ni surtout de tous les troubles dont sont susceptibles les fonctions psychiques. Mais voici, il me semble, ce qui se dégage de la fréquentation des malades. Ceci, d'après un internat de près de trois ans dans ce service si remarquable, et à tant de rapports, de l'Admission de Ste-Anne, où J'ai vu passer, dans ce laps de temps, sans qu'aucun presque m'échappe, trois milliers de malades à peu près; la plupart à la période aiguë de leur affection, sans doute, mais fréquemment aussi k l'occasion de rechutes, et bon nombre ainsi également déjà en phase de chronicité. Eh bien» tout d'abord, ce défilé pêle-mêle de malades de tous genres, divers comme les hommes eux-mêmes, laisse l'esprit dans un désarroi pénilile. Puis peu à peu, avec les jours, les mois, d'un travail sans ct'sso répété, toujours le même, d'observation sans parti pris, pres<iue sans effort et d'elles-mêmes, les choses se classent : les caracières accessoires, spéciaux aux individus, non aux maladies, ne reparaissant que rarement, perdent de leur éclat, tandis qu'au contraire s'accentuent plus fortement et se précisent dans leurs contours les symptt'imes essentiels et, par suite de cela, communs aux malades de même espèce. Ce n'est pas là, d'ailleui-s, un fait particulier à l'aliénation mentale. Les mêmes remarques seraient justes de tout service actif d'hôpital. C'est le procédé qui amène tout clinicien à attribuer aux divers signes morbides leur valeur respective et qui fait qu'on le voit à la longue, à mesure qu'augmente son expérience, n'attacher d'importance qu'à un nombre restreint de phénomènes. Ceux-ci par exemple, ce sont ceux qu'il s'etTurce de découvrir sous la masse plus touffue des autres, où s'embarrasse au contraire l'étudiant du début. Non pas au reste que 7''s manifestations ainsi momentanément laissées de côté soient
SIMON. — RÉSUMÉ CLINIQUE d'aLIÉNATION MENTALE 329
sans valeur, mais leur portée est différente : elles n'ont de signification que pour le cas considéré et point de sens général. Il s'opère donc ainsi, sous l'influence des faits dont on est témoin, une lente mise au point. Et sans doute y est-on aidé par les enseignements du maître qui facilite la besogne, aide à ranger les matériaux, mais la grande valeur de M. Magnan n'est-elle pas aussi de refléter sans altération ce qu il a vu depuis quarante ans de la besogne acharnée qu'on sait qu'il poursuit avec une ténacité si opiniâtre? C'est d'ailleurs à dégager, de ce luxe inouï de détails, ce qui doit vraiment compter, qu'excelle sa forte -personnalité et, de là, la vérité puissante de son œuvre. Quand le triage s'est opéré, sous les actions que je viens de dire, à l'effarement qu'avait produit le désordre des premières impressions succède la surprise de la simplicité des choses. La diversité s'atténuant on voit qu'il existe, en somme, un nombre très restreint de types morbides toujours les mêmes, et relativement faciles à reconnaître sous la multiplicité apparente des formes.
On répète couramment qu'il n'y a pas de question qui soit plus délicate que de prononcer sur l'existence de la folie et l'on fait de cela un épouvantail contre l'internement. Je n'y puis croire. Et c'est même uiie chose curieuse combien peu sur ce point on éprouve d'ordinaire à l'asile d'hésitation. Les fous eux-mêmes se jugent tels entre eux. D'où vient donc l'opinion précédente admise sans discussion et accréditée par les aliénistes eux-mêmes? D'abord on établit ici un rapport faux, internement et folie sont deux choses différentes : l'internement exige presque toujours l'impossibilité de la vie sociale, mais laisse en dehors tous les troubles psychiques qui la permettent. N'entrent par suite à l'asile que des aliénés déjà fortement troublés. La difficulté n'est donc que pour les autres, mais c'est qu'aussi bien pour ceux-ci, qui continuent à vivre de la vie de tout le monde, le désordre est léger, sans conséquences. Maintiendrait-on un malade à la chambre pour une altération des bronches à peine perceptible? Puis, il y a encore autre chose, c'est l'idée préconçue et fausse qu'une affection mentale doit léser toute l'intelligence et par suite éclater au regard du premier venu. Or vous causez une heure avec un aliéné, et vous partez surpris de croire avoir conversé avec un homme raisonnable. Mais ne vous est-il pas arrivé de vous promener une heure avec un pleurélique dont un examen méthodique vous aurait permis en moins de cinq minutes de reconnaître l'épanchement? Seulement nous sommes peu dégagés encore de l'ancienne psychologie. Notre instruction première à cet égard a laissé une empreinte trop forte. Nous avons été habitués à réfléchir sur des caractères abstraits de nos phénomènes de conscience et non sur eux-mêmes. Et si ces notions conviennent pour l'étude générale de la pensée, elles ne peuvent rien nous apprendre sur les modalités individuelles de chaque esprit. La persistance sous forme résiduelle, le renforcement dans certaines conditions, l'association avec d'autres faits par des chaînons de types multiples, sont communs à tous les faits de
conscience quels qu'ils soient et obéissent à des lois assez unifonnes. Diffèrent bien plus au contraire les modifications qu'impriment aux excitations le terrain psychique où elles tombent, les idées qui ger ment ainsi et leur rôle ultérieur! De ce point de vue un peu particulier et plus concret, laliéné prend pour le psychologue un intérêt tout spécial. On voit en effet qu'il ne réalise souvent que des troubles partiels, ne se manifestant que par intervalles, ne portant que sur quelques points, n'altérant souvent ni sa mémoire, ni ses facultés de raisonnement logique, et Ton comprend que la connaissance de ces désordres soit aussi indispensable que celle des syndromes pulmonaires ou stomacaux à qui veut mettre en lumière les uns ou les autres, mais aussi que leur découverte n'est pas ensuite moins aisée.
De là l'importance qui s'attache aux grandes flgures cliniques, à traits fortement accentués, que .j*ai dit se dégager de l'ensemble des malades. C'est à leur description que je me bornerai dans cet article. J'observerai pour cela l'ordre suivant :
1'^ Aliénations survenant sous l'influence de causes occasionnelles puissantes, chez des individus n'ayant présenté, jusqu'à l'intervention de celles-ci, aucun trouble mental et dont les signes enfin, toujours identiques, sont en rapport avec la cause même qui a provoqué les désordres : paralysie générale, alcoolisme.
2^^ Aliénations où le rôle des causes occasionnelles s'efface, tandis que la constitution môme, héréditairement transmise, de l'individu, intervient souvent au premier chef dans l'éclosion de la folie, et lui donne également ses éléments caractéristiques de manifestation et d'évolution : Psychoses constitutionnelles, etc.
3^ Idiotie, imbécillité, débilité; — démence.
i" Épilepsie.
A chacun de ces groupes correspondent des types cliniques tranchés et tels que leur connaissance détermine une orientation aisée v.i rapide. Autour de chacun se placent facilement les cas particuliers qui leur ressemblent. Et cependant un embarras subsisterait en présence de beaucoup de malades. C'est qu'en effet souvent plusieurs de ces aliénations simples coexistent chez le même individu. L'étude de ces combinaisons dont la complexité exige une analyse particulière, sera l'objet d'un cinquième et dernier chapitre.
PARALYTIQUES (iÉNÉRAUX
Sans entrer dans la discussion des opinions multiples émises à ce sujet, et toutes réserves faites quant à l'action possible d'autres causes, la fréquence d'accidents syphilitiques antérieurs au développement de la paralysie générale semble attribuer à ceux-ci un rôle étiologique au moins probable. Les examens macroscopiques d'autopsie, les coupes hislologiques répétées de différentes parties du système nerveux, les méthodes plus récentes d'étude du liquide ci^pha/o-rachidien du vivant même du malade, concourent d'autre
part à montrer la diffusion des lésions pathologiques et à indiquer qu'il s'agit, en ce qui concerne Taxe cérébro-spinal en particulier, d'un processus diffus de méningite chronique. Je ne rappellerai que pour mémoire la présence de lymphocytes dans le liquide céphalorachidien qui ne contient pas d'éléments ûgurés à Tétat normal; Tépaississement des méninges, et des travées de névroglie soit médullaires, soit cérébrales ; les adhérences pie-mériennes à l'écorce ; les zones congestives disséminées de la surface des hémisphères, les dégénérescences des éléments nerveux eux-mêmes ; la diminution de volume du cerveau enÛn, si remarquable chez cet organe qui ne maigrit pour ainsi dire point au cours des cachexies les plus prononcées, et cependant si notable ici parfois que malgré même l'excès du liquide qui le baigne, la dure-mère paraît plissée sur lui comme le serait un sac trop grand pour son contenu. Ainsi, déjà précisée par son origine, la paralysie générale est donc mieux déterminée encore par la présence de lésions et les caractères de celles-ci. Elle n*est pas moins nettement distincte par l'ensemble de son tableau clinique, des autres affections mentales.
Un premier point essentiel et très frappant, est le suivant : c'est que pendant toute la première partie de son existence, pendant 30, 40 années, le paralytique général n'a présenté aucun trouble, n'a manifesté rien qui pût faire prévoir l'affection actuelle. Sans doute parfois a-t-il joui de la vie largement, en bon vivant, en joueur peu soucieux des dangers, mais même cette témérité est loin d'être toujours présente. Le plus souvent simplement c'est un homme qn'on a connu solide et de bel équilibre : ouvrier, il était rangé et adroit; d'intelligence ouverte et de travail acharné, s'il remplissait une profession libérale. Pour qui ne l'a pas suivi, et le voit aux deux périodes, de santé et de maladie, le contraste est bmtal, on a la sensation nette de la chute, vous n'entendez pas dire qu'on s'y attendait, on est surpris de l'écroulement. El c'est généralement au moment de la pleine maturité des forces, de l'entière vigueur intellectuelle et physique, que le mal éclate, rapidement terrible dans ses conséquences organiques et mentales, et dès lors à peu près fatalement progressif.
Il affecte deux formes principales, l'une très commune, la forme dite expansive, l'autre plus rare, avec dépression. La première est d'autant plus curieuse qu'elle ne se borne pas seulement à des signes de destruction. C'est elle que nous prendrons comme type, puis nous verrons comment on retrouve dans l'autre, sous l'opposé apparent du tableau clinique, les mêmes caractères essentiels cependant. C'est qu'en effet il y a, à toutes deux, uiçie base commune, un fond premier identique, une double déchéance intellectuelle et physique, toujours semblable à elle-même : la démence paralytique.
L'affaiblissement intellectuel n'est pas sans caractères propres, et ceux-ci, qui se manifestent dès la première période, persistent les mêmes, sauf le degré, tout le long de la maladie, et lui donnent précisément son allure si particulière. Exprimer d'un mot la for-
mule générale de cet afTaiblissement n'est guère possible. H me semble bien cependant quil renferme, à côté d'autres éléments moins spéciaux, une lésion psychologique dominante qui consiste en ceci : normalement, notre vie de chaque jour est orientée par une idée générale, plus ou moins traduite en mots, mais toujours présente, et provoquant en sa faveur une convergence de nos actions : les tendances morales en rapport avec notre conception de l'existence sont de ce genre; le désir d'une place ou d'un titre est une expression moins générale du même fait, mais nous fait aussi à toute occasion voir les choses d'un point de vue et pour un but uniques. Également, pour le moindre de nos actes, Tidée qui le met en branle comporte une série de futurs qu'elle détermine presque h notre insu, mais qui assurent son exécution par le seul développement de cette détermination première : aller chez un ami implique que nous nous habillons, fermons notre porte, traversons telles et telles rues, nous garant des voitures, et ainsi de suite, sans que nous ayons cependant à proprement parler de décision particulière à prendre i)our chacune de ces phases successives de notre action. Chez le paralytique général, il n'en n'est plus ainsi, nous le verrons tout à l'heure : la direction d'ensemble manque, et les directions de détail sont aussi continuellement tronquées. Ce n'est là peut-être d'ailleurs qu'une des formes sous lesquelles la mémoire se trouve atteinte, car on la voit ici progressivement disparaître. Mais plutôt est-ce le mécanisme par lequel elle-même se meurt : outre une conservation d'empreinte et comme littérale, nous retenons aussi les clioses par une assimilation qui consiste à les grouper sous un certain nombre de notions très compréhensives. Ce n'est pas seulement le contenu des volitions du paralytique qui devient incomplet, c'est, d'une façon plus générale, Taction que toute idée préalablement existante exerce sur les apports ultérieurs. Aussi désormais toute acquisition devient interdite et toute sensation nouvelle inclassable : le malade reste ignorant à l'égard du changement qui s'opère en lui, il perd tout connais-toi toi-même, toute conscience de son état, toute appréciation correcte de sa situation. 11 y a, dit-on, affaiblissement en masse des facultés intellectuelles, jugement, mémoire, attention, volonté... c'est aussi bien qu'il s'opère, des plus complexes aux plus simples, un appauvrissement toujours plus grand des idées, un morcellement menu de la pensée, comme par un continuel effritement.
Conséquence probable des désordres précédents, c'est dans ses a<t«'s — parce que précisément notre manière d'agir est la résultante du travail synthétique de notre activité intellectuelle toute entière, — c'est dans ses actes que vous commencez à voir apparaître les premières traces de cet effondrement du paralytique g«'in'*ral et c'est toujours en eux aussi qu'il se marquera le plus vivement. C'est donc eux surtout que nous allons maintenant expos-r, en nous efforçant, chemin faisant, de préciser autant que ])0s>ihle, par des exemples concrets, les considérations précéilenlcs.
Une des raisons qui rendent difficile un exposé de la paralysie générale, c'est la longue durée de cette affection, qui s'étend sur trois, quatre ans et plus, et la marche lentement croissante de ses symptômes qui vont s'exagérant sans brusques sauts, sans presque non plus d'apparition régulière de nouveaux accidents et ne permettent par suite que des subdivisions en périodes assez artificielles et arbitraires. Pratiquement cependant, il y a pour le médecin deux phases distinctes dans l'évolution de la maladie : une, ici fort longue, antérieure à son intervention, et une autre dont il est témoin.
De l'inconscience du paralytique général résulte que lorsqu'on le voit pour la première fois, ce n'est pas lui généralement qui peut fournir l'histoire de ses premiers désordres; il les ignore, il ne les distingue pas des autres événements de sa vie courante tout au moins spontanément. Plus que dans tout autre cas, les renseignements de l'entourage deviennent par suite, ici, instructifs et indispensables. C'est avec eux qu'il faut reconstituer la succession des premiers troubles.
Qu'apprend-on alors? depuis quelque temps déjà, plusieurs semaines, plusieurs mois souvent, le malade n'était plus le même ; oh! il ne déraisonnait pas à proprement parler et cependant, il avait quelque chose. Mais on n'y avait pas non plus attaché d'importance et c'est plutôt même en y réfléchissant, et parce qu'à présent on le voit bien malade, qu'une foule de petits faits qui n'avaient pas frappé, reviennent au souvenir et s'éclairent d'un jour nouveau. On n'avait pas compris d'abord, on ne s'était inquiété qu'à la longue, parce que ça ne cessait point et qu'au contraire cela était toujours allé en s'aggravant. On avait bien remarqué cependant qu'il n'avait plus le même souci de sa besogne qu'autrefois, qu'il la faisait plus machinalement, comme sans intérêt; qu'il ne se tourmentait point, comme jadis, de ce qui mettait enjeu sa responsabilité. Il paraissait parfois comme étranger à ce qui se passait autour de lui et comme distrait... S'agit-il d'un ouvrier, c'est à l'atelier d'abord qu'on est moins content de lui, il passe autant de temps à son travail et cependant les détails sont moins soignés; loi, autrefois si ponctuel, arrive aussi souvent en retard, ou bien sous un prétexte futile, il laisse inachevé ce qu'il entreprend. Au début on patiente, c'était un bon ouvrier, on pense à une fatigue passagère, on lui conseille le repos; repos toujours trop court : il rentre, c'est pis encore; on le garde pourtant, par pitié, mais on ne lui confie plus que des besognes de plus en plus faciles, et l'on voit malgré tout baisser sa paye avec les progrès de la maladie. D'ailleurs, les fautes s'accumulent, variables selon le métier : les erreurs d'un comptable sont plus nombreuses et plus graves chaque jour, un concierge distribue les lettres au hasard ou les décacheté comme pour lui, un tailleur coupe dans un vêtement neuf un morceau dont il croit avoir besoin pour en réparer un autre. S'agit-il d'une femme, c'est la négligence qu'elle apporte à la tenue de son intérieur qui contraste avec ses habitudes passées : elle
n'arrive plus à bout de son ménage, elle recommence sans cesse ce qu elle fait, mais il y a des choses essentielles qu'elle ne fait plus; elle n'a plus le même soin d'elle ; elle autrefois si correcte, sort maintenant sans être coiffée, mal vêtue; elle revient de ses commissions ayant laissé son panier chez un fournisseur, ayant négligé d'attendre chez un autre qu'on lui rende sa monnaie; le mari rentre, les repas ne sont plus prêts à Theure; elle était assez bonne cuisinière, à présent, les plats sont toujours brûlés; elle en arrive à mettre dans le pot au feu des légumes sans les éplucher. Le mari, lui, n'y comprend rien, serre les cordons de la bourse, voyant l'argent filer, et prend le parti de s'occuper lui-même de tout; elle le laisse faire, indifférente.
Et tout cela sans motifs apparents, sans préoccupation visible, sans qu'on se rende compte du pourquoi ni de la gravité qu'indique cette transformation.
Si tout se borne à des fautes de ce genre, à une incapacité croissante de se conduire, il peut suffire longtemps — toujours, parfois, — de restreindre peu à peu le rôle de cet individu qui s'éteint, pour qu'on s'habitue à le voir vivre de sa vie réduUte de dément inoffensif, sous la surveillance facile soit de sa famille, soit de l'hôpital.
Mais souvent se développe, en même temps que les troubles précédents, une activité qui marque davantage cet affaiblissement et finit par faire du paralytique un véritable aliéné. Ce n'est d'abord quune irritabilité qu'on ne lui connaissait pas, il ne supporte plus aucune contradiction, un rien l'agace, c'est un besoin incessant de mouvement, il ne tient pas en place, va, vient, sort, se dépense sans compter. Mais ce n'est pas une activité raisonnée et soutenue, c'est une activité imprévoyante et qui brouille tout. Sans doute, on peut citer des paralytiques généraux, hommes d'affaires, qui ont fait, sous son influence, des coups de bourse heureux, mais faute précisément d'avoir apprécié les risques ; et les ruines sont plus nombreuses. Il dépense en effet, ;i tort et à travers, il achète au hasai*d des rlioses dont il n'a nul besoin, futiles ou de grand prix, selon l'occasion, simplement parce qu'il les voit et qu'elles lui plaisent, il encombre sa maison de bibelots inutiles, il envoie à tous des cadeaux....
Lt, de plus en plus, s'accentue ce phénomène, dont nous avons parlé, d'accomplissement brut de l'idée, qui se présente isolée, inachevée souvent, non modifiée ni refrénée par les pensées plus com|)lexes auxquelles elle se mêle normalement: nous venons de voir disparaître tout esprit d'ordre, d'économie, bientôt toute vie sociale va devenir impossible; aux maladresses succèdent les délits. Médecin, il est dans le fumoir près du salon, il cause, il parle de maladie vénérienne; il exhibe ses organes génitaux pour appuyer sa dônionstration. Tel autre fait ses besoins naturels où il se trouve, au milieu de la rue, en plein Jour, sans pudeur aucune. Et ainsi de tout; un fruit, un bijou le tentent à un étalage, il le met dans sa poche ou à son doigt et continue sa route du même pas, sans se
cacher davantage. Une femme entre au bazar en disant à haute voix : « Tant pis, je vais voler ça... »
Ainsi, progressivement, tout travail suivi est devenu impossible ; cette insouciance a dilapidé déjà partie de sa fortune, ou cette innocence a commis quelque délit grossier; à Toccasion, soit d'une voiture prise sans argent pour la payer, soit d'une accusation plus grave et d'un non-lieu, soit simplement d'une scène d'irritabilité morbide avec violence inhabituelle, ou parce que, dans ses courses multiples, le malheureux s'est perdu... on l'amène à l'asile. Le plus souvent déjà aussi les idées délirantes ont commencé à poindre et les propos du malade paraissent à tous fantaisistes.
Il entre donc, et les caractères que nous avons signalés à sa démence (et combien celle-ci est profonde déjà!), ne se démentent toujours pas et on les retrouve également marqués dans le délire qu'il présente.
Sans doute, il peut fournir encore, sur questions précises, quelques renseignements sur sa vie passée, son métier, ses gains journaliers, ses proches, mais tout cela le plus souvent ne va pas loin, est tissu d'erreurs et de contradictions. Il ignore l'année, la saison, le mois ou le quantième, selon le degré de sa déchéance ; il ignore depuis quand il est à l'asile, serait-ce de la veille; il fournit, de rage de sa femme et de ses enfants, des chiffres manifestement invraisemblables. Si quelquefois en effet, il s'aperçoit qu'il ne peut répondre, qu'il ne sait pas, le plus souvent son ignorance ne s'en effraie pas : il répond comme au hasard, sans chercher à faire concorder les faits qu'il rapporte, à calculer par exemple, venant de dire son âge et sa date de naissance, l'année actuelle, non, ce sont des chiffres quelconques qu'il modifie, sans y tenir : nous sommes en 1803..., en 1915..., en 19 000. Faites-lui cependant remarquer qu'il se trompe ; il ne s'en trouble pas, il s'en amuse plutôt. C'est toujours la même inconscience qui continue à se manifester en toute occasion : son peu d'étonnement à se trouver hospitalisé, son acceptation aisée de sa nouvelle condition, son opinion sur lui-même, sur les siens, sur les inconnus qu'il coudoie, ses projets, sa mobilité en sont autant de témoignages. Autant de preuves de son affaiblisse^nent psychique.
Pourquoi est-il là? comment se fait-il qu'on l'y ait amené? où est-il d'ailleurs? il ne sait pas, il n'y comprend rien, il ne lui est rien arrivé ; ou plus souvent encore, il ne manifeste aucun étonnement, la première explication lui est bonne : un tel vient faire ses 28 jours; on a dit à un autre, entrez donc, et voici qu'on l'a gardé, et il rit aux éclats de ce tour qu'on lui a joué, et ce n'est pas là seulement une réponse immédiate d'entrée, non, 8, 15 jours, 3 semaines môme après qu'il est interné, il trouve encore que c'est une bonne farce. Voici un dernier r<'*cit d'une malade : « elle est partie voir les palais, elle a couché dans un poste, les agents ont été très bien, elle les a regardés jouer à la manille, maintenant, elle vient faire un dîner aux médecins, elle n'a pas perdu la ciboule, elle a perdu les tramways ».
Comment s'y trouve-l-il, d'ailleurs, dans cet asile hospitalier? Il est chez lui. Voyez-le donc dès le premier jour. On crie : à tahle, il se trompe de porte pour se rendre au réfectoire, on le corrige : a Ah, mais, c'est vrai... », comme s'il connaissait les lieux de longue date. Et puis, il va de lun à l'autre, il est camarade, familier, hon garçon, il cause au médecin comme à une vieille connaissance, les distances n'existent pas devant sa main toujoui^ tendue et son visage toujours affable, souriant au moindre sourire ; immédiatement conûant, faisant des affaires, exposant les siennes... avec une allure toute méridionale.
Au reste, content de lui, mais sans prétention; épanoui, mais sans vanité ; sans doute disant de lui qu'il est bien, mais parce que cela va de soi et, par suite, nullement choqué qu'on l'en complimente. La vie est bonne. Homme, il est vigoureux, il relève ses manches d'un geste large pour montrer ses muscles souvent très ordinaires; n'importe, il les prend à pleine main : « Non, mais tâtez-moi ça », il vous offre de casser ce que vous voudrez pour vous montrer sa force, vous n'êtes pas sans inquiétude de ces protestations que vous ne savez plus comment limiter. Femme, ses yeux sont superbes, elle est gentille, et des cheveux! « Et ma chevelure va devenir plus longue encore », et tout, vous n'avez qu'à voir : les vêtements tombent ou se relèvent... sur une chemise sale ou une peau sans soins de propreté depuis combien de temps, mais elle-même n'en est pas choquée; elle s'admire..., elle va poser aux beaux-arts, et elle aime bien les beaux garçons. — Et ses enfants d'ailleurs, sont de même : de beaux enfants! elle en a plein la bouche de cet adjectif. « Il est beau, mon mari, de beaux yeux bleus. Quelle belle créature!... C'est beau chez nous.... 11 y a un poêle et un couvre-pieds... »
Il n'y a plus qu'un pas de cette satisfaction optimiste, de cette béatitude niaise aux allirmalions les plus excessives, dans la môme tonalité. Toutes les capacités : telle modiste chante à la perfection, est engagée à l'Opéra. '< Moi, dira une autre, je suis couturitTe et je peux donner des leçons de piano ». Tel peintre en bAtiments encore vous faisait « du ripolin sur trois tons, je ne vous dis que ça..., et j'allais dune vitesse!... » Ce sont aussi des inventeurs. — Enfin, souvent une fécondité intarrissaMe : « L'année prochaine 230 enfants, et tous les ans pareil..., je les fabrique moi-même..., ça va-t-il lui en faire une ralebasse à ma femme!... ça sera comique tous ces liosses-là. Et puis, ils se trouvent élevés, mon cher; on les met dans une couveuse, et puis ça pousse, ça pousse..., ça a ir», 20 ans comme rien!... »
Allez donc vous étonner nim^s cela qu'ils soient généraux, princes, ou plus grands personnages encore, ou que les alliances les plus magnifiques se présentent pour eux; elle va faire un brillant mariage, épouser un comte, un inspecteur du chemin de fer de l'Est, elle va se marier avec Dieu : « il est fou de moi ».
Allfz donc vous étonner que la fortune leur ait souri. Mais il était maçun autrefois? Eh, il ne s'en défend pas, il l'est même encore
si vous voulez, mai? cela n'empêche pas. « Mais vous dites que vous ne gagniez que 40 sous par jour? — Je gagne maintenant fOOO francs par soirée. J'ai un oncle riche à plusieurs millions »; que dire à cela? cela ne souffre pas de discussion; il n'a pas à se donner la peine de vous fournir des preuves, c'est ainsi, il est propriétaire, la maison est à lui ; ou encore : « A quoi travaillez-vous? — Dans la culture. — Et vous gagnez à cela, combien? — La culture, c'est des millions.... Une propriété qui contient 1000 hectares, de la rive du bois jusqu'à la Belgique. El puis, j'ai acheté ra pour rien, 100000 francs, et du purin là-dedans!... Dans toutes mes fermes j'ai des régisseurs.... — Comment cela? — Ben, nous avons 100 milliards..., 1 500 vaches ; et du lait ! c'est des litres, des litres, des mille litres !... Et quels beaux pommiers, ils ont 10 mètres cubes..., 10000 hectolilres de cidre tous les ans...; 100 épagneuls pour la chasse »>.
Ce ne sera pas au reste, talents perdus, puissance ou argent mal employés. Le paralytique n'est ni jaloux, ni envieux, il est trop riche, et sa générosité est sans égale, c'est un roi communard. Écoutez-le plutôt : il y a ici un malade dont il ne sait même pas le nom, il lui donne 5 000 francs, il peut se permettre çà, il en a 200 000 ; autant par conséquent pour la fille de service. Il va bâtir aussi des refuges magnifiques, distribuer du bonheur à tous.
Et dans ces conditions quand quitte-il l'asile? Quand on le lui demande. 11 n'y pense point sans cela beaucoup, mais par exemple, dès qu'on lui en parle c'est tout de suite; il est vrai qu'il suffit toujours de lui dire demain.
Mais cette exubérance souvent bavarde continue aussi fréquemment à ne pas aller sans turbulence. On s'aperçoit vite que le paralytique général, avec ses airs bon enfant, n'est pas un malade facile à soigner. A l'hôpital, comme il veut toujours s'en aller, on ne lui épargne pas la camisole et il n'évite pas les contusions. A l'asile l'habitude fait qu'on le considère plutôt comme un malade insupportable que difficile, périlleux, dit Lasègue, et non dangereux, mais il faut pour avoir de lui pareille opinion le connaître et savoir le prendre; on ne peut avoir confiance en lui à longue haleine, une idée passe, il la suit; du moins par exemple il ne cache pas son jeu, il annonce à tous qu'il va prendre une échelle pour sauter le mur; et de plus, enfin, l'idée qu'il accueille ainsi, il n'y tient pas, il l'abandonne avec la même facilité qu'il attribue à son exécution — à une condition seulement — c'est qu'on patiente un peu, qu'on ne le heurte pas de front, qu'on n'en discute pas, qu'on ait l'air plutôt de la partager et de vouloir l'aider à la réaliser... en lui en donnant une ^ulre simplement.
J'ai multiplié les exemples, je n'ai pas voulu me borner à une observation unique, ni même à deux ou trois, j'ai préféré donner une série de réponses et de réactions typiques, prises au hasard de mes notes, parce qu'il me paraissait essentiel précisément qu'on sente combien, malgré la diversité des formules, c'est toujours et toujours la même chose, et qu'on puisse reconnaître d'emblée cette teinte démentielle uniforme et tout à la fois si particulière. Je vou-