ANALYSES. — MOHALITÉ SEXUELLE, LA FEMME
de peine, en effet, à montrer que, au théâtre et dans la littérature en général, la place faite au sentiment sexuel n'a pas diminué, sauf peut-être depuis un siècle; c*est seulement d*hier (voy. p. 389) que les États ont pris des mesures contre ce qu'on appelle Timmoralité (censure préventive, dispositions répressives). Seulement, M. R. ne remarque pas que l'obscénité du xvn^ et du xvin'^ siècle ne ressemble pas à celle des siècles précédents. Tandis que la seconde s'étalait franchement, sans apprêts, la première s'enveloppe de formes savantes qui la dissimulent en partie. Elle ne se maintient qu'en se déguisant ; elle est obligée de recourir aux artifices de l'art. C'est donc que, malgré tout, la régression qu'elle a subie est bien réelle et s'est étendue même à ce domaine idéal qui est comme son dernier asile. Là même où elle persiste, elle est tenue de se voiler. Il est possible qu'à certains égards ces voiles dont elle s'entoure aient un mauvais effet, qu'ils excitent^ le désir et piquent la curiosité. Ils n'en prouvent pas moins qu'un grand changement s'est produit dans les idées morales, concernantles rapports des sexes. Pour n'avoir pas aperçu l'importance de la clandestinité à laquelle a été réduite même l'obscénité littéraire et esthétique, l'auteur a méconnu la suite et la régularité de ce développement qui, dans son ensemble, est parfaitement continu.
Resterait à trouver les causes qui l'ont déterminé. Nous ne rapporterons pas les explications proposées par M. R., car elles nous paraissent sans grande valeur. Suivant lui, toute sorte de circonstances diverses, sans rapport les unes avec les autres, les unes esthétiques, les autres politiques, les autres économiques, auraient été les seuls facteurs de cette évolution. Mais, d'un autre côté, l'explication usuelle qui rend compte de ce rigorisme croissant par les progrès croissants du sentiment moral ne nous paraît pas meilleure; elle est purement verbale. C'est expliquer les effets de l'opium par sa vertu dormitive. Il reste à dire pourquoi les exigences plus grandes de la conscience morale se sont portées sur ce point plutôt que sur d'autres; qu'y a-t-il dans le commerce des sexes qui puisse expliquer cette espèce de défaveur? Et pourquoi cette défaveur est-elle de date si récente? Le livre que nous venons d'analyser laisse la question entière.
SGHAIBLE (K. Heinrigh). -— Die Frau im Altertum (Ein KulUir-
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ol4 l'année sociologique. 1898
gescliichtliches Bild). La Femme dans l'antiquité. Katisruho, Braun, i 896, 96 p. in-8^
Étude sur la situation de la femme en Egypte, en Grèce, à Rome, en Palestine, en Asie Mineure, dans l'Inde, en Germanie et en (iaule. C'est dire que le livre estexotérique ; c'est un recueil de conférences faites à Londres. Mais l'auteur paraît, en général, assez sérieusement informé. Son travail est malheureusement dominé par une idée que nous croyons inexacte. Il part de ce principe que le degré d'indépendance dont jouit la femme donne la mesure de la situation qui lui est faite dans la société. Pour cette raison, elle lui paraît plus favorablement traitée en Egypte qu'en Grèce (p. 12), à Sparte qu'à Athènes, à Athènes qu'à Rome, dans la Rome primitive qu'à l'apogée de la République (p. 23 et suiv.). Rien ne nous paraît plus contestable ; l'indépendance de la femme vis à-vis du mari vient souvent de ce (juc le lien conjugal est lâche. Or celui-ci ne peut être lâche sans que les deux époux soient plus ou moins étrangers l'un à l'autre ; ce qui est le grand obstacle à l'égalisation morale des deux sexes. C'est ce qui fait que la matrone romaine a une situation sociale bien supérieure à la femme grecque. Même certaines des servitudes auxquelles la femme est parfois soumise viennent, en réalité, de ce que sa condition s'améliore. Quand elle est admise à l'hérédité, un système de tutelle est institué pour l'empêcher de faire sortir les biens qu'elle possède de sa famille natale ; de là, sa minorité. Mais cette minorité vient de ce qu'elle est héritière, c'est-à-dire de ce qu'elle a conquis des droits qu'elle n'avait pas primitivement. On voit combien la question est complexe.
REIBMAYR (Albert). — Inzucht und 'Vermischung beim Mens* chen (Inceste et croisement dans l'humanité). Leipzig, Deuticke, 1897, p. 268, in-8^
S'attache à démontrer que l'inceste et le croisement ont chacun leur place et leur utilité. Le croisement est nécessaire pour rajeunir et renouveler les peuples et les races ; l'inceste ou, tout au moins, l'endogamie, c'est-à-dire l'union sexuelle contractée dans un cercle restreint et homogène au point de vue physiologique et social, sert à fixer les caractères acquis grâce au croisement. Plus de dialectique que de faits. Quelques renseignements historiques pourtant (p. 130, 175), mais pris de toutes mains, sans critique.
H. PLOSS. — Das 'Weib in der Natur und Voelkerkunde (La
femme au point de vue biologique et ethnographique), b® éd., revue et fortement augmentée par Max Bartels. Leipzig, Grieben, 1897, II vol., gr. in-8'% p. xx-710, viii-7il.
C'est la quatrième édition parue depuis la mort de Ploss. M. Bar-
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tels, qui a été chargé de ces rééditions, a peu à peu transformé le livre qui est maintenant deux fois plus considérable qu'à l'origine et qui s'est, de plus, enrichi de nombreux dessins. Cet ouvrage est ainsi devenu un excellent mémento pour tout ce qui concerne les mœurs relatives à la femme dans les différents pays. L'auteur suit la femme à travers toutes les phases de son existence et décrit les préjugés dont elle est Tobjet (à la naissance, à la puberté, à Taccouchement, etc.), ainsi que les pratiques solidaires de ces préjugés. I^a partie ethnographique est la plus développée, et c'est ce qui fait l'intérêt du livre pour les sociologues.
WEINHOLD. — Deutschen Frauen im Mittelalter {Les femmea allemandes au moyen âge), 3*^ éd., 2 vol. Vienne, Geroldsohn, 1897, p. 111-393, 358, gr. in-S^.
Nous nous contentons de signaler la nouvelle édition de ce livre classique.
r.IZICKI.— Das Weib (La femme). Berlin, Dûmmler, 1897, p. x-77o, in-8^
Presque exclusivement dialectique et pratique.
DL'UEL. — La Femme dans les colonies françaises
{Eludes sur les mœurs des colonies), gr. in-S*^, Pincebourd.
MLLLER. — Die Keuschheitsideen in ihrer gescbichtlichen Entwickelung und praktischen Bedeutung {Les idées de pudeur dans leur dévcloppemenl historique et leur sens pratique). Mayence, Kirchheim, p. 196.
Dans la première partie, histoire rapide des idées relatives à la pudeur. Mais le livre est surtout fait dans un but d'apologétique chrétienne.
CANONGE. — La femme dans l'Ancien Testament.
Montauban, 1897, p. 74, in-8^