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ANALYSES. — LE RITUEL (SACRIFICES, PRIÈRES, ETC

Repr. from the Ann. of Theolog.,11., 1898, p. 31-2-35-2. Chicago, Univ. Press. •

L'auteur rapproche le sabbat hébraïque des usages assyriens similaires. En Assyrie, le septième, le quatorzième, le vingt et unième jour du mois étaient jours consacrés, sans parler du premier qui était réservé à la fête spéciale du commencement du mois. Donc, même périodicité chez les deux peuples. D'un autre côté, le sabbat hébreu ressemble particulièrement au sabbat assyrien ; l'interdiction de se servir du feu, de l'allumer est la même dans les deux cas ; les deux sabbats sont également des jours non ouvrables, voire même néfastes. M. J. trouve, en effet, une parenté originelle entre les cérémonies expiatoires de Kippour et les cérémonies du sabbat. Il suppose même (en s'appuyant, il est vrai, sur un texte contestable, Es., 58,13), que, primitivement, le sabbat fut un jour de jeûne. Enfin, le sacrifice du sabbat lui semble avoir le même caractère que celui de Kippour. — D'autre part, l'analyse du mot assyrien sa-bat-himy correspondant au nom hébreu primitif sabhaihon, devenu ensuite sabbath, montre qu'à la base du mot se trouve l'idée d'arrêt, d'empêchement, de restriction.

Sans insister sur quelques réserves philologiques qui seraient nécessaires, il convient de remarquer que le sabbat babylonien interdisait les sacrifices, tandis que le sabbat lévitique en prescrivait. Mais, si réelle que soit cette divergence, les rapprochements faits par M. J. entre les deux sabbats, entre le repos du sabbat et celui des grandes fêtes, ont une incontestable valeur. Ils sont, d'ailleurs, presque classiques, ainsi que l'hypothèse d'après laquelle le sabbat serait une fructification des fêtes de la Néoménie et aurait originairement coïncidé avec lui. Le principe qui est à la base du sabbat et des fêtes n'est même pas particulier à ces deux religions sémitiques. Presque partout on trouve une valeur symbolique attachée à certains joyrs sur lesquels portent, en même temps, des interdictions spéciales. Signalons notamment chez les nègres de la côte de Guinée un véritable sabbat avec interdiction de se servir du feu. Les interdictions, le jeûne même font partie intégrante des rites agraires et de chasse. Rien d'étonnant dès lors à ce que le régime de l'interdit ait pris une valeur propre. L'interdit résulte de la présence de la divinité, des choses religieuses, au milieu même

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de la société. Là où sont les choses saiates, l'activité temporelle est inhibée. Si l'on faisait peser l'interdit tout entier sur une période limitée, c'était pour Tépuiser, en quelque sorte, d'un coup. On satisfaisait ainsi à la loi ; après quoi on était libre. Les arrêts périodiques de la vie (jour sabbatique, année sabbatique) étaient le prix de cette liberté.

H. H. et M. M.

Félix COBLENZ. — Ueber das betende Ich in den Psalmen. Ein Beitra^ zur Erklaerun^ des Psalters (Sur le

je qui dit la prière dans les psaumes. Contribution à V explication des psaumes), Francfort, Kauffmann, 1897, p. 190, in-8^

Étude importante, à notre point de vue du moins. Avec un certain nombre d'exégètes et de philologues, M. G. admet que le Je^ dans la bouche de qui certains psaumes sont mis, n'est pas le poète lui-môme ni un individu, mais la communauté personnifiée. Il classe les 92 psaumes où ce Je se rencontre en plusieurs groupes ; il en trouve 40 où le Je représente Israël lui-même, et, dans les autres, ce sont tantôt les membres de la communauté, tantôt le poète lui-même ; mais ce dernier cas est très rare. Les arguments d'ordre général que M. G. donne à l'appui de sa thèse sont assez faibles ; cependant, la façon dont le psaume était chanté dans le temple ou en dehors, par le chœur des pèlerins, avec versets et répons des prêtres, ou par le chœur des prêtres ou par le chef des chantres, confirme cette manière de voir. Il en ressort une conclusion importante, qui gagnerait toutefois à être établie par une étude plus compréhensive. G'est que les psaumes qui servent, dans le culte chrétien, de prière individuelle, qui sont devenus des formules de libre expansion spirituelle, étaient, à l'origine, des prières collectives, formalistes, et faisaient partie du rituel des sacrifices, de celui des fêtes et du service du temple. Ainsi des prières qui, par l'usage qu'on en fait, apparaissent comme de magnifiques élans del'àme du croyant, ont commencé par exprimer les sentiments traditionnels d'une collectivité. M. M.

MAGANI (Fhancesco). — L'antica Liturgia Romana (Vancienne liturgie romaine)^ vol. II. Milan, S. Giuseppe, 1898, p. 356, in-8^ L. VI.

Dans son premier volume, analysé ici même l'an dernier,

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M. M. avait étudié TaDcienne liturgie chrétienne en général et surtout les textes liturgiques. Dans ce second volume, il étudie la liturgie en action. Il distingue les divers éléments du service divin, montre leur agencement réciproque dans la messe et tâche d'en établir Torigine.

Il maintient sa thèse de Tunité primitive du culte chrétien. Mais si, tant qu'il s'agissait de la communion en général et de la messe en général, il avait raison contre la critique moderne (sauf quand il faisait de cette unité un résultat de l'autorité romaine), ici, où il entre dans le détail des faits, il ne peut rester fidèle à son principe qu'au prix de contradictions. Telle liturgie place ici un rite qu'une autre met ailleurs; celle-ci enadmet un qu'une autre omet; où est le rite primitif et y en a-t-il même un ? Le véritable problème eût été de dresser un tableau synoptique des différentes liturgies anciennes, aboutissant à une analyse historique des rites. Mais l'auteur ne pouvait se poser la question, son catholicisme lui interdisant d'admettre qu'il y ait eu des liturgies différentes. Pour la même raison, il se contente souvent de preuves vraiment insuffisantes (ex., p. 289, 290, 296).

Ces réserves faites, nous devons reconnaître que ce volume a pour nous beaucoup plus d'intérêt que le précédent. M. M. y entre plus avant dans l'histoire de l'institution elle-même. Nops dépassons les textes et le problème de leur filiation ; le rite est étudié en lui-même. De plus, à l'occasion, M. M. rapproche les textes théologiques des rites qu'ils commentent et cherche ainsi, jusqu'à un certain point, à déterminer d'une manière historique le sens du rite.

L'ancienne liturgie se divise en liturgie psalmodique et liturgie eucharistique. Mais, si la psalmodie a eu sa place dans le culte, celui-ci, à l'origine, consiste plus spécialement dans la messe dont l'étude, pour cette raison, est le centre du livre.

La messe comprend deux moments qui étaient d'abord nettement distincts et n'ont fusionné que plus tard : la messe des catéchumènes et celle des fidèles. La première était primitivement destinée à édifier les catéchumènes ou candidats au baptême et à préparer les fidèles déjà baptisés et initiés à la célébration du saint mystère dont les premiers étaient exclus. A l'origine, elle forme un cercle bien fermé, un tout par ellemême, avec introduction et conclusion. Elle consiste essentiellement dans des lectures, des prières et des chants. Autour

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se groupent rintroït (p. 46, M. M. marque joliment le caractère déjà c( sacré par soi » de la réunion de l'église), le confiteor et le salut de révoque à rassemblée qui y répond. Viennent alors les leçons, d'origine synagoguale (p. 54, S5), qui consistèrent dans des lectures d'abord de l'Ancien, puis du Nouveau Testament; M. M. montre (p. 91) comment peu à peu la lecture évangélique s'est détachée et a formé, dans le rite romain, la partie solennelle de la meisse des catéchumènes. On chantait ensuite des psaumes et des cantiques chrétiens. — Après la lecture évangélique et le sermon (autrefois absent du rite romain, ce qui ne laisse pas d'embarrasser M. M.)i les nonbaptisés quittaient l'église, les portes se fermaient et la messe des fidèles commençait.

Le centre en était le sacrifice eucharistique, qui était préparé par certains rites préliminaires ; la communion en était la conclusion. Sur la trame ainsi formée courait une riche broderie de prières. Pour tous ceux de ces rites qui sont accessoires, M. M. reconnaît qu'ils ont été relativement variables. Sur tous les points secondaires, les évoques conservaient une réelle liberté (p. 120, 344). Mais quand il s'agit de la partie suprême de la messe, du Canon, alors éclatent, selon notre auteur, l'unité du culte chrétien et la suprématie de l'ancienne liturgie romaine. Les variations que les temps et les circonstances locales y ont pu introduire seraient sans importance. Dans une certaine mesure, il faut convenir que M. M. est dans le vrai. Les rites de l'élévation sont trop essentiels pour avoir pu sensiblement varier. Seulement, dans le détail, on trouve des déductions trop ingénieuses, comme celle par laquelle M. M. rattache Vostendat des anciennes liturgies et de la liturgie orientale au faciat romain. — La même thèse esl soutenue et à propos de la prière dominicale et à propos de la communion. Celle-ci, forme première et but premier du culte chrétien, est venue directement de la fraction du pain telle que l'Évangile nous en conserve Iç précepte, telle que les plus anciens monuments nous la décrivent. Le fond premier en aurait donc été parfaitement un et ce serait encore dans la liturgie romaine qu elle aurait conservé sa forme originelle. Môme quand il montre comment les espèces furent reçues, d'abord à la main (p. 353), comment on communiait primitivement sous les deux espèces, etc., M. M. ne doute pas de la pureté et de la primigénité du rite romain qui selon nous a, au contraire, beaucoup altéré. Il est

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diiïïcile à des esprits moins prévenus de suivre jusque-là Fauteur de cette étude qui ne laisse pas, d'ailleurs, d'être fort utile.

L. DUCHESNE (l'abbé). — Origines du culte chrétien — Etude sur la liturgie latine avant Charlemagne, 2^ édil revue et augmentée. Paris, Fontemoing, 1898, p. vm-i — 7 fr. 50.

Ce manuel, en étant à sa seconde édition, ne comporte une analyse étendue. — Le sujet est plus restreint qui litre et môme que le sous-titre : c'est une étude historique la liturgie latine du iv*^ au vm*^ siècle ; c'est en efiet entre dates que se situent les textes les plus importants (d quelques-uns sont édités en appendice). De plus, M. D. ] tudie pas tous les actes liturgiques, mais « ceux qui ont caractère d'actes collectifs, ecclésiastiques au vrai sens mot (p. v) », que caractérise la présence de l'assemblée et clergé. Il exclut donc les sacrements, sauf ceux qui, com le baptême, le mariage, se célèbrent au cours d'une messe réserve la question delà messe des morts.

L'étude de la messe forme naturellement la partie n tresse du livre. Empruntée au rituel de la synagogue d le sacrifice avait disparu, la liturgie de la messe consiî elle aussi, en oraisons, homélies, lectures et psaumes. Mi dès l'origine, tout s'est concentré autour du mystère eue ristique. La prière eucharistique à laquelle l'anaph grecque correspond, se retrouve partout, avec des variani mais identique dans sa structure. Môme l'organisation diffère pas. Toutes les messes, orientales ou occidentales, e lingueut, comme dans les premiers temps, la messe desca chumènes, préalable au sacrifice eucharistique et où les eau dats au baptême assistaient, et la messe réservée aux se fidèles et où le mystère s'accomplissait.

Au temps des enthousiastes et des martyrs, le rituel a\ une grande souplesse qui le faisait varier aisément; mî quand cette ardeur originelle se calma, il se figea en i série d'actes définis et, tout en conservant comme fond ce mun ce schème primitif, il se difiérencia suivant les comr nautés. Laissant un peu de côté les liturgies orientales, M. s'attache surtout à déterminer les difiérences qui séparen

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messe gallicane et la messe romaine. Il les expose Tune et Taulre diaprés des textes fort anciens et, sur certains points, trouve entre elles une véritable irréductibilité.

Un chapitre intéressant est consacré à Tinitiation chrétienne; M. D. y montre l'accord primitif des différents rites. Le baptême se faisait à Pâques. Le catéchumène y était préparé par des instructions et des exorcismes (exorcismes par Texsufflation, l'imposition du sel, de la croix). Les rites du baptême consistaient dans l'ouverture des oreilles (l'Effeta), la tradition du symbole (de la foi et du mystère), la consécration par les huiles saintes. Les rites de la confirmation et de la communion y faisaient immédiatement suite. Dans le rite gallican, on trouve les mêmes pratiques, avec, en plus, le don de nouveaux vêtements et le lavage des pieds. A Jérusalem, les rites étaient plus brefs (ix, § 4, p. 318).

Nous ne pouvons que mentionner le chapitre où M. D. parle de la manière dont s'est fixé le calendrier religieux du christianisme, pour ce qui regarde soit les fêtes, soit le service dominical, soit le service journalier. Il montre qu'en bien des cas la fête chrétienne n'est qu'un substitut d'une fête paieune à laquelle même elle se mêle parfois (p. 240, 254, 266, 276). A noter également les chapitres sur l'ordinatioii des prêtres et la hiérarchie ecclésiastique, la bénédiction nuptiale, la prise de voile des vierges.

Un peu sommaire par endroit, ce manuel rend et rendra de grands services à quiconque veut étudier la formation de l'Église et de la liturgie chrétiennes. Mais certaines réserves doivent être faites. D'abord, en ce qui concerne l'organisation de l'Église chrétienne, M. D. parle quelque part du grand mouvement centralisateur qui anima l'Église. C'était, sans doute, une thèse à développer. Mais il ne parle nulle part de la diffusion originelle, de l'état de relatif isolement où s^ trouvaient les communautés primitives et qui était parallèle à leur effervescence interne. Ce qui a existé, semble-t-il, ce sont des Églises chrétiennes, ayant chacune une vie autonome et agissant les unes sur les autres. De temps en temps, de grandes secousses survenaient : le concile de Nicée, l'Arianisme. C'est de ces actions et de ces réactions mutuelles qu'est sortie l'unité chrétienne. La chrétienté ne s'est pas formée autour d'un centre de rayonnement, préalablement constitué, mais ce centre s'est formé peu à peu. Sans doute,

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