II. — MASSE ET DENSITÉ SOCIALE
Von MAYR (G.). — Statistik und Gesellschaftslehre. ~ II. Bevoelkerungs-statistik (Statistique etscimce sociale. — //. Statistique de la population). Fribourg-en-Brisgau, Mohr, 1897, p. x-486, gr. in-8\
Ce livre fait partie d'un traité plus étendu, qui doit comprendre toutes les branches de la statistique. — L'auteur divise la statistique en deux parties : la première, qu'il appelle Statistique théorique ^ a été exposée dans le tome I paru en 1895. Elle a pour objet de déterminer la nature de la statistique, sa matière, ses rapports avec les autres sciences, les procédés qu'elle emploie. Il s'agit donc au fond d'une méthodologie et l'expression de statistique générale serait plus naturellement indiquée ; car toute statistique, comme toute science, est nécessairement théorique.
La seconde partie est dénommée Statistique appliquée. Elle embrasse Tensemble des manifestations sociales que l'observation statistique peut atteindre t. I, p. 123). Le terme nous paraît également impropre. Nous ne voyons pas bien en quoi de telles recherches constituent une science pratique ou appliquée. Veut-on dire par là que les méthodes et les principes exposés dans la statistique générale (ou théorique) y sont mis en œuvre et pratiqués? Mais toute science est une application de la méthode que s'est faite le savant pour étudier l'ordre de faits dont il s'occupe. A ce compte, par conséquent, toute science serait une science appliquée. En réalité, ce que l'auteur appelle statistique pratique, c'est la statistique proprement dite, c'est le corps même de la science à laquelle il se consacre. — Nous n'insisterions pas sur ces questions de terminologie, si ces dénominations impropres ne paraissaient dénoter une certaine confusion dans l'idée que se fait l'auteur de ce que peut et de ce que doit êti*eune recherche scientifique.
Quoi «[u'il en soit de ce point, la statistique dite appliquée comprend elle-même autant de branches qu'il y a de sortes de faits sociaux susceptibles d'être mesurés et enregistrés. M. Mayr en compte quatre espèces principales : les phénomènes démographiques, les phénomènes moraux, les phéno-
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mènes d'ordre intellectuel, les phénomènes politiques. Le système complet de la statistique comprend donc, outre la statistique générale, la démologie ou statistique de la population, la statistique morale, la statistique intellectuelle {Bildungsstatistik), économique, politique. C'est la première seule qui est l'objet du livre dont nous avons à parler.
Elle a pour objet l'étude « des masses humaines qui peuplent la surface de la terre » (p. 8). On remarquera que, dans cette définition, n'entre ni l'idée ni le mot de société. C'est la population humaine in abstracto, c'est l'humanité, telle qu'elle est répandue sur toute l'étendue du globe, qui est présentée comme la matière immédiate de la démologie. Les sociétés particulières ne sont prises en considération que secondairement (§ 9 in fine) et le statisticien doit tendre à s'en dégager (p. 14). Cependant, en réalité, la population n'existe jamais que dans une société donnée et elle est fonction de cette société; elle est solidaire de la forme de la société, de son degré de concentration politique, de son organisation familiale, etc. Le niveau normal de la population, son mode normal de distribution varie selon les peuples ; et il est autre pour une peuplade d'Indiens et pour la Cité antique, pour celle-ci et pour les grandes nations contemporaines, etc. En détachant ainsi les phénomènes démographiques des milieux sociaux dont ils font partie, on en fait quelque chose d'abstrait et|de mort et ou se met dans l'impossibilité d'apercevoir les conditions essentielles dont ils dépendent, les fins avec lesquelles ils sont en rapports. Sans doute, l'auteur parle de causes sociales. Mais la seule presque qu'il signale, la plus importante en tout cas, c'est l'état économique; et ce qu'il appelle ainsi, c'est tout simplement le degré d'aisance ou de misère économique des individus. Une telle cause n est donc sociale que de nom; surtout, elle ne tient à la constitution propre ni d'aucune société, ni d'aucun type social déterminé (p. 445-47). Ce n'est pas que, pour M. Mayr, la statistique, en général, et la démologie, en particulier, ne soient des sciences sociales; le titre de l'ouvrage l'indique assez. Seulement elles ont pour objet de résoudre la masse sociale en ses éléments, de la décomposer ; c'est dire qu'elles écartent, par principe en quelque sorte, tout ce qui est proprement social dans leur objet (voy. t. I, § 5 et 10).
Pour étudier cet objet, la démologie se pose deux séries de questions ; d'abord, elle doit établir, critiquer les faits con-
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