ANALYSES. — MORPHOLOGIE GÉNÉRALE
peut-être la plus négligée jusqu'à ces dernières années; surtout il n'en était pas qui parût plus réfractaire à la forme proprement scientifique. Simple inventaire de faits, elle racontait, mais n'expliquait rien. M. R. aspire à trouver de véritables lois. Son entreprise est donc d'une grande portée et, quoiqu'il ait des devanciers, son originalité reste considérable. 11 est particulièrement intéressant pour nous de voir les disciplines, les plus éloignées naguère de la sociologie, s'en rapprocher progressivement. Il y a ainsi un double mouvement, qui est également nécessaire : la sociologie est nécessitée à sortir des généralités où elle s'est jusqu'à présent maintenue pour entrer en contact avec les sciences spéciales (c'est à quoi nous travaillons ici) ; et les sciences spéciales, d'elles-mêmes, tendent de plus en plus à se mettre en rapports avec la sociologie et à prendre une forme sociologique. M. R., géographe éminent, ne refuserait pas, sans doute, la qualification de sociologue.
Ainsi entendue, la géographie politique apparaît, en un sens, comme une branche et presque comme un autre nom de ce que nous avons appelé morphologie sociale, puisqu'elle traite des formes territoriales des sociétés. Toutefois, la notion que s'en fait M. R. est encore bien vague et indéterminée; nous avons signalé cette indétermination en commençant, mais il y faut revenir. L'auteur flotte entre deux conceptions, très différentes. Tantôt il semble bien proposer comme objet i à la géographie politique les formes que se donnent les sociétés en se fixant sur le sol; et cela, c'est la morphologie sociale proprement dite. Tantôt il lui assigne comme but la détermination des effets que les dispositions matérielles du sol (fleuves, montagnes, mers, etc.) ont sur le développement politique des peuples. Rien pourtant de plus distinct. En efiet, ce qui donne aux sociétés telle ou telle forme, ce qui fait que les frontières y sont munies ou non de forteresses, définies ou non, que les voies de communication y sont plus ou moins nombreuses, les groupements urbains plus ou moins considérables, le territoire plus ou moins vaste, ce sont des causes sociales, partant d'ordre moral ; c'est l'état du progrès économique, c'est l'aptitude inégale des idées religieuses à se répandre sur de larges surfaces, etc. Il est possible que les faits de la géographie physique y aient aussi quelque part; mais ils ne sont qu'une des causes qui contribuent à produire les phénomènes étudiés. Ils deviennent, au contraire, la cause
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essentielle et presque unique que Ton considère, si Ton se donne pour objet exclusif de rechercher la manière dont ils affectent le développement de lÉtat. Or Tauteur se place évidemment au premier point de vue quand il étudie les frontières politiques et leur évolution, le système des échanges, la densité sociale, etc.; et d'ailleurs, chemin faisant, il ne se fait pas faute d'invoquer des causes qui n'ont rien de géographique (v. notamment § 173 et suiv.). Mais, en môme temps, ce qui montre que le second point de vue le préoccupe et même le domine, c'est qu'il voit dans le sol la base de toute vie collective, le lien qui unit les hommes. Par là, il entend le sol tel qu'il est naturellement, avant toute institution sociale, puisque les institutions sociales sont censées y trouver leur condition première. Au reste, il n'y a qu'à voir les titres de chapitres sur les fleuves, les mers, etc. Cette ambiguïté n'est pas sans produire une confusion qui trouble le lecteur.
On pourrait également reprochera la méthode l'insuffisance de sa rigueur. Les rapprochements consistent plutôt en illustrations qu'en comparaisons méthodiques; les faits contraires sont rarement examinés, et, si riche que soit l'érudition de l'auteur, on ne peut pas n'être pas frappé de l'écart qu'il y a entre nombre d'assertions et les preuves sur lesquelles elles reposent. Mais ce sont là des imperfections inhérentes à toute science qui débute.
Vidal de la BLACHE (P.). — La Géographie politique {Annales de géographie, 15 mars 1898, p. 97-111).
Étude d'ensemble sur l'œuvre de M. Hatzol, et plus spécialement sur sa Géographie politique. L'auteur trace le plan de ce qu'est la géographie politique ainsi coneue, cie ses rapports avec la géographie physique, la géographie des plantes, la géographie humaine en général ; détermine les procédés d'investigation dont elle dispose. L'objet de cette science, ses divisions, ses instruments de recherche se présentent dans cet article îivec une détermination qu'ils n'ont pas toujours au même degré dans l'œuvre de M. Ratzel. Les conceptions fondamenlales y atteignent une plus grande précision. M. V. sent très vivement la nécessité de définir les divers ordres de faits dont s'occupe la géographie politique, villes, provinces, limites, États, alors que, chez M. Ratzel, ces concepts gardent trop souvent des contours encore bien indécis.
RATZEL. — Studies in political areas (Americ, Journ, ofSocioL,
nov. 1807).
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