‹ L'Année sociologiqueChapitre 16 sur 133 · DÉFINITION ET UNITÉ DU SYSTEM*: SACRIFICIEL · texte numérisé non relu

DÉFINITION ET UNITÉ DU SYSTEM*: SACRIFICIEL

Mais il importe, avant d'aller plus loin, de donner une dëGnition extérieure des faits que nous désignons sous le nom de sacrifice.

Le mot de sacrifice suggère immédiatement Tîdée de consécration et Ton pourrait être induit à croire que les deux notions se confondent. Il est bien certain, en effet, que le sacrifice implique toujours une consécration ; dans tout sacrifice, un objet passe du domaine commun dans le domaine religieux ; il est consacré. Mais toutes les consécrations ne sont pas de même nature. Il en est qui épuisent leurs effets sur Tobjet consacré, quel qu'il soit, homme ou chose. C'est, par exemple, le cas de l'onction. Sacre-t-on un roi? Seule, la personnalité religieuse du roi est modifiée ; en dehors d'elle, rien n'est changé. Dans le sacrifice, au contraire, la consécration rayonne au delà de la chose consacrée ;

çr, su.) ; — b) école du Yajur Veda noir (Taillirîyas) : Taitlirîya Samhiffi (= r. S.) éd. Weber, Indische Studien, XI et XU, contient les formules et le Bràhmana; Taitlirîya Brâhmana (= 7. fî.) contient de même des formules et le Bràhmana; Apastamba-çrauta-sùtra (édit. Garbe) dont nous avons • tout particulièrement suivi le rituel. — A ces textes se superposent ceux du rituel domestique, les r/rhya sûfras des diverses écoles (trad. Oldenberg in ^'. B. E. XXIX. XXX). — A côté d'eux se trouve la série des textes atharvaniques (du-brahman). Atharva-Veda (= A. V.) veda des incantations, édit. Whitney et Rolh; traductions : choix. Bloomfield in S. B. E. XLVIIl; livres VIII-XIll. V. Henry. Kuui'ika siUra {= Kattç. su.), édit. Bloomfleld). — Notre étude du rituel hindou eût été impossible sans les livres de M. Schwab etde M. Ilillebrandt, et sans l'assistance personnelle de MM. Caland, Winternitz et Sylvain Lévi, maîtres de l'un d'entre nous. Pour notre étude du sacrifice biblique, nous prendrons pour base le Pentateuque. Nous n'essayerons pas d'emprunter à la critique biblique, les éléments d'une histoire des rites sacrificiels hébreux. Dabord, les matériaux sont, à notre sens, insuffisants. Ensuite, si nous croyons que la critique biblique peut constituer l'histoire des textes, nous refusons de confondre cette histoire avec celle des faits. En particulier, quelle que soit la date de la rédaction du Lévitique et du Priestercodex en général, l'àge du texte n'est pas, selon nous, nécessairement l'âge du rite ; les traits du rituel n'ont peut-ôtre été fixés que tardivement, mais ils existaient avant d'ùtre enregistrés. Ainsi nous avons pu éviter de poser, à propos de chaque rite, la question de savoir s'il appartenait ou non à un rituel ancien. Sur la fragilité d'un certain nombre des conclusions de Técole critique, V. lïalévy, Rev. Sémitique, i898, p. 1 sqq., 97 sqq., 193 sqq., 289 sqq., 1899, p. 1 sqq. — Sur le sacrifice hébreu voir le^ ou-

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lî. HUBERT ET M. MAUSS. — ESSAI Sl'Il LE SACRIFICE 37

elle alteinl entre autres la personne morale qui fait les frais (le la cérémonie. Le fidèle qui a fourni la victime, objet de la consécration, u*est pas, à la fin de l'opération, ce qu'il était au commencement. Il a acquis un caractère religieux qu'il n'avait pas, ou il s'est débarrassé d'un caractère défavorable dont il était affligé; il s'est élevé à un état de grâce ou il est sorti d'un état de péché. Dans un cas comme dans l'autre, il est religieusement transformé.

Nous appelons sacrifiant le sujet qui recueille ainsi les bénéfi.ces du sacrifice ou en subit les effets K Ce sujet est tantôt un individu^ et tantôt une collectivité ^ famille, clan, tribu, nation, société secrète. Quand c'est une collectivité, il arrive que le groupe remplit collectivement l'office de sacrifiant, c'est-à-dire assiste en corps au sacrifice*; mais parfois aussi,

vrages généraux : Munk, Palestine, Paris, 1845; — Nowack, Uhrbuch der ïïebràischen Archaeologie^ 189 ^ II, p. 138 sqq. ; — BenziDger, Hebràische Ai'cfiaeologie, p. 431 sqq., 189i; les ouvrages spéciaux : Ilupfeld, De prima el vera feslorum apud llebraeos ralione, Progr. Halle, 1851 ; — Hiehm, IJber dafi Schuldopfer. Theol. SUidien und Kritiken, 1854; — Rinck, Vber das Schuldopfer^ ibid., 1855; — J. Bachmann, Die Feslgeselze des Penlaleiichs, Berl., 1858; — Kurtz, Der Alltestamenlliche OpferkuUus, Milan, 1862; — Riehm, Der Ber/riff der SUhne, Theol. St. Krit., 1877; — Orelli, Einige Altteslamentl. Pmmissen zur Seulesl, Versohnungslehre^ Zeitsch. f. Christl. Wissen. u. Christl. Leben, 188t; —Millier, Kritischer Versuch ûber den l'rsprung und die Geschichlliche Enlwickelung des Pessach und Mazzolhf estes, Inaug. Diss., Bonn. 1884. — SchmoUer, Das Wesen der SUhne in der Alttestam. Opferlora. Theol. SI. u. Krit., 1891; — Folck, De Sojinullis Velcris Teslamenti Prophetarum locis^ etc., Progr. Dorpat, 1893; — Br. Baentsch, Das ïleiligkeitsgeselz, etc., Erfurt, 1893 ; — Karaphausen, Das Verhaeltniss des Menschenopfers zur ïsraelitischen Religion^ 1896. Progr. Univ. Bonn. — Sur les textes évangéliques concernant le sacrifice, voir Berdmore Compton, Sacrifice, Lond., 1896.

(I| Le yajamihia des textes sanscrits. Remarquons l'emploi de ce mot, participe présent moyen du verbe yaj (sacrifier). Le sacrifiant est, pour les auteurs hindous, celui qui attend un retour sur soi de reCTct de ses actes. (Rapprocher la formule védique « nous qui sacrifions pour nous » ye yajfhnahe de la formule avestique yazamaide. dlillebrandt, Rilual Litleralur, p. 11.) — Ces bénéfices du sacrifice sont, suivant nous, des contrecoups nécessaires du rite. Il ne sont pas dus ù une volonté divine libre que la théologie a, peu à peu, intercalé entre Tacte religieux et ses suites. On comprendra, dès lors, que nous négligions un certain nombre de questions qui impliquent Ihypothése du sacrifice-don, et l'intervention de dieux rigoureusement personnels.

(2) C'est le cas normal dans le sacrifice hindou, qui est, aussi rigoureusement que possible, individuel.

(3) Par exemple, //. A, 313 sqq.

|4) C'est le cas, en particulier, des sacrifices vraiment totémiques, et de ceux où le groupe remplit lui-même le r<Me de sacrificateur, tue, déchire et dévore la victime; enfin d'un bon nombre de sacrifices humains, surtout ceux «le l'endocannibalisme. Mais, souvent, le seul fait d'assister suffit.

i/axnke sociologique. 1898

je un de ses membres qui agit en son lieu et place, asi que la famille est généralement représentée par f *, la société par ses magistrats ^ C'est un premier ms cette série de représentations que nous renconlrehacune des étapes du sacrifice, fois, il y a des cas où le rayonnement de la consécraîrificielle ne se fait pas directement sentir sur le it lui-même, mais sur certaines choses qui tiennent

moins directement à sa personne. Dans le sacrifice [eu lors de la construction d'une maison % c'est la qui est aflectée et la qualité qu'elle a acquise ainsi rvivre à son propriétaire actuel. Dans d'autres cas, champ du sacrifiant, la rivière qu'il doit passer, le t qu'il prête, l'alliance qu'il conclut, etc. Nous appel bjets du sacrifice ces sortes de choses*en vue desquelles Tice a lieu. Il importe, d'ailleurs, de remarquer que le it est atteint, lui aussi, en raison même de sa présence fice et de la part ou de l'intérêt qu'il y prend. L'action inte du sacrifice est ici particulièrement sensible; ►roduit un double effet, l'un sur l'objet pour lequel il rt et sur lequel on veut agir, l'autre sur la personne qui désire et provoque cet effet. Quelquefois même, utile qu'à condition d'avoir ce double résultat. Quand

de famille sacrifie pour l'inauguration de sa maison, on seulement que la maison puisse recevoir sa famille, icore que celle-ci soit en état d'y entrer *. lit quel est le trait distinctif de la consécration dans le î; c'est que la chose consacrée sert d'intermédiaire

sacrifiant, ou l'objet qui doit recevoir les effets utiles ifice, et la divinité à qui le sacrifice est généralement . L'homme et le dieu ne sont pas en contact immédiat, le sacrifice se distingue de la plupart des faits dési-

s l'Inde antique le maître de maison (f/rhapa fi) sacrifie quelquetoute sa famille. Quand il nest que participant aux cérémonies, e et sa femme (cette dernière assistant aux grands sacrifices), eut certains effets.

»n Ezecliiel le prince (naçi = exilarque) devait faire les frais du des fêtes, fournir les libations et la victime. Ezech. XLV, 17; XXXI. 3.

r plus loin, p. 104.

dus loin, p. 104, n. 3. Nous citerons particulièrement les sacrifices pour rentrée d'un hôte dans la maison : Trumbull. Threshold . p. i. sqq.

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H. HUBEHT ET M. MAl'SS. — ESSAI SUR LE SACRIFICE 39

goés SOUS le nom d*alliauce par le sang, où se produit, par rechange du sang, une fusion directe de la vie humaine et de la vie divine*. Nous en dirons autant de certains cas d'offrande de la chevelure ; ici encore, le sujet qui sacrifie est, par la partie de sa personne qui est offerte, en communication directe avec le dieu *. Sans doute, il y a entre ces rites et le sacrifice des rapports de connexité ; ils doivent pourtant en être distingués.

Mais cette première caractéristique n>st pas suffisante; car elle ne permet pas de distinguer le sacrifice de ces faits mal définis auxquels convient le nom d'offrandes. En effet, il n*y a pas d'offrande où Tobjet consacré ne s'interpose également entre le dieu et l'offrant et où ce dernier ne soit affecté par la consécration. Mais si tout sacrifice est, en effet, une oblation, il y a des oblations d'espèces différentes. Tantôt, l'objet consacré est simplement présenté comme un ex-voto ; la consécration peut l'affecter au service du dieu, mais elle n'altère pas sa nature par cela seul qu'elle le fait passer dans le domaine religieux: celles des prémices qui étaient seulement apportées au temple, y restaient intactes et appartenaient aux prêtres. Dans d'autres cas, au contraire, la consécration détruit l'objet présenté; dans le cas où un animal est présenté à l'autel, le but que Ton poursuit n'est atteint que quand il a été égorgé, ou mis en pièces, ou consumé par le feu, en un mot, sacrifié. L'objet ainsi détruit est la victime. C'est évidemment aux oblations de ce genre que doit être réservée la dénomination de sacrifice. On pressent que la différence entre ces deux sortes d'opérations tient à leur inégale gravité et à leur inégale efficacité. Dans le cas du sacrifice, les énergies religieuses mises en jeu sont plus fortes; de là, leurs ravages.

Dans ces conditions, on doit appeler sacrifice toute oblation même végétale, toutes les fois que l'offrande, ou qu'une partie de l'offrande, est détruite, bien que l'usage paraisse réserver le mot de sacrifice à la désignation des seuls sacrifices sanglants. Il est arbitraire de restreindre ainsi le sens du mot. Toutes proportions gardées, le mécanisme de la consécration

(1| Sur Palliance par le sang et la Taçon dont elle a été rattachée au sacrifice, V. R. Smith, Bel. ofSem., lect.'lX. H. C. Truinbull, The Blood con* nant.

(2) Sur la consécration de la chevelure, V. G. A. Wilken, Haaropfer {Hev, col. ïnler. 1884): Uob. Smith, i6., p. 324 sqq. Cf. S. Ilartland, The Leffend of Perseits, vol. H, p. 21 o.

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ême dans tous les cas ; il n'y a donc pas de raison s pour les distinguer. Ainsi, la minbâ hébraïque est ition de farine et de gâteaux' ; elle accompagne cerrifices. Or, elle est si bien un sacrifice au même titre ue le Lévitiquene l'en distingue pas^. Les mêmes rites observés. Une portion en est détruite sur le feu de le reste est mangé totalement ou en partie par les En Grèce S certains dieux n'admettaient sur leur e des oblations végétales^; il y a donc eu des rites )\s qui ne comportaient pas d'oblations animales, eu dire autant des libations de lait, de vin ou d'autre , Elles sont sujettes en Grëce^ aux mêmes distinctions sacrifices'; il arrive môme qu'elles en tiennent lieu*. ,é de ces différentes opérations a été si bien sentie iindous que les objets offerts dans ces différents cas eux-mêmes identifiés. Ils sont tous également consimme vivants et traités comme tels. Ainsi, au moment I un sacrifice suffisamment solennel, on concasse les )n les supplie de ne pas se venger sur le sacrifiant du )n leur fait. Lorsqu'on dépose les gâteaux sur les tesir les cuire, on les prie de ne pas se briser®; lorsqu'on

11,1 sqq. ; VI, 7 sq(|.; IX, 4 sqq.; X, 12 aqq.\ Ex. XXUÏ, 18; 5: Aiuos, IV, 5. — La minhd remplit tellement l'office de totit ifice que {Lev, V, 11) une m'mijd sans huile ni encens remplace

et porte le môuje nom. Il est souvent parlé de minhà dans le rai de sacrifice (ex. I. R. XVIII, 29, etc.). Inversement, dans )n de Marseille le mot de zebah est appliqué comme celui de es oblations végétales : C. 1. S." 165, 1. 12; 1. 14; Cf. ici. 167,1.

oph. IHut, 659 sqq. — Stengel, Die Griechischen KuHusalierthUit., p. 89 sqq.

h. de Abst., II, 29. — Diog. LaiTt., VIll, 13 (Delos). — Stengel, — Pline, .V. //., XVIII, 7. — Schol. Pers., II, 48.

Smith, liel. of Sem.. p. 230 et suiv. voit môme dans les libain et d'huile des rituels sémilicpies des équivalents du sang des .nimales.

îrnhardi, Trankopter bei Homer. Progr. d. Kgl. Gymn., z, Leipzig, 'ritze, De libalione vetentm Graecorttm^ Berl. Dissert., 1893. /ta et iJLî/ixpaTov. V. Stengel, p. 93, et 111. — Frazer, Pansa- I, p. 583.

gel, i6., p. 99. — Une libation d'eau-de-vie a remplacé quelque-

les usages actuels, d'anciens sacrifices. Ex. in P. Bahlmann,

Mdrchen (voir Compte rendu), p. 341. Cf. Sartori, Bavopfer pte rendu), p. 25.

les textes cités par Ilillebr. S. V. Opf,, p. 42, 43.

les coupe, on les implore pour qu'ils ne blessent pas le sacrifiant et les prêtres. Quand on fait une libation de lait (et toutes les libations hindoues se font avec du lait ou Tun de ses produits), ce n'est pas quelque chose d'inanimé qu'on offre, c'est la vache elle-même dans son suc, dans sa sève, dans sa fécondité*.

Nous arrivons donc finalement à la formule suivante : L e sacrifi,ce est un acte religieux qui, par la consécration d'une vietime, modifie Vétat de la personne morale qui ïaccomplil ou de certains objets auxquels elle s'intéresse ^.

Pour la brièveté de l'exposition, nous appellerons sacrifices personnels ceux où la personnalité du sacrifiant est directement allectée par le sacrifice, et sacrifices objectifs ceux où des objets, réels ou idéaux, reçoivent immédiatement faction sacrificielle.

Cette définition ne délimite pas seulement l'objet de notre recherche, elle nous fixe sur un point fort important : elle suppose, en effet, l'unité générique des sacrifices. Ainsi, comme nous le faisions prévoir, quand nous reprochions à Smith de réduire le sacrifice expiatoire au sacrifice communiel, ce nétait pas pour établir la diversité originelle et

(1) Ces offrandes végétales se sont-elles substituées aux sacrifices sanglants, comme le voulait la formule romaine in sacris simulala pro veris accipi (Serv., Ad Aen. II, 116; Fest., p. 360, b) ? Il était commode sans doute d'imaginer un passage progressif du sacrifice humain au sacrifice animal, puis du sacrifice animal au sacrifice de figurines représentant des animaux et de là, enfin, aux offrandes de gâteaux. Il est possible que, dans certains cas, d'ailleurs mal connus, l'introduction de nouveaux rituels ait produit de ces substitutions. Mats rien n'autorise à généraliser ces faits. Môme l'histoire de certains sacrifices présente plutôt une succession inverse. Les animaux de pâte sacrifiés dans certaines fôtes agraires sont des images des démons agraires et non des simulacres de victimes animales. L'analyse de ces cérémonies en donnera plus loin les raisons.

(2) Il résulte de celte définition qu'il y a entre la peine religieuse et le sacrifice (du moins le sacrifice expiatoire) des analogies et des différences. La peine religieuse, elle aussi, implique une consécration {consecratio honorum et capilis) ; elle aussi est une destruction et qui résulte de cette consécration. Les rites sont assez semblables à ceux du sacrifice pour que n. Smith y ait vu un des modèles du sacrifice expiatoire. Seulement, dans le cas de la peine, la manifestation violente de la consécration porte directement sur le sujet qui a commis le crime et qui Texpie lui-môme; dans le cas du sacrifice expiatoire, au contraire, il y a substitution et c'est sur la victime, non sur le coupable que tombe l'expiation. Toutefois, comme la société est contaminée par le crime, la peine est en même temps pour elle un moyen délaver la tache dont elle est souillée. Le coupable remplit donc à son égard le rôle d'une victime expiatoire. On peut dire qu'il y a en môme temps peine et sacrifice.

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tible des systèmes sacrificiels. C'est que leur unité, étant réelle, n'est pas telle qu'il se la représentait, ce premier résultat paraît en contradiction avec Tinriété que semblent présenter, au premier abord, les du sacrifice. Les occasions de sacrifier sont innom- , les effets désirés fort différents, et la multiplicité des clique celle des moyens. Aussi a-t-on pris l'habitude, en Allemagne, de ranger les sacrifices en un certain de catégories distinctes : on parle, par exemple, de îs expiatoires (Siihnopfer) , de sacrifices d'actions de ^ankopfer), de sacrifices-demandes (Bïffop/îpr), etc. Mais té, les limites de ces catégories sont ffottantes, enchesouvent indiscernables ; les mêmes pratiques se ent à quelque degré dans toutes. Nous ne prendrons compte aucune des classifications couramment em- ; elles ne résultent pas, à notre avis, d'une recherche ique. Sans essayer d'en tenter une nouvelle qui serait ! aux mêmes objections, nous nous contenterons d'em- ' ici, pour nous faire une idée de la diversité des sacrijne des classifications données par les textes hindous, us instructive peut-être est celle qui répartit les sacriconstants et en occasionnels'. Les sacrifices occasionnt d'abord les sacrifices sacramentaires {samskdra), dire ceux qui accompagnent les moments solennels de Jn certain nombre de ces sacrifices font partie du rituel ique (exposé dans les grhya sûtras) : ce sont ceux qui

Max MttUer. Zeifschr. d. l). Morq. Gesell. IX, p. LXIIl. — Kâf.

2. 10, 12 et comm. de Mahidh. ad locum, surtout à 41, cf. Kulluka , 2, So. — Vedânta Sâra, 7 et suiv. (Ed. Bôhllingk in Sanskrifp. 234, 235). Cette classification n'est, semble-t-il, attestée que par ilés assez récentes, tandis que les autres remonteraient aux plus extes. Mais en fait, elle se trouve bien d'abord dans les coîlecrgiques qui distinguent des formules régulières iyajus), les formules facultatifs [Kâmyestiyajijâs). et les formules des rites expiatoires tlâni). Elle se trouve dans les Bràhmanas qui (par exemple le .) consacrent de très longues sections soit aux expiations, soit L particuliers, et aux sacrifices nécessaires. Enfin les sûtras disconstamment les rites en constants imiyânh, obligatoires et pé- . en facultatifs {Kamyâni), occasionnels {naimittikthti) et expiarayaicillâni). Ces divisions sont connues aussi bien du rituel que du rituel domestique (Y. Oldenberg, Suvvey of (lie coiifents of asù in S. B. E. XXX, p. 306-7). Ces textes contiennent aussi des concernant les rites curatifs {Hhaisajyfini) parallèles à ceux (fue

connaître le Kauçika sùtra (Adh. UI, édit. Bloomf. 1S90}. De e que les sacrifices ont bien été, dès le principe, répartis suivant ision, qui n'est devenue consciente que plus tard.

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H. HUBERT KT M. MAUSS. — ESSAI St'R LE SACRIFICE 43

ont lieu lors de la naissance, de la tonsure rituelle, du départ du pupille, du mariage, etc. D'autres font partie du rituel solennel ; c'est l'onction du roi et le sacrifice qui confère la qualité religieuse et civile qui est considérée comme supérieure à toutes les autres*. En second lieu, il y a les sacrifices votifs dont le caractère occasionnel est encore plus marqué*; enfin, les sacrifices curatifs et expiatoires. — Quant aux sacrifices constants (mtyâni) ou, mieux, périodiques, ils sont attachés à certains moments fixes, indépendants de la volonté des hommes et du hasard des circonstances. Tels sont le sacrifice journalier, le sacrifice de la nouvelle et de la pleine lune, les sacrifices des fêtes saisonnières et pastorales, des prémices de fin d'année. Les uns et les autres se retrouvent généralement dans le rituel solennel et dans le rituel domestique, avec les dillérences que comportent la solennité de l'un et le caractère familial de Tautre.

On voit à combien d'occasions diverses les brahmanes ont fait servir les sacrifices. Mais, en même temps, ils en ont si bien senti l'unité qu'ils ont fait de celle-ci la base de leur théorie. Presque tous les textes du rituel solennel ont le même plan : exposé d'un rite fondamental, que l'on diversifie progressivement pour le faire répondre aux différents besoins ^ Ainsi les çraxtta sutras et les brâhmnnas qui les commentent partent de la description générale de l'ensemble des rites qui constituent le sacrifice des gâteaux à la nouvelle et à la pleine lune, et c'est ce schème qu'ils adaptent successivement, en le modifiant suivant les circonstances, à toutes les cérémonies qui comportent un sacrifice de gâteau. C'est ainsi qu'un sacrifice de gâteau constitue la cérémonie essentielle et des fêtes saisonnières, dont les aspects sont déjà si nombreux et variés (sacrifices à la nature, sacrifices de purification, de consommation des premiers grains, etc.), et, aussi, de toute une série de sacrifices votifs \ Et il n'y a pas là seulement un arti-

(1) Le vdjapetja. Wcber, Si/zber k. k. AK. d. Wiss. z. BerL Phil. Wst, Cl. 1892, p. 765 et suiv., et Hillebr., Vedische Myfholof/ie. 1.217 (Breslau, 1890).

(2) Par exemple pour obtenir un fils, une longue vie (Hillebr. RU. LilL § 58 et § 60). Ces sacrifices sont extrêmement nombreux. Plus nombreux mAme que les textes publiés ne nous les présentent.

(3) Le principe est môme tellement rigoureux qu'on expose le rituel du sacrifice avant le rituel de l'établissement de lautel (V. Hillebr., § 19, RiL LUI. Vorbem.)

(4) Hillebr.. fl»7. A»//.. §66.

l'axnêe sociologique. 1898

exposition, mais uq sens réel de la souplesse du syssacrificiel. Eu effet, soit le sacrifice animal solennel. le trouvons isolé ou combiné avec d'autres, dans les cas is divers : dans les fêtes périodiques de la nature et de la ition, et dans des rites occasionnels, lors de la construce l'autel, dans des rites destinés à racheter la personne, maintenant le sacrifice du soma*. Puisque le soma n'est u sacrifice qu'au printemps, ce ne peut être qu'une fête iiqueS et pourtant on le sacrifie pour une multitude de ui tantôt dépendent et tantôt sont indépendantes des et des occasions : à chaque printemps, lors de la conion du roi, pour atteindre un plus haut rang social, levenir invulnérable et victorieux, pour échapper à des urs qui pourraient devenir chroniques. De même, des le sens contraire peuvent avoir le même dessin : des s internes ont dû être la cause que la vache stérile, ée à Rudra, dieu mauvais, par Jes brahmanes, l'est de me manière que le bouc aux dieux célestes et bons, 8tSoma^

*ituel hébreu fournit des exemples non moins frappants complexité des rites et de l'identité de leurs éléments, vitique réduit tous les sacrifices à quatre formes fondâtes : oM, hnttât, shelamim, min^à^. Les noms de deux e elles sont significatifs. Le b^alUtt était le sacrifice qui t particulièrement à expier le péché nommé hattiît ou "i, dont le Lévitique nous donne une définition mal-

ious traduisons ainsi le mot soma, dans le composé somayajna, un nom commun. Le terme est intraduisible, car le mot soma déla fois : la plante victime,, le dieu que dégage le sacrifice, et le crifié. Cette réserve faite, nous optons.

e soma en effet ne peut être sacrifié qu'au moment où il est en au printemps (V. Âçvalihjana soma prayoga in Mss. Wilson 453, Boit, r 137.

y a en effet la plus grande analogie possible entre le rituel du sadc ranimai à Agni-Soma (Ap. çr. su, VU) et le rituel atharvanique )uffement de la vaçd (vache stérile) {Kauçika sûira. 41 et 45). De dans le rituel domestique les divers sacrifices animaux, y compris u taureau expiatoire (voir plus loin, p. 93) sont tellement analogues j uns ou les autres ont pu, suivant les écoles, servir de thème fontal à la description (V. Ilillebr. RU. Lille, g 44). e Deutéronome XII. 6, 11, 27, cf. Lev. XVll, 8, cf. Juf/es XX, 26. utel, VI, 17, etc., ne mentionnent que Vôld et le zebah ouïe shela- La question de savoir si ces passages se rapportent à des rituels îurs ou à des rituels parallèles, n'importe pas à l'objet spécial de travail. — Pour la théorie suivant laquelle les sacrifices expiatoires été introduits ciue tardivement dans le rituel hébraïque, nous rcn-

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heureusement bien vague ^ Le shelamim^ (LXX ôu<xCi tl^r^nx-^^) est un sacrifice communiel, sacrifice d'actions de grâces, d'alliance, de vœu. Quant aux termes ôlâ et minbà, ils sont purement descriptifs. Chacun d'eux rappelle Tune des opérations particulières du sacrifice : le second, la présentation de la victime, dans le cas où elle est de nature végétale, le premier, renvoi de Toflrande à la divinité 3.

Cette simplification du système des sacrifices • est sans doute le résultat d'un classification trop particulière, et trop arbitraire d'ailleurs, pour servir de base à une étude générale du sacrifice. Mais à vrai dire, ces quatre formes typiques ne sont pas, ou tout au moins ne sont plus des types réels de sacrifices, mais des sortes d'éléments abstraits où l'un des organes du sacrifice se trouve particulièrement développé et qui peuvent toujours entrer dans des formules plus complexes. Le rituel a décomposé les cérémonies auxquelles donnait lieu chaque occasion de sacrifier en une pluralité de sacrifices simples ou qu'on considérait comme tels. Par exemple, le

voyons simplement au résumé de Benzinger, lïebraische Archaeolof/ie, p. 441 et p. 417 sqq. Le passage I Sam. III, i4 est trop vogue pour que Ton en puisse rien conclure contre l'existence du hathU. En tout cas il est impossible d'admettre que les sacrilices expiatoires soient des transformations de l'amende pécuniaire.

(1) Lév., IV, 2.

(2) Shelamim = zebah shelamim. Sur l'équivalence des zebahim et de zebah shelamim, voir Benzinger, loc, ci7., p. 135,

(3) Nous nous rattachons dans la traduction du mot olâ à rinterpVétation tradliionnelle fondée d'ailleurs sur l'expression biblique « il lit monter Vôtâ (la montée). » — Cf. Clermont-Ganneau, Comptes rendus de r Académie des Inscriptions, 1898, p. 599. — Sur le ùvon et son expiation, voir Ilalévy. Revue sémitique, 1898, p. 49. — Une autre sorte de péché dont le rituel a prévu l'expiation, le asham {Lévitique, F), ne paraît pas avoir donné lieu à une forme spéciale de sacrifice. Il arrive que le sacrifice qui l'expie soit désigné parle nom de asham mais d'après Lév, Via cérémonie expiatoire se compose àljatUU et d'oW; Lév. VJI, 2-7 identifie le IjatUH et le asham; cf. Sombres^, V, 9 sqq. Pourtant Ezéch. XL, 39 ; XLlI, 13; XLVI, 20 distingue formellement les deux sacrifices.

{4} L'Inscription de Marseille (C. /. >'.. 1, 165) présente une réduction analogue des divers sacrifices à trois sacrifices types : 1*> Le katU qui équivaut à VtUà hébraïque ; 2« le sauat^ sacnficium taudis ou orationis, qui équivaut au shetamim; 3* le shetem-katit. La ligne 11 mentionne seule deux sacrifices particuliers le shasaf et le tjazut (V. C. /. .S., t. I, p. 233). — Le Shetem-katity doit-il être considéré comme une juxtaposition de sacrifices? V. A. Barton, On ffie sacrifices Kalil and Siietem-katil in ttie Marseitle Inscription. Proc. Am. Or. Soc. 189i. p. i.xvii-i.xix. — L'inscription 167 (Carthage) ne distingue que Ketilim et Saual. Cf. Clermont-Ganneau. Inscription Sabatéenne de Kanatha^ in C. /L de VAc. des Inscr., 1898, p. 597-599.

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•dination du grand prêtre* se compose d'un expiatoire, d'une dW, sacrifice où la victime t entière et d'un sacrifice du bélier des const un Z^ftaft^fc^fcïmfm, sacrifice communiel. Le a purification des accouchées, comprend un î *. Le sacrifice pour la purification du lépreux rites analogues à ceux de la consécration du onc deux sacrifices dont l'un paraît être expiautôtcommuniel, qui aboutissentàdes rites semmême ces deux idées irréductibles d'expiation }n, de communication d'un caractère sacré ou m caractère contraire, ne peuvent pas fournir lassification générale et rigoureuse des sacricliercherions-nous en vain des exemples de oire où ne se glisse aucun élément commurifices communiels qui ne ressemblent par s sacrifices expiatoires ^ ilement dans les sacrifices complexes, mais sacrifices élémentaires du Pentateuque, nous même ambiguïté. Le zebalj. sheljimim^ est un luniet; et pourtant, certaines parties de la g, la graisse, quelques viscères) sont toujours uites ou interdites. Un membre est toujours prêtres. La victime du h(ttUlt peut être attrifere aux prêtres*; à défaut du sacrifiant, les iommunient. Dans le k<iltàt célébré pour la u la purification du temple ou de l'autel, le ;ime sert à oindre les portes et les murs. Ce lunique la consécration ^ Or un rite du même ive dans le zebaf} shelaniim de l'ordination; une

- Lév, VlII.

A rapprocher Lei;. XIV. 7, de Ex. XXIV, 20.

i grecs se laissent diviser assez facilement en sacrifices sacrifices expiatoires, sacrifices aux dieux infernaux et IX du ciel; ils sont classés de cette façon dans l'excellent îl. Die griechhchen KullusaUerthilmer, Cette classifical'en apparence.

I, 14; IX, 21, etc.

I, 19 sqq. ; XLV, 19. Cf. purification du lépreux, Lév.

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onction de sang toute semblable est faite sur Aaron et ses fils'. Ces exemples montrent quelle affinité présentent des pratiques qui, par la nature de leur objet et de leurs résultats, semblent être les plus opposées. Il y a continuité entre les formes du sacrifice. Elles sont à la fois trop diverses et trop semblables pour qu'il soit possible de les diviser en groupes trop caractérisés. Elles ont toutes le même noyau; et c'est là ce qui fait leur unité. Ce sont les enveloppes d'un même mécanisme que nous allons maintenant démonter et décrire.

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