LE SCHÈME DU SACRIFICE
Ventrée
Nous ne pouvons évidemment songer à dessiner ici un schème abstrait du sacrifice qui soit assez complet pour convenir à tous les cas connus; la variété des faits est trop grande. Tout ce qu'il est possible de faire, c'est d*étudier des formes déterminées de sacrifice, assez complexes pour que tous les moments importants du drame y soient réunis, et assez bien connues pour qu'une analyse précise en puisse être faite. Le sacrifice qui nous paraît le mieux répondre à cette condition est le sacriflce animal hindou védique. Nous n'eu connaissons pas, en eflet, dont le détail soit mieux expliqué. Tous les personnages sont très nettement présentés, au moment de leur introduction et de leur sortie aussi bien que dans le cours de Taction. De plus, c'est un rite amorphe; il n'est pas orienté dans un sens déterminé, mais il peut servir aux fins les plus diverses. Il n'en est donc pas qui se prête mieux à la recherche que nous voulons entreprendre. C'est pourquoi nous en ferons la base de notre étude, sauf à grouper autour de cette analyse d'autres faits, empruntés soi t à l'Inde elle-même soit à d'autres religions.
Le sacrifice est un acte religieux qui ne peut s'accomplir que dans un milieu religieux et par l'intermédiaire d'agents essentiellement religieux. Or, en général, avant la cérémonie, ni le sacrifiant, ni le sacrificateur, ni le lieu, ni les instru-
(I) Ex. XXIX, 20.
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menls, ni la victime, n'ont ce caractère au degré qui convient. La première phase du sacrifice a pour objet de le leur donner. Ils sont profanes ; il faut qu'ils changent d'état. Pour cela, des rites sont nécessaires qui les introduisent dans le monde sacré et les y engagent plus ou moins profondément, suivant l'importance du rôle qu'ils auront ensuite à jouer. C'est ce qui constitue, suivant l'expression môme des textes sanscrits*, Ventrée dans le sacrifice,
. 1^ Le sacrifiani. — Pour étudier la manière dont ce changement d'état se produit chez le sacrifiant, prenons tout de suite un cas extrême, presque anormal, qui n'appartient pas au rituel du sacrifice animal, mais où les rites communs sont comme grossis et, pour cette raison, plus facilement observables. C'est celui de la diksâ, c'est-à-dire de la préparation du sacrifiant au sacrifice du soma*. — Dès que les prêtres sont choisis, toute une série de cérémonies symboliques commencent pour le sacrifiant, qui vont progressivement le dépouiller de l'être temporel qu'il était, pour le faire renaître sous des espèces entièrement nouvelles. Tout ce qui touclie aux dieux doit être divin; le sacrifiant est obligé de devenir dieu lui-même pour être en état d'agir sur eux*. Pour cela,
(1) Le principe de l'enlrée dans le sacriflce est constant dans le rituel. Il est remarquablement exprimé dans le sacrifice du soma où nous avons la prâyantyesti , le sacrilice d'entrée, répondant exactement à Vuilnyaiiûfesii, sacrifice de sortie. Çat. Bt\ 3, 2, 3, i; 4. 5, 1, 1. — Cf. Ail. Br. 4, 5, l et2. — Cf. Taitl. 5, 6, 1, 5, H, 4. — Généralement de simples rites, de consécration directe sutiisent à préparer les sacrifices. Mais nous voyons qu'il y a des cas ou le sacrifice principal est précédé de sacrifices préliminaires. Ainsi : les - praecidaneae • romaines (tiell. 4, 6, 7) . Les TrpoO jjia-ra ne sont pas du urême genre (Eur. Iph. A., 1310-1318. Cf. Paton, Cos. 38-17), mais d'autres sacrifices y correspondaient : Paton, Cos. 38, 12.
(•2) Sur la diksâ, v. Bruno-Lindner. Die Diksd oder Weifte fur das ^omaopfer Leipz. 1878. Etudie seulement les textes théolof?iques, et les compare. Ces textes du Çal. Br,, de Y Ait. Br.^ de la Tait t. sam. sont d'ailleurs réellement complets sur la question. — Oldenberp. Bel. d. ved. p. 398, sqq. M. Old. voit dans la dik.^â un rite d'ascétisme comparable à ceux du shamanisme. Il n'attache pas de valeur au symbolisme des cérémonies et le croit de date récente, M. 0. semble avoir réellement mis en lumière un côté des faits; mais son explication se laisse fort bien concilier avec la nôtre. — Pour l'ensemble des textes brahmaniques v. S. Lévi. Doctr., p. 103-106. Pour la traduction du mol diksd, nous nous rattachons a l'opinion de M. Webcr, Vdjapeya [toc. cii.^ p. 778). La diksà n'est que vaguement indiquée au Bg veda^ et n'avait pas à l'i^lre. Elle a une place prépondérante dans tout le reste de la littérature védique. Le succès de ce rite, d'ailleurs fort bien conservé, a été très grand dans les rituels puraniques et tanlriques.
(3) V. S. Lévi, ib., p. 103.
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on lui bâtit une hutte spéciale, étroitement fermée; car le d^k^ita est un dieu et le monde des dieux est séparé de celui des hommes*. On le rase, on lui coupe les ongles*, mais à la façon des dieux, c*est-à-dire dans un ordre inverse de celui que suivent habituellement les hommes'. Après qu'il a pris un bain purificatoire*, il revôt un vêtement de lin tout neuf*; indiquant par là qu'une nouvelle existence va commencer pour lui. Puis, à la suite de différentes onctions •, on le recouvre de la peau de l'antilope noire ^ C'est le moment solennel où le nouvel être s'éveille en lui. 11 est devenu fœtus. Il se voile la tête et on lui fait fermer le poing*, car l'embryon dans ses enveloppes a le poing fermé; on le fait aller et venir autour du foyer comme le foetus s'agite dans la matrice. Il reste dans cet état jusqu'à la grande cérémonie de l'introduction du soma^ Alors, il ouvre les poings, il se dévoile, il est né à l'existence divine, il est dieu.
Mais sa nature divine une fois proclamée'^ lui confère les droits et lui im pose les devoirs d'un dieu, ou tout au moins d'un saint. Il ne doit pas avoir de rapports avec les hommes des castes impures, ni avec les femmes; il ne répond pas à qui
(2) De ce rite, répandu dans la plupart des religions, les textes hindous donnent une excellente interprétation; les cheveux, les sourcils, la barbe, les ongles des mains et des pieds sont la • partie morte », impure du corps. On les coupe pour se rendre pur. T. S. 0, 1,1, 2.
(3) S. Lev., i6., p. 87, 88. T. S. 6, 1, i, 5. — Cat. Br. 3, 1, 2, 4. 5.
(4) C'est le rite de V apsudtksâ {Ap, çr, su. X, 6, 15 sqq) qui symbolise à la fois sa purification (voir lemantra T. 8. 1, 2, 1, 1 = F. S. 4, 2, a = il. V, iO, 17, 10 et A. V, 6, 51, 2) et sa nouvelle conception. Voici la série des symboles suivant VAU. Bi\ 1, 3, 1 sqq. • Le bain signifie sa conception, la hutte est sa matrice; le vêtement Tamnion, la peau de l'antilope noire le chorion », etc. Les écoles varient d'ailleurs légèrement sur les diverses significations des différents rites, et sur leur ordre.
(5) Àp. çr. su. X, 6, 6. Le manlra est T. B. 3, 7, 7, 1. Cf. V. S. 4, 2, c. et ÇaL Br. 3, 1, 2, 20.
(6) Ap. jr. su. X, 6, Il sqq. X, 7, 1 sqq. T. S. 6, 1, I, 4. 5, etc.
|7) Ap. çr. sii. X, 8, 11, 12. Cette peau d'antilope est selon certains textes {AU. Br. loc. cit. et Cat. 3, 2, 1, 2, Tune des membranes de l'embryon dieu qu'est \e didiksamâna, celui qui s'initie. D'autres textes, d'égale valeur (7*. S. 6, I, 3, 2) disent qu'il s'agit simplement de revêtir le sacrifiant de la peau de ranimai brahmanique, afin de lui faire acquérir la qualité de brahmane.
(8) Ap. çr. 8û. X, 11,2.
(9) Ap. X, 9, 10. r. S. 6, 1, 3, 3. — Cf. Web. Ind. st. X, p. 358, n. 4.
(10) Ap. X, 11, 5 sqq. — T. S. 6, 1, 4, 3.
E. Dt'RKHEiM. ~ Année sociol., 1898. 4
Ni> l'ax.nkk sociolouiol'e. i898
rintorroge; ou ue le touche pas^ Étaut uu dieu, il est disde tout sacrifice. Il ue prend que du lait, nourriture ue. Et celle existence dure de longs mois jusqu'à ce que rps soit devenu diaphane. Alors, ayant comme sacrifié cien corps ^ parvenu au dernier degré de la surexcitaîrveuse, il est apte à sacrifier et les cérémonies comnt.
î initiation compliquée, à long terme, requise pour émonies d'une gravité exceptionnelle, n*est, il est vrai, grossissement. Mais on la retrouve, quoique avec une re exagération, dans les rites préparatoires du sacrifice ordinaire. Dans ce cas, il n'est plus nécessaire que le nt soit divinisé; mais.il faut toujours qu'il devienne C'est pourquoi, là aussi, il se rase, se baigne, s'abse tout rapport sexuel, jeûne, veille etc .^ Et même 5S rites plus simples, les interprétations qu'en donnent ières qui les accompagnent et les commentaires iniques, en disent clairement le sens. Nous lisons dès mencement du Çatapatha Brâhmana. < (Le sacrifiant) 3 la bouche... Car, avant cela, il est impropre au sacri- ]ar les eaux sont pures. Il devient pur à l'intérieur...
X, 11. 7 sqq. X, 12, 1, 13-18.
L ûlman, son individu. Il est devenu une « offrande aux dieux »
6, 3, 9. 6, 9, G. Çaf. 3, 3, 4, 21. - Âp. çr. su. X, ti, 10. - C'est t expliqué au Brùhmana. Quand ce diksila devient maigre il der {medhyo, sacrificiel). Quand il n'y a plus rien il devient pur. i peau louche les os, il devient pur. C'est gras qu'il est initié, ^e qu'il sacrifie. Ce qui de ses nieuibres est absent, il Ta sacrifié. » aut a. par le jeune, dépouillé autant que possible son corps mortel, Hir une forme immortelle. — On voit comment les pratiques ascéit pris place dans le système du sacrifice Hindou. (V. S. Lévi, ib.
1. Cf. p. 5i). Développées dés ce moment, elles ont pu devenir, Irahmanisme classique, dans le jaïnisme, dans le bouddhisme, lu sacrifice. L'individu qui sacrifie se sacrifie. Par exemple, le iddhique uposadha correspond exactement au jeûne upavasatka^ t upavasatha du sacrifice ordinaire, lequel correspond au jeûne du V. Cal. Br. 1, 1, 1. 7. Le rapprochement est de M. Kggeling ad K E. XII. Cf. ib. 2, 1, 4, 2, etc. sur le jeûne de la diksà. ib. 0. 19). Dés le Çal. Br. les vertus de l'ascétisme sont considérées ussi grandes que celles du sacrifice {ib. 9, 5, 1, 1-7, etc.). — Nous as besoin de faire remarquer l'analogie qu'il y a ici avec les pramitiques. grecques et chrétiennes. Le jeûne sacrificiel du Kip-
deveuu le modèle des autres jeûnes judaïques. Ces actions ►ires sont devenues, souvent, le type du sacrifice de soi. — L'as- >réalable du sacrifice est, dans bien des cas, devenu le sacrifice
ebr. SeU'U. Vollm. opf. p. 3, 4. Cf. Çal. Br. 1, 1,1, 7 sqq. et pasès, note préc. Cf. Schwab, Thieropf. p. XXII, 39.
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// passe du monde des hommes dans le monde des dieux » *. Ces rites ne sont pas particuliers aux Hindous : le monde sémitique, la Grèce et Rome en fournissent également des exemples. Un certain degré de parenté avec le dieu est d'abord exigé de ceux qui veulent être admis au sacrifice*. Aussi l'étranger en est-il généralement exclu' ; à plus forte raison, les courtisanes, les esclaves S souvent les femmes ^ De plus, la pureté momentanée est requise ^ L'approche de la divinité est redoutable à qui n*est pas pur;' lorsque lahwe va paraître sur le Sinaï, le peuple doit laver ses vêtements et rester chaste ^ De môme, le sacrifice est précédé d'une purification plus ou moins longue*. Elle consiste principalement en aspersions d'eau lustrale et en ablutions'^; quelquefois, le sacrifiant doit jeûner " et se purger ". Il doit revêtir des vêtements propres '^ ou même des vêtements spéciaux ** qui lui
{ï)Çat. Br. 1, 1,1, 1 sqq.
(2) Somb. IX, U;XV, 13-15, 29.— Cf. Paus. 11,27, 1 ; Eur. El. 795; C. /. ^.H, 582,583.
(3) Les incirconcis ne peuvent paraître aux cérêuionies du culte. Ezéch. XLIV. 7. Cf. Ex. XII, 43, 45, 48; Lév. XXII, 10, 12, 13. — Hérod. VI, 6.
— Dittenb. Syllog. 358, cf. 373, 26. — Dans l'Inde classique et même védique, seuls les membres des trois castes supérieures ont le droit de sacrifier.
(4) Athénée, IV, p. 149 C; VI, p. 262 C.
(5) Dittenb. 373, 9. Fest. p. 82. Lamprid. Elagab. 6. Cat. IIR. LXXXIII dans le sacrifice à Mars Siivanus ; — Les cas d'expulsion des femmes lors des cérémonies sont fort nombreux.
(6) Lev. VU, 19-21 ; II Chroti. XXX, 17, à propos du sacrifice de la Pâque.
— Cf. C. /. G. 3562. — Cependant certaines impuretés n'écartaient pas de certains sacrifices; ex. Nomb. IX, 10. — Cf. Od. 0. 222 sqq.
(7) Ex. XIX, 22.
(S) ib. XIX, 10 sqq. Nomb. XI, 18-25. Les interdictions de rapports sexuels à l'occasion d'une cérémonie quelconque sont d'ailleurs un principe religieux presque constant.
(9) Cf. Paus. X, 32, 9. Panégyrie de Tithorea.
(10) Gen. XXXV, 2; Ex. XIX, 4; XL, 12; Lév. VIII, 6; Nomb. VlU, 7.
— Stengel. Griech. Kult. Alt. p. 97. — Marquardt. Hdb. d. Rom. AU. VI, p. 2i8, n. 7. — //. A. 313 sqq.
(11) Lév. XXlll,27, 32:jeûne du Kippour. Nomb. XXIX, 7. — Cf. le jeûne du communiant et du prôtre avant la messe catholique.
(12) Voir certains exemples in Frazer. Gold. B. 11, 76.
(13) Gen.. XXXV, 2; Ex. XXIX, 8; XL. 14; Lév. VlU, 13 (consécration d*Aaron ) Cf. Paus. II, 35, 4. Procession des Chthonia d'Hermione. — Plut. Cons. ad Apol. 33, p. 119. — L'usage de vêtements spéciaux, le barbouillage du corps ou de la figure, font partie du rituel de presque toutes les fêtes connues.
(14) Porph. V. Pyih. 17.
Bût de sainteté. Le rituel romain l'usage du voile, signe de séparaîration *. La couronne que le sacrin même temps qu'elle écartait les marquait d'un caractère sacré*. Le Iquefois sa toilette en se rasant la ites ces purifications*, lustrations, t le profane à l'acte sacré, en élimis de sa laïcité, en le retranchant de Toduisant pas à pas dans le monde
l y a des sacrifices où il n'y a pas rifiantetla victime. Mais, généraleîher des choses sacrées directement ives et trop hautes. Un intermédiaire lide est nécessaire -. C'est le prêtre, ie des dieux où il est à demi engagé valable ^ il peut l'aborder de plus ite que le laïque, taché peut-être de même temps, il évite au sacrifiant Iquefois même le profane est exclu lire et du sacrifice \ Le prêtre est
oblaiion, 1897, p. 5 sqq.
— Ménondre, Le Laboureur, v. 8 {Rev, I. — E. Samler, Rômische Sùhnriten {Phih'est. p. 117.
iicien. De Dea Syria^ 55.
iionies préparatoires {ihnhn = sanclificaîrrespondant aux pèlerinages actuels de la 'ab. Heidenthums, p. 79 sqq. Les pèlerinages lômes pratiques. (Lucien, loc. cit,) De niême emple. Jér. XLI,b. Voy. Rob. Smith, Rel, of tionnelle).
s empruntés au rituel domestique et où le at assez rares dans les religions que noua it que le sacrifice de la Pâque où l'on put, Cohen et en dehors de Jérusalem, tuer une emple, le sacrifice à Amphiaraos (Oroposj [fiant en Tabsence du prôtre (C. /. G. G. S. L], personne, s'il n'est brahmane, ne peut grand sacrifice. La présence du brahmane ire, dans le culte familier (Ilillebr. Ritual
— Nomb. VIII.
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donc, d'une part, le mandataire du sacrifiant* dont il partage l'état et dont il porte les fautes ^ Mais, d'un autre côté, il est marqué d'un sceau divin ^ Il porte le nom *, le titre ^ ou le costume * de son dieu ; il est son ministre, son incarnation même ', ou tout au moins le dépositaire de sa, puissance. Il est ragent visible de la consécration dans le sacrifice ; en somme, il est sur le seuil du monde sacré et du monde profane et il les représente simultanément. Ils se rejoignent en lui. Par suite de ce caractère religieux, on pourrait croire que lui du moins peut entrer dans le sacrifice sans initiation préalable. C'est en effet ce qui se passait dans llnde. Le Brahmane arrivait avec sa nature presque divine; il n'avait donc pas besoin d'une consécration spéciale, sauf dans des circonstances extraordinaires * ; car il y a des rites qui exigent du sacrificateur, comme du sacrifiant, une préparation préalable. Elle diffère seulement de celle que nous avons décrite à propos du laïque en ce qu'elle est généralement
(1) II Chron. XXX, 17. Les Lévites sacrifient la Pàque pour les impurs. — En l'absence du sacrifiant hindou, on pouvait accomplir pour lui certains rites essentiels (Hillebrandt, Neu-und VoUmondsopfeVy p. 146, n* 7).
(2) Ex. XXVUI, 38. ^Nomb. XMII, 1,2, 3.
(3) Ces deux caractères sont bien marqués en ce qui concerne le brsUimane. D'une part il est tellement le délégué du sacrifiant qu'il devient le maître de sa vie (voy. Sylv. Lévi, Doctrine du sacrifice dans les Brâhmanas, p. 12). D'autre part, il est tellement le délégué des dieux qu on le traite souvent comme tel, lorsqu'on l'invite au sacrifice, lorsqu'il reçoit sa part sacerdotale (voy. plus bas p. 82, n. 6). Sur le caractère du Brahmane dans le rituel, voy. Weber. Ind. Siud, X, p. 135. Cf. Çat, Bt\ 1, 7, 1, 5 où les brahmanes sont appelés dieux humains.
(4) Culte d'Attiset de Cybéle, voy. Frazer, Gold. B. I, p. 300. — Paus. VIII, 13, 1. Cf. Frazer, Pausanias, t. IV, p. 223; t. V, p. 261. — Back, De Grœcorum cœrimoniis in quitus homines deorum vice fungebanlur. (Berl. 1883).
(5) Paus. VI, 20, i.
(6) Paus. VIII, 15, 3. (Culte de Déméter à Phénée en Arcadie). — Polyaen. VIll, 59. (Culte d'Athèné àPelléne). —V. Samter, Romische SUhnriten, die Trabea [Philologus^ 1897, LVI, p. 393) pour le vêtement du prêtre romain. Pourtant, selon Macrobe III, 6, 17, on sacrifie la tète voilée à Y Ara Maxima, • ne quis in œde dei habitum ejus imitetur -.
(7) Cf. Frazer, Gold. B. 1, p. 286, 388, 343, 368, 370. II, p. 2, 27. — Hôfler, Corr. Bl. d. deut, Gesell. f. Anlhr. 1896, 5.
(8) Au cas où le brahmane était lui-même sacrifiant, et au cas d'un sattra, session rituelle, grand sacrifice où les prêtres étaient soumis à la diksâ en môme temps que le sacrifiant, roi ou grand homme. — Dans tous les autres cas, il n'y a de prescrites pour le brahmane que de petites lustrations : se rincer la bouche, se laver les mains, etc. Ce rite était toujours obligatoire quand on avait fait mention de puissances mauvaises {Çau" khâyana-grhya-sûtra I, 10, 9 ; Kdty. çr, «û. I, 10, 14).
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54 l'aknée sociologique. 4898
moins complexe. Comité le prêtre est naturellement plus proche du monde sacré, des opérations plus simples suffisent pour Ty faire entrer tout entier.
Chez les Hébreux, bien que le prêtre fût ordonné, il avait besoin, pour pouvoir sacrifier, de prendre quelques précautions supplémentaires. Il devait se laver avant d'entrer dans le sanctuaire' ; il devait, avant la cérémonie, s'abstenir de vin et de boissons fermentées ^ Il revêtait des vêtements de lin' qu'il quittait aussitôt après le sacrifice *. Il les déposait dans un endroit consacré ; car ils étaient déjà par euxmêmes une chose sainte et redoutable dont le contact était dangereux aux profanes ^ Le prêtre lui-même, dans son commerce, pourtant habituel, avec le divin, était sans cesse menacé de la mort surnaturelle^ qui avait frappé les deux fils d'Aaron^, ceux d*Héli' ou les prêtres de la famille de Baithos®. En augmentant sa sainteté personnelle '^, il se facilitait l'abord difficile du sanctuaire, il se donnait des sauvegardes.
Mais il ne se sanctifiait pas seulement pour lui-même ; il se sanctifiait aussi pour la personne ou pour la société au nom de laquelle il agissait. Il devait même prendre d'autant plus de précautions qu'il exposait, en même temps que lui-même, ceux dont il était le substitut. C'est ce qui était particulièrement marqué à la fête du Grand Pardon ". En ce jour, en
(1) Ex, XXX, 20,21. Cf. Rawlinson, W, A, /. 23, 1, i5 pour les mains. Le lavage des mains du prêtre et des fidèles est en usage dans la synagogue comme dans le rituel catholique.
(2) Uv. X, 9. — Ezech, XLIV, 21. — Jos. Ant. 3, 12, 2; Bell. Jud. 5, 5, 7. — Phil. De Ebr. p. 377 sqq. M.
(3} Uv. VI, 3; XVÏ. 4, 32. — Cf. Ex, XXVIII, 40, 42.
(4) Lév, VI, 4; XVI, 23. - Ezech. XLIV, i9.
(5) Ex, XXVlII, 35. —Ezech. XLII, 1M4 (le texte des LXX est préférable).
(6) Ex, XXVIII, 43 ; XXX. 20, 21.
(7) Lev, X, 1 sqq.
(8)lSûm. IV, 11.
(9) Voy. le récit légendaire in Gem. ad Ta/m./. Traité Voma, 1,1,5 (Schwab, trad.) qui dit qu'un grand prêtre qui ferait une hérésie rituelle au jour du Kippour, mourrait sur-le-champ, que des vers sortiraient alors de son nez, un sabot de pied de veau de son front, comme il était arrivé aux prêtres de la famille de Baithos.
(10) Cf. Tossifla Soukka, III, 16.
(11) Nous nous servons de la Mischnâ et duTalmud de Jérusalem (nous renvoyons pour plus de commodité à la trad. Schwab), Traité Yoma, ch. 11,111, Schwab, Y, p. 155. V.âce sujet : J. Derenbourg, Essai de RestHutxon . ile Vancienne i*édaction de Massechet Kippourim, Rev. Etudes Juives, VI. 41. — Houtsma, Over de Isvaelilische Vastendagen, Versl. Med. d. k. AK. v. Wet. Afdeel. Letterk. 1897. Amsterdam.
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H. IIUDEBT ET M. MAUSS. — ESSAI SUR LE SACniFICE 55
effet, le grand-prêtre représente le peuple dlsraël. Il pardonne à la fois pour lui et pour Israël, pour lui et sa famille avec le taureau, pour Israël avec les deux boucs *. C est à la suite de cette expiation qu'il pénètre, faisant fumer l'encens, derrière le voile du Saint des Saints* où il trouve Dieu dans le nuage. D'aussi graves fonctions nécessitaient des préparations toutes spéciales, en rapport avec le rôle quasi divin que le prêtre remplissait. Les rites ressemblent, toutes proportions gardées, à ceux de la dîkçà dont nous parlions tout à l'heure. Sept jours avant la fête, le grand prêtre s'isole de sa famille % il se tient dans la cellule des ;>aré(/n (des assesseurs) ^ Comme le sacrifiant hindou, il est l'objet de toutes sortes de soins. La veille, on l'entoure de vieillards qui lui lisent la section de la Bible où est exposé le rituel du Kippour. On ne lui donne que peu à manger ; après quoi, on le conduit dans une chambre spéciale ^ où on le laisse après lui avoir fait jurer de ne rien changer aux rites. « Puis, en pleurant, lui et eux, ils se séparaient •. » Toute la nuit, il doit veiller^, car le sommeil est un moment pendant lequel des souillures involontaires peuvent être contractées*. Ainsi tout le rituel pontifical tend vers le même but : donner au
(1) Lév, XVI.
(2) Ib. 2.
(3) Talm. J. Yoma (Schwab, p. lOI). A l'occasion du Kippour, on renforçait la pureté sacerdotale et on en arrivait à Tisolement absolu.
(4) Pendant ces sept jours le grand prêtre fait le service en grand costume pontifical, lequel avait, on le sait, des vertus particulières. Ex, XXVIII.
(5) La cellule de Belh-Abdinos .
(6) Ib, I, 5. Mischnâ, La Gemara (ad. loc.) donne plusieurs explications de ce rite incompris. L'une d'elles semble indiquer ce qui a pu en être le vrai sens : les vieillards pleurent parce qu'ils sont forcés d'abandonner, ainsi isolé, le pontife dont la vie est à la fois si précieuse et si fragile.
(7) Pour cela, ou bien il fait lui-même de l'exégèse biblique, ou il écoute des docteurs, ou on lui lit des passages bibliques. La prescription dé s'occuper pendant la veille du sacrifice de choses sacrées, d'en parler, et de ne parler que d'elles est aussi une prescription du sacrifice Hindou ; c'est encore une prescription sabbatique, en général des fêtes dans la plupart des rituels connus. Les vigiles chrétiennes, d'abord spécialement pascales, puis multipliées, sont peut-être limitation des doctes entretiens du soir de la Pàque juive.
(8) Des pertes séminales, telle est l'explication, juste mais partielle, que donne notre texte. En effet, il faut se rappeler que le sommeil est très généralement considéré comme un état dangereux ; car l'âme est alors mobile, hors du corps, et peut n'y pas rentrer. Or la mort du grand prêtre serait une calamité. On la prévient en l'obligeant à veiller. — Le sommeil est de même un état dangereux pour le dik^ita hindou qui dort à l'abri d'Agni, auprès du feu, dans une position spéciale (cf. T, S. 6, 1, 4, 5. 6).
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ificatioû extraordinaire* qui lui per-
derrière le propitiatoire et de sup-
hés qui seront accumulés sur sa tète.
nts. — Il ne suffît pas que le sacrifiant ifîés pour que le sacrifice proprement lelui-ci ne peut avoir lieu ni en tout us les moments du jour ou de Tannée ropices aux sacrifices ; il en est môme ie, par exemple, il était interdit le 7, Suivant la nature et l'objet de la céréibration différait. Tantôt il devait être 1 contraire, le soir et la nuit*, ui-même doit être sacré ;..en dehors lation n'est qu'un meurtre *. Quand un temple * ou dans un eiidroit déjà consécrations préalables sont inutiles lites. C'est le cas du sacrifice hébreu rituel du Pentateuque. Il se célébrait [ue, consacré à l'avance ^ choisi par ►ar sa présence ®. Aussi les textes qui contiennent-ils aucune disposition
j8, cî.Misch. ih. 111.3).
de Elul. Rawlinson VV. A. I, IV, pi. 32, 3.
aractev of Ihe lïebrew Sabbat h, (V. compte
sacrifices aux dieux célestes), fices aux dieux chthoDiens). — Paus. II, 24, AîipaStwTT^;. Voy. plus bas p. 94 pour le sa- — La fixation de l'heure, du jour, auquel doit ies points les mieux précisés par les rituels tellatîon sous laquelle on sacrifie n'est pas
e nous ne voulons poser aucune antériorité ante, sur le lieu consacré pour une occasion complètement la question.
ombres, VIII, 15 sq*]. — II Sam. VI, 17. — e qui concerne la défense de sacrifier ailleurs ni, 3-4. Deut. XII, 5 sqq. ; XIV, 23; XV, 20; e cette défense est de date récente. Voy. Il qu'il ait toujours subsisté en Palestine de Megilla, I, 11, 12. {Talm. /., Schwab, p. 220, ?baliim, 11 C a.
U\, 5, etc.
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relative à la sanctification répétée du lieu du sacrifice. Encore fallait-il entretenir la pureté et la sainteté du temple et du sanctuaire : des sacrifices journaliers * et une cérémonie expiatoire annuelle répondaient à ce besoin ^
Chez les Hindous, il n*y avait pas de temple. Chacun pouvait se choisir le lieu qu'il voulait pour sacrifier ^: mais ce lieu devait être au préalable consacré au moyen d'un certain nombre de rites dont le plus essentiel est celui qui consistait à établir les feux^ Nous ne le décrirons pas dans le détail. Les cérémonies complexes qui le constituent ont pour objet de créer un feu dans lequel il n'entre que des éléments purs, déjà consacrés à Agni *. Même Tun de ces feux est allumé par friction, afin qu'il soit entièrement neuf ^. Dans ces conditions, il a une vertu magique qui écarte les mauvais génies, les maléfices et les démons. Le feu est tueur de démons \ Ce n'est même pas assez dire : il est dieu, il est Agni sous sa forme complète ^ De même, d'après certaines légendes bibliques également, le feu du sacrifice n'est autre que la
(1) Ejc, XXIX, 38. — Cf. Porph. de Absl. I, 25 etc. Sur la perpétuité du feu de Fautel, et la façon dont la destinée d'Israël est liée à celle du Temple. Voy. surtout Daniel, IX, 27, VIII. li-15, XI, 31 etc. Ceci est devenu un thème légendaire de la littérature juive.
(2) Ex. XXX, 10. — Ezech, XLV, 14.
|<) Pourvu qu'il fût propice et déclaré « sacrificiel » {yajniya) par les Brahmanes.
(4) Sur l'établissement des feux. V. Hillebr. Rit. Lille, § 59. — Koulikovski. Les trois feux sacrés du Rig-Veda (Rev, de Vliisl. des Rel. XX. p. 151 sqq. ne traite que de la répartition des feux). — Weber Ind. St. IX, p. 216. — Eggel. ad Cal. Br. {S. B. E. XII, 247 sqq).
(5) Les matières avec lesquelles et sur lesquelles il est allumé, préparé, (les âaqibharas) correspondent toutes à un mythe fort Important {T, B. 1, I, 3 et 5. cf. Ç. B. 2, 1, 4). Ce sont des choses dans lesquelles parait résider quelque chose d'igné, de particulièrement vivant. Tellement vivants môme, que la légende voit en certaines d'entre elles les formes primitives du monde. Cette création du feu symbolise la création du monde.
(6) Le feu est toujours créé par friction : lors de la position des feux, lors du sacrifice animal, lors du sacrifice du soma V. Schwab, Thiei^op. ^ 47, p. 77 sqq. Weber, Ind. SI. I, 197, n. 3. A. Kuhn, Ilerabkunfl des Feiters und des Gôllerlranks, p. 70 sqq. Autour de cette création du feudieu, les Brahmanes ont, dés le Rg Veda, mêlé des conceptions panthéistiques. Car seul le feu du sacrifice est excellent, seul il est l'Agni complet, contient « les trois corps d'Agni », son essence terrestre (le feu domestique), atmosphérique (éclair), céleste (soleil), il contient tout ce qu'il y a d'animé, de chaud, d'igné dans le monde. {T. B. 1, 2, 1, 3. 4).
(7) C'est même l'une des épithètes les plus anciennes d'Agni. V. Bergaigne, Rel. Véd. II, p. 217.
(8) Voy. note 6.
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" *Qité elle-même qui dévore la victime ou, pour parler exactement, il est le signe de la consécration qui Teme K Ce qu*a en lui de divin le feu du sacrifice hindou 3mmunique donc à la place sacrificielle et la consacre '. emplacement consistait en un espace rectangulaire assez e, appelé Vihâra ^
l'intérieur de cet espace s'en trouve un autre, appelé , dont le caractère sacré est encore plus marqué; c'est ce correspond à l'autel. La redi occupe donc une situation ►re plus centrale que les feux. Ceux-ci, en effet, contraient à ce qui se pas^e dans la plupart des autres cultes, ont pas sur Tautel lui-même, mais Tentourent*. Les cons de la vedi sont soigneusement dessinés sur le sol °; pour
Lév. X, 2. — Juffes, Vf, il, sqq., sacrifice de Gédéon; XIII, 19 sqq. )ah; I R. XVIII, 38, Elle. — I Chron. XXI, 26 etc. La préparation eux tient une grande place dans les autres rituels. Sur la nécessité feu pur, cf. Lév. X, 1 ; — sur le renouvellement des feux au que : Sahagun, Ilislona de las cosas de Nova Espana II, p. i8. — ero, Mexico à través de los SigloSy I, p. 77; — à Lemnos : Philostrate, \ca, XIX, 14; — B. corr, HelL XVIII, 87 et 92 ; — en Irlande, Ber- I, Religion des Gaulois, p. i06. — Cf. Frazer, Golden Bovgh, II, p. 76, H. — Frazer, Pausanias, t. II, p. 392 ; t. V, p. 521. — Relig. Indopéennes, Y. Knauer in Festgruss à Roth, p. 64. Elle devient le • devayajana », la place du sacrifice aux dieux. Il voir dans les Brâhmanas les spéculations mystiques sur ce point. Le ayajana » est le seul terrain ferme de la terre. Celle-ci n'est môme le pour servir de lieu de sacrifice aux dieux. Cette place est encore •int d'appui des dieux, leur citadelle, c'est de là que , prenant leur {devâyatana), ils sont montés au ciel. C'est encore le centre du ciel I la terre, le nombril de la terre. — Quelques folles que paraissent îlles expressions, rappelons-nous que pour les Juifs le temple était le •e de la terre ; de même pour les Romains, Rome ; et sur les cartes du în âge Jérusalem était le nombril du monde. Ces idées ne sont pas in de nous. Le centre religieux de la vie coïncide avec le centre du le.
Le nom est même devenu celui des cloîtres bouddhiques. — Nous ne ons suivre ni le détail, ni l'ordre rigoureux des rites du sacrifice lal hindou. Ainsi la cérémonie de l'allumage du feu est proclamée par école au moins (Kât. YI, 3, 26) indissoluble des cérémonies d'inlroon de la victime.
Yoir des plans du terrain dans Hilleb. N. V. 0. p. 191 et Eggel. . E. XXIII, fin.
Elle est exactement mesurée, et prend les formes les plus diverses 1 les sacrifices (Y. Hilleb. iV. V, 0. p. 47 sqq., p. 176. sqq.; Schwab, •*., p. 13 sqq. — Thibaut, Baudhayana Çulbaparibhâsa sûlra (in lit. Benarès, IX. 1875). Dans le cas de notre sacrifice animal, il y a deux une qui est à peu près la vedi ordinaire que nous décrivons dans xle, et l'autre qui est surélevée (voy. Schwab, p. 14, 21), sur laquelle in feu, qui est l'un des feux du sacrifice (Âp. Yll, 7, 3, Y. Schwab 1). Toutes proportions gardées elles se construisent ou se creusent L môme façon.
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cela, on prend une pelle (ou, dans d'autres cas, le sabre de bois magique) et on effleure légèrement la terre en disant : « Le méchant est tué* ». Toute impureté est ainsi détruite; le cercle magique est tracé, la place est consacrée. Dans les limites ainsi marquées, on creuse le terrain et on le nivelle : c'est le trou ainsi formé. qui constitue Tautel. Après une lustration, à la fois expiatoire et purificatoire, on recouvre le fond du trou de difiérentes sortes de gazons. C'est sur ce gazon que viennent s'asseoir les dieux auxquels s'adresse le sacrifice ; c'est là que, invisibles et présents, ils assistent à la cérémonie*. Nous n'insisterons pas sur les divers instruments ^ qui sont déposés sur l'autel* après avoir été ou fabriqués séance tenante ou attentivement purifiés. Mais il en est un qui doit retenir notre attention ; car il fait, à vrai dire, partie de l'autel ^; c'est le yûpa, le poteau auquel va être liée la bête. Ce n'est pas une matière brute ; mais l'arbre avec lequel il a été fait avait déjà par lui-même une nature divine •, que des onctions et des libations ont encore renforcée ^ Il occupe, lui
(1) T. S. 1, 1, 9, 1, 9). Les mantras expriment que les mauvais sorts sont écartés, que les dieux protègent de tous côtés la vedi. Ceux qui accompagnent l'élévation de Yitttarâ vedi expriment plutôt la seconde idée (r. S. 1,2, 12, 2), surtout ceux qui accompagnent la lustration de l'autel construit.
(2) Dès le 1\g veda^ les dieux portent l'épithèse • barhisadas » ceux qui s'asseoient sur la jonchée du sacrifice. (Voy. Grassmann. Wort. ad verbum). Cf. n. V. Il, 3, 4; V, 31, 12; VI, 1, 10, etc.
(3) Voy. Schwab, op, cU.y p. 11, 47). D'ordinaire les ustensiles sacrés d'un temple ne doivent pas sortir 4e ce temple. Ainsi, à Jérusalem, les couteaux étaient enfermés dans une cellule spéciale, celle des l^alifoth. Voy. Talm.J. Soucca, V,8. Gem. Schwab, VI, p. 51 . Middoth, IV, 7. Gem. ; Yoma, III, 8). — Certains sacrifices exigent une vaisselle spéciale et neuve. Ainsi le sacrifice domestique de la Pàque ; de même en Grèce, voy. Paton, Co*, 38, 25 ; 39, 6. — Cf. Frazer, Gold. B., t. II, p. 107.
(4) Voy. Schwab, p. 44, pour l'énumération de ces instruments. Àp. ci\ su. VII, 8. — Pour la purification voy. Schwab, n** 35.
(5) Ap. çr. su. VU, 9-6. Il est planté de telle façon qu'une moitié en soit dans la limite de la vedi^ une autre moitié en dehors.
(6) On recherche l'arbre d'essence déterminée [T. -S. 6, 3, 3, 4. Àp.çr. su, VII, 1, 16. 17. Voy. Schwab, p. âsqqj.On l'adore et le propitie (/ip. çr, su. VII, 2, 1), on l'oint; on le coupe avec précautions; on oint et on incante la souche. Toutes cérémonies qui marquent bien, comme Ta vu M. 01denb., un cas d'ancien culte de la végétation. {Rel. d. Ved. p. 256), M. Old. rapproche encore (p. 90) ce poteau, dune part des poteaux sacrificiels en général, et en particulier de Vashera sémitique, plantée, elle aussi, sur l'autel (Voy. Rob. Smith, Rel. of Sem., p. 187, n" 1). — Les deux rapprochements sont en partie fondés.
(7) Ap. çr. su, VU, 10. 1 sqq. Pour le sens du rite (T. S. 6, 3, 4, 2. 3). Le rite tout entier est certainement ancien. Pendant qu'on oint le yùpa
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aussi, une situation éminente, car c'est là que se tiendra le plus important de tous les personnages visibles qui prendront part à la cérémonie*, la victime. Aussi les Brâhmanas le représentent ils comme un des points où viennent converger et se concentrer toutes les forces religieuses qui sont en jeu dans le sacrifice. Par sa tige élancée, il rappelle la manière dont les dieux sont montés au ciel* ; par sa partie supérieure, il donne pouvoir sur les choses célestes, par sa partie médiane, sur les choses de l'atmosphère, par sa partie inférieure, sur celles de la terre'. Mais, en môme temps, il représente le sacrifiant; c'est la taille du sacrifiant, qui détermine ses dimensions*. Quand on l'oint, on oint le sacrifiant ; quand on raffermit, c'est le sacrifiant qu'on affermit ^ En lui s'opère, d'une manière plus marquée que dans le prêtre, cette communication, cette fusion des dieux et du sacrifiant, qui deviendra plus complète encore dans la victime*.
La mise en scène est maintenant réglée. Les acteurs sont prêts. L'entrée de la victime va commencer la pièce. Mais avant de l'introduire, il nous faut noter un caractère essentiel du sacrifice : c'est la parfaite continuité qu'il est requis d'avoir. A partir du moment où il est commencé% il doit se pour-
ot qu'on renfonce et le dresse, ce sont des mantras du Rg veda qu'on rérite (le hotar. //pr. çr. su. 3, 1,8). — Les mantras sont dans l'ordre sui- V6uit : I, 36, 13, 14. 111, 8, 13, 2, 5, 4 (Hymne âpri) au cas où il y a plusieurs bêtes sacrifiées et plusieurs poteaux, lll, 8, 6, 11. Le môme rituel est prescrit. Ait. Br, 6, 2, 17, 23, qui commente les vers du Rg veda. Cet hymne exprime déjà les diverses fonctions du yûpa, qui tue les démons, protège les hommes, symbolise la vie, porte l'offrande aux dieux, étaie le ciel et la terre. Cf. T. S. 6, 3, 4, I. 3.
(I) Le sacrifiant reste lui aussi, un certain temps, tenant le yûpa. {Ap. çr. su. 7, 11,5. Selon certains sùtras, la femme et l'officiant y restent aussi. La tradition des Apastambins paraît meilleure). En tous cas c'est le sacrifiant qui fait une partie des onctions, et passe sa main tout le long du poteau. Tous ces rites ont pour but d'identifier le sacrifiant au poteau, et à la victime dont on lui fait prendre pendant un certain temps la place.
(2j Ait. Br. 6, 1, 1 ; cf. Çat. Br. 1, 6, 2, 1, etc.
(3) T. S. 6, 3, i, 3. 4. — Cf. T. S. 6, 3, 4, 7; Ç. B. 3, 7, I, 2, 5.
(4) Il a la taille du sacrifiant quand celui-ci est soit sur un char, soit debout et les bras levés {T. S. 6, 3, 4, 1. Àp. pr. su. Vil, 2, 11 sqq.)
(6) Nous supposons que ce qui est vrai de la vedi et du yiipa. l'est, en général, des autels, bétyles. et pierres levées sur lesquelles ou au pied desquelles on sacrifie. L'autel est le signe de l'alliance des hommes et des dieux. D'un bout à l'autre du sacrifice le profane s'unit au Divin.
(7) De là la prière dite au commencement de tout sacrifice, par le sacrifiant - puissé-je m'égaler à ce rite • Ç. B. 1, 1, 1, 7. De là surtout la méta-
suivre jusqu'au bout sans interruption et dans l'ordre rituel. Il faut que toutes les opérations dont il est composé se succèdent sans lacune et soient à leur place. Les forces qui sont en action, si elles ne se dirigent pas exactement dans le sens prescrit, échappent au sacrifiant et au prêtre et se retournent contre eux, terribles*. Cette continuité extérieure des rites n'est même pas suffisante'. Il faut encore une sorte de constance égale dans l'état d'esprit où se trouvent le sacrifiant et le sacrificateur touchant les dieux, la victime, le vœu dont on demande l'exécution ^ Ils doivent avoir dans le résultat automatique du sacrifice une confiance que rien ne démente. En somme, il s'agit d'accomplir un acte religieux dans une pensée religieuse ; il faut que l'attitude interne corresponde à l'attitude externe ^ On voit comment, dès le principe, le sacrifice a exigé un credo {çraddhâ équivaut à credOy tnôme phonétiquement) ; comment l'acte a entraîné à sa suite la foi^
phore courante dans les textes sanscrits qui compare le sacrifice à une toile que l'on tisse et que l'on tend. H. V. X. 130 ; Bergaigne et Henry. Manuel pour étudier le sanscnl védique^ p. 123, n. ; S. Lévi, Doctr., p. 79, p. 80, n. 1.
(i) S. Lév., ib. 23 sqq. Toute faute rituelle est une coupure dans la toile du sacrifice. Par cette coupure les forces magiques s'échappent et font mourir, ou affolent, ou ruinent le sacrifiant. — Nous n'avons pas besoin de rappeler les cas fameux racontés par la Bible, d'hérésies rituelles terriblement punies; les fils d'Héli, la lèpre du roi Osias, etc. — C'est qu'en général, il est dangereux de manier les choses sacrées : par exemple, il faut avoir soin, dans l'Inde védique, que le sacrifiant ne touche pas la vedi (Ç. B. 1, 2, 5, 4), de ne toucher personne avec le sabre de bois magique, etc.
(2j Les expiations rituelles ont précisément pour but d'isoler les cfifets des fautes qui sont commises au cours du rite (Voy. plus haut). Cf : Serv. ad Aen IV, 696. Et. sciendum si quid capHmoniis non fuerit observatum, piaculum admitti. — Amob. IV, 31. — Cic. d. har. resp. XI, 23. — De même, le frontal du grand-prêtre à Jérusalem expiait toutes les fautes légères commises au cours du rite.; Ex. XXVIII, 38. Cf. Talm, J, Yoma II, i (Schwab, V, p. 176).
(3) loi nous avons un curieux parallèle à établir avec les théories du rituel judaïque. Un agneau consacré au sacrifice pascal ne pouvait être changé. {Talm. Mischnâ. Peaachim^ IX, 6) ; de même une bête désignée pour un sacrifice doit être sacrifiée, même si la personne meurt pour qui le sacrifice devait être fait, (ib. Haggigha I, 1 gem. fin. Schwab, VI, p. 261). Pour la même raison on faisait passer devant le grand-prêtre, la veille du Kip. pour, toutes les bêtes qu'il devait égorger le lendemain, afin qu'il ne fît pas de confusion entre les diverses victimes.
(4) On sait que l'attitude ordinairement recommandée est le silence. Voy. plus loin, p. 69. Cf. Marq. op, cit. VI, p. 178.
(.5) V. S. Lévi, Doctr.y^. 112 sqq.
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La victime.
Nous disions tout à l'heure que la coostruction de Tautel, dans le rite hindou, consiste à décrire sur le sol un cercle magique. En réalité, toutes les opérations que nous venons de passer en revue ont le même objel. Elles consistent à tracer comme une série de cercles magiques concentriques, intérieurs à l'espace sacré. Sur le cercle extérieur se tient le sacrifiant; puis, viennent successivement le prêtre, l'autel et le poteau. A la périphérie, chez le laïque dans l'intérêt duquel le sacrifice a lieu, la religiosité est faible, miuima. Elle va en croissant à mesure que l'espace, dans lequel elle se développe, va lui-même en se resserrant. Toute la vie du milieu sacrificiel s'organise ainsi et se concentre autour d'un même foyer; tout converge vers la victime qui va maintenant apparaître. Tout est prêt pour la recevoir. On l'amène.
Parfois, elle était sacrée du fait même de sa naissance ; l'espèce à laquelle elle appartenait était unie à la divinité par des liens spéciaux*. Ayant ainsi un caractère divin congénital, elle n'avait pas besoin de l'acquérir spécialement pour la circonstance. Mais, le plus généralement, des rites déterminés étaient nécessaires pour la mettre dans l'état religieux qu'exigeait le rôle auquel elle était destinée. Dans certains cas, où elle avait été désignée longtemps à l'avance, ces cérémonies avaient eu lieu avant qu'elle ne fût amenée sur le lieu du sacrifice ^ Mais, souvent, elle n'avait encore rien de sacré à
(1) Ces cas comprennent ceux où les victinies sont ou ont été des êtres totémiques Mais il n'est pas nécessaire, logiquement, que des animaux sacrés, par exemple, aient eu toujours ce caractère (V. Mariilier, Rev, de l'Hist.desRel. 1898, 1, p. 230-231; Frazer, Gold. B. 11, p. 135-138) comme le soutient, par exemple, M. Jevons {Inlrod. lo the îlisl, of. Relig. p. 55). Cette théorie est en partie soutenue par Rob. Smith, Kinship.y p. 308 sqq. et Rel. Sem, 357 sqq. — La vérité est, que d'une façon ou d'une autre, il y a une relation définie entre le dieu et sa victime, que celle-ci arrive souvent au sacriQce déjà consacrée : ex. : Stenpel, op. ct7.,p. 107 sqq. — Marquardt, op. cit., p. 172. — Bidt. Corr. Uell. 1889, p. 169. Schot. Apoll. Rhod. II, 549 (sacrifice de colombes). — Ilamsay, Ci/i>5 aiic? Bishopries of Phrygia, I, p. 138. — Paus. 111, 14, 9 et Frazer ad toc. — Plut. Qu. Rom, 111. — Ath. VllI, p. 346, d. (sacrifice du poisson à Hierapolis), etc. — Dans d'autres cas, le dieu refusait certaines victimes. Ex. Paus. X, 32,8. — Hérod. IV, 63; Paus. II, 10-4,— Jahwe n'admit jamais que les quatre espèces d'animaux purs : ovines, bovines, caprines, et les colombes.
(2) C'est encore un cas très général : ainsi le cheval de Vaçvamedfui était soigné, adoré, pendant de longs mois (V. Ilillebr. Nalionalopfer in
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H. HCBEUT ET M. MAUSS. — ESSAI SLR LE SACRIFICE 63
ce moment. Elle était seulement tenue de remplir certaines conditions qui la rendaient apte à recevoir la consécration. Elle devait être sans défaut, sans maladie, sans infirmité'. Elle devait avoir telle ccîuleur', tel âge, tel sexe, suivant les effets que Ton devait produire^. Mais pour faire passer à l'acte cette aptitude générale, pour l'élever au degré requis de religiosité, il fallait la soumettre à tout un ensemble de cérémonies.
Dans certains pays, on la parait*, on la peignait, on la blanchissait, comme le bos cretatus des sacrifices romains. On lui dorait les cornes% on lui mettait une couronne, on la décorait de bandelettes^ Ces ornements lui communiquaient un caractère religieux. Parfois même, le costume qu'on lui metlait la rapprochait du dieu qui présidait au sacrifice : tel était l'objet des déguisements employés dans les sacrifices agraires dont nous n'avons plus que des survivances ^ La demi-consécration qu'on lui conférait ainsi pouvait, d'ailleurs, être obtenue d'une autre façon. Au Mexique % à Rhodes ^ on enivrait la victime. Cette ivresse était un signe de possession. L'esprit divin envahissait déjà la victime.
Mais le rituel hindou va nous permettre de mieux suivre
Ait-Indien ia Festgruss à Bohtlingk, p. 40 sqq.).; de môme la menah des Khonds, l'ours des Aïnos, etc., tous cas bien connus.
(1) Ceci est une prescription védique, aussi bien que biblique, peut-être générale. Voy. en ce qui concerne le sacrifice animal hindou : Sch«vab, op. cil., p. XVlll; Zimmer, AUindischesLeben, p. 131. Kdty. çr. su. 6, 3, 22 et paddh. Àp. çr. su. VII, 12, 1 et couim. T. S, 5, 1, i. En ce qui concerne les victimes du temple, voy. Ex. XII, 5, Lév. XXII, 19 sqq. ; Deul. X, 21 ; XVII, 1 ; Malachie. I, 6-14, etc. - Cf. Stengel. ib. p. 107.
(2) Ainsi le cheval de Xaçvamedha devait être rouge (il portait le nom de Rohila rouge et était un symbole du soleil, Voy. Henry, Les Ilytw ■ « - Rohila de VAtharva-Veda (Paris 1889). Sur les victimes rouges. Voy. Fest. p. 45; Diod. I, 88; Cf. Frazer, Gold. Bough, II, o9. - Sur les vaches noires, pour produire la pluie, voy. plus bas, p. 105. — En Grèce (Stengel, f6. p. 134, n. 1), les victimes destinées aux dieux célestes étaient généralement claires ; celles qu'on offrait aux dieux chthoniens étaient toujours noires.
(3) Voy. plus bas, p. 105.
(4) Paton, Cos, 37, 22. — Stengel, ib. p. 97 sqq. — Mannhardt, W. u. F. Kultl. II, p. 108.
(5) //. K, 294; Od. L, 304. — Cf. RawlinsonW. A. I. IV, p. 22, 37 sqq. — Cf. plus bas, p. 196.
(6) Paus. X, 32, 9.
(7) Cf. Frazer, Gold. B, II, p. 145, 198, etc.
(8) Chavero, Mexico à travésdelosSiglos, p. 644.
(9) Porph. D. Absl. II, p. 154.
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64 l'année SOCIOLOGIQrE. 1898
toute la suite d'opérations au cours desquelles la victime est isivement divinisée. Après qu'on Ta baignée*, on Tin- , tandis qu'on fait différentes libations '. On lui adresse i parole en multipliant les épithètes laudatives et en 3tde se tranquilliser'. En même temps, on invoque le laître des bestiaux, pour lui demander de consentir à n se serve de sa propriété comme d'une victime*. Ces lions, ces propitiations, ces marques d'honneur ont un but. D'abord, elles accusent le caractère sacré de la î; en la qualifiant de chose excellente, de propriété ux, on la fait telle. Mais surtout, il s'agit de l'induire isser sacrifier paisiblement pour le bien des hommes, as se venger une fois morte. Ces usages, qui sont infi- , fréquents % ne signifient pas, comme on l'a dit, que I sacrifiée est toujours un ancien atiimal totémique. cation est plus prochaine. Il y a dans la victime un que le sacrifice a précisément pour objet de libérer. Il ►ne se concilier cet esprit qui, autrement, pourrait, une re, devenir dangereux; delà, ces flatteries et ces excuses )les.
, on lie la victime au poteau. A ce moment, le caractère [u'elle est en train d'acquérir est déjà tel que le brahle peut plus la toucher avec les mains, et que le sacrir lui-même hésite à s'en approcher. Il a besoin d'y ivité et encouragé par une formule spéciale que lui 3 un prêtre®. Et cependant, pour porter à ces dernières
. çr,stï.,\n, 12, 1.
K çr. su. VII, 12, 10. Les mantras de ces libations sont T. ^•. I, 4,2, urieuse, ces mantras se retrouvent A. V. H, 3i, cf. Weber, ImL [, p. 207, et ils sont employés {Kauç. tfû. 57, 20) lors de i'initiajeune brahmane. C'est qu'en fait il s'agit bien d'une sorte d'inon dans le monde religieux. — Des libations lors de la présentala victime se retrouvent assez souvent. Paton, Cos. 40, 9. — En Inscript, de Sippora, IV, 32.
S. 1, 3, 7, I ; 6, 3, G, 1, 2; Àp. çr. su. VII, 12. 6. — Cf. V. S. 6, 5. r. S. 5, 3, 9, 6. Çat. Br. 3, 7, 3, 9 sqq. Kât. çr, su. 6, 3, 19. I. ib. le dieu est dans le cas présent Prajàpati-Rudra. T. S. 3, 1, imenté par T. S. 3, 1, 4, 5. Cette invocation n'est pas pratiquée lires écoles.
irq. Rom, Alterth, VI, p. 175. —Cf. Frazer. Gold. B. II, p. 110 La chose était encore plus naturelle lorsqu'il s'agissait d'une vieimaine. (V. Serv. ad .le/i. III, 67. Cf. Eur. llevak, 550 sqq. Phoen. h. XIII, p. 602. — Chavero, Mexico, etc., p. 610. (Cf. Macpherson, f serv. in India^ etc. p. 146) et encore plus lorsqu'il s'cigit d'une dieu.
). VII, 13-8. Le mantra est T. S. 1, 3, 8, 1 commenté, 6, 3, 6, 3, dh^ra
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limites cette religiosité déjà si haute, trois séries de rites soQt nécessaires. On fait boire de Teau à la bèteS car Teau est divine; on la lustre en dessus, en dessous, partout*. Ensuite, on l'oint de beurre fondu sur la tète, sur le garrot et les deux épaules, sur la croupe et entre les deux cornes. Ces onctions correspondent à celles qui se faisaient avec de Thuile dans le sacrifice hébreu , à la cérémonie de la mola salsa à Rome, aux oîfkxi ou grains d'orge que les assistants, en Grèce, jetaient sur ranimai *. De même, on retrouve un peu partout des libations analogues à celles dont nous venons de parler. Elles avaient pour objet de produire une accumulation de sainteté sur la tète de la victime. — Enfin, après ces lustrations et ces onctions, vient, dans le rituel védique, une dernière cérémonie qui a pour effet d'enfermer la victime elle-même dans un dernier cercle magique, plus étroit et plus divin que les autres. Un prêtre prend, du feu des dieux, un brandon et, ce brandon à la main, il fait trois fois le tour de la bête. Ce tour se faisait dans Tlnde autour de toutes les victimes, avec ou sans le feu. C'était le dieu, Agni, qui entourait la bête de toutes parts, la sacrait, la séparait ^
manusa « affermis-toi, ô homme! » — Une autre tradition V. S. VI, 8. Ç. Dr, 3, 7, 4, i veut qu'on adresse la formule à la bote dhrsa manusân « affermis les hommes -. Nous croyons, contrairement à l'opinion de M. Schwab {op. et'/., p. 81, n. 2), que le texte des Taitt est plus fondé, dans la nature du rite. Les Vàjasaneins représentent, là comme ailleurs, une tradition plus épurée et rationalisée. Le rapprochement avec R. V, I, 63, 3 ne prévaut pas.
(1) Ap. VII, 13, 9 et comm. On lui dit : « tu es un buveur d'eau ». V. S. VI, 10 a. T. S. 1, 3, 8, 1). M. Ludw. ad R. V. X, 36, 8. V. IV, p. 233 pense (cf. Sày. ad Taiit. S) que le sens est : « Tu as soif d'eau <». Mais le sens que nous adoptons est celui qu'indiquent le Ç. Dr. 3, 7, 4, 6. Cf. T. S. 6, 3, 6, 4 fin, ainsi que les comm. à K. S. loc, cit. et à Kdi. 6, 3, 32. En faisant boire la bète, on la rend intérieurement pure. De môme le sacrifiant se rince la bouche avant le sacrifice.
(2) Ap.çt\sù.\U, 13-10.
(3) A. V. Fritze, 0'jXa{. Hermès, 1897, p. 255 sqq. M. Stengel pense que les oùXa{ sont le pain du repas divin. A Mégare, dans le sacrifice à Tereus^ les o\)\i{ étaient remplacés par des cailloux. Paus. I, 41. 9. Cf. Lefébure, (X'igines du Fétichisme in Mélusine, 1897, p. 151 et Folklore, 1898, p. 15. En Sicile, les compagnons d'Ulysse en sacrifiant trois bœufs du soleil se servirent de feuilles en guise d'ouXa(. Cf. Paus. 11; 9, 4. Le jet d'oùXa(peut être un moyen de communication entre le sacrifiant et la victime, ou bien encore une lustration fécondante comparable aux jets de grains sur la mariée.
(4) C'est la cérémonie du paryagnikriya de la circumambulation avec le feu. Âp. çr. su. Vil, 15, 1. Le rite est certainement de la plus haute antiquité, car le prêtre (le mailravaruna, cf. Weber. Ind. St. IX, p. 188) répète
E. DuRKHEiu. — Année sociol., 1898. 5
L'aNNKE S0CI0L0GI<i4:E. 1898
riais, tout en avauçant ainsi dans le monde des dieux, la time devait rester en relations avec les hommes. Le moyen ployé pour assurer cette communication est fourni, dans religions que nous étudions ici, par les principes de la symhie mag;ique et religieuse. Quelquefois, il y a représentaa directe, naturelle : un père est représenté par son fils Il sacrifie, etc ^ En général, un sacrifiant étant toujours tenu faire personnellement les frais, il y a, par cela même, une iréseutatiou plus ou moins complète ^ Mais, dans d*autres , cette association de la victime et du sacrifiant se réalise
un contact matériel entre le sacrifiant (parfois le prêtre) et victime. Ce contact est obtenu, dans le rituel sémitique, par iposition des mains, ailleurs, par des rites équivalents ^ ' suite de ce rapprochement, la victime, qui déjà représen-
les dieux, se trouve représenter aussi le sacrifiant. Ce 3t pas assez de dire qu'elle le représente; elle se confond
\ çr. su, lir, 2. 9 sqq.) Ihyinnc/l. V. IV, 5, 1-3 ^voy. Trad. Old. et noies , D. E. XLVl ad loc). — Le sens du rite est triple. C'est d'abord un
du feu, d*Agni,dieu prêtre des dieux, dépositaire des trésors, qui sacre irtime, la conduit vers les dieux en lui montrant le chemin (tel est le
des trois vers du /?. V. employés en cette occasion et composes spéîment pour elle) cf. Ail, Br, 6. 5. 1 et 6. 1 1, 3. La victime est ainsi divie (cf. T. S, 6. 3. 8. 2. Ç. B. 3, 8, 1, 6). C'est ensuite un simple cercle ique. On écarte les démons, qui rôdent, comme les dieux, autour de ctime. — C'est enfin un tour rituel bon, fait de gauche à droite, dans ms des dieux {Baudh. çr. su. 11, 2 cité par Caland, op. cit., plas
p. 287) qui a une vertu magique par lui-même. Sur la question des jmambulations autour des victimes, v. Simpson, The Bitddhist fing-wheel et le compte rendu riue nous en avons fait, Ann. Soc., 1897, jrtout l'exhaustive monographie de M. Caland : Een Indogermaansch ratie-Gebruik [Versl en Mededeel. d. Konink. AK. v. Wetensch. Afd. Lelunde, 4* Reeks Deel II. 1898, p. 275 s(iq. — Le rite est, en premier lieu, amental dans le rituel hindou, domestique (cf. Par. grh. su. I, 1, 2) dennel (Hilleb. .V. V. 0. p. 42. Cf. Ç. B. I. 2. 2. et 3). voy. Caland. op. n. 2 et 3, p. 300; en second lieu, à peu près général dans les populas indo-européennes (v. Caland) ; enfin fort répandu un peu partout.
I II Rois III, 27; Ezech. XVI. 3r». Cf. Genèse. XXll ; Deaf. XII. 31. Ps.
37 ; Jes. LVII, 5. — Luc. Dea Syr. 58. — Cf. Légende d'Athamas. 1er, Gr. Mytk. II, p. 312. — Cf. Basset, }sonv. Contes Berbères, 1897, I. — Cf. Iloefler, Corr. Bl. d. d. Ges. f. Anlhr. 1896, 3. — Cf. Sacrifice
membre de la famille. PorphjTC, De Abst. H, p. 27. — Cf. Légende jJunalKjepa. (S. Lévi, Doctr. p. 135.) Les exemples de cette nouvelle csentation sont particulièrement nombreux dans le sacrifice de constion. V. Sartori, Baupofer (Zeitsch. f. Ethn. 1898), p. 17. ) V. plus haut, p. 37. Ex. I, Chron. XXI, 23, suiv. histoire de David s l'aire d'Oman.
I Lév. I. 4 ; III, 2 ; IV, 2 ; XVI, 1, — Ex. XXIX, 15, 19; — Cf. Xomb. , 10; XXVll, 18, 23. — Cf. DeuL, XXIV, 9. - Ps. LXXXIX, 26. — Ty- Prim. Cuit., II, p. 3. — Cf. Rob. Smith, Rel. of Sem., p. 423.
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avec lui. Les deux personnalités fusionnent. Même ridentification devient telle, au moins dans le sacrifice hindou, que, dès maintenant, la destinée future de la victime, sa mort prochaine ont une sorte d'effet en retour sur le sacrifiant. De là résulte pour ce dernier une situation ambiguë. Il a besoin de toucher l'animal pour rester uni avec lui ; et pourtant, il a peur de le toucher, car il s'expose ainsi à partager son sort. Le rituel résout la difficulté par un moyen terme. Le sacrifiant ne touche la victime que par Tintermédiaire du prêtre qui ne la touche lui-même que par l'intermédiaire d'un des instruments du sacrifice ^ C'est ainsi que ce rapprochement du sacré et du profane, que nous avons vu se poursuivre progressivement à travers les divers éléments du sacrifice, s'achève dans la victime.
Nous voici arrivés au point culminant de la cérémonie. Tous les éléments du sacrifice sont donnés ; ils viennent d'être mis une dernière fois en contact. Mais l'opération suprême reste à accomplir*. La victime est déjà éminemment sacrée. Mais l'esprit qui est en elle, le principe divin qu'elle contient maintenant, est encore engagé dans son corps et rattaché par ce dernier lien au monde des choses profanes. La mort va l'en dégager, rendant ainsi la consécration définitive et irrévocable. C'est le moment solennel.
C'est un crime qui commence, une sorte de sacrilège. Aussi,
(1) Ap. VII, 15, 10, 11. Le mantra dit alors, T. S., 3. 1, 4, 3, exprime que «« le souffle », la Tie du sacrifiant est, comme son désir, lié à la destinée de la bête, 3, 1, 5, 1. Lécole du Yaj. Ved. Blanc ne prescrivent pas de mantra [Kât^ VI, 5, 5) et, de plus, ne fait pas célébrer d'offrandes expiatoires à ce moment, différence notable. Mais le rite de communication, ainsi que sa théorie restent les mêmes. Çal. Br., 3, 8. 1, 10. T. S. 6, 3, 8, 1. Les brahmanes discutent. « 11 faut toucher Tanimal, disent les uns; mais il est conduit à la mort, cet animal; s'il le touchait par derrière le yajamâna mourrait subitement. • D'autres disent : « 11 est conduit au ciel, cet animal, sll {le êacrifiant) ne le touchait pas par derrière, il serait séparé du cieL C'est pourquoi il faut le toucher avec les deux broches de la vapâ. Ainsi, il est comme toucha et non touché ■ (cf. 6, 3, 5, 1). Le Ç. B., explique que la communication est mystérieuse, à la fols inoffensive, et utile pour le sacriOant dont le vœu et l'âme vont au ciel avec la victime.
(â) Nous n'étudions pas la question de la « présentation » de la vicUme au dieu, et de Tinvocation qui l'accompagne le plus souvent. Nous serions entraînés à de trop longs développements, car il s'agit là des rapports du sacrihce et de la prière. Disons seulement qu'il y a : 1« des rites manuels, lier la bête au poteau (voy. plus haut, p. 64), aux cornes de l'autel {Ps, CXVllI, 27; cf. Rob. Smith, p. 322; Lév, I, 11) ; 2© des rites oraux ; invitation des dieux; hymnes aux dieux; description des qualités de la victime, définition des résultats qu'on attend. On appelle la consécration d'en haut par tous ces moyens réunis.
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pendant qu'oD amenait la victime à la place du meurtre, certains rituels prescrivaient-ils des libations et des expiations^ On s'excusait de l'acte qu*on allait accomplir, on gémissait de la mort de la bête*, on la pleurait comme un parent. On lui demandait pardon avant de la frapper. On s'adressait au reste de Tespèce à laquelle elle appartenait, comme à un vast» clan familial que Ton suppliait de ne pas venger le dommage qui allait lui être causé dans la personne d'un de ses membres^ Sous l'influence des mômes idées S il arrivait que l'auteur du meurtre était puni ; on le frappait* ou on l'exilait. A Athènes, le prêtre du sacrifice des Bouphonia s'enfuyait en jetant sa hache; tous ceux qui avaient pris part au sacrifice étaient cités au Prytaneion; ils rejetaient la faute les uns sur les
(1) Nous faisoDs allusion aux libations dites apamjâni du sacrifice animal hindou (M. Schwab, Th., p, 98, n** 1. cf. comme à T. B., 3. 8, 17, 5, rattache le mot à la racineptf, purifler). Elles ne se retrouvent que dans les écoles du yajuv veda Noir. Elles se font pendant la séparation de la bAte à Taide du tour du feu, et au moment où on la conduit à la place du meurtre {Âp, Vil, 15, 4, les mantras sont : T. S., 3, 1, 4, 1, 2 — expliqués T. S., 3, 1, 5, 1. Ils se retrouvent M. S., 1. 2, I). Les formules expriment : que les dieux s'emparent de la bote et que celle-ci va au ciel ; que cette bote représente les autres, parmi les bestiaux dont Rudra-Pajàpali est le maître ; qu'elle est agréée par les dieux et donnera la vie et la richesse en bétail ; qu'elle est la part de Rudra-Prajàpati, lequel recouvrant sa progéniture, la liant, o va cesser de lier ■ (faire mourir) les vivants, bêtes et hommes, etc.
(2) Stengel, Op. cit., p. 101. — Hérod., II, 39, 40. — A Rome Marq., op. cil. VI, p. 192. — Rob. Smith, liel. ofSem., p. 430, 431. — Frazer, Gold. B., t. ï, p. 364; t. Il, p. lOi sqq. — Peut-être faut-il rapprocher de ces pratiques le deuil de la Flaminica, lors de la fête des Argeii : PI. Qu. Rom,, 80.
(3) Ce rite, fort général, comme Ta montré M. Frazer, est remarquablement exprimé par le rituel hindou. Au moment d'étouffer, parmi les formules que le prêtre ordonnateur, le mailvavavuna , récite, celles de ïad/irffitnigada {Acv. çr. su., III. 3, 1 expliqué AU. Dr., 6, 6, 1), qui comptent parmi les plus antiques du rituel védique, se trouve la suivante : « Us nous l'ont abandonné cet être, sa mère et son père, sa sœur et son frère de même souche, et son compagnon de même race » {Àp. cr. su, VII, 25, 7 avec T. S., 3, 6, 11, 2. Voy. Schwab, p. 141, n. et Çat. Br., 3, 8, 3, 11 ; Ap. vu, 16, 7. — Cf. T. S,, 6, 3, 8, 3, et Ç. B., 3. 8, 1, 15 )
(4) Le çamilar, V • apaiseur », nom euphémistique du sacrificateur, peut être ou n'être pas un brahmane [Ap. VU, 17, 14). En tous cas, c'est un brahmane de rang inférieur, car il porte le péché d'avoir tué un être sacré, quelquefois inviolable. Il y a dans le rituel une sorte d'imprécation contre lui : • Que dans toute votre race, jamais un tel apaiseur ne fasse de telles choses », c'est-à-dire, puissiez-vous n'avoir pas de sacrificateur parmi vos parents. (Nous suivons le texte d'J(T. çr. su, lIl, 3, 1, que suit M. Schwab, op. cit., p. 105, et non pas le texte Ait. Br., 6, 7, 11).
(o) Elien, Nat, an. y XII, 31 (Tenedos). — Rob. Smith, Bel. of Sem., p. 303.
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autres; finalement, on condamnait le couteau, qui était jeté à la mer*. Les purifications que devait subir le sacrificateur après le sacrifice ressemblaient d'ailleurs à Texpiation du criminel*.
Aussi, une fois que la bète est placée dans la position prescrite et orientée dans le sens déterminé par les rites% tout le monde se tait. Dans l'Inde, les prêtres se retournent ; le sacrifiant et l'officiant se retournent* en murmurant des mautras propitiatoires *. On n*entend plus que les ordres donnés à voix simple par le prêtre au sacrificateur. Celui-ci serre alors le lien qui entoure la gorge de l'animal «, « apaise son soufïle ' », comme dit l'euphémisme employé. La victime est morte. L'esprit est parti.
Les rites du meurtre étaient extrêmement variables. Mais chaque culte exigeait qu'ils fussent scrupuleusement observés. Les modifier était généralement une hérésie funeste, punie par l'excommunication et la mort®. C'est que, par le meurtre, on dégageait une force ambiguë, ou plutôt aveugle, redoutable
(1) Porph. De Ahst. II, 29-30 ; Paus. I, 24, 4 ; 28, 10. - Mythe de l'institution des Karneia : Paus. ïll, 13, 4 ; Uzener, Rhein. Mus., 1898, p. 359 sqq. — Stengel, p. 140. — Cf. Platon, Leg., IX, p. 865.
(2) Voy. Frazer, Paus. t. IH, p. .54 sqq.
(3) On dit : « Tournez ses pieds au nord, faites aller au soleil son œil, répandez au vent son souille, à l'atmosphère sa vie, aux régions son ouïe, à la terre son corps. • Ces indications Àçv. çr. su, llI, 3, 1 , cf. Ait. Br.,
6, 6, 13 sont importantes. La tête est tournée vers l'ouest, parce que tel le chemin général des choses : celui par où va le soleil, celui que suivent les morts, par où les dieux sont montés au ciel, etc. — L'orientation des victimes est un fait fort notable. Malheureusement les renseignements, sémitiques, classiques, ethnographiques sont relativement pauvres sur la question. En Judée, les victimes étaient attachées aux cornes de l'autel, de différents côtés suivant la nature du sacrifice, et semblent avoir eu la tête tournée vers l'est. — En Grèce, les victimes aux dieux chthoniens sont sacrifiées la tête contre terre ; celles aux dieux célestes, la tête vers le ciel (voy. //. A. 459 et Schol.). Cf. les bas-reliefs représentant le sacrifice mithriaque du taureau, dans Cumont, Textes et monuments relatifs au culte de Mithra.
(4) Âp. çr. si4, VU, 17, 1. Àçv. çr. su, 111, 3, G. De même, dans la Messe catholique les fidèles s'inclinent à l'Elévation.
(5) On dit à la bête : qu'elle va au ciel, pour les siens, qu'elle ne meurt pas, qu'elle n'est pas blessée, qu'elle va dans le chemin des bons, le chemin de Savitar (le soleil), le chemin des dieux, etc. Ap. VII, 16. T. B., 3,
(G) Kdty. çr. su, VI, 15, 19. 11 importe que le corps soit intact au moment de la mort.
(7) Tel est l'ordre répété trois fois Açv, çr. su, III, 3, 1, 4.
(8) Ex. Maspero. Rev. Arch., 1871, p. 335, 336 (Stèle de Napata).
70 ' l'année SOCIOLOGlglE. 1808
par cela seul qu'elle était une force. Il fallait doue la limiter, la diriger et la dompter. Cest à quoi servaient les rites. Le plus généralement, la victime avait la nuque ou le cou tranchée La lapidation était un rite ancien qui n'apparaît plus en Judée que dans certains cas d'exécution pénale, en Grèce qu'à l'état de témoin, dans le rituel de quelques fêtes e Ailleurs, la victime était assommée^ ou pendue*. On ne pouvait entourer de trop de précautions une opération aussi grave. Le plus souvent, on voulait que la mort fût prompte ; on brusquait le passage entre la vie terrestre de la victime et sa vie divine, afin de ne pas laisser aux inOuences mauvaises le temps de vicier l'acte sacrificiel. Si les cris de l'animal passaient pour de mauvais présages, on essayait de les étouffer ou de les conjurer ^ Souvent, en vue d'éviter les déviations possibles de la consécration déchaînée, on cherchait à régler l'eflusion du sang consacré^; on veillait à ce qu'il ne tombât qu'à l'endroit propice ^ ou bien encore on s'arrangeait de manière à n'en pas répandre une ^euie goutte^ Cependant, il arrivait aussi
{{) Ce qui avait lieu dans tous les cas du rituel hébraïque [Lév 1, 5, etc.), sauf dans le sacrifice des pigeons dont la gorge était entamée avec Tongle {Lév. 1, 44, 15). — En Grèce, voy. Od., V. 449. — ApoU. Rhod. Arg., I, 429 sqq. — Soph. Aj. 296 sqq.
(2) Lapidation de PhannaMos dans les Thargélies : Eurip. Androm. 1128; Istros F. n. G., 1, p. 422. — Cf. la fôte des >.iOop*^Xtat à Trézène, Paus. II, 32. — Cf. Mannh. W. F. K., I, 419, 548. 552. — La lapidation semble avoir eu pour but de • diviser la responsabilité » entre les assistants. Jevons, Introd. Hist. Rel.^ p. 292. Victime frappée de loin, voir Suidas Poux'jTTo;. Cf. Porph. D. A(fsl., Il, 5i sqq.
(3) Dion. liai., VU, 72, p. i ih9. — Apoll. Rhod. Arg., 1, 426. — Od,, S, 425.
(4) Rob. Smith, op. cit., p. 370.
(5) Dans l'Inde védique, une série d'expiations étaient prescrites au ca» où, depuis son entrée dans le champ du sacrifice, Tanimal fait des signes sinistres (T. B., 3, 7, 8, 1, 2 v. commentaire. Voy. Schwab, Thier., p. 76, ii*46), au cas où, préparé pour Tasphyxie, Tanimal pousse un cri, ou touche son ventre avec son pied, Ap. çr. su. VU, 17, 2, 3. Cf. T. S.^ 3, 1, 5, 2, Voy. pour d'autres faits, Weber, Omina ei Porfetila, p. 377 sqq.
(0) On connaît le principe biblifjuc qui exigeait que tout sang fût consacré à Dieu, même celui des bêtes tuées à la chasse : Lét\ XVU, 10; XIX, 25 ; Deut. XII, 1€, 23, 25 ; XV, 23. — Cf. en Grèce, Od, F 455; 2 427. — Stengcl. p. 401. — llôfier. Corr. Blalt. d. D, Gesell. f. Anthrop., (1896), 5. Môme précaution à l'égard du lait, llôfler ib.
(7) En Judée, le sang recueilli dans des vases était remis au prêtre officiant, Lév. I, 5 ; IX, 12, et celui-ci en faisait l'usage rituel. — En Grèce, dans quelques sacrifices, le sang était recueilli dans une coupe ^©ayiov ou (npor^Elov. Poil. X, 65. — Xén. Anah. II, 2, 9.
^8) Rob. Smith, /?. Sem., p. 417. — Sacrifice scythe. Hérod. IV, 60; chez certaines tribus de l'Altaï on brise l'épine dorsale de la victime. Kondakofif Reinach. — Antiquités de la Russie Méridionale^ p. 181.
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que ces précautions fussent regardées comme indifférentes. A Methydrion, en Arcadie, le rite commandait de décliirer la victime en morceaux^ On pouvait même avoir intérêt à prolonger son agonie*. La mort lente, comme la mort brusque, pouvait diminuer la responsabilité du sacrificateur; pour les raisons que nous avous dites, les rituels étaient ingénieux à lui trouver des circonstances atténuantes. Les rites étaient plus simples lorsqu'au lieu d'un animal on ne sacrifiait que de la farine ou des gâteaux. L'oblation était jetée tout entière ou en partie dans le feu.
Par cette destruction, Tacte essentiel du sacrifice était accompli. La victime était séparée définitivement du monde profane ; elle était consacrée, elle était sacrifiée, dans le sens étymologique du mot, et les diverses langues appelaient sanctification Tacte qui la mettait dans cet état. Elle changeait de nature, comme Démophon, comme Achille, comme le fils du roi de Byblos, quand Démêler, Thétis et Isis consumaient dans le feu leur humanité^ Sa mort était celle du phénix ^: elle renaissait sacrée. — Mais le phénomène qui se passait à ce moment avait une autre face. Si, d'une part, l'esprit était dégagé, s'il était passé complètement « derrière le voile », dans le monde des dieux, d'un autre côté, le corps de la bête restait visible et tangible ; et lui aussi, par le fait de la consécration, était rempli d'une force sacrée qui l'excluait du monde profane. En somme, la victime sacrifiée ressemblait aux morts dont l'âme résidait, à la fois, dans l'autre monde et dans le cadavre. Au.ssi ses restes étaient-ils entourés d'un religieux respect^ : on leur rendait des honneurs. Le meurtre laissait ainsi derrière lui une matière sacrée, et c'est elle qui, comme nous allons le voir maintenant, servait à développer les effets utiles du sacrifice. On la soumettait pour cela à une double série d'opérations. Ce qui survivait de l'animal était ou attribué tout entier au monde sacré, ou attribué tout entier au monde profane, ou partagé entre l'un et l'autre.
(1) Paus. VIII, 37, o. — Rob. Smith, Rel. Sem., p. 368.
(2) Mannh. VV. F. à'., J, p. 28 sqq.
(3) PI. De Isule et Osiride, 15, 17; Mannh. \V. F, A'., II, 52; Rohde, Psyché, p. 393 ; Dielerich, Xekyia, p. 197 sqq. etc.
(4) Wiedemann, ^y. Zeitsch., 1878. p. 89. Cf. Morgan-Wiedemann, Negada, p. 2lo. — Cf. Frozer, Gold. Bouf/h, H, p. 90.
(5) llérod. III, 91. Voy. les faits connus dans Frazer. Gold. Bottgli, II, p. 112 sqq.
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L'attribution au monde sacré, divinités protectrices ou démons malfaisants, se réalisait par différents procédés. L'un d'eux consistait à mettre matériellement en contact certaines parties du corps de l'animal et l'autel du dieu ou quelques objets qui lui étaient spécialement consacrés. Dans le hfJttât hébraïque du jour de Kippour, tel qu'il est décrit dans les premiers versets du chap. IV du Lévitique*, le sacrificateur trempe son doigt dans le sang qui lui est présenté; il lait aspersion sept fois devant lahwe, c'est-à-dire sur le voile, et met un peu de sang sur les cornes de l'autel des parfums, dans l'intérieur du sanctuaire *. Le reste était versé au pied de l'autel de Vôlâ qui était à l'entrée. Dans le è^ffdf ordinaire le prêtre mettait le sang sur les cornes de l'autel de Volâ^. Le sang des victimes de Vôlâ et des shelamim était simplement versé au pied de l'autel*. Ailleurs, on en barbouillait la pierre sacrée ou la figure du dieu^ En Grèce, dans les sacrifices aux divinités aquatiques, on faisait couler le sang dans Teau*; ou bien, après avoir été recueilli dans une coupe, il était versé à la mer^ Quand la victime avait été dépouillée, on pouvait revêtir de sa peau ^idole^ Ce rite était particulièrement observé dans les cérémonies où Ton sacrifiait un animal sacré, quelle que fût, d'ailleurs, la forme donnée à l'idole*. En tout cas, on présentait la victime tuée comme on l'avait présentée avant la consécration*^. Dans Yôld, les aides, après avoir coupé
(1) Lév. IV, 5, 7 ; 16-19 ; XVII, 11. On s'appuie souvent sur ce dernier passage pour dire que la vertu expiatoire du sacrifice appartient au sang. Mais ce texte signifie simplement que le sang mis sur l'autel représente la vie de la victime consacrée.
(2) Ex. XXX, 10; Lév. XVI, 16. Voy. surtout Taltn. J. Yoma. Misch., V. 4,6.
(3) Uv. IV, 25, 30; VIII, 14 ; IX, 9; XVI, 16 ; Ezéch, XLIII, 20.
(4) Lév. I, 5 ; IX, 12. — Lév. Ill, 2.
(5) L'usage de peindre en rouge certaines idoles provient sans doute de ces onctions primitives. Voy. Frazer, Paus. t. 111. p. 20 sqq. Ilérod. IV, 62. Sprenger, Das Lehen und die Lehre des Mohammad^ t. UI, p. 457. — Miss Kingsley, Travels in West Africa, p. 451. — V. Marillier, Hev. Ilist. des Relig., 1898, I, p. 222, etc.
(6) Stengel *, p. 121. — Michel, Recueil d*inscnptions grecques^ 714, 37 (Mykonos). Cf. Rev. Mart. J. Hall, Through my spectacles in Uganda, Lond. 1898, p. 96, 97 (Bagandas).
(7) Athénée, VI, 261. D.
(8) Rob. Smith, fie/. Sem. 435 sqq. —Cf. MuUer-Wieseler. /»enA-mâ/er, I, pi. LIX, 299. 6. image dllera kl-^or^i-^o^ .
(9) Ex. à Thèbes. Hérod. II, 42.
(10) Varro. De li. R, I, 29, 3.
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la victime en morceaux, les apportent avec la tête au prêtre officiant qui les met surTautel*. Dans le rituel des shelamim, les parties présentées recevaient des noms significatifs : teroumây offrande élevée, tenouphâ, offrande tournée*.
L'incinération était un autre moyen. Dans tous les sacrifices hébreux, de même que le sang était entièrement attribué par voie d'aspersion ou d'effusion*, la graisse et les viscères étaient brûlés au feu de Tautel S Les portions ainsi consacrées au dieu qui personnifiait la consécration lui parvenaient en fumée d'odeur agréable*. Lorsque le dieu intervenait dans le sacrifice, il était censé manger réellement et substantiellement la chair sacrifiée; c'était « sa viande* ». Les poèmes homériques nous montrent les dieux s'asseyant aux banquets sacrificiels^ La chair cuite*, réservée au dieu, lui était présentée et était placée devant lui. Il devait la consumer. Dans la Bible, plusieurs fois, le feu divin jaillit et fait disparaître les chairs dont l'autel est chargé*.
Sur la chair qui restait après ces destructions préliminaires, d'autres prélèvements étaient faits. Le prêtre prenait sa part*°. Or la part du prêtre était encore une part divine. Les rédacteurs du Pentateuque ont été préoccupés de savoir si la victime du ftaffd^ devait être brûlée ou mangée par les prê-
(1) Uc. I, 6, 8, 9; IX, 13. — Ex. XXIX, 17. — Les os ne devaient pas être brisés : Ex. XII, 46. Nomb. IX, 12.
(2) Lév. Vil, 14; IX, 21; X, 14, 15; XIV, 12, 21.
(3) V. plus haut, p. 72. On connaît les interdictions bibliques de mauger le sang qui est la vie, et qui appartient à Dieu. I Sam, XIV, 32, 33 ;/>«//. Xn,23; Lév. XVll, 11. Gen. IX, 2-5. Cf. Yirg. Georg. II. 484. Servius ad JEn. III, 67; V. 78; Cf. Ellis, Ewe Speaking peoples, p. H2. Cf. Marillier, La place du totémisme, etc., Rev. d'IUst. des relig. 1898, p. 351.
(4) Lév. m, 3, 4, 16 sqq. ; Vil, 23; IX, 19, 20 pour les shelamim Lév. IV, 8 sqq., 19, 31 ; IX, 10. — En Grèce : Stengel, op. cit., p. 101 ; Paton Cos, 38 ; Hésych. l'vopaTa; Ilérod. IV, 62.
(5) Uv. 1. 9, 13, 17; II, 2, 9, etc. ; Ps. LXVI, 15. Cf. Es. 1, 13. Cf. Clermont-Ganneau, Inscript, de Kanatha, in C. R, de VAc. des Inscr, 1898, p. 599. — //. A, 301 ; 8, 549 sqq.
(6) Le'y.XXl, 8,17,21. Ezech. XLIV, 7. Ilérod. IV, 61. Cf. à propos des Hirpi Sorani, et de la façon dont les loups enlevaient la viande des sacrifices, V. Mannhardt, W. F. K. H, p. 332.
(7) Od. r, 51 sqq. H, 201 sqq.
(8) Dans le rituel hébraHjue la victime était bouillie ou bien brûlée, — Pour les victimes bouillies, voy. l Sam. 11, 13; Hérod. IV, 61.
(9) Voy. plus haut, p. 58.
(10) Ex. XXIX, 32 sqq. ; Lév. VII, 8, 14 ; / Sam. II, 13 sqq. Ezéch. XLIV, 29 iqq. — C. I. S. 165 passim, 167.
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L'ANiNÉK SOCIOLOGIQUE. 1898
5 et les fils d'Aharoa furent, selon le LévitiqueS en sur ce point. Les deux rites avaient donc visibleôme sens^ De môme, dans les sacrifices expiatoires es prêtres mangeaient la chaire Dans lezebafj. shelarôtres gardaient les parties spécialement présentées l'épaule et la poitrineS la tenouphâ et la teroumâ, ^servées aux prêtres ne pouvaient être mangées que ; leurs familles, et dans un lieu sacrée Les textes iennent nombre de renseignements, non moins pré- 3 parties des victimes et des oblations réservées aux urs*. Sans doute, les rites paraissent quelquefois exigeants; ainsi, les prêtres emportent leur part on fait argent de la peau des victimes et les préfinissent par ressembler à un casuel. Il y a, pourie croire que les prêtres étaient, dans ce cas encore, , les représentants, les lieutenants du dieu. Ainsi les î Bacchus déchiraient et dévoraient les victimes étaient possédés'. On doit peut-être considérer irts sacerdotales divers prélèvements faits par les mr des familles sacrées*.
^ration, la consommation par le prêtre avait pour miner complètement du milieu temporel les parties lal qui étaient ainsi détruites ou consommées, kme que Timmolation avait antérieurement dégagée,
, dOsqq. Cf. lY, H; VI, 18 sqq.
érend fut tranché par une distinction : la victime devait être rs du camp » lorsque le sang avait été apporté dans le sanc- -à-dire lors du sacrifice du Grand Pardon. Dans les autres cas partenaitaux prêtres. Uv. Yl, :23 ; X, 18. Cf. IV, 21; Vlll, 17;
/. fr. Arv. a. 218. (C. /. L. VI, 210i) et porcilias piaciilares ' et sanf/uinein po^/ea. — Scrv. ad Aen. III, 231.
:IX, 27, sqq. — Lév, VII. 13, 29 sqq.; X, 14. — Nombres, V, :VIII, 8 scjq. — Dent. XVIll, 3.
I, 19. 22: Les lionimes seuls peuvent manger du hat;dt et il Dient purs. — Pour les shelumim (X, 14) les femmes des Coha- Imises, mais il faut les manger en un lieu pur. Les viandes rs cuites dans une chambre sacrée : Ezéch. XLVI, 20.
, Cos. 37, 21. :;i ; 38,2, 5; 39. 10 sqq. — Michel, o/). c\l. 7U (My-
(Milct). — U. C. IL, 1889, p. 300 (Sinopc). — Pausanias, V,
ngcl, Zuriffe des Opfertier. in Jahrb. f. Vhil. 1879, p. 087 sqq.
Psi/che, II, p. lo.