‹ L'Année sociologiqueChapitre 36 sur 133 · ANALYSES. — CROYANCES ET RITES FUNÉRAIRES · texte numérisé non relu

ANALYSES. — CROYANCES ET RITES FUNÉRAIRES

certains cas, ils s'identifient avec elle (p. 171, 1T2, 911).— Un dernier trait à noter, c'est le caractère familial de la sépulture : le mort est enterré au milieu des siens. Aussi est-ce la grande préoccupation du Chinois qui émigré de se faire enterrer dans son village, dans sa famille. L'unité du clan et de la famille se poursuit au delà de la mort (p. 835).

III. Croyances concernant la mort. — M. G. parle, assez improprement selon nous, d'une doctrine de la résurrection. En réalité, le Chinois croit non à une renaissance, au sens chrétien ou bouddhique, mais à une simple continuation de la vie de l'âme. La mort, c'est l'abandon du corps par l'âme qui continue à vivre. C'est pourquoi, quand les parents crient le nom du défunt, c'est pour rappeler l'âme : de là aussi les délais pour la mise en bière ; c'est qu'on attend le retour possible de l'âme (p. 317). — A partir de l'enterrement, l'esprit du mort a, d'ailleurs, une vie double. Il y a une âme fixée à la maison et c'est à elle que s'adresse le culte des ancêtres que M. G. étudiera dans le volume prochain ; il y a en second lieu, l'âme fixée dans le tombeau. L'existence de la dernière âme est étroilement liée à celle du corps. Aussi les rites qui la conservent sont-ils ambigus : ils ont pour but aussi bien le corps que l'âme. Ils ont surtout pour objet de mettre le corps en contact avec des choses bonnes, dépositrices du principe de vie (bois d'arbres toujours verts, pierres précieuses, etc.).

Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est l'étroite solidarité qui unit tous ces rites à la vie de la famille : l'accomplissement de tous les devoirs funéraires se répercute en succès, en bonheur dans la carrière des survivants. Si le mort est enterré un jour favorable, à un endroit favorable, où soufflent les vents fertilisants, toute la famille prospère : c'est le principe du Fung-Shni (p. 338, 9H, 935, 950, 962). Les exagérations de ce système sont devenues une des plaies de la civilisation chinoise : car à la moindre altération matérielle qui se produit dans le voisinage du mort, le bien-être de l'âme est compromis et c'est une catastrophe pour les vivants. La vie des morts encombre celle des vivants. — A noter les rapports qui unissent la végétation et les esprits des morts (Cf. p. 543 sur l'ancêtre du clan).

IV. Signalons enfin brièvement deux faits qui intéressent plutôt la sociologie de la famille. Comme les rites funéraires

E. DuRKHEiM. — Année sociol., 1898. 15

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sont étroitemeut liés à la structure de la famille^ ils Texpriment. Les degrés du deuil suivent les degrés de parenté. C'est ainsi que les règles du deuil manifestent le caractère patriarcal de cette organisation. En effet, on ne porte le deuil que pour un petit nombre de parents maternels, particulièrement proches. Puis on peut voir que l'étendue de la famille est délimitée par la présence de Taïeul et la communauté de l'habitat. Enfin les rites funéraires, tout en dérivant des relations domestiques, réagissent sur elles : Timportance qu'y attache le Chinois confère une véritable prédominance familiale au « continuateur des rites » et occasionne de nombreuses adoptions. — En second lieu, on a souvent remarqué le caractère patriarcal de l'organisation féodale et de Fadministration eu Chine ; nulle part, il ne ressort mieux que dans les rites du deuil, où le vassal porte le deuil de son maître et tous les sujets celui de l'empereur (p. 509, 522, 540, 638).

On comprendra sans peine que nous nous dispensions de toute objection de détail à cet ensemble important de théories et d'interprétations.

G. MASPERO. — La table d*offrandes des tombeaux Egyptiens. Rev. hist. des relig., 1897, vol. XXXV, p. 278 et suiv.,XXXVI, p. 1-19.

Étude très importante sur la vertu magique de la prière au mort ; explique quel pouvoir nutritif avait la représentation, sur la table d'offrande, de la nourriture donnée au défunt dans sa tombe. M. M.

V. — CDLTES EN GÉNÉRAL, PLUS SPÉCIALEMENT AGRAIRES Par MM. DURKHEIM, HUBERT et MAUSS

Jean SMIRNOV et Paul BOYER. — Les populations finnoises des bassins delà Volga et de la Kama. — Etudes d'ethnographie historique. Première partie. Traduit du russe et revu par Paul Boyer. — Paris, Leroux, 1898. pp. IX- 486 gd. in-8^

Ce sont les populations finnoises de la Volga qui sont seules étudiées dans cet ouvrage dont la seconde partie est sous

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